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PROJET POUR LA FAÇADE DU LOUVRE

Médaille Jean Varin.

Bernin dans l'esprit du roi et le décider à renoncer à ses projets.

En principe, ils pouvaient dire que le palais du Bernin n'était pas une architecture française et le Bernin eut vent de cette objection, car il y répondit en disant : « Si l'on n'avait pas voulu un palais romain, il ne fallait pas me faire venir de Rome. » C'est juste, et précisément c'est le tort que l'on avait eu. Louis XIV ne s'en était pas rendu compte tout d'abord, mais à la réflexion et en présence des plans du Bernin, les architectes français pouvaient plus aisément démontrer que ces plans « bons pour Rome, n'étaient pas ce qu'il fallait pour Paris ».

Ne prenons qu'un point, la question des toitures. Le Bernin fut très surpris en voyant les toits de Paris : en particulier, il critiqua vivement les grands pavillons des Tuileries, faisant remarquer à quelle inutile exagération on était arrivé là. 11 ne comprit pas que cette exagération était le témoignage de traditions ayant leur racine, leur point de départ, dans d'impérieuses nécessités; en France, le climat oblige à terminer les édifices par des toitures à forte pente, et par conséquent très hautes. La toiture devient un élément essentiel de la construction, que l'on ne peut dissimuler; c'est une partie que l'on regarde, que l'on décore, tandis qu'en Italie, la toiture est si peu importante qu'elle ne compte pour ainsi dire pas. En France, un

architecte pourra être ainsi conduit à mettre au sommet de son édifice sa plus grande valeur décorative, tandis qu'un Italien la mettra au rez-dechaussée, sur la porte d'entrée ou sur la fenêtre centrale du premier étage. En terminant, à l'italienne, son palais par une grande ligne horizontale, le Bernin, ajuste raison, devait être vivement critiqué par les architectes français.

On peut dire aussi qu'en France et à Paris, déjà ville du nord, il faut se garantir du froid, alors que les architectes de Rome ont la préoccupation inverse. A Paris, on n'a aucune raison pour rechercher de grandes hauteurs de plafonds, tandis que ces hauteurs sont nécessaires dans les pays chauds, où il faut beaucoup d'air dans les appartements. Le Bernin, en raison de la hauteur qu'il donnait à ses étages, faisait un bâtiment qui contrastait trop fortement avec les parties déjà construites du palais.

Peut-être dut-on être aussi très choqué du soubassement rustique du projet du Bernin. Ces soubassements qui font si bien en Italie pour soutenir les grandes masses des palais aux immenses étages, n'étaient pas nécessaires à Paris et s'éloignaient trop, non seulement des anciennes parties du palais, mais du type général des constructions parisiennes.

Pour s'excuser auprès du Bernin, Colbert n'invoqua aucune de ces raisons ; il en trouva d'autres.

Il dit au Bernin que son projet était trop important et que son palais diminuerait trop les dimensions de la place du Louvre où l'on devait pouvoir faire des cérémonies et des mouvements de troupes. On lui dit aussi que les appartements du roi étaient mal placés à cause du bruit et du froid, et qu'il était préférable de les mettre ailleurs, au midi et dans un endroit moins bruyant. Quoi qu'il en soit, tout fut abandonné et les architectes français eurent le champ libre devant eux, sans l'intervention d'aucun étranger.

Si les projets du Bernin ne furent pas exécutés, ils furent néanmoins connus et étudiés; le palais royal de Madrid, construit en 1737 par l'architecte turinois, G.-B. Sacchetti, en est une véritable copie, et la grande façade du palais de Versailles peut aussi être considérée comme une suite des projets du Bernin. On y voit en effet, associés aux grandes fenêtres cintrées du palais Barberini, les avant-corps et les colonnes de son projet pour le palais du Louvre.

Pendant son séjour à Paris, le Bernin fait le Buste de Louis XIV. Là, plus encore qu'en architecture, il se sent le maître souverain, celui auquel aucun sculpteur français ne peut être comparé; et il veut éblouir la cour de France, non seulement en faisant parade de cette science par laquelle il était vraiment sans rival, mais en mettant en œuvre les doctrines idéalistes que la Renaissance

avait développées en Italie et qui étaient en opposition avec le réalisme trop fidèle des maîtres du nord, « Il ne suffit pas qu'un portrait soit ressemblant, disait-il, mais il faut y mettre de la noblesse et de la grandeur. » Voilà, nettement dit par luimême, ce qu'il a voulu en faisant le portrait de Louis XIV.

Dans cette école française, jusqu'alors si éprise de réalité simple et sincère, le Bernin va introduire l'idéal de pompe et de majesté italienne; et il cherchera à faire apparaître en un saisissant relief la figure d'un roi jeune, beau et victorieux.

Le journal de Chantelou nous a conservé le récit fidèle de ces séances où le roi ne posait pas, et où le Bernin faisait des esquisses rapides dans chacune desquelles il fixait un des traits fugitifs de l'expression de son modèle. Et, après avoir fait une série d'études préliminaires, il les mit toutes de côté sans plus les regarder; l'image du roi était dans son esprit; et, prenant le bloc de marbre, il l'attaquait avec son ciseau, et sans maquette, sans dessins pour s'aider, sans une hésitation, sans une erreur, faisant montre de cet art de praticien dans lequel il était incomparable, en quelques rapides séances il terminait son œuvre.

Mais son imagination tenait ici trop de place, et sa volonté de faire un portrait héroïque lui faisait un peu perdre de vue son modèle. Malgré lui, il se souvient du buste du duc d'Esté, où il avait tenté

d'exprimer les mêmes idées, et, devant la ressemblance un peu inquiétante des deux portraits, on ne peut s'empêcher de penser que son Louis XIV est trop idéalisé, que ses traits et son attitude sont trop transformés à l'italienne. Plus de fidélité à la nature aurait sans doute ici exprimé plus simplement, mais plus justement et avec plus de force, la majesté souveraine et moins apprêtée du grand roi.

En quittant la cour de France, le Bernin n'en perdait pas les faveurs et il partit pour Rome avec la mission de sculpter une statue équestre du roi, destinée aux jardins de Versailles. Cette œuvre le passionna et il y travailla huit années. La statue fut envoyée à Paris, au moment où il venait de mourir et, lui absent, ses ennemis eurent beau jeu pour la discréditer. On s'acharna sur elle, et cette œuvre que Louis XIV avait si vivement désirée, pour laquelle on avait fait de si fortes dépenses, on parla de la briser. On ne la sauva qu'en la défigurant. La tête fut modifiée, la statue devint une vague statue de héros romain, un Curtius, et ainsi transformée par Girardon, on peut encore la voir dans les jardins de Versailles, au bout de la pièce d'eau des Suisses.

En faisant cette statue de Louis XIV, le Bernin se souvenait d'une autre statue équestre à laquelle il travaillait depuis longtemps, ce Cous-

Planche XXI.

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