‹ Le Bibliographe alsacien (volume 2)Chapitre 23 sur 127 · IM · texte numérisé non relu

IM

«tir la place sans le* blessés et grand fwmbre faits prisonniers f 32 drapeaux pris, (> étandarts, plus de 30 pièces de canons, leur munition et leurs tentes ; la bataille fut donnée le 15 novembre sur le prince de liesse- Casse! , supérieur en nombre , par M. le mareschal de Tallard.

La principale gravure représente un combat de cavalerie devant la ville de Spire. Au centre se trouve le maréchal de Tallard, à cheval, entouré de son état-major, et donnant des ordres.

Au-dessous se trouve : La prise de la viUe de Brisac par l'armée du Boy , commandée par Monseigneur le duc de Bourgogne, le 7e septembre 1103 , après traite jours de tranchée ouverte.

En haut se trouvent trois autres vignettes. Celle du milieu représente : La prise de la ville de Landau par l'armée du Iioy, commandée par M. le maresdial de Tallard, le 18e novembre 1103 , après 30 jours de tranchée ouverte.

Celle de gauche représente: La prise du fort de Kell (Kehl), après 10 jours de tranchée ouverte, par l'armée du Roy, commandée par M. le mareschal de Villars , le IV mars 1703.

Et la troisième , à droite : La prise de 5 vaisseaux holandois et une frégate angloise de 20 canons , dont l'un des 5 fut coullé à fond par M. de Coetlangon le 16 juin 1103.

L'almanach est disposé en bas dans les deux coius par six mois de chaque côté, et entre les deux compartiments on lit : Ijc 11 mars 1103 M. l'Electeur de Bavière deffil les Impériaux près de Seherding sur le comte Schlick , prit le

bagage, 3,000 furent tues, 400 faits jrrisonniers , 4 pièces de canon, 4 mortiers, toutes les munitions, 18 ètandars et 1,000 chevaux.

Le 30 juin 1103 M. le mareschal de Bouflers et M. le marquis de Boedmar attaquer les ennemis à une lieue et demie d'Anvers, jrrès de Keren, où ils furent deffaits. 4,000 morts sur le cJiamps de bataille, 500 prisonniers, six pièces de canons, 4 grands mortiers, 40 petits, 300 chariots d'outils et de bagages.

Le 20 septembre 1103 la bataille près tl'Hochstet gagnée sur le comte Stirum par l'armée du Roy, commandée par M. l'Electeur de Bavière, il y eut plus de 4,000 morts sur le champs de bataille, 5,000 prisonniers, 30 pièces de canons, 1 étandnrs, 6 drapeaux, 1 paires de timballes et tout leur bagage.

L'éditeur est M. Bonnart, rue Saint- Jacques , et le calendrier est pour l'an de grâce 1704.

Ces calendriers formaient , comme ou le voit, une espèce de chronique illustrée, et ont dû en tirer leur vogue dans un temps où le journalisme était peu développé et où les gazettes n'étaient accessibles qu'à un public trèsrestreint.

Les deux calendriers que je viens de décrire ici , outre l'intérêt historique général qu'ils présentent, forment ,en même temps deux Alsatica et ont ainsi leur place marquée dans ce recueil , quoiqu'il ne s'agisse pas de livres proprement dits. Me Jacques.

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

L'ancienne Alsace à table. Étude historique et archéologique sur l'alimentation, les mœurs et les mages épulaires de l'ancienne province d'Alsace, par Charles Gérard, avocat à la Cour impériale de Colmar. 1 vol. gr. in-8° de X-270 pp.

A la boune heure, voici un livre utile et agréable. M. Gérard a réuni en un volume ses excellents articles de la Revue d'Alsace; mais, animé d'une modestie aussi rare que regrettable, il ne Ta fait éditer qu'à un petit nombre d'exemplaires destinés à l'amitié.

Nous sommes persuadé que de cordiales indiscrétions, justement méritées, ébruiteront bien vite cette mystérieuse publication, digne d'être répandue urbi et or6i, et dont le texte fournirait tant de sujets au crayon d'un artiste ingénieux.

Que l'on ne s'y méprenne pas , ouvrez l'ouvrage , vous reconnaîtrez combien ce titre d'étude cache de trésors, et vous admirerez la patience , le labeur nécessaire, pour arriver à accumuler, à coordonner ces innombrables documents.

