LIVRE CINQUIÈME
19. Non, cet empire sur les régions souterraines ne fut pas la récompexise du don de la terre, (un tel don eût valu la délivrance même,) que Bali, plein de foi et Tesprit pénétré d'un profond respect, fit, parce qu il l'en trouva digne, à Bhagavat, qui est la vie et Tâme de tous les êtres doués de vie, à Vâsudêva, Tâme suprême, le plus saint des lieux de pèlerinage ;
20. A celui dont l'homme, empêché par une chute, par un défaut de prononciation, ou par la nécessité d'éternuer, n'a qu'à prononcer une seule fois le nom , pour secouer aussitôt le lien des œuvres , auquel les sages ne savent échapper que par d'autres moyens ;
21. A ce Dieu, l'âme de tous les hommes maîtres d'eux-mêmes, qui partagent ses perfections; à ce Dieu enfin qui donne la vie et qui est la première des âmes.
22. Bhagavat ne lui accorda pas non plus sa faveur, puisqu'il ne lui donna que des plaisirs et une puissance , œuvre de Mâyâ , dont l'effet est d'enlever à l'homme le souvenir de l'Esprit.
25. Quand le Dieu, qui ne voyait pas d'autre moyen [de le soumettre] , lui eut, par une demande captieuse, enlevé les trois mondes, en ne lui laissant que son corps, Bali enveloppé par les chaînes de Varuna, et précipité dans la caverne de la montagne, s'écria :
2ft. « Certes il ne connut pas bien ses intérêts le bienheureux « Indra , qui a pris pour conseiller unique Vrïhaspati son ami , lors- <f que négligeant Upêndra , il me fit demander par ce Dieu les biens M du monde pour lui, et pour moi l'esclavage; qu'est-ce en effet que (( les trois mondes, limités comme ils sont à la durée d'un Manvan- « tara , cette portion d'un temps dont la rapidité est incalculable ?
25. « Si notre aïeul privé de son père, que Bhagavat venait de « mettre à mort, a mieux aimé être esclave du Dieu, parce qu il pen- « sait à sa demeure suprême , que de recevoir l'héritage paternel , « dont la possession tranquille lui était assurée par Bhagavat ,
26. t Comment celui qui n'est pas plus que moi purifié de ses « souillures et soutenu par la faveur de Bhagavat, pourrait-il désirer « de suivre la voie de ce magnanime personnage ? »
27. On exposera plus tard en détail l'histoire de Bali, à la porte
duquel se tient , la massue en main , le bienheureux Nârâyana luimême, le précepteur de tous les mondes, dont le cœur est plein de pitié pour ses amis, et qui vainqueur jusqu'aux limites de f horizon, repoussa d'un coup de pied, à la distance d'un million de Yôdjanas, le Rakchas aux dix têtes.
28. Plus bas que Sutala est Talâtala , où le chef des Dânavas , Maya , le roi de Tripura , après avoir vu ses trois villes consumées par Bhagavât son ennemi, qui voulait le bien de trois mondes, obtint un asile de sa bienveillance, et où ce maitre des magiciens, protégé par Mahâdêva , habite dans sa gloire , sans craindre l'arme Sudarçana.
20. Au-dessous est Mahâtala, où vivent quelquefois sans inquiétude au milieu de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs amis et de leurs maisons, les Kuhakas, les Takchakas, les Kâliyas et les Suchênas, chefs de la troupe, qu'on nomme colérique, des serpents à plusieurs têtes, ces fils de Kadru, à la crête large, qu'eflfraye incessamment le roi des oiseaux, monture de Vichnu.
50. Au-dessous est Rasâtala , où vivent cachés comme des serpents les fils de Diti, les Dânavas et les Panis, nommés les Nivâtakavatchas, les Kâlêyas, les Hiranyapuravâsins , ces adversaires des Dieux, doués, par le seul fait de leur naissance, d'une grande vigueur et d'une énergie extrême, mais dont la splendeur de Hari, qui étend sa puissance sur tous les mondes, a brisé l'orgueil; ils tremblent au nom d'Indra, que font entendre les aboiements, semblables à un Mantra, de Saramâ la chienne messagère de ce Dieu.
31. Au-dessous est le Pâtâla, qu'habitent les chefs du monde des Nâgas, Çagkha^ Kulika, Mahâçagkha, Çvêta, Dhanamdjaya, Dhrïtarâchtra, Çagkhatchûda , Kambala, Açvatara, Dêvadatta et d'autres dont Vâsuki est le chef, tous ayant de larges crêtes, tous pleins d'un immense courroux; les grands joyaux resplendissants dont sont parées les crêtes de ces serpents qui ont cinq, sept, dix, cent et jusqu'à mille têtes, dissipent par leur éclat les ténèbres épaisses qui obscurcissent les régions souterraines du Pâtâla.