‹ Le Bibliographe alsacien (volume 3)Chapitre 12 sur 138 · livraison, tome XVII, f août · texte numérisé non relu

livraison, tome XVII, f août

• dans son traité avec les villes de Dannstadt , Mannheim y StuU-

• gart, Carlsruhe, Fribourg et Mayence. Elle ne recueille que les

• œuvres les plus mddiocros des peintres les plus ignorés de l'Al-

• lemagne. Elle contribue, sans profit pour son Musée, ni pour ses

• artistes, ni pour ses amateurs, à nourrir les entrepreneurs de ■ tableaux pour les expositions. Elle cherche en vain je ne sais

• quelle combinaison d'actions pour augmenter son capital. Elle

• fait appel au concours et à l'appui du département et de la com-

• mune ; cet appui, c*est surtout dans une dissolution courageuse

• et une reconstitution intelligente qu'il faut en rechercher les

• éléments.

• Cette année , du reste , ce besoin de se réchauffer devant une

• peinture moins glacialement enfantine ou prétentieuse que celle

• des petits-maitres de Munich ou de Dûsseldorff semblai-t avoir

• gagné du terrain dans le comité directeur. Strasbourg s'était i payé un suppléme?ii! supplément de nourriture, comme font les «jeunes estomacs, dans les dîners à prix fixe. Pour ce supplé- « ment on avait dû faire appel aux peintres de l'intérieur de la

• France. Il y a eu environ pour 8,000 fr. d'acquisitions : 6,000 fr. i par la Société, 1,400 fr. par la ville , 600 fr. par les amateurs. On

• remarque parmi les bonnes toiles qui restent à Strasbourg : des

• Jeunes lévriers ^ par M. Jadin; un Paysage ^ parDaubigny; des

• Bœufs au pâturage t franche étude d'efi'et lumineux , par M. Otto

• Weber; les Bords d'un canal à Milan j par M. Fabius Brest; une

• Scène d' hiver j par M. Stademann, de Munich.

I Mais pour prendre le goût de la bonne peinture moderne ,

• pourquoi la Société ne tient-elle pas ses séances chez son prési-

• dent, M. Marcotte? En présence d'un Corot empreint d'une mé-

• lancolie souveraine, d'un Troyon peint sur nature, un Moulin à

• eau; d'un Daubigny, représentant des vaches buvant dans une

• grande mare sous bois; d'une aquarelle de Dauzats, fine et bien « établie, peut-être la Société s'écrierait-elle à son tour: «Je vois ,

• je crois !» et refuserait- elle à tout jamais de sacrifier aux miévre-

• ries sentimentales des descendants de Gessner.

« M. A. Klein ne recherche que les tableaux anciens. Nous ro-

• trouvons dans nos notes un Greuze lestement touché, et une . petite gouache ovale , par Louis Moreau , un Parc à Vanglaisc,

• M. A. Tainturier, le très-obligeant correspondant do la Gazette ^

• l'auteur de deux études sur les faioncerioH dites de Henri II, et

sur l'œuvre de Bernard de Palissy, possède un choix de faïences des fabriques du Nord qui lui servira de matériaux pour Tliistoire qu'il publiera procliainement de ce rameau do la céramique nationale; un piquant dessin de Lauterbourg, d'un comique très-sérieux; des dessins de l'extrême jeunesse de Proudhon, exécutés pour illustrer un cours de musique de son protecteur, et une Pantorale peinte par Fragonard, tout à fait dans le goût de Boucher, mais avec plus de souplesse. Un magistrat, M. Lebel , a réuni de belles armes , des faïences , des vitraux

• Le cabinet de M. Simonis mériterait assurément une étude à

• part. Les deux statuettes d'enfant , par Pigalle , que M. Tarbé

• ne cite pas dans son livre sur Pigalle, auraient même été repro- ' dnites ici , si nous en avions reçu à temps les photographies: un

• petit garçon tient dans ses mains un oiseau , une petite ûUe « pleure en portant un nid dont les œufs commencent à éciore ; ■ rien n'est plus souple, quoique étudié de phis près, que oes

• deux jolies statuettes. Sur une cheminée, deux brûle -parfums ^ Louis XVI, -en marbre deSienne, forme de trépied, montés en

