CHAPITRE XIL
DIALOGUE ENTRE LE BRAHMANE ET RAHÛGANA
1 . Râhûgana dit : Adoration , adoration à celui qui a pris la forme de cause, mais dont la véritable nature laisse bien loin derrière elle cette forme même ! adoration à toi qui caches ta grandeur éternelle sous l'extérieur d'un misérable Brahmane et d'un ascète nu !
2. Semblable au bon médicament pour le malade qui souffire de la fièvre, ou à l'eau* glacée pour celui que la chaleur dévore, ta parole est comme le médicament de l'ambroisie pour moi, dont le serpent de l'orgueil, conçu dans ce corps misérable, a blessé la vue.
3. Aussi te demanderai-je plus tard ce qui cause mes doutes ; quant à présent, satisfais ma curiosité en m'éclaircissant tes discours dont la doctrine de l'union avec l'Esprit suprême resserre la chaîne.
4^ Quand tu as dit que le fruit visible des œuvres est, lorsqu'il existe , la source de la pratique vulgaire , mais ne sert réellement pas à la recherche de la vérité , ces paroles ont troublé mon esprit.
5. Le Brahmane dit : Cette créature, qui pour une cause quelconque marche sur la terre dont elle sort, est un homme ; au-dessus de ses deux pieds s'élèvent deux chevilles, deux jambes, deux genoux, deux cuisses, une taille, une poitrine, un cou et deux épaules.
6. Et sur son épaule est placée une litière de bois où repose une créature qui paraît être le roi des Sâuvîras , et de laquelle , animé par le sentiment de la personnalité, tu dis, dans l'aveuglement de la folie : tt Je suis le roi des Sindhus. »
7. Condamnant à un travail sans salaire ces malheureux qui succombent sous l'excès de la douleur, tu es un homme sans pitié ; et quand tu te vantes d'être le protecteur de ton peuple, tu ne brilles pas dans les assemblées des vieillards , car tu es un orgueilleux.