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EXPOSITION DE LÀ SOCIÉTÉ DES AMIS DES ARTS DE STRASBOURG

« La critique est aiseo , et l'art est difficile >,

a dit Tundcs maîtres do Tart... poétique. La critique banale, consistant à blÂmer ou à applaudir à tort et à travers, est sans doute la chose la plus facile.

Mais une critique qui cherche à être sérieuse, exige des qualités qui sont bien rarement réunies: un jugement sûr, du goût, des connaissances étendues, une impartialité qui ne refuse à aucune école la part de bien qui peut la distinguer.

En fait d'art, lorsqu'un critique apprécie l'œuvre souvent longuement étudiée d'un peintre, il devrait connaître , aussi bien que l'artiste , l'histoire , l'archéologie , l'anatomie, les mœurs, les costumes, les armes, les instruments et les ustensiles de tout genre et de toutes les époques ; il devrait connaître les modifications que les passions et les autres affections de l'âme impriment à la figure humaine ; il devrait avoir étudié la beauté de la forme dans les œuvres de l'antiquité et dans celles des grands artistes du XVI* et du XVIP siècle ; il devrait avoir la connaissance approfondie des perspectives aérienne et linéaire ; il devrait avoir étudié les effets de la lumière sur les corps isolés et sur les masses; il devrait avoir un sentiment exact des proportions ; il devrait enfin avoir le don de la composition.

Toutes ces qualités réunies placeraient-elles le critique au niveau de l'artiste ? Non, car l'artiste doit posséder encore une qualité que le critique n'est pas tenu d'avoir et n'a pas en général , la faculté d'exécution.

Les critiques (l'art remplissent-ils les conditions dont nous venons de parler? Hélas non, le plus souvent. Moi-même qui tiens la plume, ai-je la prétention de posséder la dixième partie des qualités nécessaires pour apprécier sûrement une exposition artistique? Pas davan-

tage. Pourquoi donc vais-jc donner ici un compte rendu de l'Exposition de la Société des Amis des Arts de Strasbourg? Parce qu*on m*a prié si instamment et si gracieusement de le faire que , malgré le sentiment de mon incapacité , je n*ai osé refuser.

Et comme la déclaration que je viens de fairp me met à Taise vis-à-vis du lecteur, pourquoi ne lui dirai-je pas aussi ce que je pense de lui? Si le lecteur n*aime pas les arts, s'il n'en sent pas les beautés, qu'il passe outre : mes observations ne l'atteindront pas. On ne peut reprocher à un aveugle de ne pas aimer les couleurs.

Mais si le lecteur s'occupe d'art , non par ton ou par mode, mais par sentiment, avec la passion qu'inspire toujours la beauté, sous les mille formes que les peintres ont su découvrir, je lui dirai qu'il lui faudrait, ce qui lui manque le plus souvent, les qualités que j'attribuais au critique, pour goûter une œuvre complètement et non vaguement, non par imitation, non sous l'influence du prestige d'un nom illustre , mais en analysant avec soin toutes ses beautés, voire même ses défauts. Les discussions qui s'élèvent fréquemment sur les productions de l'art, tirent le plus souvent leur origine des connaissances bien inégales que possèdent les amateurs.

A cette cause s'en joint une physiologique. Il est des personnes que la grâce , la beauté plastique , la distinction, les sentiments tendres et passionnés impressionnent plus que la puissance physique , intellectuelle ou morale ; il en est d'autres qui sont plus touchées par l'ex-

pression de ces dernières facultés. De là des jugements très-divers , des eonyictions arrêtées , sans que la discussion puisse éclairer personne.

J'ai vu les œuvres les plus remarquables de Raphaël et de Michel- Ange, et j'ai toujours été impressionné plus vivement par celles du premier que par celles du second.

Je préfère donc Baphaël, et c'est par raison que je mets sur la même ligne Michel-Ange et Raphaël.

Il est encore dans les arts un autre motif, peu sérieux il est vrai , de divergence dans les opinions. On a prétendu opposer le réalisme à l'idéalisme.

On a feint de ne pas voir que le réalisme est une étape dans le développement de l'art , et que l'idéalisme en est le but.

Lorsque l'artiste est arrivé à reproduire fidèlement un modèle donné , il arrive , par une pente naturelle , à choisir les plus beaux modèles , et puis , comme aucun modèle ne possède la perfection de chaque détail et l'exacte proportion des diverses parties de l'ensemble, l'artiste choisit et proportionne ; et le travail qu'il fait pour la forme , il le fait pour l'expression du visage , qui doit refléter les qualités intellectuelles , les sentiments et les passions de Thomme.