• cuivre, attirent les yeiix par la gr&ce do l'ensemble et les re-

• tiennent par l'exquise perfection dn détail. Un magnifique Site

• de 'montagne y traversé par uu largo torrent-, signé en bolles ca-

• pitales, A. V. EVERDI^iGËN , une Vierge avec^EnfarU Jénut, par

• Carlo Dolci ; deux 'Hondekœter, pleine de franchise, des poules,

• des canards, des paons, etc.; V Automne et VEtéy deux composi-

• tiens qui tiennent à l'école française et à l'école flamande, peut-

• être par l'un des Coypel^ un Butor culbuté par un chien barbet

• danx un marais t exposé par Oudry, en I7i5, sur la place ûau-

• phine*; une NaXure morte y traitée, par Van Es, aussi grasse-

• ment que l'eût fait Chardin Tels sont les principaux mor-

• ceaux qui vous appellent, lorsque l'on a étudié les deux grands

1. Voir la cnricnse notice que vient do publier notre collaborateur F. Bellier de la Chavigneric , soub ce titre : Notes pour servir à Vhistoire de Vexpoêition de la Jeunesse, Parii«, V* J. Kenouard.

Laulerbourg que M. Siinuuis a acquis cet liiver: c'est le Passage duguéel le Repas champêtre; ils sont très-blonds, très-lumiueux, très-hardiment touchés , et ils ont eu, au XVIII* siècle, les honneurs de la gravure.

• Les appartements oiliciels de l'Hôtel de ville, qui est l'ancien palais des princes de Danustadt, régnent au-dessus des salles du musée, lequel , par parenthèse, renferme un superbe Ostade et un tableau de l'école de Bruges , mais est classé avec une négligence déplorable. Les murs des deux salons principaux sont décorés par deux des plus belles tapisseries qu'on ait exécutées aux Gobelins, et qui sont d'une fraîcheur et d'un ton incroyables : le Parnasse et le Jugement de PdriSj d'après Kaphaël. Le beau corps des déesses a été voilé par de chastes draperies et le berger Paris est coiffé d'une perruque à la Louis XIY.... Adroite et fine flatterie !

■ Dans ces salons sont distribués, sans grand souci de leur haute valeur, les plus riches et les plus grands vases ou bassins japonais que nous connaissions. Il y a des pièces réticulées, des fonds jaunes vermiculés, des vases à dragons en relief d'une exécution merveilleuse. Mais nous aurions tout dit en rappelant qu'ils furent achetés en plein XVIII" siècle par ce prodigue Rohan , le Rohan du collier de la reine. Pourquoi laisser dans des appartements qui s'ouvrent à peine poyr des étrangers, des curiosités de cet ordre? Pourquoi ne pas les joindre aux objets antiques, aux vitraux qui disparaissent sous la poussière dans les greniers de la bibliothèque de la ville? Ga serait les sauver d'accidents semblables à ceux qui les ont déjà mutilés en quelques places. Strasbourg semble pousser jusqu'au mépris l'indifférence pour ces richesses. L'appropriation d'un local décent ne saurait faire reculer une ville aussi importante , lorsqu'il s'agit de l'instruction générale. •

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

La Chasse dans la vallée du Rhin (Alsace et Bade), par Maurice Engelhard. Strasbourg, 1864, typographie de V*» Berger-Levrault , in-12 , VII - 105 «.

Ami chasseur, avez- vous encore une place dans votre carnier? — Oui. — Eh bien, mettez-y le livre que je vous présente.

Votre bibliothèque , je n'en doute pas , renferme des œuvres de plus longue haleine , et d'un plus grand format. J'aperçois sur les rayons Blaze^ d'Houdetot, Vtardot, Towfsenel et tant d'autres : ce sont pour vous de vieilles connaissances , et vous renouerez vos relations au coin de votre feu.

• Le foyer , des plaisirs est la source féconde ,

• Il fixe doucement notre humeur vagabonde . . . •

Cependant dans vos haltes de chasse , dans vos déplacements , le soir après le bruit et les émotions de la journée , avant l'heure du sommeil qui répare , il vous faut un compagnon , un petit volume facile à transporter. Parcourez alors ces feuilletas' tracés par la plume élégante et facile d'un adepte , et vous serez content ; car vos sympathies seront bien vite acquises à ces récits cynégétiques, véritables études psychologiques des types les plus intéressants du gros et du menu gibier ; histoires

1. Edition tirée sur grand papier de Hollande à 200 exemplaires : 5 fr. Cinq exemplaires ont été tirés sur chine et cinq sur papier de couleur : 10 fr.

d'animaux qui valent bien celles de beaucoup d'hommes d'aujourd'hui.

