‹ Le Bibliographe alsacien (volume 2)Chapitre 108 sur 127 · UNE LETTRE INÉDITE DE VIVANT DENON · texte numérisé non relu

UNE LETTRE INÉDITE DE VIVANT DENON

La lettre dont nous publions ici un fragment, quoique siguée d'un nom connu, ne brille pas sous le rapport littéraire; mais cela ne diminue en rien l'intérêt qu'elJe présente. Ces recherches ordonnées par le premier consul sitôt après son avènement au pouvoir, à l'effet d'obtenir un portrait authentique de Charlcmague, ne se rattachent-elles point à ce rêve de l'empire d'Occident auquel il a tout sacrifié? A ce titre, la lettre de Vivant Denon n'est pas indigne de figurer dans ce recueil , d'autant plus qu'elle a été écrite à l'occasion d'un document alsacien. Le diplôme de Charlemagne dont elle parle

provient des archives de Murbaeh : c'est une confirmation des privilèges de la vieille abbaye, datée du 13 janvier 772, dont YAUatiu diplomatica renferme un fac-similé fort bien fait. Le sceau y est reproduit , et il n'est pas difficile d'y reconnaître l'effigie gravée sur les médailles de l'empereur Commode. L'œil d'un antiquaire ne prendra jamais le change à cet égard, et, ce fait qui n'est pas sans intérêt, Napoléon lui-même ne s'y est pas trompé.

Ou pourrait peut-être relever d'autres traits encore daus cette curieuse lettre ; tel est l'euphémisme suranné en 1804 employé par Deuon en parlant de Fa royauté de Charlemagne. Le gouvernement français préteudait encore, il est vrai, au nom de république, et le titre que portait le soldat du 18 brumaire désignait une magistrature républicaine. Mais ces susceptibilités un peu puériles qui avaient imposé des corrections à la langue usuelle n'existaient plus, et l'excellent Denon commettait, en parlant du roi en France, un innocent anachronisme.

La lettre au futur baron de l'Empire Félix Desportes , d'un caractère entièrement privé, ne sfc trouve pas eu original aux archives du département du Haut-Rhiu. Il n'existe qu'un extrait sans authenticité, tel que nous le publions ici, délivré par le préfet en même temps sans doute qu'il faisait restituer à ce riche dépôt lo diplôme qu'il en avait emprunté. X. Mossmann.'

1. M. Mossraann a qui lo Bibliographe doit cet article, est nu travailleur infatigable : on annonce de lui un livro sur Guebwiller et Murbaeh, de plus nous croyons savoir qu'il prépare une traduction d* VIlialoire de l'antiquité" de Dunekcr.

Pari* , le îâ nivôse an XII.

(il jWiT moi.)

BIMLTIOX.

Vivant Denon, membre de l'Institut national, directeur général du Musée Napoléon, de la Monnaie, des médailles, etc.,

Au citoyen Félix Desportes, préfet du département du Ilaut-lihin.

Je vous remercie bien, mon cher Préfet, du diplôme qui est fort intéressant par son ancienneté et par le sceau qui le valide1; malheureusement ce n'est qu'un sceau d'adoption, composé d'une pierre sur laquelle est gravée la tête de l'empereur Comode (sic), avec une légende du roi en France qu'on y a ajoutée. Le style du temps et la ressemblance parfaite ne peuvent laisser aucun doute là-dessus.

Je regrette bien que toutes mes recherches soient vaincs sur celles (les ressemblances?) de Charlemagne; mais il me paroîl que c'est sans ressource.

,T ai fait mouler le sceau comme une curiosité qui lève le doute sur la pensée que l'on avoit que l'anneau de Charlemagne eut pour empreinte le propre portrait de ce prince, ainsi que cela est écrit; mais le style de cet ouvrage et la ressemblance de Commode attestent la fausseté de cette arsertion.

Le premier consul, à qui je l'ai fait voir en lui disant combien vous aviés partagé mon zèle à cet égard, a fait de

I. L'original exhte encore dans les archive* du département du Haut-Rhin.

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