Beaucoup de personnes s'imaginent que le goût qu'elles ont pour la peinture peut suppléer à ce qui leur manque du côté de l'instruction ; les unes sont habituées à la peinture d'enseignes ou à la peinture d'images, les autres à voir tous les tableaux à la loupe ; il en est qui mesu-

reni l'iinportance d'une composition à l'étendue de 1» toile , d'autres à l'intensité et à l'éclat des couleurs. Quelques-unes se prosternent devant une signature et dédaignent les tableaux qui n'en portent pas. Il y a des amateurs qui admirent tout^ d'autres qui critiquent tout, et ceux qui attendent prudemment l'avis du voisin. Toutes les formes du caractère humain se décèlent ici avec une naïveté, une vérité et une vivacité que Ton n'a pas souvent l'occasion de constater dans les relations sociales ordinaires.

Toutefois le goût des artâ doit être encouragé , car il est un des signes du développement de la civilisation d'un pays , et je rappellerai , dans ce but, un passage remarquable de la préface des Études sur les Beaucu-Arts en général, de M. Guizot :

«L'étude des arts a ce charme incomparable qu'elle «est absolument étrangère aux affaires et aux combats de «la vie. Les intérêts privés, les questions politiques, les «problèmes philosophiques divisent profondément et met- «tent aux prises les hommes. En dehors et au-dessus de «toutes ces divisions , le goût du beau dans les arts les «rapproche et les unit: c'est un plaisir à la fois personnel «et désintéressé, facile et profond, qui met enjeu et sa- «tisfait en même temps nos plus nobles et nos plus douces «facultés, l'imagination et le jugement, le besoin d'émo- «tion et le besoin de méditation, les élans de l'admiration «et les instincts de la critique, nos sens et notre âme. <£t les dissentiments, les débats auxquels donne lieu «un mouvement intellectuel si animé et si varié, ont ce

«singulier caractère qu'ils peuvent être très -vifs sans «grande âpreté, que leur vivacité ne laisse guère de ran* «cune, et qu'ils semblent adoucir les passions mêmes «qu'ils soulèvent. Tant le beau a de puissance sur Tâme «humaine , et efface ou subordonne , au moment où elle « le contemple, les impressions qui troubleraient les jouis- < sauces qu'il lui procure.»

Après cette digression en manière d'exorde , j'entre à l'Exposition K

Je constate d'abord que beaucoup de tableaux parmi les plus importants sont mal éclairés ; d'autres sont embue, c'est-à-dire rendus ternes par l'absorption de l'huile par la couleur. On s«pt que les artistes ont la précaution de ne pas vernir leurs tableaux avant que la peinture soit sèche, parce que le vernis, déposé trop tot^ donne lieu à un accident plus ou moins grave, la formation des craque' lures. L'amateur devra ne pas se rebuter par cette double difficulté et tâcher de découvrir ce qu'il y a do vraiment bon dans l'Exposition.

Je n'ai pas l'intention de suivre un ordre systématique dans la revue que je vais faire : je prendrai au hasard dans les salles ce qui me irappera le plus,

« Mêlant le grave au doux , le plaijiaol ou sévère *,

et j'ajoute que , pour être bref , je ne caractériserai le plus souvent les tableaux que par un mot.

Dans la salle d'entrée, j'aperçois à droite deux tableaux

1. L'Expositiou a été ouverte , lo 13 Juin, dans les salles du rcs-de chaussée de la Mairie , pour se dore le 6 Juillet.

de M. Yundt. Je croirais volontiers que M. Yundt cherche à mériter Tépithcte de peintre du brouillard. Il en met dans presque tous ses tableaux. Dans le Départ des hirondelles, brouillard intense dans le fond; comment alors la chemise de cette délicieuse jeune fille , qui contemple les hirondelles, peut-elle être aussi finement et aussi délicatement éclairée , alors que rien n'indique Tapparition du soleil dans le paysage?

Le Printemps a un fond qui ne fuit pas suffisamment, des personnages qui ne rappellent pas , par le type , les bergers de Florian , qui regardent d'un peu trop près les fleurs d'un pommier ou d'un poirier. Quant à leurs sentiments, deux pigeons à la gauche de la composition les commentent clairement.