Avec quelle science, quel tact et quel charme, ils sont offerts à l'appétit du lecteur!

«Je parlerai do mon sujet, selon mon caprice, nn peu à tort et à

• travers, anecdotiquement pins qu'en toute autre forme. J'écris en . chapitre pour le plaisir do conter... je ne suis qu'un de ces incorri-

• gibles curieux qui préfèrent les petits mystères que beaucoup igno- . rent, aux grandes choses que tout le monde sait. .

Soit ! nous acceptons votre déclaration de principes, et nous vous en félicitons. Gloire à vous , studieux bénédictin , physiologue et historien , psychologue , antiquaire et gastronome! Gloire à vous, de comprendre si profondément le premier aphorisme du Professeur : * L'univers n'est rien que par la vie , et tout ce qui vit se nourrit. »

Ombres d'Archestrate, de Varron , d'Apicius, de Charles Estienne , de Bcrchoux , de Carême , de Brillât-Savarin , tressaillez d'allégresse ! Vous n'êtes point oubliées.

Maintenant , imitons l'auteur, glanons un peu à tort et à travers, et essayons de donner un avant-goût de son œuvre.

Voulez- vous de la physiologie descriptive?

. Passons à une autre branche de l'art. Nous voici en face do l'œuf,

< ce miracle de la nature, qui est à la foi8 la vie reproduite ou la vie

< suspendue , l'oiseau ou un trésor alimentaire , an gré de la fantaisie ■ ou du besoin do l'homme. »

Préférez-vous la philosophie du dessert ?

• Le dessert est dans l'alimentation ce que le madrigal et le sonnet « sont dans la littérature. On peut dire de lui comme du sonnet :

« Un deaêtrt aana défaut vaut »eul un long dîner. Lo dessert est « l'idolâtrie des femmes ot des enfants, do ce qu'il y a de plu» char-

• mant et do plus doux dans l'humanité. C'est la poésio légère de la

• cuisine, vive, fleurio, souriante, parée par l'esprit et l'imagination . do toutes les grâces et de toutes les élégances. Mieux que cela en- - core : c'est la féerie de la table. •

Êtes-vous partisan du patriotisme culinaire?

< J'aurais trahi la gloire de ma patrie , si j'avais laissé dans l'oubli

• ces lignes, qui peignent si vivement la puissance d'exaltation

• gustuelle dont est doué lo plus célèbre produit gastronomique de

. l'Alsace. • (Consulter, parmi les éprouvettes gastronomiques de Brillât - Savarin , le pâté de foie gras de Strasbourg.)

Vous désirez de l'archéologie ; le dessert nous amène aux devises. Sachez donc que :

«Le» bonbons à devise» faisaient fureur au XVill' siècle. Un

• Allemand qui se trouvait à Strasbourg en 1780 , s'exprime ainsi : Au

• de»»ert on aervit de» dtviêt». Chaque dame m'en envoya une et je lui en « adreêëai une en retour. KUe» excitaient de» rire» et de» plaitanterie».

• Quelque» p entée» aitez plate» que contenaient plutieur» d'elle» , firent

• dire au vieux pire, que le roi devrait a'oecvper d'une affaire au»»i »é-

• rieute que leplaitir de te» tujett , et charger l'Académie française, qui « n'a cependant rien à faire, de rédiger de» devite». L'on peut encore «exprimer le môme vœn aujourd'hui. (Voir Moschkrobch , Adelich « Leben , p. 174.) •

Peut-être ignorez-vous que l'origine de la mayonnaise se perd dans la nuit des temps?

