LIVRE SIXIÈME
hommes voluptueux^ qui ODt violé leurs devoirs^ souffrent les supplices de Yama.
50. Est-ce un songe, ou feien ai-je réellement vu ici un miracle? Où sont maintenant partis ces hommes qui , des chaînes à la main , m^emmenaient avec eux ?
51. Et où sont-ils allés ces quatre Siddhas dont l'extérieur était si heau, et qui me délivrèrent, au moment où, chargé de chaînes, j'étais entraîné sous terre ?
52. Il faut que je sois bien heureux pour avoir mérité de voir, misérable comme je le suis, ces chefs des Immortels, dont la présence a calmé mon cœur.
55. Autrement l'époux impur d'une esclave n'eût pu , au moment de sa mort, prononcer ici le nom de Vâikuntha.
54. Que suis-je moi, pécheur plein de malice, homme sans pudeur et honte de la race des Brahmanes? et qu'il est grand le bonheur que j'ai eu de prononcer le nom de Bhagavat, quand je me suis écrié : Nârâyana !
55. Je ferai donc tous mes efforts, en me rendant maître de mon esprit, de mes sens et de ma respiration, pour ne pas me plonger de nouveau dans les ténèbres épaisses [ de l'Enfer ] .
56. Dégagé des liens que produisent l'ignorance, la passion et les œuvres, bienveillant pour tous les êtres, calme, charitable, plein de compassion , maître de moi ,
57. Je m'affranchirai de l'empire de l'Illusion dont l'esprit est l'esclave, et qui sous la forme d'une femme, s'est fait de moi un jouet, comme d'un misérable animal.
58. L'esprit fixé sur l'Etre qui existe réellement, renonçant à l'idée du moi et du mien qu'on attache au corps et aux autres objets, je déposerai au sein de Bhagavat mon cœur purifié par la récitation de son nom et par d'autres pratiquas.
59. Plein de cette indifférence 'salutaire pour le monde, qu'il avait acquise par cette rencontre d'un instant avec des êtres vertueux, il se rendit à Gaggâdvâra, après avoir brisé tous ses liens.
40. Là, assis dans cette demeure divine, livré au Yoga, maître de
la réunion de ses sens qu'il avait ramenés en lui-même, il unit son cœur à son esprit,
41. Puis détachant son esprit des qualités, à Taide de la méditation dont son âme était devenue pour lui l'objet, il l'unit avec la forme de Bhagavat, qui est Brahma, qui est tout intelligence.
42. Dès que sa pensée se fut arrêtée sur cet objet, il vit devant lui et reconnut les personnages qu'il avait vus autrefois, et il les salua en inclinant la tête.
43. Abandonnant son corps, aussitôt après cette vue, dans un étang sacré auprès du Gange, il revêtit aussitôt la forme des êtres qui se tiennent aux côtés de Bhagavat.
44. Monté sur un char d'or, il fut transporté à travers les airs, avec les serviteurs de Mahâpurucha, et se rendit au séjour qu'habite l'époux de Çrî.
45. C'est ainsi que le mari d'une esclave, qui avait violé toutes les lois et oublié ses devoirs, qu'un homme dégradé pour une action aussi coupable, qui venait d'être précipité dans l'Enfer, fut immédiatement délivré pour avoir prononcé le nom de Bhagavat.
46. Non, il n'est pas, pour ceux qui veulent se sauver, de plus sûr moyen de trancher le lien de l'action , que de répéter le nom de celui dont les pieds sont comme un étang sacré; car alors le cœur qui en employant d'autres moyens, reste toujours souillé par la Passion et les Ténèbres, ne s'attache plus désormais aux œuvres.
47. Celui qui écoute avec foi, ou qui récite avec dévotion cet Itihâsa suprême et mystérieux, qui enlève tous les péchés,
48. Ne va pas dans l'Enfer, et n'est pas regardé par les serviteurs de Yama; quelque coupable qu'il puisse être, il est glorifié dans le monde de Vichnu.
49. Si Adjâmila lui-même, pour avoir, en mourant, prononcé le nom de Hari, quand il ne faisait qu'appeler son fils, a pu parvenir à k demeure du Dieu , que sera-ce de celui qui prononcera ce nom avec foi ?