Le coloris de M. Yundt est agréable ; ses scènes, presque toutes villageoises, sont rendues avec naïveté et vérité.

En face des tableaux de M. Yundt, j'aperçois un paysage au crayon de M. RiedmtiUer, traité avec vigueur dans certaines parties, mais un peu confus dans d'autres. Dans la salle de gauche , mon attention s'arrête d'abord sur une série de photographies de M. Adolphe Braun, de Domach, qui ont failli m'enthousiasmer.

On sait que la photographie, sans parler de son application ordinaire, a rendu de très-grands services par la reproduction des monuments, des paysages et des tableaux. L'astronomie elle-même en a tiré parti. M. Ad. Braun vient d'en faire , et sur une très-grande échelle , une application à la reproduction des dessins des grands maîtres. Les artistes et les amateurs pourront, pour un prix

relativement minime , se procurer, conformes aux originaux , les dessins de leur choix que la chalcographie a reproduits, mais avec moins de perfection que la photographie ne peut le faire : j'ai vu là avec un extrême plaisir des dessins de Raphaël, de Léonard de Vinci, de IIolbein, d'Albert Durer, d'Adrien van de Velde , etc.

Cette même salle renferme un Crieur public espagnol très-bien traité, par M. Guillemin ; VAge d'or, jeune fille dans une cuisine , par M. Patrois, peinte avec un fini et une exactitude de détails qui rappellent, à distance, le faire de Gérard Dow. On croirait que M. Berchère procède de M. Fromentin. Son petit tableau: l'Hiver en Syrie a des qualités sérieuses comme composition et comme perspective ; mais les chevaux y sont incomplètement dessinés ou peints. MM. Louis Isabey et Kuwasseg ont exposé, le premier, une marine vigoureusement traitée, le second, une marine calme, plus sèche, mais qui a du mérite. MM. Boze et Huguet exposent, le premier, un Village arabe, effet du soir, et un Abreuvoir; le second, les Bords du Kil (haute Egypte) et un Abreuvoir. Les deux artistes se connaissent-ils, ont-ils travaillé ensemble? je le supposerais volontiers par l'analogie de leurs sujets : leurs toiles sont peintes avec sentiment, je ne puis dire avec vérité, car je ne connais pas l'Orient, et parmi elles j'ai particulièrement admiré le Village arabe et les Bords du Nil. Je vois, dans cette même salle, un tableau de M. Dubuisson qui traite les chevaux en maître et le paysage en rapin. Pour M. Dubuisson, rien n'est beau que le cheval ; le cheval seul mérite l'attention. Je [dois signa-

1er encore une belle téfe de Christ mort, de M. Eugène Laville, VÉcurte de M. Jeanniot, le Service amical do M. Friedlasnder, les pastels remarquables de M. Gratia, les puissantes aquarelles de M. Martin , celles spirituelles, quoiqu'un peu sèches, de M. Touchemolin et les paysages (dessins) de MM. Auteroche et Simon.

'Dans la première salle à droite , deux paysages avec moutons*, pleins de sentiment, et un grand paysage avec bœufîs attelés et moutons qui , le matin, vont partir pour les pâturages. La lumière qui tombe sur les animaux est d'un ton excellent et rappelle , à distance toutefois , celle de quelques toiles de W^^ Rosa Bonheur. Ces trois tableaux sont dus à M. Brissot de Warvillc. On voit, dans les salles de droite, trois toiles de M. Keynaud, qui sont fort belles. Le Bepa^ de midi dans les Ahruzzes est une grande toile, bien ordonnée, avec une grande variété de figures et du mouvement; ses deux autres toiles, la Fileuse, environs de Naples, et la Jernue Fille à la fontaine, sont des études d'après nature , chaudes de ton et bien dessinées. M. Yan Dargent, bien connu par ses illustrations, est un peintre habile. Ses deux tableaux, En vor cances et les HatUeurs de la Boche Maurice, effet du soir, sont d'une grande vérité. M. Philippe Rousseau a exposé des Chiens au chenil, reproduits avec fidélité et finement peints. M. A. Dumarescq a exposé une grande toile, V Hospitalier volontaire, correcte de dessin, mais qui manque d'expression. M. de Couinck nous fait voir, sous le titre: le Petit frileux, un petit Savoyard qui demande l'aumône. La tête a de l'expression , l'attitude est bonne ;

mais la lumière n*est pas assez vigoureuse, et Tair manque à sa composition ; pour les dimensions de ce tableau, il fallait réduire de moitié les dimensions de l'enfant. MM. Diaz, Appian, Lambinet, K. Daubignoy, Bichet, Michel , nous ont donné des paysages remarquablement traités, M. Suchet une jolie marine, M™® Lecomte-Cherpin de belles fleurs, .M"« Léonide Bourges une Jeune Fille veillant un enfant qui dort , d'une touche un peu molle, mais pleine de sentiment.