Vous n'avez donc pas entendu parler d'un mets antique et fameux, appelé le Hotzenblotïî ou Zuisenlin? Écoutez la recette :

« B'il te rette un poulet froid , tu le découpera* dan» une ca**erole , tu « y ajoutera* de» oignon» taillé» en rouelle» et mouillera* le tout d'un « bain de vigoureux vinaigre; tu mêlera* et travaillera* convenablement. « Qui ne reconnaît là le premier bégaiement de l'idée qui devait nn

• jour produire la mayonnaise ! •

Et les Wasser-Striblen , ce farinage si apprécié de nos

ménagères les jours d'abstinence , sera plus honoré par

elles lorsqu'on leur aura mathématiquement démontré

qu'il date de deux siècles avant l'ère chrétienne , et que

Caton le Censeur en a parlé au chapitre 78 de son traité

De re rusticâ :

«Non pas à peu près, mais très-expressément; car non-seulement

• il en donne la recette, mais il en fournit aussi le nom... Le vieux «Romain les appelait sans aucun détour icriblita, ttriblitte. Est-ce « clair? «

Le service de la table excite votre ambition , mes-

dames les ménagères; votre linge est choisi et d'une blancheur irréprochable. Nous sommes certain de vous étonner, en vous disant que les serviettes sont de trèsfraîche naissance.

• Montaigne souffrait de la difficulté de n'avoir à table qu'un petit

• drapeau d'un demi pied. — Le rédacteur du GGtter-Both de 1674 (es- « pèce de Mercure allemand), noua révèle que l'on en donnait dans

• les auberges do Bâle; le mot est écrit en français; la serviette es

• donc encore nn des triomphes de la civilisation française. •

Si les problèmes économiques vous passionnent, vous trouverez résolue la question de savoir si nos pères vivaient à meilleur marché que nous.

• Voilà une question fort intéressante et très-sérieuse, et dont

• l'examen pourrait bien expliquer la puissance ancienne des appétits «sensuels, et surtout l'empressement généreux et soutenu qu'on ap- « portait à les satisfaire largement. •

Les théories mystiques , l'expérimentation des phénomènes magnétiques et des influences mystérieuses, aiguillonnent toujours la curiosité; ouvrez donc la page 189 :

• L'unis avait la réputation d'exercer les plus douces influences sur

• le cœur du sexe faible, et l'on ne doutait pas quo les feuilles d'ab-

• rotomme placées sous le chevet du lit nuptial ne concourussent, par

• la magie do leurs mystérieux effets , i l'accroissement des familles...

• 81 tous ces végétaux étaieut considérés comme honorables et nobles . au premier chef, il en était d'autres qui, par contre, étalent voués . au mépris le plus absolu; par exemple, les froids concombres, les . apathiques lentilles, le frigide nénuphar. •

L'auteur est aussi historien ; émule d'Augustin Thierry, il signale dans les œufs la cause de la haine réciproque

que se portaient le clergé séculier et le clergé régulier.

• Les moines mangeant beaucoup d'œufs et les prêtres beaucoup de

• poules, les moines faisaient renchérir les poules, et les prêtres

• hausser le prix des œufs. . (Voir J. Pacli , Sehimpf und Enut, édition dtUarbourg, 1866.)

L'avocat distingué du barreau de Colmar ne pouvait entièrement s'arracher aux réminiscences de sa noble profession; c'est ainsi qu'au sujet des boissons, il a été amené à la découverte de la source première de nos lois de 1852 et de 1855, réprimant la sophistication.

• Le conseil souverain d'Alsace condamna, en 1718, un homme do ■ Rodcrn et sa femme à être menés par deux valets de police à trai vers les rues do Bergheim , un jour de marché, avec écriteauz de-

• vant et derrière, portant ces mots en français et en allemand: < Frelattura de vin. Ces deux époux avaient renforcé l'éclat de leur

• vin rouge avec de la morelle et avaient tué un buveur. Aussi payé- . rcnt-ils, en outre, 30 livres d'aumônes, pour faire prier Dieu ponr . le défunt. »

Nous ne terminerons pas cette trop rapide excursion à travers ces riantes contrées, sans parler des pages consacrées aux académies, aux compagnies savantes vouées à la science poculative.

• Quand les arts commencent à se flxcr, qu'ils ont acquis un ccri tain degré do maturité, ils se manifestent volontiers sous la forme

• d'association... Leur utilité est démontrée. Elles aident autant aux

• progrès théoriques qu'aux perfectionnements pratiques. Ou obtiont

• do la puissance dos intelligences associées, ce qu'on serait long- , • temps a attendre des efforts isolés du génie. .

Tel était le but de la Stubengcsellschaft de Schlestadt , de la société bourgeoise du Wagkeller de Colmar, et de la confrérie aristocratique des buveurs du Hoh-Barr.

