LE CHEVAL
Généralités. Historique. — Le département de la Drôme dans son ensemble et la région Crestoise en particulier, ne sont pas des centres de production. Le terroir n’a aucune des caractéristiques qui font les bons pays producteurs de chevaux. D’autre part, pas de race locale réputée, dont la renommée servirait à l’écoulement facile et rémunérateur des produits.
Il y à seulement un siècle, le pays ne comportait guère de chevaux. « Les travaux agricoles et les transports même se font communément avec des mulets de petite taille » (Delacroix, 1835). Le recensement général de la Drôme donne, à cette époque, 6.252 chevaux, alors que maintenant 22.673 sont dénombrés dans le département et 1.800 pour nos deux cantons. La population équine a donc notablement augmenté depuis un siècle. Et déjà, en 1835, Delacroix disait : « L'élevage est devenu plus important depuis que les prairies artificielles ont augmenté la masse des
fourrages ». Il faut en conclure qu'avant la Révolution, le cheval n’était guère commun dans nos campagnes.
Production des jeunes. __ Môme aux époques où les chevaux étaient encore rares dans nos contré?s, on y faisait pourtant naître quelques poulains. Les archives de la commune de Crest ont conservé « une Commission pour ‘un garde-étalon », datée de l’an 1732. « Un étalon …. « d’Espaigne, sous poils bai br un, âgé de quatre ans faits, « et quatre pieds neuf pouces d’hauteur, d’un moule et
« d’une tournure propres à porter de belle race » était mis à la disposition des éleveurs. « Dans la paroisse de
Crest et celles qui l’avoisinent, est-il dit dans ce docu- «ment, il s’y trouve des juments de taille propre à pro- « duire de beaux poulains, et les prairies y Sont en quan- « tité suffisante pour les nourir et leurs élèves. » L’élevage ne devait pas être des plus florissants, puisqu’un seul étalon paraissait suffire aux besoins du pays !
Plus tard, au début du x1x° siècle, on se plaint que la suppression du dépôt d’étalons de Gr enoble « St particulièrement fort nuisible. , elle excite les justes plaintes des propriétaires et des ne »
Existait-il tout au moins des naissances plus nombreuses dans la région montagneuse, dans nos communes du Vercors méridional, dont |’ élevage est de nos jours une des principales sources de revenus ? Quelques documents anciens nous permettent d’en douter,
L'abbaye des moines Gisterciens de Léoncel. possédait dans cette région, avant la révolution, de vastes domaines. Elle y était entre autre propriétaire de tous les pâturages de la montagne d’Ambel, dépendant de nos Jours de la
commune d'Omblèze. Un prieur, Dom Perrier, voulait y établir un haras et y essayer en grand l'élevage des chevaux.
Mais la tentative n'eut pas de suite. « Il parait étonnant, « dit Arbos, que dans ce massif humide et richement ga- « ZzOnné, On ne se soit pas consacré uniquement à l’élevage « du gros bétail ». Mais {(outes les ressources étaient réservées pour les bêtes à laine. Si les ovins paissaient alors en nombre sur les prairies de l’abbaye, les bovins et plus encore les juments y étaient fort rares. Huit seulement sont portées sur un état du bétail appartenant àux moines, en 1762 ! Si la communauté, dont les richesses étaient grandes, n'en possédait qu'un si petit nombre, les particulers d’alentour, pauvres comme ils étaient, ne devaient avoir en leur possession que bien peu de poulinières.
Baix-aux-Montagnes, l'actuelle commune de Plan-de- Baix, ne possédait, en 1724, que 24 équidés (chevaux, mulets ou « bourriques »). Les paroisses d’Omblèze et d’Ansage réunies, que 10 ! L'élevage du cheval était donc de bien minime importance à l’époque.
S'11$ naissaient en très petit nombre, les chevaux monlagnards étaient dès alors réputés. Le même prieur ue Léoncel, qui voulait se livrer à cet élevage, en faisait un tableau séduisant, dans un rapport adressé à l’évêque de Valence : « Les chevaux nés dans le pays sont vifs, ro- « bustes, adroits, déliés, jambes sèches et nettes, pieds « sûrs, la selle dûre, comme leur constitution qui tient « toujours de l’air froid ou frais et d’un pâturage au foin « sec et moelleux. ». Ce devait être le petit bidet montagnard, fréquent alors en France, nécessaire à cette épo- : que aux voyages et aux déplacements dans les pays acci-