M. Fabius Brest, dont j'aime beaucoup le coloris, a exposé trois tableaux entre lesquels j'ai surtout remarqué les Bords du Nil; M. Ranzoni nous a donné une Écurie avec moutons , d'un dessin correct ; MM. Yongkind et van Ëlven ont exposé des vues de villes, dans un style fort original.

La deuxième salle renferme la toile capitale exposée *par M. Schiitzenberger : Charlemagne apprenant à écrire, composition sévère, dessin correct, effets de lumière bien rendus, un des tableaux essentiels de l'Exposition. Le Coucher de soleil, avec vapeurs paludéennes, souvenir d'Italie, est une belle étude , sérieusement peinte , mais qui malheureusement recevait un jour qui ne lui était pas favorable. Le Payiage des bords du Rhin, tout en présentant certaines qualités, me paraît inférieur. L'eau manque de transparence ; elle est trop uniformément éclairée , elle ne fuit pas, et la jeune fille de pêcheur qui raccommode les filets, me paraît trop grande. MM. Accard et Hamman ont exposé des compositions distinguées , dans leur genre habituel: scènes empruntées au XVP et au XVII® siècle.

( 264 ) M. Stademann est toujours le peintre de ï Hiver ; M. Laminais a encadré, dans un joli paysage, deux petits paysans, garçon et fille cueillant des nénuphars dans un marais : une des plus belles toiles de l'Exposition . M. Lassalle représente une bonne vieille faisant des crêpes en plein vent et en hiver, avec un cortège d*enfants qui la regardent faire : tableau conçu avec naïveté. M. Veyrassat, qui dessine si bien les chevaux, en a placé deux près d'une meule de blé, qui sont d'un remarquable effet. MM. Burnier, Fritsch et Renié se font remarquer par de bons paysages. On avait placé trop haut le paysage de M Saglio, pour qu'on pût le voir.

La troisième salle enfin renferme une Vue d'Orient de M. Ziem, qui est éblouissante. J'ai entendu dire par des personnes qui avaient vu le Bosphore, qu*clles n'avaient pas observé d'effets de lumière semblables sur ses bords. Cette observation me touche peu. M. Ziemaété en Orient* et y a vu, à toutes les heures du jour, les effets de lumière avec l'attention qu'on leur donne pour les reproduire, et non avec les yeux plus ou moins distraits d'un touriste. «Fajoute qu'alors même que l'œuvre de M. Ziem serait une fantasmagorie, elle me charmerait encore par sa beauté. £n face du tableau de M. Ziem, j'aperçois une toile de M. Fichel, représentant un petit souper sous la Régence, finement et spirituellement dessiné, mais un peu uniforme de ton. MM. de Cock, Pradelles, Maglione ont, dans cette salle , de très-beaux paysages , M. Rave une Jeune Fille avec une gerbe sur la tête , d'un bon sentiment , malgré quelques incorrections de dessin. Citons encore MM. Jus-

tin Ouvrié, Tesson, Soycr, Guichard, P. Braun et Montfallet.

M. Bartholdi a fait acte de présence par un buste exécuté avec soin.

J*ai été surpris de ne pas trouver, au nombre des exposants, notre éminent statuaire M. Grass, nos peintres distingués MM. Théophile Schuler, Beyer et Chrîstmann, qui nous ont habitués à voir, chaque année, leur nom figurer au livret. Quant à d'autres artistes alsaciens, tels que MM. Brion, Haffncr, Marchai, Lix , £hrmann,etc., nous exprimons le désir qu'ils n'oublient pas complètement notre Société et que, de temps en temps, ils nous permettent de renouveler connaissance avec eux.

Strasbourg, le 1«?«- juillet 1868.

UN ALSATIQUE RARISSIME.