• Cette dernière , fondée en 1586 , compta parmi ses premiers doc-

• teurs plusieurs personnages : Henri de Bobenhansen , grand-maître i de l'ordre teutonique ; Christophe, comte do Nellcnbourg, grand-

• prévôt de Strasbourg; Frédéric, duc de Saxe; Philippe, baron de

• Fleckenstcin. •

Nous avons naguère connu à Strasbourg deux réunions analogues, l'une dite des Barbeaux; l'autre, Aca-

demie du dimanche*. 11 nous a été donné d'assister à quelques séances solennelles. Dans ces aimables assemblées régnait le même esprit de convivialité, les mêmes désirs, les mêmes tendances. On s'y occupait avec zèle de la théorie et de la pratique de la gastronomie transcendante , et des essais de poésie et de philosophie aà\ hoc y amenaient une heureuse variété et un tempérament salutaire au trop grand développement des élucubrations matérielles.

Mais le temps qui détruit les institutions les plus durables....

Allons! doctes affamés, venez à la table de M. Gérard. Nous vous assurons, sans crainte de nous compromettre, un délicieux festin , de l'esprit et de Vhumour, des jouissances réelles et des surprises; et surtout, une bonne digestion. A. M.

Ije Magistrat de la ville de Strasbourg , les Stettmeisters et Ammcïstcrs de 16*74 à 1790, les Préteurs royaux de 1685 à 1790 et Notices g énéalogûpies des familles de l'ancienne noblesse d'Alsace, depuis la fin du XVIIe siècle , par E. MUller. Strasbourg, chez Salomon, 1862, 1 vol. in-12, de VIII-270 pages.

Ce titre sesquipédal nous dispense de l'analyse du

1. Consulter les Compte* rendu» ûç cette société qui consistent eu cahiers autograpbiés. . Ces bulletins, rédigés avec autant d'entrain • <jue de bonne humeur, font voir que les franches joies de nos pôrc» n'ont pas encore déserté l'Alsace. » [Revue anecdotique, n* 15, 1857 ;

livre. M. Mtillcr vient compléter Hcrtzog et Berncgger. continuer Sehœpflin , faire revivre d'Hozier, etc. Un livre pareil, s'il n'est pas traité en tableaux, doit contenir, mêlé à ses suites de noms et de dates , le récit de faits historiques, d'événements curieux qui en rompent la monotonie. Tel n'est pas ici assez fréquemment le cas: nous citerons cependant un fait qui se passa sous l'ammeister Jacques Wencker : «Après 1632, un jour, trois officiers, le marquis de Birou, le marquis de Pury et le chevalier de Lafayette , dansèrent indécemment à une noce au Miroir. Le gouverneur les exila, l'un à Fribourg, l'autre à Huuingue, le troisième à Belfort; mais comme ils appartenaient à de grandes familles, ou amena le magistrat à intercéder pour eux. »

Avec un historien aussi minutieux que M. Miiller, on a le droit de se montrer difficile; nous aurions donc souhaité qu'il ne se contentât pas de mentionner le comportement léger des trois officiers; il fallait, par exemple, essayer de fixer le genre de la danse de ces messieurs , rechercher s'il s'agit d'une gaillarde ou d'un cancan , ajouter enfin une page neuve à l'histoire de la danse en général , et à celle de la danse en Alsace eu particulier. Au lieu de s'appesantir sur ce sujet important, M. Millier a préféré traduire en français les deux épitaphes latines des préteurs de Régemorte et Gayot; mais nous ne garantirions pas la complète justesse de son interprétation.

