‹ Le Bhâgavata PurânaChapitre 59 sur 255 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

HISTOIRE DE PRÏTHU.

1. Mâitréya dit : Les Brahmanes ayant ensuite agité les bras du roi Véna, qui était mort sans postérité, en firent sortir deux enfants, un fils et une fille.

2. A la vue de ces deux enfants, les Rïchis qui expliquent le Vêda, y reconnaissant une portion* de la substance de Bbagavat, s écrièrent, pleins d'une extrême joie :

3. Celui-ci est une portion de la substance du bienheureux Vichnu, qui est faite pour purifier le monde; celle-là est une création de Lakchmi, la compagne fidèle de Purucha.

4. De ces deux enfants, le mâle deviendra le premier roi; ce sera le Mahârâdja, nommé Prïthu, dbnt la gloire et la renommée seront répandues au loin. '

5. Celle-ci sera sa royale épouse ; douée d'une taille parfaite et de bell^ dents, faite pour rehausser les ornements et la vertu ellemême, elle sera, sous le nom d'Àrtchis, inviolablement attachée à Prïthu. ^

6. Cet enfant est sans contredit une portion de Hari, qui est né dans le désir de sauver le monde; et cette fille est certainement Çrî son épouse dévouée, compagne inséparable du Dieu quelle a suivi [sur la terre].

7. Alors les Brahmanes louèrent cet enfant; les cheÉ^.des Gandharvas chantèrent; les Siddhas laissèrent tomber une pluie de fleurs; les nymphes célestes exécutèrent des danses.

8. Les conques, les instruments de musique, les tambourins et les timbales retentirent dans le ciel ; les troupes des Dêvas , des Rïchis et des Pitrïs se rendirent au lieu [où était né ce couple].

9. Brahmâ, le précepteur de Tunivers, qui y était venu aussi avec les Dieux, chefs des Suras, ayant remarqué dans la main droite du £ds de Vêna le signe du Dieu qui porte la massue,

10. Et sous la plante de ses pieds le lotus, reconnut quil était bien une portion de Hari; car celui sur lequel se voit lempreinte de l'irrésistible Tchakra , celui-là est une portion du Seigneur.

11 • Quand les Brahmanes qui expliquent le Vêda se préparèrent à le sacrer, les peuples apportèrent de toutes parts ce qui devait servir à la cérémonie.

12. Les fleuves, les mers, les montagnes, les éléphants, les vaches, les oiseaux, les animaux des forêts, le ciel, la terre, tous les êtres enfin se réunirent pour lui offrir des présents.

15. Dès quil fut sacré Mahârâdja, le prince, couvert de riches vêtements et d'ornements précieux, et accompagné d'Artchis sa femme, qui était bien parée, resplendit comme un second Agni.

14. Le Dieu qui donne les richesses lui fit présent, ô guerrier, d'un magnifique trône d'or; Varuna, d'un parasol éclatant de blancheur comme la lune, duquel s'échappait de l'eau;

15. Vâyu, de deux éventails faits de la queue [du Yak]; Dharma, d'une guirlande de gloire; Indra, d'un diadème élevé, et Yama, du sceptre fait pour punir;

16. Brahmâ, d'une cuirasse formée par les Vêdas; Bhâratî, d'un très-beau collier; Hari, du Tchakra Sudarçana, et Lakchmî, la femme de Hari , d'un bonheujr non interrompu ;

17. Rudra, d'un glaive dont le fourreau était orné de dix lunes, et Ambikâ, d'une arme pareille sur la gaîne de laquelle cet astre était répété cent fois; Sôma, de chevaux formés d'ambroisie; Tvachtrï, d'un char, trésor de beauté;

18. Agni, d'un arc fait de corne de bélier et de taureau; le Soleil, de flèches faites de ses rayons; la Terre, de sandales formées par le Yoga; le Ciel, d'une guirlande de fleurs qui se renouvelait chaque jour^

19. Les êtres qui habitent l'atmosphère, lui donnèrent l'habileté dans les arts de la danse, du chant et des instruments, ainsi que la

faculté de se rendre invisible; les Rïchis, des bénédictions sincères; et rOcéan, une conque née dans son sein.

20. Les mers, les montagnes et les fleuves donnèrent à ce prince magnanime des routes pour son char; ensuite le Barde, le Panégyriste et le Héraut s'apprêtèrent à le louer.

21. Mais rhéroïque fils de Vêna, Prïthu, devinant leur dessein, leui; dit en souriant, avec une voix retentissante comme le bruit des nuages.

22. Prithu dit: Barde, Panégyriste, et toi, mon Héraut, si vous me louez aujourd'hui que mes vertus sont encore ignorées du monde, sur quoi porteront vos éloges? Ah I craignez qu'en me célébrant vos chants ne deviennent menteurs.

25. Réservez donc pour l'avenir, ô vous dont les chants sont si beaux, la louange destinée à la gloire qui m'est promise. Les membres d'une assemblée où doivent se chanter les vertus du Dieu dont la renommée est excellente, ne font pas louer un homme d'un mérite vulgaire.

24. Quel est l'homme qui, même capable de réaliser en lui les vertus des grandes âmes , se fait louer par des panégyristes pour les mérites qu'il n'a pas encore.^ « Mais, [dit le Barde,] ces mérites pour- « ront lui venir. » Et trompé par l'événement, l'insensé ne s'aperçoit pas qu'il est la risée du monde.

25. Les princes les plus fameux et les plus magnanimes connaissent la modestie , et ils savent repousser aussi bien leur propre éloge qu'un acte de courage que condamnerait la loi.

26. Mais nous, Barde, qui ne sommes pas encore connus dans le monde par des actions d'éclat, comment irions-nous, ainsi qu'un enfant, nous faire louer nous-mêmes?

FIN DU QUINZIÂM B CHAPITRE , AYANT POUR TITRE

HISTOIRE DE PRITHU,

DANS LE QUATRIÈME LIVRE DU GRAND PURAÇA

LE BIENHEUREUX BHÂ6AVATA ,

RECUEIL INSPIRA PAR BRAHMÂ ET COMPOSE PAR VYÂSA

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