M. Dagobcrt Fischer, dont nos lecteurs ont déjà souvent eu l'occasion d'apprécier la profonde érudition, vient de publier une intéressante monographie sur l'abbaye de Saint-Jean-des-Choux , près Saverne. L'auteur retrace, dans cette brochure, l'origine, la splendeur et la décadence de ce couvent, dont l'histoire avait déjà au siècle dernier excité la verve poétique de l'abbé Rumplcr.

L'opuscule de cet abbé , de batailleuse mémoire , est

intitulé : Tonnéide ou Tonniade. La DoUmachie, ou la Guerre du tonneau, pol^mc héroï-comique, publié à Ar- 'gencourt, la 7* de la métamorphoêe des Francs,

Ce poëmc , imprimé à Strasbourg , chez Dannbach , a 18 chants et contient des notes historiques très-curieuses ; il est fait à Timitation du Ververt de Gresset , mais il n'en a, il est' vrai, ni la grâce, ni le charme. Le poëte chante l'histoire d'un tonneau qui se trouvait dans le couvent , et qui , d'après la tradition , avait servi de berceau au fondateur de l'abbaye.

Le comte Peterié de Ltitzelbourg vint au monde dans la cave où sa mère rafriûchissait de temps en temps les envies de sa grossesse. « Les annales de son siècle , dit une note du livre , nous la représentent comme une des plus intrépides hiberonnes du pajrs.

« Mont-Choux , qu'un antiquaire habile découvrira facilement dans les annales de l'Egypte , est une nonnière de vierges de l'ordre de San-Benedict , situé à quelques stades de l'ancienne Argentine, près des confins de 1'^/sassie et de la Lotharingie, Milord Pampley, dans ses Vues pittoresques, lui donne le nom de Krautberg, et don Fernando Alonzo di Cavaleiros , dans son Voyage du Caire, l'appelle Sanct- Giovanni dei CaroUi. Cette nonnière fut fondée l'an 112G du règne de Sémiramis, par Peterlé, Grave von lAitzelenhurg, L'endroit où elle fut bâtie était, dans son origine, une hauteur d'où les habitants des trois tavernes, de NeuveviUe et de Moinemoutier allaient chercher leurs choux pour en faire ce que nos modernes Teutons nomment aujourd'hui Sauerkraut, De

là vient qu'elle porte encore actuellement le nom de Mont-Choux, »

Une autre note de ce volume nous apprend aussi que , lorsque Tabbesse se rendait au village de Steinbourg , situé tout près de l'abbaye de Mont-Choux , pour y tenir son assemblée colongère, les nobles de Still, qui y tenaient un verger en fief de Tabbaye d'AndIau, étaient obligés de faire taire les grenouilles de la rivière voisine de la Zorn, la nuit qu'elle y passait, afin que Tabbcsse pût dormir tranquillement.

Cette bizarre servitude est mentionnée dans le livre des fiefs de Tabbaye d'Andlau, qui remonte à Tan 1362. Grandidier en fait mention tome P', page 2G7 des Œuvres inédites, éditées par M. Liblin. Le village de Steinbourg n'a jamais appartenu à l'abbaye de Saint- Jean-des-Choux , mais bien à celle d'Andlau , et l'abbé Rumpler a confondu l'abbcsse de Saint-Jean avec l'abbesse d'Andlau.

L'histoire du tonneau de Mont-Choux est puisée « dans la source de la vérité pure ». « Tous ceux qui ont vu , dit l'abbé-poëte , le réfectoire de l'abbaye doivent avoir remarqué cette vieille tonne, toiyours bien garnie, que nos bonnes mères y avaient laissée , par respect simplement pour l'ancien usage et sans la moindre vue d'ivrognerie. »

Eu dévoilant, a l'instar de Gresset,

a des Donnes les mystères secrets ,

* L'art (les parloirs, la science des grilles, • •( Les graves riens, les mystiques vétilles*,

notre facétieux abbé a respecté la traditiou : c U n'y a de fictions que dans quelques détails épisodiques » . L*aimable AUi, dont parle M. Tabbé Rumpler ,

tf Âimablo AUij tu veux donc que je chante « Ces saints débats , cette guerre éclatante , « Qu'un vieux tonneau »

serait M"® Marie-Odile de Peyrimhoff, de Landser, qui a gouverné Tabbayc de Saint-Jean-des-Cboux de 1734 à

Bien qu'il ne soit pas fait mention de ce volume dans la monographie, d'ailleurs, si complète de M. Fischer, l'auteur n'en ignorait pas l'existence; la crainte, sans doute, de déplaire, en le citant, à quelque membre de l'aréopage qui préside à la réception des mémoires destinés au Bulletin de la Société des monuments historiques , l'aura retenu.