.La parti»* «les Notices yénéaloyiijucs laisse place au même souhait que les précédentes : à propos de M. de Kirchheim implorant la pitié de M. de Dietrich (p. ItilM.

l'auteur aurait fait plaisir en complétant 8a notice par la transcription d'un ordre écrit et signé par M. de Dietrich , lequel nous est communiqué :

• M. de Kircbheim ayant été arrêté à plusieurs reprises et reelua

• comme vagabond , et «'étant de nouveau mi* dans ce eau aujourd'hui

• vingt-trois avril, le O Wagner le* retiendra prisonnier jusqu'à ce

• que le tribunal du district, auquel je rendrai compte de sa déteu-

• tion , ait prononcé sur «on sort. Dietkicb , maire. •

Après avoir rappelé que François- Antoine -Pacifique Zuckmantel fut colonel du régiment de Nassau , maréchal de camp en 1762, ambassadeur à Venise, grand-croix de Saint-Louis et président du directoire . M. Miiller pouvait citer ce passage d'une lettre du fringant abbé Galiani à M1" d'Epinay (20 mars 1779) : «Je vous prie d'embrasser l'aimable Zuckmantel si vous pouvez, attendu la circonférence de son ventre. 11 mérite pourtant qu'on fasse un effort de bras pour cela, car il est aimable au possible.» En parcourant ces Notices généalogiques, nous nous sommes involontairement souvenu des scènes de l'opéra de la Fille du Régiment, où il est question de la marquise de Briqueen-fiel et de la baronne de Craque-en-dorf. En résumé , Mir cinquante-trois familles il n'y eu a plus que quinze de représentées par des mâles et dont les noms s'entendent en Alsace : d'Andlau, de Berckhciin, de Bœcklin, de Dietrich , de Diirckheim , de Gail , de Glaubitz , d'Oberkirch, de Reinach, de Schauenburg, de Rheinfelden, de Freundsteiu, de Wangen, de Bulach et de Plobsheim; c'est juste assez pour servir d'échantillon. 11 n'y en a que quatre dont les noms soient acquis à la science ou à la, littérature : de Berstctt, d'Ichtersheim , d'Oberkirch ,

de Strauss-Diirckheim. — • Pour ce qui est de l'exécution matérielle du volume que nous venons d'apprécier, elle laisse à désirer, et nous avons lieu d'espérer que le coutenu comme l'aspect de l'ouvrage, ne feront nul tort à un travail analogue que prépare M. Ernest Lchr, docteur en droit.

Capitulation de Strasbourg, scènes historiques, par le comte Hallez-Claparède : in-8°, IV-56 pp. Strasbourg, imprim. de Heitz. 1862.

M. le comte Hallez-Claparède a raconté autrefois par quelles guerres et quelles négociations l'Alsace fut réunie à la France. Il s'était borné alors à indiquer par quelques traits le grand fait qui , trente-trois aus après le traité de Miinster, deux ans après le traité de Nimègue, vint consommer cette réunion : la capitulation de Strasbourg. Il tente aujourd'hui de développer cet événement. Les difficultés étaient grandes. Les documents qui subsistent sont insuffisants pour faire pénétrer le mystère qui entoure cette capitulation. Les deux partis qui divisaient la ville avaient l'un et l'autre intérêt à détruire tout ce qui pouvait y avoir un rapport direct ou indirect, et l'incendie des archives de Strasbourg, le 13 novembre 1686, leur apporta son concours ou son prétexte. M. Hallez-Claparède a cherché dans les débris, remué les cendres, et il a trouvé des lueurs qui éclairent cette scène historique. La forme dialnguéc donnée à son travail est du domaine de la fantaisie, mais les faits et les paroles prêtés aux auteurs

du draine se justifient historiquement : l'auteur indique un grand nombre de sources . dont les moins connues sont Vanhuffel, Colbert, Lagrange, Monconys, etc. Louvois, son secrétaire Dufresnoy, le secrétaire de la chambre des XID Chrétien Guntzer et le commandant militaire de Jenneggen forment les prineipaux personnages de Ces trois journées , dont le seul tort est de finir trop vite et de ne briller que pour les amis de l'auteur.

La Période, décennale de 1850 à 1860, ou Histoire eontemporaine disposée en tableaux synoptiques, par M. J. H. Schnitzler, chevalier de la Légion d'honneur, de l'ordre de Sainte-Anne de deuxième classe (en diamants), etc. Strasbourg, Simon, éditeur, 186*2; 1 vol. in-folio, enrichi de cartes et de planches.

