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les yeux une gravité triste, le regard aflligé et pensif où se recompose le souvenir d'une vieille affection. Au bout d'un instant, Morin se tourna vers le juge :
— C'est, je crois, comme vous dites, une confrontation... Vous êtes, monsieur le juge, pour les moyens pathétiques...
Oh ! rassurez-vous, je saurai vous épargner le spectacle d'une douleur que sans doute vous retourneriez contre moi.
— Et, dit le juge, c'est bien là, n'estce pas? M. 3Iorin de Valjoncières, tel que vous le laissâtes, le crime accompli ?
C'est bien l'attitude qu'il a.vait dans son fauteuil ? Ce sont bien les habits qu'il portait ? Vous reconnaissez que rien n'a été changé dans la pose du corps et de la tête ? Je voudrais à cet égard une affirmation catégorique.
Morin, cette fois, ne put réprimer un mouvement de colère et, fronçant les sourcils :
— Eh ! qu'en puis-je savoir, monsieur, puisque je n'étais pas là au moment où ' i; meurtre exécrable se consommait ? Il
me semble que la question, ainsi posée, ne peut s'adresser à moi que s'il est prouvé que je suis l'assassin. Eu tout autre cas, elle est cruelle et déplacée.
— Remarquez, continua le juge sans s'émouvoir, remarquez — (car dans l'instant peut-être, cette observation vous a échappé) — combien il est aisé de reconstituer la scène.
« L'assassin se trouvait derrière le fauteuil, quand M. Morin se refusa à encourager plus longtemps votre inconduite.
Sans doute ensemble vous aviez établi quelque compte (resté du reste introuvable), sans doute vous aviez aux doigts de l'encre de plume, car la main que.
pour renverser cette tête vénérable, vous lui posâtes, violemment, sur le front y laissa une empreinte, de la couleur même de l'encre qui emplissait l'encrier sur cette table... C'était la main gauche (ah! contenez-vous), c'était, dis-je, la main gauche, et vous êtes gaucher ! Presque en même temps la droite — regardez bien la trace du pouce — s'abattait au cou e
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.M. >Iorin et déprimait la carotide, mais moins fortement que la gauche qui tout à coup lui venait en aide et s'enfonçait dans les chairs, au point de les faire rebondir en bourrelets. Oh ! vous pouvez vous rendre compte par vous-même. Tenez, nppliquez donc, je vous prie, — oh ! sans ^ants, sans gants, s'ils vous plaît ! — vos doigts dans les doigts que voilà... Bien, parfait ! N'est-ce pas étonnant que ces frêles mains-là, frêles en apparence, aient pu venir à bout d'une pareille besogne... Et maintenant, serrez un peu, — là doucement... Qu'avez-voas à craindre, puisque vous n'êtes pas l'assassin?
— Ecoutez, monsieur, dit j\lorin, ceci est presque un sacrilège... Observez, du reste, que mon pouce dépasse sensiblement celui de l'assassin... Si je consens (veuillez en prendre note, M. le greffier), c'est afin qu'il soit bien établi que je ne redoute pas de me soumettre à ces tristes expériences.
— Mais évidemment, s'écria le juge en riant, votre pouce paraît plus allongé
parce qu'il est au repos. Mais, en ce moment^ rappelez-vous, vous le contractiez... comme cela. (Et sans doute, comme à présent, — mais regardez donc, c'est très drôle — M. Morin ouvrait démesurément les yeux !)
Anatole Morin se rejeta vivement en arrière, très pâle, un tremblement aux lèvres. Dans le blême visage du mort, tout à coup les paupières remontaient et laissaient à nu, parmi les fibres en sang des sclérotiques, le disque glauque des yeux.
— C'est très drôle, en effet, fit Morin avec effort. Et voyez comme il les tient ouverts, comme il nous regarde... Ah !
tenez, je n'aime pas cela... Non, vraiment. C'est là une farce macabre qui me répugne... Fermez-lui les yeux, puisque vous savez à présent que je ne suis pour rien dans l'affaire... Ah ! ah ! Je me souviens, oui, quelquefois, il me regardait ainsi... Oui, une fois, il m'a regardé ainsi... C'était à propros d'une dette, d'une dette de jeu..., d'une dette de jeu.
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Il ne voulait pas ; non, celte fois il n'a pas voulu... Du moins, pas tout de suite, et enfin il m'a regardé comme il nous regarde maintenant, et il m'a dit : « Soit, je payerai, mais si vous recommencez, je vous déshérite... •> Attendez, est-ce bien cela qu'il m'a dit? Et toujours il me regardait. Dussé-je vivre cent ans, je n'oublierai un tel regard... Voyez, voyez, ça lui jaillisait de la tête comme à présent... Mais assez, je ne puis voir cela plus longtemps, vous dis-je... Ensuite, je suis parti, je me suis mis à courir... C'est-à-dire non, je marchais à pas lents, au contraire ; je suis entré à mon Cercle... Et son œil me suivait, je voyais toujours son œil devant moi... Ah ! est-ce que j'ai dit quelque chose de mal pour lui ? Pourquoi, vous aussi, me regardez- vous comme cela ?
Ah ! çà, mais c'est qu'ils me regardent tous, ils ont tous d'horribles visages, ils tournent tous d'horribles yeux vers moi... Dites, n'êtes-vous pas suffisamment édifiés ? N'allez-vous pas me relâcher à présent ? Au fond je sais bien, c'était un
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regard comme un autre... Il n'y avait pas de raison pour qu'il fût autrement... Ah! mon vieux, tu as beau vouloir m'effrayer, je ne me laisse pas prendre à ces supercheries... D'ailleurs, depuis deux mois, je n'en pouvais plus rien tirer : il me refusait constamment, c'était intolérable. Et les tiroirs pleins d'or étaient là ! Je n'aurais eu qu'à étendre la main... Mais fermez-lui donc les yeux ! Vous ne voyez donc pas qu'ils vont rouler à terre, qu'ils vont, ces yeux terrifiants, se mettre à voler par la chambre comme des mouches, que, comme des bêtes affamées, ils vont se mettre à courir parla chambre. — Ah ! Ah ! Et, dites-moi, les avait-il vraiment ainsi quand on l'a trouvé ? Les avait-il encore ainsi ? N'avait-il plus ses antiques besicles sur les yeux ? — Ah ! fermezlui donc les yeux, ces yeux comme des taons pour se coller à ma chair et sucer le sang de ma chair, — ces yeux comme de monstrueuses fleurs de marécage et dont les racines plongent aux pourritures de la mort... Ah ! tenez, oui, il me regar-
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dait ainsi quand je lui lordis le col en arrière... Son œil. depuis, n'a pas cessé de me regarder ainsi... El..., et emmenez-raoi, puisque je vous dis que c'est moi qui l'ai tué !
TAliLK DKS MATIÈRES
Los supercheries du Théâtre. . 5
La rancune des Malicors 23
La Tête de Mort 41
Le pas de l'Assassin 57
La pension Saint-Amour. . ~")
Le Prêche 91
.\près le crime ■!'>•>
Le terrible Masapour 117
La Peur I3;i
Uusépulcre 1.^7
Le Merle 173
Le Champ 185
La belle Titine 201
L'Eveil du sexe 217
Le Mal des bêtes 231
La Mère 24b
Le Puits 257
La maison du père Grugeard 275
Le Riddyck 293
Les Yeux 307
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Cf
CE PC 2337 .LAB4 18S3 CÛO LEMÛNMER, ACC# 1224761
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