CHAPITRE IV
HISTOIRE DE RIGHABHA
1. Çuka dit : Le prince, qui portait en naissant les signes distinctifs de Bhagavat, et à qui Tégalité d'âme, le calme, le détachement, la majesté et la possession des facultés surnaturelles assuraient une puissance chaque jour croissante, était Tobjet de TafiFection de s^es gens, du peuple, des Brahmanes et des Dieux, qui désiraient qu'il fût le protecteur de la terre.
2. Frappé, à la vue de ce corps si parfait et si digne d'être célébré au loin , de sa splendeur, de sa force , de sa beauté , de sa gloire , de son énergie et de sa vigueur, le père nomma son fils Rîchabha.
5. Indra, jaloux de sa gloire, refusa la pluie à son royaume; mais , à la vue de ce désastre , le bienheureux Rïchabha , le maître du Yoga, la fit tomber en souriant, à l'aide de sa mystérieuse Mâyâ, dans son empire nommé Adjanâbha.
4. Cependant Nâbhi ayant obtenu ce qu'il désirait, un fils accompli, ne pouvait contenir l'excès de sa joie, et répétant d'une voix émue : « Cher enfant, ô mon fils, » il caressait avec tendresse, trompé par Mâyâ, Bhagavat, l'antique Purucha, qui avait revêtu volontairement la condition humaine, et il se sentait au comble du bonheur.
5. Entouré des habitants de la ville, de ceux de la campagne et de ses gens, le roi sacra son fils, objet de l'afiection de tous, pour qu'il fût le gardien des digues de la loi; puis l'ayant confié aux Brahmanes, il se rendit avec Mêrudêvî auprès de la Viçâlâ, et y servant le bienheureux Vâsudêva qu'on noijime Naranârâyana , par la pratique d'une pénitence calme et profonde, et par une intense méditation, il obtint, avec le temps, de partager sa grandeur.
6. C'est sur lui, ô descendant de Pându, qu'on récite les deux
Stances suivantes : « Qui pourrait imiter le Rïchi des rois Nâbhi dont « Hari voulut être le fils à cause de ses bonnes actions ? .
7. « Quel homme pourrait être plus religieux que.Nâbhi au sacri- «fice duquel les Brahmanes, honorés de ses dons, firent apparaître « par leur puissance le Dieu , chef du sacrifice ? »
8. Ensuite le bienheureux Rïchabha regardant son royaume comme le champ de l'action, après avoir donné Texemple d'habiter chez son Guru, prit congé de ses maîtres, auxquels il avait fait des présents, et enseignant les devoirs de chef de famille , il se livra aux deux espèces d'actes que recommanda l'Ecriture, et eut de Djayantî^ qu'il avait reçue d'Indra , cent fils qui lui ressemblaient
9. L'aîné fut Bharata, le grand Yôgin^ aux vertus excellentes, qui a donné son nom à cette division de la terre appelée Bharata.
10. Rïchabha eut après lui neuf autres fils, savoir : Kuçâvarta, Uévarta, Brahmâvarta , Malaya , Kêtu^ Bhadrasêna, Indrasprïç, Vidarbha et Kikata , qui furent suivis de quatre-vingt-dix autres enfants ;
11. Et [entre autres de] Kavi, Hari, Antarikcha, Prabuddha^ Pippalâyana, Avirhôtra^ Drumila^ Tchamasa et Karabhâdjana , tous grands serviteurs de Bhagavat, et qui enseignèrent les devoirs qu'il recommande; nous dirons plus bas leur belle histoire qui est pleine de la grandeur de Bhagavat, qui se trouve dans un dialogue entre Nârada et Vasudêva, et qui est la voie de la quiétude.
12. Les quatre-vingt-un plus jeunes fils de Djayanti, dociles aux ordres de leur père, furent des Brahmanes modestes, grands lecteurs des Yédas, habiles dans les sacrifices et purs dans l'action.
15. Rïchabha^ qui sous ce nom était Bhagavat, l'êtrie indépeiK dant, qui est par lui-même toujours affranchi de la succession des apparences vaines,- et qui n'a d'autre sentiment que celui de la béatitude, Rïchabha, dis-je, se livrait aux œuvres comme s'il n'eût pas été le Seigneur, enseignant, par son exemple, aux ignorants la loi dont le temps avait effacé le souvenir; toujours égal, calme, plein de bonté et de compassion, il attachait les hommes à la condition de chef de famille en les retenant par les liens du devoir, de l'intérêt, de la reïiommée, des enfants, du plaisir et de l'immortalité.