‹ Le Bhâgavata PurânaChapitre 147 sur 255 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DIALOGUE ENTRE LE BRAHMANE ET RAHUGANA

1. Le sage dit : La foule des âmes est jetée dans la vok difficile du monde qui ressemble à une route impraticable, par Tlllusion dont dispose le bienheureux Vichnu qui est le Seigneur. L'Illusion se sert des six sens, par lesquels Thomme perçoit la révolution du monde qui n a pas eu de commencement, et qui n est que l'état d'union ou de séparation [de l'Esprit] relativement à la suite des corps divers, produits par les actions bonnes, mauvaises ou mêlées qu'engendrent les diverses qualités de la Bonté, [de la Passion et des Ténèbres,] chez ceux qui prennent le corps pour l'âme. Avide de gain, comme une caravane de marchands, l'âme perçoit les œuvres accomplies par son corps; et marchant dans la forêt de l'existence qui est aussi misé^ rable qu'un cimetière, s'épuisant parmi de nombreux obstacles en efforts stériles, elle n'a pu jusqu'ici retrouver la trace de ces abeilles qui adorent le lotus des pieds de Hari, le Seigneur suprême, où elle verrait se calmer ses douleurs. Les organes nommés les six sens sont de fait les voleurs de cette forêt.

2. Les biens quels qu'ils soient, que l'homme ne gagne qu'à force de peines, sont pour lui un moyen d'acquérir des mérites religieux; et ces mérites qu'assure le culte du suprême Purucha, ne rapportent, on le dit, que pour l'avenir. Or c'est ce trésor que, semblables aux voleurs pillant une caravane dirigée par un mauvais guide et qui n'est pas sur ses gardes , les sens enlèvent à l'âme par l'attrait des jouissances domestiques que procurent la vue, le toucher, l'ouïe, le goût, l'odorat, la volonté et l'action.

3. Là ceux qu'on appelle les enfants et la femme de la maison, sont de fait les loups et les chacals qui ravissent au mauvais maître, sous ses yeux et malgré lui , le petit agneau qu'il garde.

4. Comme une terre, quoique labourée tous les ans, se couvre, au moment des semailles, de touffes d'herbes, de gazoâ et de végétaux, à moins que les [mauvaises] graines n aient été brûlées, ainsi la condition de maître de maison est la terre où les actions ne périssent jamais ; cette condition en effet est la demeure des désirs.

5. Là dépouillé de ses biens par des hommes vils qui sont les taons et les mousquites, et par des brigands ou des voleurs qui sont les sauterelles et les vautours, il s'égare sur cette route; et, le cœur troublé par les désirs et par les oeuvres fruit de l'ignorance, il aperçoit la ville des Gandharvas, c'est-à-dire la condition humaine, qui n'a pas de réalité, mais à laquelle sa vue trompée lui fait croire.

6. Quelquefois il se précipite vers les objets qui sont comme Teau d'un mirage, emporté par le désir violent de boire, de manger et de se hvrer au plaisir.

7. Ailleurs il recherche l'or, ce sédiment [du feu], dont la couleur et les qualités attirent son esprit, mais qui est le siège de tous les vices ; et il le poursuit comme celui qui désirant du feu avec ardeur, court après le Démon. qui ressemble au brandon enflammé.

8. Quelquefois absorbé par la recherche des divers moyens propres à soutenir sa vie , qui sont une maison , de l'eau et des richesses, il court çà et là dans cette forêt de l'existence.

9. Tantôt pressé entre les bras d'une femme qui ressemble à la tempête, plongé par sa passion dans les ténèbres de la nuit, franchissant toutes les bornes, les yeux pleins de poussière, c'est-à-dire l'esprit égaré, il ne connaît plus les Dieux qui gardent les points de l'espace.

10. Tantôt, après avoir une fois reconnu la vanité des objets, il perd la mémoire en songeant à son corps, et court de nouveau vers ces objets qui ressemblent à l'eau d'un mirage.

U. Semblables aux grillons et aux chouettes, ses ennemis et les gens du roi, présents ou absents, déchirent ses oreilles et son cœur de leurs injures dont l'excessive violence lui cause le vertige.

12. Si dans une vie antérieure il a fait quelque bonne action, alors semblable à celui qui recherche les puits empoisonnés et les branches du Kâraskara et du Kâkatunda vénéneux, il court, vivant

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