LIVRE SIXIÈME
de Nârâyana , que Teau des fleuves ne peut purifier un vase qui a contenu des liqueurs enivrantes,
19. Les hommes qui éprouvant en ce monde de l'attrait pour les qualités de Krïchna^ ont fixé leur esprit une seule fois sur le lotus de ses pieds, ne voient plus, même en songe, Yama ni ses gardes armés de chaînes, car ils ont accompli leur pénitence.
20. Voici l'ancien Itihâsa que l'on raconte à ce sujet: c'est un dialogue entre les messagers de Vichnu et ceux de Yama ; apprends-le de ma bouche.
21. Il y avait à Kânyakubdja un certain Brahmane nommé Àdjâmila, qui avait épousé une esclave, et qui dégradé par cette alliance, violait toutes les pratiques des gens de bien.
22. Soutenant sa vie coupable par le pillage, le jeu, la fraude et le vol , cet homme impur tourmentait ses semblables pour nourrir sa famille.
25. Pendant qu'il vivait dans sa maison , occupé à caresser ses enfants, il s'écoula un temps considérable, ô grand roi, et le Brahmane atteignit la quatre-vingt-huitième année de sa vie.
24. Ce vieillard avait dix fils; le dernier de tous, qui était encore enfant, se nommait Nârâyana, et était l'objet de toute TafiTection de son père et de sa mère.
25. Attaché de toute son âme à ce petit enfant qui ne faisait encore que balbutier, le vieux Àdjâmila éprouvait u% plaisir extrême à regarder ses jeux.
26. Soit qu'il mangeât, qu'il bût, ou qu'il prît de la nourriture, enchaîné par l'afiection qu'il avait pour cet enfant, il le faisait boire ou manger, et l'insensé ne voyait pas que le Dieu de la mort s'approchait.
27. Pendant qu'il suivait cette conduite ignorante, le moment de la mort survint pour lui, et il songea aussitôt à son jeune fils nommé Nârâyana.
28. A la vue des trois gardiens de Yama, qui redoutables, les chaînes à la main, la bouche de travers et les poils hérissés, s'avançaient pour l'entraîner.
29. Adjâmila tout ému appela d'une voix forte et prolongée son fils Nârâyana, qui était occupé à jouer loin de lui.
50. En entendant le nom de leur maître prononcé par le Brahmane, qui en mourant répétait un des titres de Hari, les serviteurs de ce Dieu arrivèrent aussitôt.
51. Au moment où les gardes de Yama arrachaient à son propre cœur Adjâmila le mari de Tesclave, les messagers de Vichnu les arrêtèrent par leur énergie.
52. Qui êtes-vous, pour vous opposer aux -ordres de Dharmarâdja ? leur dirent les serviteurs du fils de Vivasvat, auxquels ceux de Vichnu faisaient obstacle.
55. A qui appartenez-vous? et d'où venez-vous? et pourquoi nous empêchez-vous d'agir? Êtes-vous des Dieux ou des Dieux inférieurs? êtes- vous les chefs des Siddhas ?
54. Vous qui avez tous des yeux semblables à la feuille du lotus, tous des vêtements de soie jaune, un diadème, des pendants d'oreilles, une brillante guirlande de nymphaeas ;
55. Vous qui êtes tous à la fleur de l'âge , qui avez tous quatre beaux bras, et qui portez un arc, un carquois, un glaive, une massue, une conque, le Tchakra et le lotus, dont vos mains sont parées ;
56. Vous qui par votre splendeur dissipez les ténèbres et e£Pacez toute autre lumiéire sur l'horizon, pourquoi nous arrêtez-vous, nous qui sommes les serviteurs du Dieu de la justice?
57. Quand les messagers de Yama eurent ainsi parlé , ceux qui obéissent aux ordres de Vâsudêva leur répondirent en souriant, avec une voix profonde comme le bruit des nuages.
58. Les messagers de Vichnu dirent : Si vous agissez en effet d'après les ordres de Dharmarâdja, dites-nous quelle est l'essence et le caractère de la justice ?
59. Comment s'applique le châtiment, et quel en «st le véritable objet? Tous les hommes qui se livrent à l'action, doivent-ils être punis , ou bien seulement quelques-uns d'entre eux ?
40. Les messagers de Yama dirent : La justice et son contraire