Dans un premier chapitre l'auteur se rejouit de l'abondance du gibier qui peuple notre belle vallée du Rhin , il en recherche les causes géographiques avec beaucoup de sagacité , et proclame hautement le grand principe de l'aménagement du gibier : le respect du sexe.

Vient la description des canardièrcs de Guémar dans le département du Haut - Rhin et de Memprechtshoffen dans le pays de Bade : cette seconde étude nous £Eut assister, non sans frémir, à la trahison des canards domestiques , conduisant au trépas leurs parents , leurs firères ^ les canards sauvages.

Voici maintenant, à propos d'une battue de lièvres en plaine , un chapitre plein d'observation et d'humour : rien n'est plus vrai que ces bofiquins et ces hases se mettant sur leur séant ^ dressant les oreilles , regardant à droite et à gauche pour distinguer parmi les ennemis qui les entourent quels sont les tireurs maladroits.

8alut à la caille verte ! oiseau singulier , victime du sommeil et de l'indolence et néanmoins d'un courage intrépide^ Car ses querelles se terminent souvent par ia mort mutuelle des combattants ; aussi les Romains élevaient les cailles pour la lutte , et les vainqueurs devenaient si considérés ({\x^ Âugxiste punit de mort un préfet è! Egypte , pour «voir fait servir sur sa table un de ces oiseaux devenu célèbre par ses victoires. Combien de nos gourmands mériteraient ... ! mais sa chair est si exquise...! D'ailleurs, Varroii ne raconte -t- il pas qu'ZTc?*-

( 41 ) cuie ayant été taé par Triphon^ son camarade Solaiiê le fit revenir à la vie , en lui passant sous le nez une caille cuite à point ?

La chasse à l'appeau, qui doit imiter exactement le cri d'amour de la femelle, forme un charmant épisode où la science du narrateur nous apprend que, dans Tespèce des cailles les mâles étant beaucoup plus nombreux que les femelles , il en résulte naturellement que celles-ci sont très-fort recherchées par ceux - là , ce qui explique leur empressement au premier cri d'appel.

A la page 31 je m'arrête avec satisfaction au récit d'une chasse au blaireau. C'était dans la forêt de Sckirrhem : trois paysans , un père et ses deux fils , s'évertuaient à fouiller un terrier. . . . Cette mémorable aventure est précédée d'une dissertation philosophique sur le poil du blaireau, poil blanc, à l'extrémité noire, poil très-fin, très- tendre , très-souple , transformé en savonnettes par le sybaritisme de l'homme.

A votre tour, Messieurs les braconniers , que la loi de 1844 n'efirayera jamais. (On devrait écrire braquenier; car ce mot servait dans l'origine à désigner ceux qui chassaient en fraude à l'aide de chiens braques , les plus terribles maraudeurs de la gent canine.) Il importe que chacun sache comment vous pratiquez le braconnage au bâton du lièvre qui tient. Honneur à votre esprit d'observation , à votre patience , à votre ruse , mais soyez maudits par ceux que saint Hubert patronne. Qui soupçonnerait , à vous voir portant sur l'épaule gauche une pioche et affectant d'aller travailler aux champs , qu'un

bâton meurtrier traîne derrière vous dans le sillon , et qu'il sera dans votre main dès que votre œil exercé aura aperçu un lièvre au gîte ?

Il faut lire et relire les lignes consacrées au coq de bruyère : comment ne pas s'intéresser à cet oiseau en proie à tous les feux de Vénus qui chante ses amours sur des notes aussi éclatantes et qui se livre à ce point à sa folie erotique qu'il n'entend pas le chasseur qui s'approche pour le frapper d'un plomb mortel , à moins que le plomb lui-môme ne se détourne par respect pour cette bruyante réclame d'amour.

Je m'intéresse également à la chienne Valdine , aux prises avec un renard au terrier et je m'attendris au récit de l'amour d'une renarde pour son renardeau. Une larme coule , mais elle se tarit heureusement dans une promenade à travers les îles du Rhin , où le gibier abonde , et où le faisan surtout élit domicile en automne , quand l'eau devient rare dans les grands bois de la plaine.

