UNE GRAVURE DE TOBIE STIMMER
Le tir tenu à Strasbourg, en 1576, a été célébré par Fischart, dans le Vaù/tcau fortuné de Zurich, et recommandé ainsi à la postérité mieux que par les descriptions rimées des bouffons, des maîtres vs-ba.tte (l*ritRc/ieiimci#ter), qui saluaient les vainqueurs dans ces luttes d'adresse. Toutefois, le poëme de Fischart contient peu de passées qui se rapportent directement au tir, il est plutôt rempli par le voyage des Zurichois et leur séjour à Strasbourg.
Cette lacune est jusqu'à un certain point comblée par une gravure qui ne se trouvait pas décrite dans les histoires des artistes ni dans les catalogues d'art, et qui vient de l'être par M. Bcchstein (DeuttcJtes Muséum fur Geëdtichte, etc. 180 2). Un exemplaire de cette même gravure' faisait partie de la collection de feu M. Heppner, ef a été acquis récemment par M. le conservateur du Musée , au nom de la ville. Il est collé sur toile et, par suite, fort bien conservé, mesurant 1 métré 25 de large sur 45 centimètres de haut. Au-dessus est une légende qui peut se traduire ainsi : Description précise du fameux tir strasbourgeois à l'arbalète, de la présente année 1576, depuis le 28 mai jusqu'au 9 juin, ainsi que du second tir, heureusement terminée et imprimée par Bernhart Jobin, bourgeois de Strasbourg, en l'honneur d'une patrie bienaimée, de la noble société du tir et en souvenir de la visite de nos voisins, etc. Les Zurichois n'étaient donc pas venus pour le tir à l'arbalète , mais seulement pour le tir à l'arquebuse, car ils ne partirent que le 20 juin.
Fischart a publié son poëme sous le pseudonyme de Manncsehr von Treubach, le dessinateur se laisse reconnaître à son monogramme , mais le monogramme du graveur appartient à un anonyme, qui travailla d'après Tobie Stimmcr, Josse Amman, Jean Brosamer et autres. Bartech en parle {Peintre-graveur, t. IX, p. 413); Florent Lccomte , Orlandi et Papillon, interprètent ces chiffres par Maurer Basiliensis, M. Bocksberger et J. Amman, mais ces in-
1. La gravure a «ité reproduite eu entier dans le Schaltjahr (m* vol., 190), mais «ann fltre accompagnée d'une dcucription.
tcrprétations n'ont aucun fondement. Il est possible aussi que la gravure soit l'œuvre de plusieurs artistes, entre autres de Jobin lui-même ( y. Nagler, VI , 458) , car de pareils ouvrages devaient être rapidement prêts pour la vente et caresser l'enthousiasme public avant qu'il ne fût refroidi.
Nous ne voulons pas décrire eu détail la composition , mais simplement toucher quelques points, en renvoyant à Freitag, qui a amplement décrit ce genre de fête (Xeue Bilder) \ contrairement à l'usage moderne on tirait alors assis (v. Freitag, p. 138;, les sièges étaient probablement fixes, et devant il y avait une planche pour appuyer l'arbalète. Non loin de la ligne de tir principale, bc voit la tribune du bouffon, à laquelle conduisent des * degrés de chaque côté : elle n'est pas bien élevée , pourtant elle devait être visible de partout. Deux emplacements sont réservée pour des jeux de quilles , à trois quilles seulement, placées sur une ligne dans l'ordre de leur grandeur (v. Freitag, p. 14b'). Remarquons enfin que le but principal représente l'horloge de la cathédrale, ce qui est piquant lorsqu'on songe que Stimmcr est un de ceux qui ornèrent de peintures cette même horloge.
Tobic Stimmer naquit à SchafÏÏiouse en 1534 et peignit des tableaux à l'huile et à fresque sur les principales maisons de Francfort et de Strasbourg. Il mourut dans cette dernière ville dans un âge peu avancé, vers 1587; eu effet, dans la préface du Contrafaeturbueh de Keusncr, 1 587, Jobin nomme Stimmcr « feu son bien-aimé compère. » Saudrart (I, tab. FF) et Fussly (I, 3G), donnent le portrait do ce maître. P. H.