Ce volume fait suite à Y Atlas historûpw. et jjlttoresquc du même écrivain . gravé par M. Simon avec un talent que nos éloges ne peuvent pas rehausser. L'auteur commence par une introduction sage et instructive : plus franc que ceux qui l'ont copié jadis , il cite les écrivains auxquels il est redevable, car à ses yeux « c'est un devoir de reconnaissance qu'il est doux de remplir », et ses citations portent le cachet de l'impartialité , car Donoso Cortès y alterne avec Cantu; l'auteur trouve aussi qu'il faut actuellement mettre la considération du bien-être au-dessus de celle de la liberté . et dans les moyens violents il reconnaît la main de la Providence. Toutefois son style n'est pas à la hauteur de sa philosophie, car il appelle la

( 'lu ne < un pays clôturé* , et il qualifie la littérature du premier Empire de « soporijùpie > au lieu de somnolente. Nous accorderons en passant nos éloges à la partie relative aux voyages de découvertes, aux expositions industrielles, etc., et nous nou9 arrêterons quelques instants à l'histoire religieuse et littéraire. Dans un volume consacré à la période de 1850 à 1860, l'auteur remonte, pour l'histoire de l'Eglise romaine, jusqu'à 1825 et ne pousse sou esquisse de la situation religieuse eu France que jusqu'en 1830, en avouant d'ailleurs qu'un tableau moins rudimeutaire serait aujourd'hui plein d'enseignements. Comment concilier cette négligence peu patriotique avec le développement douné à l'article sur le protestantisme en Allemagne, qui prend les faits à partir de 1789 et qui, par rapport aux personnes, s'étend jusqu'au pasteur Hœrter? Comment taxer l'omission de noms tels que ceux de MM. Renan, Michelet, Quiuet, etc.? De toute cette dissertation , nous ne retenons qu'uue phrase : « Ce ne sont plus, à vrai dire, les catholiques et les protestants qui font antithèse entre eux, mais les partisans de l'autorité et ceux qui la rejettent en invoquant la liberté et les droits de la raison individuelle. Quoique les noms restent , cela n'empêche pas les choses de changer , et quelquefois du tout au tout. ■> L'histoire littéraire donnerait lieu aux mêmes objections ; elle est d'ailleurs traitée si brièvement qu'il est inutile d'insister. Nous réclamerons toutefois contre le doute * qu'il reste grand'chose » do Henri Heine, et nous proscrirons l'adjectif tendancieux.

Dos fetttliche Jahr. In S/tten, Gebraiïchcn uud Festen der germanischcn Volker, von 0. Frhr. voii Reinsberg- Duringsfeld, mit gegen 130 in deu Text gedruckten Illustrationen , vieleu Tonbildern, u. 8. w. Leipzig. Verlag von Otto Spamer, 1863, in-8°, XII-402 pages.

Il est pins que jamais à la mode, même en Allemagne, de faire des volumes avec du vieux. L'Année fériée qui vient d'être publiée à Leipzig, fait connaître, par mois, les usages et les fêtes des peuples germains. Ce livre, véritable mosaïque, donne beaucoup de renseignements très-précieux. Nous le signalons à nos lecteurs, parce qu'il contient deux passages relatifs à l'Alsace, les fêtes de Pentecôte et le Christkmdel. La description de la première fête laisse, au point de vue de l'exactitude, beaucoup à désirer, et le dessin qui l'accompagne , assez mal exécuté du reste, ne donne nullement la physionomie des villages alsaciens.

• Dans certaines communes de l'Alsace et delà Lorraine allemande,

• déjeunes garçons se réunissent lors des fêtes do la Pentecôte, et

• parcourent lo villago i cheval en récitant d'anciennes sentences,

• puis ils font le tour do la banlicuo en galopant. Autrefois ils

• étaient accompagnés d'homme» Agés, qui leur indiquaient les

• limites des champs de la commune. •

Cet usage , loin d'avoir été répandu , au moins en ce qui concerne les réunions hippiques, n'existe plus aujourd'hui, et ce n'est plus généralement que lo jour de Noël , le dimanche de Pâques et le premier dimanche de mai que l'on voit encore, dans quelques-unes de nos commune», des enfant» parcourir le village et annoncer

ees jour» de fêtes en ehautunt quelques cantiques (levant les maisons des notables de l'endroit.

