ÉTUDES GÉNÉALOGIQUES
Les études généalogiques, sans être aujourd'hui «particulièrement en honneur dans presque tous les pays de l'Europe » , offrent cependant , si l'on en juge par les nombreux ouvrages parus
depuis plus de deux siècles sur cette science, un certain intérêt d'utilité et même de curiosité que nous ne saurions nier.
Ces études, toutefois, sont arides, et les jouissances intellectuelles que Ton en retire ne doivent rien avoir de bien séduisant. Il faut, pour s'y adonner avec ardeur, nous le croyons du moins , un mobile plus vif que le goût simple de rhistoire. Jadis ce mobile pouvait consister dans l'ambition d'une charge de généalogiste des ordres du roi ; mais aujourd'hui que ces charges ont été supprimées par la Révolution, la généalogie exige, et c'est le cas chez M. Lehr, une grande abnégation de soi-même, puisée dans le désir seul de donner aux familles nobles la preuve irrécusable de leur parenté avec les monarques régnants.
M. Lehr ne s'est pas borné à étudier l'origine, la filiation et le développement des maisons souveraines, il donne dans son ouvrage, et c'est là qu'il faut admirer toute la patience de bénédictin qu'il a su déployer, non-seulement la clef de la grandeur actuelle de certaines puissances , les prétentions qu'on a vu surgir dans les congrès et parfois s affirmer sur les champs de bataille , mais les indications les plus précises sur les armoiries, les titres et dignités , l'origine et les diverses ramifications : 1^ de toutes les maisons souveraines
d'origine germanique; 2^ de Timmense majorité des maisons princières et comtales médiatisées de l'Allemagne ; 3° d'Un grand nombre d'autres maisons de l'ancienne noblesse d'Empire , qui, toutes, ont des titres particuliers à l'attention par les services qu'elles ont rendus ou par les dignités dont elles ont été revêtues , et sont alliées, à un degré plus ou moins rapproché, au chef de l'une des maisons souveraines de l'Europe.
Dans ce volume , le premier ouvrage d'histoire généalogique de l'auteur, M. Lehr nous dit qu'il s'est attaché de préférence à un groupe qu'ont cimenté de fréquentes alliances et qui se trouve resserré par les liens d'une commune origine et de croyances religieuses analogues , du moins pendant des siècles. Ce groupe comprend treize maisons, régnant éparses sur les principaux trônes de l'Europe du Centre et du Nord , mais toutes issues de l'Allemagne et professant la religion protestante ou la religion grecque. La première partie de ce volume comprend la généalogie paternelle et maternelle des chefs des treize maisons en remontant jusqu'à leurs aïeuls au douzième degré, et la seconde complète, nous dit l'auteur, jusqu'à nos jours, les grands dictionnaires généalogiques du siècle dernier.
Les tableaux , qui forment la partie la plus im-
portante de Touvrage, sont, ajoute M. Lehr, les plus étendus qu'on ait encore publiés. «La plupart des généalogistes se bornent à remonter à trente- deux aïeuls, c'est-à-dire jusqu'aux trisaïeuls du père et de la mère du de cujus ; il en est très-peu qui aient dressé leurs tableaux jusqu'à 64 ou 128 aïeuls. Notre ouvrage remonte à 4,096 aïeuls, ou en d'autres termes, il établit la noblesse de 4,096 quartiers du chef actuel de la famille; pour certaines familles ou certains personnages, il prouve même 8,192 et 16,384 quartiers de noblesse. »
Les noms et les dates ont fait l'objet d'une vérification minutieuse, pour laquelle M. Lehr s'est inspiré de tous les travaux récemment publiés , soit en France, soit à l'étranger, sur les familles historiques de l'Europe.
M. Lehr, pour faciliter les recherches à ses lecteurs, s'est appliqué à observer Tordre alphabétique. Cette méthode , excellente pour un ouvrage de ce genre, nous a permis immédiatement de découvrir l'intérêt alsatique qui s'attache à ce livre. Aussi nous empressons-nous d'en extraire la notice relative à la famille d'Andlau, l'une des plus anciennes de notre province.