Le faisan est sans contredit , après le paon , le plus beau des oiseaux qui habitent nos climats ; son port est noble , sa démarche fière , son plumage magnifique , mais il passe pour être stupide. Cette opinion est peutêtre exagérée. J'accorde volontiers que le faisan a la bosse du changement, qu'il a la passion du vagabondage ; toutefois la recherche de sa nourriture et de l'eau explique jusqu'à un certain point ses allées et venues tant critiquées.

Quel charmant portrait que celui du faisan « se souvenant de son origine asiatique, allant offrir ses hommages

« la poule qui les refuse parce qu*elle appartient tout entière à ses enfants; du faisan se montant la tête, entrant en fureu,r, s'en prenant aux enfants des dédains de leur mère , recherchant le nid^ cassant les œufs, assassinant à coups de bec les jeunes faisandeaux, et tout couvert d'omelette et de sang , revenant réclamer le prix de son crime à la propre mère de ses victimes innocentes,,, »

Le sang veut du sang: Tanteur fait assister ses lecteurs à un massacre d'étourneaux dans les marais de Marlen. La scène est épouvantable ! quelles froides horreurs ! et comment peut-on tuer par milliers les oiseaux les plus utiles de la création !

Heureusement, la fin de ce lugubre chapitre est consacrée à la légende du sansonnet du barbier de Marlen. C*est là tout un drame dont le sujet n'est qu'un oiseau , mais combien Ton s'intéresse à cette petite bête jetant son cri de détresse quand vient son tour d'être massacrée. Par bonheur Jeannot parlait l'allemand. Quoi d'étonnant puisque les fils de l'empereur Claude avaient un sansonnet qui parlait le grec et le latin ?

Le sanglier est-il un cochon sauvage ou le cochon est-il un sanglier domestique , tel est le grave problème discuté au commencement de la dernière partie de l'œuvre.

Ensuite vous lirez la description d'une de nos modestes traces, si difiéreutes de la chasse avec les grandes meutes et les brillants équipages du vautrait. Vous regretterez enfin les causes de la diminution de ces bêtes de grandes chasses ; vous vous réjouirez néanmoins de

vivre dans des temps où il n*est plus nécessaire d'être, comme autrefois eu Angleterre , le graud - veneur de Guillaufne le Conquércmi, pour avoir la permission de chasser le sanglier depuis la mi-novembre jusqu'au commencement de décembre ; et où la perte de la vue était le châtiment de ceux qui étaient convaincus d'avoir tué des sangliers dans les forêts royales.

Ma faible esquisse se termine ici ; elle est d'une main profane. Que l'auteur pardonne à ma présomption , et Diane aussi. Je la respecte et la respecterai toujours : elle fut si sévère pour ce pauvre Aetéon, A. M.

La Cité antique. Étude sur le cuite, le droit, les institutions de la Grèce et de Borne, par Fustel de Coulanges. Paris, Durand; Strasbourg, Treuttel et Wurtz, Dérivauz ; 1 vol. in-8° de 526 pages.

Nous avons lu ce volume avec une attention égale, sinon supérieure à celle d'un professeur qui lit une thèse. La thèse ici est qu'il faut étudier les plus vieilles croyances des anciens pour connaître leurs institutions , thèse soutenue avec infiniment de ressources dans la présentation des arguments et un peu moins de bonheur dans le tour de la phrase. En effet, dès le commencement, l'auteur, pénétré sans doute de la maxime que le « moi » était haïssable , s'efiace devant l'indéfini d'un pronom , puis il fait rapporter ce même pronom à un autre sujet. Nous ne voulons, point paraître plus pédant que les hommes du métier , aussi avons-nous hâte de passer à la fin de l'in-

troductioii où nous enregistrons une opinion précieuse : «Le sens intime d*uu radical , dit M. Fustel , peut quelquefois révéler une ancienne opinion ou un ancien usage ; les idées se sont transformées et les souvenirs se sont évanouis ; mais les mots sont restés , immuables témoins de croyances qui ont disparu. » Administrons , d'après M. Fustel, quelques exemples de cette révélation des usages par les mots.