La description du Christkmdel en Alsace est plus

exacte :

. Le Chriitklndel parcourt l'endroit et annonce son arrivée par une sonnette. C'est une femme recouverte d'un voile blanc, coiffée

■ d'une perruque blonde faite de laine de mouton. Sa figure est enfarinée ; elle porte une couronne do papier d'or avec de petites bougies allumée*. Elle tient d'une main une sonnette d'argent , et

■ do l'autro un panier rempli do massepains. La joie des enfants, .jui est & son paroxysme, fait place soudain à la frayeur. On entend an bruit de chaîne , et llan* Trapp, qui suit toujours le Cbristkin

• del, entre. Il est recouvert d'une peau d'ours, il a la figure entièrement noircie , uue grande barbe, et en main une verge dont il 1 menace les bambins. Il demande avec une voix gutturale : Qui n'a pas été gentil? Et il tombe sur les désobéissants qui tremblent, pleurent et cherchent à se cacher. Mais le Christkindel implore en leur faveur, les enfants promettent de mieux faire, et l'auge les conduit prés de l'arbre étlucclaut de bougies. Les présents leur font bientôt oublier les menaces de Hans Trapp. »

Cette scène est représentée par une gravure sur bois assez jolie.

Le nom de cet épouvantai! doit son origine à Hans de Uratt ou Tratten , un maréchal du palais de Fréderich le Victorieux, prince électeur du Palatinat qui, au commencement du XVIe siècle , occupait la forteresse de Biirbclstein ou Berwarteteiu. Ce seigneur pressurait tellement le pauvre peuple de la vallée de Schlcttenbach , que longtemps après sa mort , les parents menaçaient encore leurs enfants, en leur disant : « Attendez,. Hans Tratt va venir. -

VARIÉTÉS

Nous complétons aujourd'hui ce quo nous avons dit dernièrement do l'argot des émigrés : l'espiou Demougct s'appelait Furet (Corresp. d'Offenb.); Kellerinanu . Morin {Rapport du grand juge au premier

consul; Paris, au XII, in-8*) ; Strasbourg, outro les Tr , disait :

le Magasin [Corretp. d'Offenb.); la citadelle: la Cerise {ibid.). • C'est cette cerise, dit M. Nisard , que lo prince de Condé voulait surtout cueillir, Pichegru aidant, et que les Autrichiens voulaient gober. • iluningue . Bilboquet [ibid.]. Les soldats de Crimée, qui avalent baptisé de ce nom une batterie russe, n'étaient donc que des copistes. Huninguc s'appelait aussi la Pendule {v.Moreau et Pichegru, par Montgaillard, p. 265 ; Paris , germinal an XII) ; Eschan, passago principal des espions de l'une à l'autre rive: le Rasoir [Corresp. d'Offenb.); Ilaguenau : lo Confessionnal (ibid.) , • peut-Ôtro parce qu'on y jugeait alors le procès du général Courtaut et qu'on y redoutait les révélations ou les aveux des témoins »; Kehl : le raillasse [ibid.) ; Landau : le Révérend l'ire [ibid.]; et enfin le Rhin: le Sauveur (ibid.).

iEneas Sylvius sagt, dasz dièse Stadt (Straszburg) cinc Gleichnttsï mit Vcnedig, indem sic sovicl Canal , durch welche die Schiff schier in aile Oasscn kdnnen gclcltet werden , habe. Sic soy aber gesunder und lustiger, als Vcnedig, weiln zu Vcnedig gesaltzen und stinkondos, durch Straszburg aber cin sdsscs und lautors Wasscr gehe (1). (Capitel VIII, Reisebcschrcibung durch Deutschland, Itmerarium Germanite, In offenen Druck gegeben durch Martlnum Zeillerura. Strasxburg und Frank furt , in Verlegung Simonis Pauli , Buchhdndlers in Stratxburg, MDCLXXIV, In-folio, 2 vol.)

1. .fneas Sylvin» dit que cette Tille (Strasbourg) a une ressemblance avec Venise, parce qu'elle a t»nt de canaux qne les bateaux peuvent aborder dans presque toutes les rues. Mais elle est plus saine et plus gaie que Venise, parce qu'a Venise l'eau est salée et puante, tandis qu'a Strasbourg l'eau qui la traverse est donce et limpide

Une intérenante trouvaille bibliographique.

