CHAPITRE VII
CULTE DE BHAGAVAT.
1. Çuka dît: Bharata, ce grand serviteur de Bhagavat, n'eut pas plutôt été destiné par le Dieu à la protection de la terre, qu'attentif à exécuter ses ordres, il épousa Pântchadjanî, fiUe de Viçvarûpa.
2. Il en eut cinq fils qui lui ressemblaient autant que les molécules élémentaires ressemblent à la Personnalité d'où elles sortent.
3. C'étaient Sumati, Râchtrabhrït , Sudarçana, Avarana et Dhûmrakêtu ; le Varcha Âdjanâbha prit dès lors le nom de Bhârata.
4. Ce prince si éclairé, rempli, comme son père et son aïeul, d'une extrême compassion, sut, en faisant respecter à chacun ses devoirs, gouverner son peuple et accomplir lui-même les siens.
5. Il honora dans de grandes et de petites cérémonies Bhagavat qui est l'oifrande et le sacrifice mêmes ; lui adressant avec foi l'Agnihôtra , le sacrifice de la nouvelle et de la pleine lune , celui des quatre mois, celui d'un animal et celui du Sôma, tantôt complets, tantôt partiels, mais tous avec les purifications et les quatre prêtres.
6. Tandis que s'accomplissaient les divers sacrifices avec leurs rites et leurs actes nécessaires, il en rapportait le mérite, cette récompense de la cérémonie, que nous garde l'avenir, au suprême Brahma, au mâle du sacrifice, au bienheureux Vâsudêva lui-même, le premier des Dieux, qui lui apparaissait comme l'objet le plus élevé des Mantras qui s'adressent à toutes les Divinités; et au moment où le prêtre officiant prenait le beurre clarifié, le roi sacrificateur, dont la veytu avait purifié l'âme de toute souillure, contemplait dans les Dieux, t)bjets du sacrifice, les divers membres de Purucha.
7. Ainsi purifié par la vertu des samtes cérémonies, le roi sentit naître en son âme une dévotion dont l'ardeur croissait chaque jour
pour Brahma, dont il voyait le corps sous la figure de Téther renfermé dans la cavité de son propre cœur; pour le bienheureux Vâsudêva, qui sous la forme de Mahâpurucha et avec ses insignes, tels que le Çrîvatsa, le joyau Kâustubha, la guirlande de fleurs, le Tchakra, la conque et la massue, se révélait à lui par l'éclat de sa propre image qu'il trace au fond du cœur de ceux qu'il aime.
8. Voyant au bout de cent mille années que le terme de ses œuvres était venu, il partagea entre ses fils appelés à en jouir, l'héritage qu'il avait reçu de son père et de son aïeul, et quitta lui-même sa demeure, asile de toutes les prospérités , pour se rendre à l'ermitage de Pulahi , en ce lieu où, aujourd'hui même, Hari consent, par afiection pour ses amis dévoués, à se montrer à eux sous la forme qu'ils désirent.
9. C'est cet ermitage que le premier des fleuves, le Tchakranadî, purifie de toutes parts en Tentouraût de ces pierres qui renferment un Tchakra muni des deux côtés d6 son moyeu.
10. Là, seul dans le bois de l'ermitage, i^e se nourrissant que de tubercules, de racines et de fruits, il s'efibrça d'honorer Bhagavat avec des fleurs variées , des bourgeons , des tiges de Tulasî et de l'eau; et pur, ne se sentant plus de désirs pour les objets extérieurs, arrivé au comble de la quiétude, il parvint à l'inaction suprême.
1 1 . Fondant sous le poids de son amour qu'augmentait le culte constant qu'il rendait à Bhagavat, le cœur du sage se relâcha de sa prise ; il sentit se hérisser sur tout son corps ses poils qu'épanouissait l'excès de la joie; les larmes de la tendresse, accrues par celles du regret, troublèrent sa vue; et enfin, plongeant sa pensée au plus profond de l'étang de son cœur où débordait la béatitude, fruit d'une dévotion alimentée par la contemplation des pieds, semblables au lotus rouge, qui font la joie de celui qui les adore, il oublia le culte même de Bhagavat dont il était occupé.
lô. Ainsi hvré au culte de Bhagavat, couvert d'une peau d'antilope , reconnaissable à la masse de ses cheveux bruns hérissés et tout humides des bains qu'il prenait trois fois le jour, il adorait, au moment où le soleil montrait Son disque, le bienheureux Purucha éclatant comme l'or, etJui chantait ainsi l'hymne du soleil :