Le sens primitif de héros paraît avoir été celui d'homme mort , la langue des inscriptions , qui est celle du vulgaire, l'emploie souvent avec cette signification; or, les morts ont passé, chez les Grecs et les Romains, pour des ôtres sacrés, pour des dieux. L'ancienne langue grecque désignait la famille par le mot iTClffXlOV , qui signifie ce qui est auprès du foyer ; c'est que le foyer était l'objet de la religion et la religion constitua la famille. Dans des temps fort reculés régna le droit d'aînesse, la vieille langue latine en conserve un vestige remarquable : on appelait sors un lot de terre , consortes se disait donc de ceux qui n'avaient entre eux qu'un domaine et qui vivaient ensemble sur un même lot. Or, ce mot consortes est resté dans la langue , et quoique le droit d'aînesse n'existât plus et que la loi permît le partage du patrimoine , il a continué à s'appliquer à des frères et même à des parents à un degré assez éloigné. M. Fustel ne se contente pas d'étudier les Grecs et les Romains; en homme informé de l'engouement ou de l'enthousiasme du jour, il interroge les Aryas de l'Orient (plateau de l'Asie centrale) et constate que le mot pater

( 46 ) est le même en grec , en latin , en Banscrit , avec Tâdée non de paternité , mais de puissance et d'autorité. Nous nous permettrons une petite remarque : Si M. F. Baudry donne à pûar la même origine qu*à pati , Tépoux , c^està-dire le miutre, on revanche, M. Pictet le fait venir de la racine pâ , protéger, nourrir.

M. Fustel continue à demander des enseignements aux termes de la langue : il reconnaît dans le mot gens celui de genus^ qui porte en soi Tidée de filiation, il dérive calendes de calatio^ c'est-à-dire la convocation du peuple par le pontife au premier jour du mois pour indiquer les fêtes de ce même mois. Après une victoire, Tarmée rentrait dans la \'ille et se rendait au temple en chantant un hymne sacré, â^piafx^o^y d'où le nom de la cérémonie du triomphe ; un traité était marqué par l'immolation d'une victime, les Latins disaient frapper un chevreau, icere hœdus oufœdm, le nom de la victime le plus ordinairement employée est resté dans la langue usuelle pour désigner l'acte tout entier.

M. Fustel termine son troisième livre en posant que les anciens ignoraient la liberté : la loi de Sparte réglait la coiffure des femmes et celle d'Athènes leur interdisait d'emporter en voyage plus de trois robes. Nous ne suivrons pas l'auteur dans les deux derniers livres plus particulièrement historiques et moins largement méditatifs ; aussi bien, quand il s'élève contre l'erreur qui a fait du citoyen antique un homme libre , il nous ramène à l'introductiou qui nous dit qu'on s'est fait illusion sur la liberté chez les anciens et qu'il faut étudier ceux-ci avec

un esprit libre et un d^intéressement complet. Cependant cette liberté d^esprît ne peut - elle pas s*allier avec Texpression du souci que Ton prend pour des parents , des ancêtres après tout? Ce désintéressement doit- il nous empêcher de faire un retour sur nous-mêmes, d'établir quelques comparaisons? Si Touvrage savant que nous n'avons qu'effleuré , satisfaisait en quelque point au désir que nous laissons entrevoir, il ajouterait sans doute à ses autres et nombreux mérites celui de la chaleur et de la vie. L'érudition la plus exacte , la plus étendue , peut encore être communicative ; dans l'ordre d'impressions qui répond à cette qualité , nous avons fini par trouver l'alinéa suivant : « Une croyance est l'œuvre de notre esprit, mais nous ne sommes pas libres de la modifier à notre gré. Elle est notre création , mais nous ne le savons pas. Elle est humaine et nous la croyons divine. Elle est l'effet de notre puissance et elle est plus forte que nous. Elle est en nous , elle ne nous quitte pas , elle nous parle à tout moment. Si elle nous dit d'obéir, nous obéissons; si elle nous trace des devoirs, nous nous soumettons. L'homme peut bien dompter la nature , mais il est assujetti à sa pensée. » Ce passage demanderait des explications. Aristote dit que l'esprit devient toutes choses et Bossuet le répète sans sortir de l'orthodoxie ; Hegel s'entendrait peut-être avec Aristote , mais M. Huet , l'auteur de la Science de V esprit^ ne renie pas Bossuet.