Un de no» collaborateur* non» adresse la traduction suivante d'une correspondance de Brème, qui ne trouvait dans la Gazette d'Augi bourg, du 9 novembre courant.

Bien que cette communication n'ait pas trait i l'Alsace, notre proximité de la frontière et l'importance de la découverte qui vient d'être faite , nous font un devoir de la signaler à nos abonnés.

Brème. — La librairie Frédéric Kaiser de cette ville a acheté récemment i la succession d'un ecclésiastique de la contrée (du pays de Steding), un précieux et ancien parchemin, qui mérite a un haut degré l'attention des amis de la littérature. Cest, on effet, un exemplaire parfaitement imprimé sur peau vélin, de l'ancien roman français, Le Rommant de la Rote ou l'Art d'amour, avec 75 miniatures très-finement peintes, exemplaire qui semble avoir paru à la fin du XV* siècle.

81 d'un côté s'élève la question de savoir de quelle manière, cette édition si raro d'un poème quelque peu libre s'est égarée sur la rive gauche du Wéser, en un village du duché d'Oldenbourg, où ne s'écoule pas facilement la littérature, et notamment la vieille littérature française; d'un autre côté, cette présente édition se distingue spécialement des autres.

Les deux éditions d'Antoine Vcrard quo l'on trouve & la Bibliothèque de Paris et au Muséum de Londres sont, de l'année 14ÎK), in-folio ot ornées de gravures sur bois; et en outre do ces éditions, la Bibliothèque de Paris en possède encore une autre in-folio, probablement de l'année 1196, tandis que le livre découvert est in-quarto, et que chacune do ses images est délicieusement peinto en couleurs. L'année de son apparition et l'endroit oû il fut imprimé, sont difficiles à définir, par la raison que le titre manque et que les huit premiers feuillets sont blancs. Déjà lors de la relinre traditionnelle du livre en peau de truie, ou dut avoir l'Idée de compléter en manuscrit le commencement qui s'était égaré, ces huit feuillets blancs de parchemin semblent avoir été rajoutés à cet effet. — Lorsque cet exemplaire tomba entre les mains de son possesseur actuel, il était tout couvert de moisissure, il pouvait ne pas avoir été touché depuis des années. Malgré cela, ses fins feuillets avec leur forte impression, après avoir été nettoyés, ne sont pas seulement devenus blancs,

comme Vils étaient tout neuf*, mai» les miniatures , répartie* dans le livre entier, «ont si fraîche de couleur, les ornements d'or et d'argent en sont si reluisants, qu'il semblerait que le peintre vient de déposer son pinceau. Le plus souvent trois à quatre figures ro trouvent sur un même feuillet. Leurs formes ont l'incorrection propre au moyen âge, elles sont cependant plus Indiquées que, par exemple, ces personnages représentés sur le reliquaire de Memling, A l'hôpital des Johannitcs de Bruges; les visages «ont par contre fort expressifs, et ont uno tournure élégiaque pour la plupart, tels qne nous les donne en grand Van Dyck, dans ses têtes — celle de Mario en pleurs dans l'église de Bruges, par exemple. — Pour ce qui est des couleurs, elles sont aussi vives, qu'on a l'habitude de les voir dans les initiales byzantines. Des connaisseurs trouveront peut-être que ces figures sont d'une origine flamande et probablement d'un temps qui remonte au delà du commencement du XYT siècle. On remarque également de charmants meubles du moyen âge, et le costume des figures rappelle quelque peu les modes espagnoles.

De fortes sommes d'argent ont été offertes pour ce livre à la librairie Kaiser; il serait très-intéressant do le voir tomber entre les mains d'un bibliophile, qui l'étudiorait plus amplement.

A la vente de la bibliothèque de M. le comte de la Bedoyère, qui a eu lien en février dernier , un exemplaire en livraisons des Antiquité» deVAUacc, par Schweighœuaer et de Golhéry, planches sur papier de Chine , a été adjugé au prix de 25 francs ( tic ! ).

Les Anecdote» relative» à une ancienne eon/rairie de buveur» établie •tir les confin» de la Lorraine et de VAUace , par l'abbé Orandidier, publiées a Nancy en 1850, ont été vendues 8 fr. 75 c; l'exemplaire était tiré sur papier fort, grand in-8*, cartonné et non rogné.

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