LA BIBLIOTHÈQUE GÉRARD
L'an dernier, en mai ou juin 1866, le fils du célèbre M. Pertz, conservateur de la Bibliothèque royale de Berlin , un savant et un érudit lui-même suivant dignement les traces de son père , vint faire quelques recherches aux archives de Colmar. Le hasard voulut qu'il mit la main sur le catalogue- manuscrit de la bibliothèque alsatique de M. Gérard qui se trouvait sur la table de
1. Ce tirage à part vieutdc paraître, il forme un beanvolume In-S», imprimé par M. Bader, l'intelligent direetear de Vbtditêtriet aUacitn de Malhouite.
( 219 ) M. MoflBittanD, Tarchiviste de la ville de Colmar, à qui notre avocat bibliophile Favait prêté. M. Pertz demanda à le paMonrir, et, le trouvant intéressant ot bien conçu , il a'enqnit du nom de Theureiui pomessenr de cette bibliotiièque.
Pour un collectionneur et un bibliothécaire , une bibliothèque particulière éveille toujours des convoitises; ces collections,* à moins de lega spéciaux , ne sont>elles pas dispersées aux feux des enchères à la mort de celui qui les a formées pour aller en grossir^'autres qui seront vendues à leur tour ?
La convoitise du bouquin est le péché mignon du monde bibliophile , et il n'est pas un amateur qui n*en ait ressenti les effets en admirant la bibliothèque d'un confrère.
L'idée d'augmenter les richesses bibliographiques de la Bibliothèque de Berlin vint naturellement à Tesprit de M. Pertz. Posséder d*un coup, sur les bords de la Sprée , une collection toute faite de tous les ouvrages relatifs k TAlsace , cette belle province qui a appartenu à rAllcmagne jusqu'à la fin du XVII" siècle, était un désir séduisant.
M. Pertz , à son retour à Berlin , fit faire à M. Gérard la proposition de l'acquérir, et l'affaire fut réglée à la satisfaction des deux parties.
Jusque-là, rien que de très-naturel.
Biais un esprit étroit et surtout jaloux, correspondant de VEurope nouvelle, dans le but de déverser un blâme indirect sur l'un de nos collectionneurs les plus érudits,
et peut-être aussi on vue d'augmenter sfi eoj^f'e de quelques Hgnès, annonça la nouvelle avec fracas et y mêla df« considérations' politiques.
« Le monde des bibliophiles alsaciens , écrivaiMl , est «en émoi. On assure que M. Gérard, avocat à Colmai^, « éditeur d*une chronique dominicaine et auteur delMfi-
< oienne Âhaioe à table, a vendu à radminlstration de la « Bibliodièque de Berlin «a coUectioti de manuscrits et c de vieux écrits pour la somme de SO,<K)0 fr.
«M. de Bismarclt, avant de tenter de nowelles an- « nexionA , sentirait-il le besoin do feuilleter dans les livres « et de ehercher dans Thistoire des considérants diplo-
< matiqnes? »
Le Courrier du Bus^Ekin et Vlmpartiai du Bkm ont reproduit cette nouvelle , le premier en se bornant au fait,, et le second en ajoutant cette phrase : «Si le fkit est faux, nous serions heureux de le voir démenti.»
Voici la lettre qui nous a été adressée à ce sujet par notre ami et confrère en bibliographie, M. Clérard.
Tolmar, 18 octobre 1>^7.
« MOX CHBB DlRSOTBUX ,
< 11 est parfaitement vrai que j*ai cédé à la Bibliothèque rojale de Berlin ma collection d'ouvrages relatifs à rAlsaco. Mids cette collection était^oniquement composée d'ouvrages mprméê soit en France , soit en Allemagne ;
il ne s'y trouvait ni vanubcbits , ni vieux écbitb d*ftucune sotte. Cette collection ressemblait à celle de la lu* bliothique publique de Strasbourg, à celle de la bibliothèque publique de Schlestadt , et à celles que forment les villes de Colmar, de Mulhouse et de Haguenau dans leurs bibliothèques publiques aussi. Beaucoup de particu- Hers en possèdent de semblables , plus ou moins importantes, dans notre province. Il ne faut, pour former ces sortes de collectioBs, que des soins, de la patience, du temps , quelques connaissances bibliographiques et passablement de dépenses. Voilà tout le secr^
< Je pense que chacun en France a encore la liberté de disposer de ce qui lui appartient, et de ne consulter que ses convenances dans un acte aussi légitime et aussi ordinaire. Je ne comprends donc pas aisément le motif qui porte VImpartial à désirer que la nouvelle annoncée par lui soit démentie. Je ne m'aviserais pas de m'étonner et de manifester un regret si j'apprenais que le rédacteur de Vlw^ariial, ou tout autre de mes concitoyens, eût vendu à un Anglais sa maison, ou à un Allemand sa collection de gravures ou de vieilles faïences.