£n province , il est souvent épineux d'allier le plaisant au sévère , surtout lorsqu'il s'agit d'une pièce « mi-religieuse, mi-croustilleusc». Mais honni soit qui mal y pense,

CM

I 259 ) VARIÉTÉS

M. Fick vient d'enrichir sa collection d'une nouvelle plaquette : Pavlvs Odontivs, chapelain de Waldstein en Styrie, ses démêles avec Vinqvisitiony sa condamnation a mort et sa délivrance miracvlevse (Genève, imprimerie de Jvles Gvillavme Fick, 1868, pet. in-S^do 43 pages). C'est l'autobiographie d'un obscur confesseur de la foi protestante, victime de l'intolérance de l'archiduc Ferdinand qui, comme empereur, devint le promoteur do la guerre do Trente ans. Ce simple récit, traduit par M. Ed. Fick avec son goût et sa justesse ordinaires, est un document de plus h ajouter à cette suite de mémoires sur le XV I« siècle dont il a entrepris la publication. L'impression est digne de M. Fick et des happy few pour lesquels il travaille. Papier, caractère, format, correction et jusqu'à la couverture, tout est irréprochable et parfait. C'est h désespérer les bibliophiles qui ont besoin de formules pour exprimer leur admiration. X. M.

M. Heitz. — Depuis la publication de notre dernier numéro , l'Alsace bibliographique a perdu l'un de ses membres les plus actifs, M. Heitz, père, imprimeur, qui remplissait près la Société des monuments historiques d'Alsace la charge de bibliothécaire-archiviste.

M. Heitz était connu de toutes les personnes qui s'occupent de l'histoire de Strasbourg et d'Alsace ; avec une complaisance à toute épreuve, il donnait aux érudits et aux amateurs les renseignements puisés dans sa belle bibliothèque alsatique. Lui-môme, il a usé de cette vaste collection de livres, de manuscrits, de cartes, de dessins et de gravures pour une série de publications parmi lesquelles

nous mentionnerons plus spécialement : une monographie en allemand sur l'église de Saint-Thomas, une autre dans la même langue sur les corporations de Strasbourg, une brochure on français contenant des documents sur les deux blocus de Strasbourg (de 1814 et 1815), un volume de documents sur les sociétés populaires à Strasbourg (de 1790 à 1795), un volume très-curieux sur le terroriste Ëuloge Schneider, etc., etc.

Le décès de M. Heitz , mort à l'âge de 69 ans, laisse une regrettable lacune dans les rangs des hommes voués à l'étude de notre histoire locale.

Il serait fort à désirer que la bibliothèque formée pendant un demi-siècle par M. Heitz pût être intégralement conservée; disséminée, elle perdrait évidemment la moitié de sa valeur.

Son fils, qui vient de lui succéder comme imprimeur, s'occupe en ce moment de l'impression du catalogue do cette belle bibliothèque. Ce catalogue, s'il est bien fait, comme tout nous le fait espérer, pourra tenir lieu de manuel de bibliographie alsatique.

Les travaux exécutés pour asseoir les fondations d'un nouveau bâtiment que l'on vient d'élever au Gymnase protestant dans le prolongement de la façade du Temple-Neuf, et l'établissement d'une cave que l'on creuse tout à côté dans la propriété SiegfVied, au coin de la place vers la rue de l'Outre, viennent de mettre à découvert deux tronçons du mur d'enceinte de l'ancienne cité gallo-romaine d'Argentorat.

Ces témoins d'un passé vieux de plus de quinze siècles se relient immédiatement entre eux (la rue seule les sépare), et leur découverte justifie complètement le tracé indiqué par Silbermann , pour le côté nord de la place du Temple- Neuf. En effet, la façade de la maison Siegfiried se trouve

exactement alignée sur ce mur d'enceinte, qui lui sert de base.

La muraille a environ l«n,70 d'épaisseur; elle est construite principalement en pierres grises basaltiques du Kayserstuhl, noyées dans un bain de mortier; quelques points rouges qui y apparaissent signalent la présence de fragments de briques romaines. Ce mur a acquis la dureté du roc: les moellons et le ciment ne forment plus qu'un tout compacte que l'on est obligé de tailler au ciseau.

