‹ Le Bhâgavata PurânaChapitre 246 sur 255 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

9. Çuka dit : Ayant entendu ces paroles, le bienheureux Çiva, dont Tintelligence est profonde, sourit et garda le silence au milieu de rassemblée, et les assistants ne le rompirent pas davantage.

10. Mais au moment où l'orgueilleux roi qui se croyait maître de lui-même, mais qui ne connaissait pas Ténergie de Çiva, prononçait ces outrageantes paroles, la Déesse irritée lui parla ainsi.

11. Pârvatî dit : Est-ce que celui-là est le maître du monde, est-ce qu'il est le souverain qui porte le sceptre du châtiment, pour attaquer si fort des êtres misérables et privés de pudeur comme nous ?

12. Apparemment il ne connaît pas la loi, le Dieu né du lotus; ils ne la connaissent pas davantage, les fils de Brahmâ, Bhrîgu, Nârada et les autres, Kumâra (Sanatkumâra*), Kapila et le Manu, puisqu'ils n'arrêtent pas Hara, qui viole toutes les règles.

15. Mais c'est lui qu'il faut punir, ce misérable Kchattriya, cet orgueilleux qui méprisant les sages, se permet de gourmander Celui dont les pieds sont pour eux tous un objet de méditation , le précepteur de l'univers , qui est la félicité des félicités.

14. Non, il ne mérite pas de s'approcher des pieds de Vâikuntha que vénèrent les hommes vertueux , cet être stupide dont l'esprit est gonflé d'orgueii:

15. Descends donc, méchant enfant, dans la matrice coupable d'un Asura, pour que tu n'insultes plus ici les grands personnages.

16. Çuka dit: Frappé par cette malédiction, Tchitrakêtu tomba de son char; mais il inclina la tête devant la Déesse Satî afin de se la rendre favorable.

17. Tchitrakêtu dit': Je reçois, les mains jointes avec respect, ê Ambikâ, la malédiction que tu lances contre moi; ce que disent les Dieux à un mortel est pour lui la sentence du Destiu.

18. Errant, égaré par l'ignorance, dans ce cercle du mondé, l'homme y trouve en tout temps et en tout lieu le plaisir et la peine.

19. Ce ne sont ni son âme, ni les autres qui! sont pour l'homme la cause du bonheur ou du malheur ; l'ignorant [seul] croit que son âme et que les autres sont agents dans ces phénomènes.

20. Au milieu de ce courant des quahtés, qu'est-ce que la malé-

diction et qu'est-ce que la Éaveur ? qu est-ce que le Ciel ou l'Enfer? qu est-ce que le plaisir ou la peine ?

21. C'est Bhagavat seul qui à l'aide de sa Mâyâ, dbnne l'existence aux êtres , et qui exempt lui-même de parties , crée pour eux l'esclavage ou la délivrance, le plaisir ou la peine.

22. Il n'a ni ami, ni ennemi, ni parent, ni allié, ni adversaire, ni partisan ; toujours éçal et privé de passion , le bonheur ne fait pas naître en lui l'amour; d'où lui viendrait donc la colère.^

25. Cependant la création, œuvre de son énerçie, suffit pour assurer aux âmes douées d'un corps le plaisir ou la peine, le bonheur ou le malheur, l'esclavage ou la délivrance, la naissance ou la mort, et pour les faire entrer dans la révolution du monde.

24. Je ne te supplie pas toutefois, 6 Déesse passionnée, de me délivrer de ta malédiction ; consens seulement à me pardonner ce que tu trouves d^ blâmable dans mes paroles.

25. Çuka dit : Tchitrakêtu ayant ainsi cherché à se rendre favorables Giriça et sa femme, partit avec son char, à la vue des deux Divinités qui souriaient.

26. Ensuite le bienheureux Rudra s'adressa en ces termes à Rudrânî, au milieu des Dêvas, des Rïchis, des Dâityas, des Siddhas et des autres assistants qui écoutaient^

27. Rudra dit : Tu as vu, belle Déesse, la grandeur des esclaves des serviteurs de Hari aux œuvres merveilleuses , de ces sages magnanimes qui sont exempts de désirs.

28. Les hommes exclusivement dévoués à Nârâyana sont tous à l'abri du danger, de quelque côté qu'il vienne; le Ciel, la délivrance ou même l'Enfer,' sont pour eux des états qu'ils envisagent du même regard. .

29. C'est de l'union des âmes avec le corps, cette œuvre des jeux du Seigneur, que naissent les impressions opposées du plaisir et de la peine, ainsi que la naissance et la mort, la malédiction et la bienveillance,

50. C'est l'ignorance qui produit dans l'esprit des hommes ces distinctions entre les objets extérieurs, ainsi que la différence du bien

Page 1