« Je conviendrai qu'on peut souhaiter que des collections intéressantes et péniblement formées restent dans notre province. Je l'ai souhaité tout le premier. Mais il faut pour cela que le pays le souhaite lui-même. J'ai offert de céder ma collection de préférence à des personnes opulentes de notre pajs et à une ville. EUes n'ont point jugé que la proposition eût l'intérêt dont r/mpar/îaf veut bien se préoccuper.
< Si V Impartial et d^autres pensent qu*41 est véritablement intéressant pour notre pays, et pour le gouvemement luirmême, de conseryer en France les coUeelions historiques sur nos provinees, TiâniMKriîaZ et ces personnes ont une belle occasion de montrer leur lèle. La fomille Heits, de Strasbourg, possède une collection alsatiqite que je crois aussi riche et aussi nombreuse que Tétait la mienne. Elle est le fruit de trente ans 4o recherches d*un de nos plus intrépides et plus intelligents chasseurs de livres. Elle est à la disposition des amateora, particuliers , villes ou gouvernement. Voilà un trésor qu*il iaut retenir chez nous et ne pas laisser disperser aux en« chères.
«Enfin, puisque V Impartial s'intéresse à ces questions bibliographiques , je me fais un plaisir de Tinformer que j'ai recommencé une nouvelle collection alsatiqae et qu'elle a d^à atteint, en trois mois, la moitié de Pimportance de celle que j'ai cédée. Il peut venir l'examiner chez moi , s'il en a la curiosité.
< Agréez , mou cher directeur , l'assurance renouvelée
de mes sentiments affectueux.
< Ch; Gébard. »
Pour clore cet incident, nous reproduirons quelques lignes très-sensées du Glaneur du Haut-Rhin,
«Le fait est vrai. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que cette transaction ne saurait avoir la couleur que l'on Bemble vouloir lui donner. Ce ne sont pas les bibliophiles qui seront tentés de la lui prêter. Ils ne trouvent pas même extraordinaire le prix qui a été obtenu , ce qui ne
les empêche pas de regretter que cette collection ait passé le Rhin , an lien de rester de ce côté-ci, qne peut-être elle aurait pu ne pas quitter, même à un prix inférieur de plusieurs milliers de francs , si l'on avait, comme de l'autre côté , l'amour et le culte des choses de la vie intellectuelle du pays natal.
« On a la mémoire courte parmi nous, et dans des temps comme le nôtre, la seule chose qui frappe ce sont les 20,000 fr. payés pour une bibliothèque de près de 4,000 volumes. Or , il y a quelques années , le roi de Bavière payait 18,000 fr. pour un manuscrit provenant de la bibliothèque de Colmar. Il ne vint alors à l'esprit de per* sonne de supposer que le roi de Bavière avait des vues d'annexion. Il est vrai que la théorie n'était pas encore à l'ordre du jour.
cNous ne disons pas cela à l'adresse de V Impartial, qui ne peut encore être au courant des particularités de notre vie locale. Mais nous le disons à l'adresse d'un assez grand nombre de personnes dont V Impartial a exactement rendu les sentiments. »
BIBLIOGRAPHIE ALSATÏQUE.
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ZBiTiORBirT rÙR DIB Gbscbicbtb DBS Obbbrhbikb. 20^ volumc. j'* livraison.
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MoxB. Urkunden ûber Graubùnden und Wallis vom I2teu bis I6ten Jabrhundert. — Idem. Einige pfTilziscbe Urkunden vom isten bis leten Jobrhundort. ~ Idbm. Nassauische Urkunden vom I4tcn bis i6ten Jabrhundert. — Dambaohbr. Wûrtembergische Orte betroffondo Urkunden. (Fortsetzung.) — Idbm. Kloster Bebenhausen. (Fortsetzung.) — Mobk. Oberrieii bei Freiburg, Bruhrain, Hausmarkcn.
30 livraison :
MoMB. Verhandlungen der Gesellschaft des S. Georgenschildn in Schwaben und iro Hcgau von 1464 bis 1465. -- Idbm. Ueber Hanf, Flachs und BaumwoUe vom I4ten bis I7tcn Jabrhundert. — Idbm. Urkunden ûber die baierischePfalz, 1294 bis 1818. (Fortsetzung.) — Dambaohbb. Urkunden zur Geschichte der Grafen von Freiburg. (Fortsetzung.) — Badbb. Urkunden ûber den Domeapitel - Gonstanzischen Dingliof im Glotterrhale. — MoBB. Ûeschichtliche Notizen. — FlussschiiirahrtundFlûzerei. — Tûrkische Gefangenschaft.
