VI PREFACE
M. Lebrun, directeur de llmprimerie royale, ne meut donné le moyen de corriger une erreur que le tirage des premières feuilles avait rendue irréparable. Il s*agit de la généalogie de f ancien sage Uçanas, dont le nom , comme on sait, a été transporté à la planète Vénus. Notre Purâna le fait descendre du patriarche Bhrïgu, par Vidhâtrï, deuxième fils de Bhrïgu et père de Prâna, qui eut pour fils le solitaire Vêdaçiras. Jusque-là cette descendance, qui d'ailleurs n est pas la même dans tous les Purânas^ ne &it pas dijSiculté; le texte est si clair que Çrîdhara ne le commente même pas. Arrivé à Vêdaçiras (liv. IV, cb. i, st. 45), le texte continue
ainsi: muilil<î$l{l gf^Tî I Sfîf^ ^Tufet ^FT HJI*ll^l(Hn ^rT: , ce qui interprété littéralement, signifie : «De Prâna [est né] Vêda- « ciras le solitaire, et Kavi le Bbargavide, dont le bienbeureux « Uçanas fiit le fils. » Tel fot en effet le sens qui s oflBrit le premier à moi lorsque je traduisis ce passage, et c'est exactement celui qu adopte Çrîdhara dans son commentaire^. Mais, et le dictionnaire de Râdbâkant Dêb, et celui de Wilson, et la traduction du Vicbûu Purâna, publiée par ce savant, citant tous ces noms propres, je devais consulter ces livres, et voici les renseignements que j'y trouvai et dont je crus longtemps qu'on devait se servir pour l'interprétation du texte en question.
Premièrement , Râdbâkant Dêb et Wilson^ donnent le nom de Kavi, non comme celui d'un sage distinct d'Uçanas, mais comme celui d'Uçanas lui-même, qui, on le sait, est appelé encore Çukra. Une fois Kavi devenu synonyme à' Uçanas, ce mot n'était
^ WilsoD, The Vish^u Purdf^a,^^. 82 , importante ne se trouve pas dans Tédition
note 1 . du Bengale ; je remprunte à Tédition litho-
2 Voici sa glose : ef?fSrar iTufe: H^J SÇî • graphiée de Bombay. ïï^ ^\ ^: 3SRT: «Et Kavi le Bbargavide, ' Çabdakalpadrama, tom. I, pag. ôi4>
« c'est-à-dire le descendant de Bbrïgu, du- col, 2; et Sanscrit Diction, p. 2o4, col. 1 ,
« quel Kavi Uçanas fut le fils. ■ Cette glose 2' édition.
PREFACE. vu
plus susceptible d'un autre sens que de celui de « sage, chantre « inspiré, » qu*ii a dans tous les monuments de la littérature sanscrite , et je devais en faire une épithète du nom d'Uçanas. Secondement, M. Wilson développant dans une note spéciale la généalogie des descendants de Bhrïgu, s^exprime ainsi : « Védaçiras « épousa Pîvarî, et en eut beaucoup d*enfants, qui formèrent la « famille ou tribu brahmanique des Bhârgavas, fils de Bhrïgu. Le « plus célèbre d entre eux fut Uçanas, le précepteur des Dâityas, « qui , suivant le Bhâgavata , était ^ fifls de Védaçiras , mais que le « Vâyu Purâna dit fils de Bhrïgu et de Pâulômî , et qu'il fait naître « dans un autre âge ^ » Les mots^ suivant le Bhâgavata, étaient dé- * cisifs; il me parut évident que M. Wilson avait eu sous les yeux le passage qui nous occupe, quil y avait vu qu'Uçanas était fils de Védaçiras, et qu'ainsi il ne fallait pas chercher dans Kavi un personnage distinct d'Uçanas. Je franchis donc ce degré, et je fis rapporter le vers cité plus haut à Védaçiras, de cette manière : «Duquel le chantre inspiré, descendant de Bhrïgu, le bienheu- « reux Uçanas fiit le fils. »
Dans tout ceci je cédais évidemment à l'influence qu'exerçait sur mon esprit une grande autorité européenne, celle d'un homme qui a sur nous tous l'incontestable avantage d'avoir puisé la connaissance qu'il possède de l'Inde ancienne à la source encore vive de la tradition brahmanique. On va voir maintenant avec quelle facilité le texte se prête à une interprétation di£Pérente ; et l'on jugera s'il ne vaut pas beaucoup mieux le suivre ici servilement, et se soumettre à l'autorité, si souvent contestable d'ailleurs, de Çrîdhara, le Vichnouvite avenue et passionné.
Et d'abord, l'interprétation littérale du vers est toute en faveur du premier sens. Le texte, il est vrai, ne s'explique pas sur le
^ WilsoD, Tke ViihpaPurdi^a, loc. cit.
ivtii PREFACE.
rapport de Kavi à Vêdaçiras, mais il place le premiCT de ces personnages auprès de lautre, comme s'ils étaient frères, de cette façon: «De Prâna [est né] le solitaire Vêdaçiras, et Kavi, descen- <f dant de Bhrïgu, duquel fut fils le bienheureux Uçanas. » C'est déjà une présomption en faveur de ce sens , que la facilité avec laquelle on Tobtient. Mais qu est-ce que ce Kavi dont Râdhâkant Dêb et Wilson, d'après Tautorité des lexicographes indiens, Amarasiftha et Hêmatchandra , font un autre nom dTJçanas? Y a-t-il deux Kavis, lun dont parle le Bhâgavata et qui est le père d'Uçanas, l'autre dont parlent les lexicographes précités et qui est Uçanas lui-même? Voici, je crois, le moyen de sortir de cette difficulté. Oui, il y a un Kavi, que le Bhâgavata Purâna nous représente comme le père d'Uçanas, et auquel le Rïgvèda fait allusion en plus dun endroit, quand il joint au nom d'Uçanas le titre patronymique de Kâvya , de la manière suivante : SÏ^TT «hloU: , ce que Rosen a bien traduit : Usanas Kavis jilius, guidé ici parle commentaire de Sâyana, qui exphque Kâvya par ^^\ q[^; «le « fils de Kavi^ » Ce nom de Kâvya est même vulgaire chez les lexicographes indiens. Amara, et après lui Hêmatchandra le donnent parmi les noms d'Uçanas ; c'est le seul que cite Puruchôttama Dêva dans son court vocabulaire ^. Notre Bhâgavata le connaît également, car la Me d'Uçanas est nommée en un endroit « fille « de Kâvya ^; » et dans un autre, Kâvya est employé comme synonyme d Uçanas'^. L'existence d'un Kavi, père d'Uçanas, cité par le Rïgvêda et par son commentateur Sâyana , n'est donc point contestable ; c'est le Kavi de notre Purâna , c'est le père d'Uçanas *.
^ Rïgvéia, 1. 1, c. vi, kymn. 83, p. 164; ^ HdrdvaU, st. 36, pag. 8, éd. Gale,
c. Yiii , hymo. 1 3 1 , pag. 362 . Veddriha pra- ^ Bhâgavata Purâna, 1. V, ch. i , st. 35.
hâça, tom. I, pag. 266 a et 365 a de mon ^ Ibid. 1. VI, ch. vii, st. 23.
manuscrit. ^ Il ne faut pas confondre ce personnage