Il y a lieu de remarquer, à ce sujet, que l'on attribue généralement aux constructions romaines faites en pierres du Kayserstuhi, que l'on trouve à Strasbourg, une antiquité plus reculée qu'à celles en grès et en calcaire vosgiens, les communications par eau ayant été les plus faciles et les plus usitées avant l'établissement de voies régulières par terre. Les morceaux de briques, par contre, qui apparaissent dans le mortier, semblent se rapportera des travaux plus récents et sans doute à des réparations postérieures.

La partie de la muraille mise à découvert dans l'enceinte du Gymnase présente sur sa face extérieure un massif passablement déformé, mais accusant cependant un relief à peu près demi-circulaire, qui, du côté nord, fait saillie en dehors de l'enceinte. Cet hémicycle appartient évidemment à l'une des tours qui de distance en distance complétaient le système de fortifications employé par les Romains.

Aucune trouvaille particulière n'a d'ailleurs été faite à cette occasion , ces fouilles n'ayant amené au jour ni médailles ni autres objets antiques.

Le Bibliothécaire de la ville, Au6. Saum.

Par décision de M. le ministre de l'instruction publique, 6 exemplaires du tome I«r et du tome III des Tombes celtiques

de C Alsace, édition in-folio, publiées par M. de Hing, correspondant du ministère pour les travaux historiques, viennent d'être acquis pour son département.

Ces 6 volumes du tome I«' sont les derniers exemplaires restant de l'édition, ce qui fait, déjà aiyourdhui , une rareté bibliographique de cette oeuvre de M. de Ring, dont le tome II est lui-môme depuis longtemps épuisé. — 11 ne reste plus de disponible qu'une vingtaine d'exemplaires du tome III, qui, ainsi que les deux autres volumes précédemment pubhés, forme par lui-môme un tout complet, chacun do ces cahiers étant composé d'un nombre plus ou moins considérable de mémoires, indépendants l'un de l'autre.

On sait que l'Académie des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France a successivement donné une mention honorable à chacune de ces publications, au concours annuel pour les antiquités nationales.

La vente de la bibliothèque do M. Yemeniz a eu un immense retentissement; elle a produit 724,252 fr. 75 c.

Le catalogue formait un volume grand in-S» de plus de 800 pages et contenait 3,954 numéros.

Cette belle collection se composait de: 38 manuscrits sur vélin des XlIP, XIV*, XV" et XV1« siècles avec miniatures, plus de 30 ouvrages imprimés sur peau vélin, une vingtaine d'exemplaires de livres uniques ou seuls connus, et des centaines de volumes ayant appartenu aux rois de France et princes du sang depuis François I«', à des reines, des princesses, des favorites et des personnages célèbres.

Nous y avons remarqué un manuscrit qui avait appartenu à un ancien évoque de Strasbourg, et qui lui avait été offert par Nicolas de Trutenhusen, l'an 1467. Ce manuscrit intitulé:

Missale ecclesiœ argentinensis ^ scriptum anno 1467, in-4o (maroquin bleu, riches compartiments, doublé de tabis, tranches dorées ; 109 feuillets) , contenait 38 miniatures intercalées dans le volume, peintures curieuses par leur ancienneté. Vingt de ces peintures paraissaient appartenir à l'époque des croisades et avoir été enlevées d'un manuscrit historique.

« Il serait impossible de trouver, dit le rédacteur du ca- « talogue, rien de plus remarquable, de plus curieux et de « plus varié que les miniatures do ce recueil unique en ce « genre. »

Le prélat auquel était dédié ce manuscrit est Rupert, do Bavière, qui occupa le siège de Strasbourg de 1440 à 1478. Au folio 109, verso, on lit la souscription suivante en latin: « L'an 14G7, Nicolas de Trutenhuscn, suivant la règle de « Saint- Augustin uu mont Sainte-Odile , offre à son géné- « reux seigneur qui le couvre de l'ombre de sa protection , « à Rupert, serviteur de Dieu, comme témoignage de son « affection, ce livre qu'il a écrit. Que Dieu le conserve, etc. »

Ce manuscrit a été vendu 2,400 fr.

Le Conseil général du Bas-Rhin, dans sa session de 1867, a voté un crédit de 360 îr. pour l'acquisition de 5 exemplaires des Œuvres inédites de Grandidier, publiées par M. Liblin. Le nom de l'abbé Grandidier, dit le rapport du bureau, figure en tète de la phalange respectable de tous ces investigateurs laborieux qui se sont imposé la tâche difficile, souvent ingrate, de tirer de l'oubli les faits et les événements qui ont illustré notre province , ainsi que les noms et les actions des hommes éminents qui, dans les temps passés, ont jeté un vif éclat sur le pays, soit en bien, soit en mal.