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MuKK. nuusorpruise voni iston bis isteu Jalirhiindert'. — loBii. Rômischo Ueberbleibsel. (Scbluss.) — Dambachbk. Wûr* tombergischo Orte betrefTende Urkunden. (Scbluss.) — Idbii. Urkunden zur Gescbicbte der Orafcn von Freiburg. (Nachtrag.) ~ Badbb. Urkunden ùber den Domcapiiel - Conatanuschen Dinghof im Glottertliale. (SchlussO ~ Titres et tables des volumes.
UULLBTIH DE LA SoCIKTi POUK LA CO«8XRYATIOS DES UOXUlIKKTf
HISTORIQUES d'Alsacx. 2« sérîe , tome V, l** livraison :
I^ocès- verbaux dos séances du 9 Juillet 1866 au 18 décembre
1866, p. 1 à 50. — D. Fischer. L'Abbaye de Saint-Jean des Choux. (1 pi. lithog.) — L. Spach. Charte de Tévéque Guebhardt confirmant les privilèges de l'abbaye de Baumgarten.
— Idku. Charte de Tëvôquc Gucbhardt relative à l'abbaye de Saintc-Walpurge. ~ Siffer. Note sur quelques antiquités de l'ère celtique. — L. Levrault. A propos d'une fibule trouvée à Finhey. — Matuszteski. Note sur les fragments d'architecture trouvés à Eschau, avec l planche photographiée.
BCLLETIV DE LA SoCIliTÉ LITTÉRAIRE DE STRASBOURG. TomO III,
2e livraison :
Procôs- verbaux des scauces du lo janvier 1866 au 26 mard
1867. — L. Spach. Le Moine Lambreclit et son poème d'A Icxandre le Grand. — T. Hauliv. Le Sire de Créqui. (Pseudo poème du XIII« siècle.) ~ Dklcasbo. L'Kcole normale supe rieure en I816. Épitre à V. Cousin. — Idem. Les Sirènes. (Pou sie.) — L. Spach. Euloge Schneider comme poète et écrivain
— EscHEMAUBR. La Paticuce. (Poésie.) — Gogoel. Sénèque le philosophe. — Campaux. Le Ménage d'Iscomachos.
1. A Laadser une maison seigueurimle a été vendue i en 1269, 200 marcs d'argent (10,665 fr.). A Mulhouse, en 1266, une maison a été vendue pour 790 fr. A Bnsisheim, en 1681 , la maison d'une dame noble , avec cour, grange , éeurle et un Jardin , a été vendue 10,760 fr. A Strasbourg, en 1816, une maison eoûtalt 270 florins; en 1881 , une autre 864 florins; en 1882, 670 florins; en 1887, 1,188 florins; en 1861 des maisons ont été vendues à 267 florins et 821 florins.
Bulletin* de la Socii^tx ikdubtbielle de Mulhouse. Anuée 1867. Tome 87.
Getto publication parait par livraisons mensuelles qui forment 1 vol. gr. in-8^ avec planches, à la fin de Taune'e. 15 fr. pour Mal liouse; 16 fi*. dO c. pour le Haut-Rhin et les départe-
- ments limitrophes, et 18 fir. pour les outres départements. Sommaire des principaux articles des livraisons de janvier a octobre : A. Prxot. Les lustitutions privées du Haut-Rhiu. — Lbloutrb. Recherches expérimentales sur les machines à vapeur, expériences entreprises au Lo'gelbach avec le concours du comité de mécanique. — Bains et lavoirs établis à Mulhouse. — M. ZtuoLBR. Note sur ranilinc naturelle. — Grossstkste. Rapport sur le concours entre les cliauffeurs du Haut-Rhin eu 1861. — JuHDT. Rapport sur des reproductions photographiques des cartons des grands maîtres (collections du Louvre), offertes par M. Braun. — Pk»ot. Rapport sur la marche de l'école supérieure de commerce pendant 1866-1867. — Idem. Dotation Hfeffely. — G. ScncsK. Rapport sur l'école de dessin industriel et architeoturaL ~ Webee. Rapport sur la Description géologique et minérahgique tlu département du Haut-Rhin f par MH.Del< )k>s et Kœchlin-Schlumberger. ~ Pexot. Rapport sur la situation des cours populaires de 1866*1867. — Procès-verbaux du comité de mécanique et résumés des séances de la Société.
La io« livraison paraîtra tin janvier, et donnera la nomenclature complète de tous les ouvrages imprimés en Alsace du !•»" mai au si décembre 1867.
Numéros 10 -il. MOCCCLKVIII Novkvbrk-Juillkt
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LITTÉRAIRE, HISTORIQUE, ARTISTIQUE