‹ Le Bibliographe alsacien (volume 2)Chapitre 81 sur 127 · MOXSIEUR ET CHER BIBLIOPHILE · texte numérisé non relu

MOXSIEUR ET CHER BIBLIOPHILE

Je vous ai promis de vous envoyer quelques notes bibliographiques sur des livres qui concernent ou intéressent spécialement notre ancienne Alsace , cette belle province allemande qui est devenue si française , et qui tient maintenant par des liens de famille indissolubles au cœur de la patrie commune. Mais ces livres-là sont peu nombreux, et vous êtes d'ailleurs à la source pour les connaître mieux que moi.

Cependant je vais vous en signaler un qui n'a été décrit, à ma connaissance du moins, que dans un seul catalogue , celui de La Vallière-Nyon , et qui se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal avec tous les livres compris dans les six volumes de ce catalogue beaucoup plus important, à mon avis, que le premier catalogue en trois volumes, rédigé par Guillaume de Bure et Van Praet. Le livre en question se trouve placé sous le

u° 23,923 dudit catalogue , et quoique son titre y ait été reproduit en partie , je crois devoir le donner ici intégralement, en ayant soin d'indiquer les chronogrammes qu'il contient:

Prodigium et elogium perfidiaa et ignaviae Strasburgensis, olim civitatis imperialis, nunc municipii galiici, a Rurali Solitario C. F. à K., in campis Silesiae habitante, céleri calamo concinuatum; nec non perpétuas recordationi , Orbi germanico, Germaniœque posteritati publicatum : cum annexa paraenesi ad Teutonicam gentem : ac voto ad augustissimum imp. Leopoldum 1 : anno quo non solum AVara GaLLIa DenVô nltltVr erlgere InstablLe RegnYM A Y - traslae , sed etiam insuper CaLaMltosa et EXItlaLIs BeLLI TVrCICI repVLLV- Lzt œtM.Schwidmcii,typis Christiani Okelii^. a. (1682), în-4 de 207 p. , y compris le titre.

Aucune bibliographie historique {ni celle de la Aléthode pour étudier l'histoire, de Lenglet du Fresnoy, ni la Bibliothèque historique de la France, du père Lelong et de Fevret de Fontette, ni la Bibliotheca historica, de J. G. Meusel , etc.) ne fait mention de cet ouvrage singulier, qui n'a peut-être jamais été mis en vente et dont les exemplaires sont, sans doute, plus rares en France que partout ailleurs. Le Bûcher- Lexicon de Théophile Georgi n'indique pas même de livre imprime* à Schweidnitz, ville de la Silésie prussienne. Au reste, ce n'est pas à Schweidnitz même que résidait l'auteur anonyme , qui prend le titre de Solitaire campagnard, et qui vivait retiré dans quelque château ou quelque grande propriété

rurale. Nous avoua cherché sans succès le nom que pouvaient représenter les initiales C. F. à K . . et nos conjectures ne se sont arrêtées que sur Charles Frédéric de Kranewitter, qui a fait imprimer en Prusse plusieurs dissertations archéologiques et littéraires, écrites en latin, au commencement du XVIII* siècle , entre autres la suivante : Dissert, de Bacehanalibu* GentUium (Vitemb. , 1710, in-4°).

Le Solitaire campagnard était, il est vrai, nourri de l'antiquité classique, car son recueil d'invectives, en style lapidaire , contre la perfide et lâche cité de Strasbourg, n'est qu'un amas de citations empruntées à tous les écrivains latins, et appliquées bon gré mal gré au sujet que ce furieux épigraphistc s'était proposé de traiter dans une longue série d'inscriptions. Ce sujet, comme le titre du livre permet de le deviner, c'est la réunion de Strasbourg à la monarchie française. L'Alsace avait bien été cédée à la France en 1648 par le traité de Westphalie; mais Strasbourg conserva cependant une existence indépendante jusqu'en 1681. Le 4 octobre de cette année-là, les magistrats et officiers de la ville prêtèrent serment de fidélité à Louis XIV, qui fit son entrée solennelle peu de jours après. Voilà comment s'échauffa tout à coup la verve du Solitaire campagnard , qui lança son style lapidaire contre Strasbourg et ses habitants, en les accusant de s'être déshonorés par ce serment indigne, comme par l'abandon de leurs antiques franchises.

Dans sa préface à un ami , lequel habitait Strasbourg , in urbe habitantem , le Solitaire , qui devait être également

originaire de cette ville, raconte qu'il a improvisé cet ouvrage , en apprenant que la vieille cité impériale avait consenti à n'Otre plus qu'une ville municipale sous le gouvernement du roi de France. H s'excuse néanmoins d'avoir, dans un premier mouvement d'indignation, donné à son livre le ton et le caractère d'un libelle , car il vit loin des cours et des agitations politiques, satisfait des occupations agricoles qu'il s'est faites, et il espère que la paix ne tardera pas à renaître, à la suite des longues et horribles guerres qui ont ensanglanté l'Allemagne. Cette dédicace se termine ainsi : Scripsi in domo me a campestri, calendis januarii anno 1682. Suivent cinq autres préfaces ou allocutions : ad Lectorem eruditum et humanum; ad Criticum; ad Jnvidum; ad Satyricum et obtrectaiorem , et ad Zoilum.

L'ouvrage se compose de dix chapitres; chacun est précédé d'épigraphes tirées des auteurs latins et modernes. L'épigraphe principale du recueil, fournie par Salluste, donnera une idée des autres : Nemo unquam ignaviâ factus est immortalis. Voici les titres des chapitres :

L Dinae Strasburgensis defloratio , fatum et metamorphosis.

II. Epiccdium et epitaphium libertatis Strasburgensis in novo Castello (citadelle) scpultœ.

III. Libertatis sepulta? , posthuma ad reliquas Imperii urbes monita.

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