Il faut donc savoir gré au savant distingué qui dirige la publication de la Revue d'Alsace avec autant do talent que de tact, d'avoir entrepris la publication des manuscrits de Grandidier que la Bibliothèque de Strasbourg a eu la chance heureuse t il y a quelques années, d'acquérir à une vente de livres à Leipzig.

Kléber. — Dans un catalogue publié par M. Gharavay nous trouvons, sous le n^ 134, une lettre autographe de Kléber à un de ses amis, datée de l'an III, 1 page '/, et cotée 22.

Il envoie à un ami son portrait peint par Guérin. 11 ne peut mieux, écrit-il, lo placer que dans le soin d'une famille qui l'a comblé de bontés. Il ajoute : « C'est également en vos mains que seront déposés tous les manuscrits concernant mes campagnes, si, comme Dampierre, j'avais le bonheur de mourir sur le champ de bataille. Je ne vous prescrirai rien sur l'usage que vous voudrez en ûiire, ces pièces ne peuvent être intéressantes que pour celui qui aurait l'intention d'écrire l'histoire. »

Quelle est cette famille, ce portrait existe-t-il encore, que sont devenus ces manuscrits ?

Nous lisons dans V Industriel alsacien du 19 juillet 1868 : - «Une découverte assez intéressante vient d'être faite à Ulfholtz. Le secrétaire de la mairie, chargé de faire l'inventaire des archives de la commune, a trouvé, dans le fonds de l'église , divers devis de travaux de restauration du cimetière et de l'église dressés en 1791 et signés par le général Kléber, alors architecte de l'arrondissement.

«C'est à cette époque que le héros d'Héliopolis recherchait en mariage la fille du juge de paix de Cemay , qui lui préféra le secrétaire de la mairie aux maigres appointements d'alors. A quoi tiennent les destinées? Si le mariage avait eu lieu >

M. le professeur Hegel, d'Ërlangen, prépare, pour la collection de Chroniques des villes allemandes, une nouvelle édition de Glosener et de Kœnigshoven.

M. Ad. Braun , de Thann , publie des photographies qui sont de véritables /ac-^/mi/e de dessins des grands maître», et dont la perfection est telle qu'on croit voir les originaux eux-mêmes dérobés aux vitrines des musées. Le catalogue des reproductions de M. Braun se complète chaque jour : outre les dessins des musées du Louvre et de Bàle , des galeries du grand-duc de Saxe-Weimar, on peut se procurer maintenant les dessins du musée de Vienne photographiés par les mêmes procédés. Les résultats obtenus par l'artiste semblent miraculeux : tout est reproduit, même la couleur du papier, les taches, les piqûres de vers et la teinte des dessins. Non-seulement pas une hachure , pas un trait n'est omis, mais la couleur variée du crayon sanguine, de la mine de plomb, des sépias, etc., est exactement fixée sur ces copies, qui, en un mot, ne dilT^rent absolument pas des modèles. L'invention de M. Braun est donc décidément appelée à rendre les plus grands services en mettant entre les mains des artistes et des amateurs les dessins authentiques des plus grands maîtres.

BIBLIOGRAPHIE ALSATIQUE.

350. X. M088MAHV. La Guerre des Six deniers (Sechs Plappertkrieg) à Mulhouse. Strasbourg, typog, V*' Berger- LevrauU; gr. in-80, 28 p.

Extrait da Bulletin déê monument* Metoriquee. 8eeh$ Plappertkrieg , c'est le nom qu'on Ini a donné fort Improprement, à en Jnger par les pièces des archives ; mais cette guerre

constitue , dit l'antenr, • un de ces moments décisifs qu'il ne fant Jamais perdre de vue. On sait quelle avait été Jusque-là la situation de la yille. Comprise k l'origine dans la Juridiction des landgraves de la Haute-Alsace, quoique relevant directement des évéques de Strasbourg , comme Colmar, elle dut à son érection en cité impériale de n'être pas absorbée dans le patrimoine des ducs d'Autriche , et elle resta une enclave indépendante au centre du territoire où ces princes ont fini par exercer tous les droits de domaine et de seigneurie. >

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