* « Andlau. — Armes : D'or à la croix de gueules.
« Titres : Premier des quatre chevaliers héré-
ditaires du Saint-Empire romain , 1347 ; baron d'Empîi*e, 16 mars 1676; comte français, 1750, confirmé par Napoléon P*"; comte autrichien, 1814.
«Louis d'Andlau et Jean d'Andlau figurent parmi les ancêtres du duc de Saxe-Cobourg et du roi de Wurtemberg. Ils appartiennent tous deux à Tune des maisons les plus anciennes et les plus illustres de la noblesse alsacienne. Les ruines de leur château patrimonial dominent encore aujourd'hui une petite ville située au pied des Vosges, nommée de leur nom, et célèbre par une abbaye que leurs ancêtres y avaient fondée au X® siècle , et qui , agrandie par Timpératrice sainte Richarde , devint plus tard princière.
«Nous publions dans notre Alsace rtohle^ daprès des documents en grande partie inédits , une généalogie historique complète de la maison d'Andlau. Nous nous bornerons à dire ici , qu'au XVIII® siècle cette maison formait deux grandes lignes.
«La ligne aînée, ou d^Andlau-Kingersheim, s'est éteinte peu avant la Révolution française.
« La ligne cadette s'est divisée : 1® en la branche à^Andlau, dont le rameau d^Andlau^Birseck fleurit seul de nos jours, et a pour chef le baron François, né le 6 octobre 1799, chambellan et conseiller intime du grand-duc de Bade ; le rameau
à^AndlavrAndlau a disparu en 1770; celui à!Andlavr-Wittenheim est éteint dans les mâles depuis 1833 ; — 2° en la branche de Hambourg , qui se compose des deux rameaux à! Andlav/^Uombourg et d!Andlau de Petit^Landau (ou de Paris). Ces deux rameaux portent le titre de comte , lun en Autriche, l'autre en France. Ils ont pour chefs, le premier, le comte Othon d'Andlau-Hombourg , né le 7 septembre 1811 , marié à la baronne Antoinette de Schauenburg , dont il a deux £ls ; le second , le comte Gustave d'Andlau , chef d'escadron d'état-major, attaché militaire à l'ambassade française de Vienne , marié à demoiselle Marie- Thérèse-Berthc Le Pelletier de Saint-Remy.
«La maison de Berckheim, qui est fixée en partie en France, en partie dans l'Allemagne occidentale , a une commune origine avec celle d'Andlau et porte les mêmes armes. »
Les études de M. Lehr offriront, nous n'en doutons pas, un intérêt réel aux membres des familles princières dont il établit la généalogie , dans des proportions tout à fait inusitées jusqu'à ce jour , ainsi qu'on peut en juger par cet extrait.
M. Lehr mérite, à tous égards, l'épithète que donna l'abbé de Marolles à Pierre d'Hozier , lorsque Louis XIV, après avoir créé pour lui la charge de généalogiste de France, lui remit, en 1654, le
brevet de conseiller d'Etat : « le ncm-^pareil généa- • logiste, le premier homme de son temps dans «cette sorte de curiosité».
Les Études sur l'histoire et la généalogie , bien qu'elles n'aient paru qu'il y a un an, ont été accueillies avec distinction par les divers princes régnants auxquels elles ont été présentées jusqu'à ce jour, et ont déjà valu à l'auteur de nombreuses marques honorifiques. Pouvait-il en être autrement?
Des illustres maisons il publia la gloire. Ses talents surprendront tous les âges suivants. Il rendit tous les morts vivants dans sa mémoire. Il ne mourra jamais dans celle des vivants.
Ajoutons, pour terminer, que l'ouvrage est publié dans des conditions toutes particulières d'élégance et de rareté, le volume n'ayant été tiré qu'à 300 exemplaires, dont 2G0 seulement sont dans le commerce. C. M.