Notre auteur , dans le cas particulier , s'est relâché de sa prudence accoutumée , nous le trouvons même un peu léger quand il dit, dans le chapitre du mariage, que le

moment de la pudeur n*était pas encore venu. N^est-ee pas Montesquieu (le seul écrivain moderne cite dans le volume) qui a écrit : «Toutes les nations se sont également accordées à attacher du mépris à l'incontinence des femmes : c'est que la nature a parlé à toutes les nations. Elle a établi la défense , elle a établi l'attaque et , ayant mis des deux côtés des désirs, elle a placé dans l'un la témérité et dans l'autre la honte. Elle a donné aux individus, pour se conserver, de longs espaces de temps et ne leur a donné, pour se perpétuer, que des moments. » Si dans une première partie l'auteur refuse aux anciens la connaissance de la liberté , il conclut en disant que le christianisme a été la source d'où a pu venir la liberté parmi les hommes. Nous eu resterons sur cette parole consolante , eu invitant à la lecture d'une œu\Te qui ne s'étaye que sur des citations antiques et se développe sévèrement sans contenir un écho du jour ni de l'époque.

VARIÉTÉS

Nuus rccevonii do M. Jean Cayon, do Nancy, A roccasion do l'article If s Armoirieê de Sainte -Marie-aux- llines ^ publié dans notro dernier nnniéro, la cominuuicatioii Huivante :

>'ancy. le 21 leptpuibre 1864.

MoxsiKUK LE Directeur , Dans l'article inséré dernièremout dans le Bibliographe alsacien , on remarque avec justesse que la ville de Saiute-Marie-aux-Mines , que loB Allemands appelaient Markirch , était Jadis diviHce on doux parties , l'une alsacienne , l'autre lorraine. Cette dernière, lapins considérable , considérée comme bonne ville

du duché de LorrainCi portait comme tonte* celles ayant droit à cette qualification exceptionnelle , les armoiries mêmes du prince : d'or , à la bande de gueules , chargée de trois alérions d'argent , qui est de Lorraine simple. Tons les anciens hérauts d'armes du pays et jusqu'à Stanislas le Bienfaisant, dernier duc bénéficiaire de Lorraine et de Bar, mort en 1766, en font mention expresse.

Quant aux armoiries octroyées par Louis XIV , ceci mérite une explication à part. Lors de ses conquêtes en Lorraine et en Alsace , le monarque ou ses conseillers n'eurent rien de plus pressé que d'aliéner le plus de souyenirs de l'ancienne nationalité et supprimèrent d'abord les signes visibles qui en tenaient lieu , en leur substituant de nouveaux emblèmes. Ainsi Nancy , capitale de Lorraine , qui portait un chardon , avec cette devise un peu fière : Non inultu» premorj qui s'y frotte , s'y pique , vit remplacer son antique écu par «deux canons en sautoir», en souvenir de l'entrée du grand roi vainqueur, et comme menace pour l'avenir.

On conviendra que Sainte-Marie-aux-Mines , en perdant les blancs alérions , fut plus poétiquement traitée : d'azur k une Notre - Dame d'argent , posant les pieds sur une montagne d'or ; mais c'était magnifique comme rébus politique.

Il ne faut ici se méprendre sur la différence de ville et celle de communauté ; avec un peu de réflexion , il est aisé de conclure que les compères en annexion de ces temps-là savaient leur affaire ; par ce mot communauté on mettait à néant les distinctions entre Saiute- Harie-aux-Mines lorraine et Sainte-Marie alsacienne , le tout était désormais français; Louis XIV ne voulait pas qu'on l'oubliât jamais.

Votre très-dévoué serviteur et lecteur, Jban Cayom.

Le compositeur Reyer se trouvait ces jours-ci dans la petite ville de Barr, encore tout émue de l'inauguration de sou chemin de fer vicinal.

Il s'empresse d'aller serrer la main à Gustave Doré qui passe chaque année un mois àBarr et à Sainte- Odile. Kn route , il veut entrer dans un café. Le café était un casino. Quelques indigènes, voyant surgir un particulier aux allures un peu excentriques , crurent devoir rappeler à Keyer que leur salle était close pour les profanes. Reyer décline son nom, sa qualité de compositeur et croit devoir justifier son titre en ajoutant qu'il est l'auteur de la Statue.

— Elle est bonne , celle-là! réplique un bel esprit de l'endroit; nous connaissons l'auteur de la statue, ce n'est pas vous; c'est Bartholdl , de Colmar.

Page 1