‹ Le Bibliographe alsacien (volume 3)Chapitre 21 sur 138 · I. Foire de Noël pour les pctiU onfaut · texte numérisé non relu

I. Foire de Noël pour les pctiU onfaut

Hiistoiro est si intimement liée à celle de rusine strasbourgeoise que je ne puis me dispenser d'en parler ici.

Déjà en 1696, une première tentative avait été faite pour fonder un établissement de ce genre à Hagaenau; le fait est rapporte dans un mémoire rédigé, vers 1698, par M. le marquis de La Grange , intendant d*Alsace. Cet exposé de la situation de la province embrasse une période de 24 années (1674 à 1698), et renferme des renseignements précieux sur l'état de l'agriculture et de Tiudustrie. à cette éx)oque. J'en extrais le passage suivant auquel je n'ai malheureusement aucune autre indication à ajouter, bien que je n'aie rien négligé pour retrouver les noms des entrepreneurs et le texte du privilège royal qui leur avait été octroyé '.

« L'on avait tenté , il y a quelque temps , d'établir une manufacture de porcelaines ou fayences à Hagucnau, et ceux qui avaient fait cette entreprise en avaient même obtenu vn privilège du Roy; mais le manque d'vn chef pour conduire cet ouvrage et la difficulté d'animer des ouvriers ont été la cause qu'elle a cessé depuis environ un an. Les terres et sables y sont très-propres et ont produit des hémeaux aussi considérables que ceux d*Hollande , ce qui fait qu'il y a lieu d'espérer qu'elle pourra se rétablir à la paix. »

1. Co privilège est encore mentionné dans uu arrôt contradictoire du Conseil du roi, du 10 jaillet 1696, qui ordonne que les faïences manufacturées à Hagucnau, on Alsace, ne payeront que dix livres du cent pesant à l'entrée, conformément au tarif do 1664. (Voir Pi^ee« juêtificative$ du procèa de Joscjth Hannong, 1 br. in-8', 1779.)

Le vœu exprimé par le marquis de La Grange ne devait se réaliser qu'un quart de siècle plus tard, car c'est seulement au mois de novembre 1724 que Charles Hannong fut autorisé par les magistrats de Haguenau à fonder dans cette ville une fabrique de faïence. L'accord qui eut lieu à ce sujet entre le manufacturier et les administrateurs de la cité porte que Hannong sera exempt de tous droits , dispensé , pour lui-même et ses ouvriers étrangers , du logement des gens de guerre , pendant une période de dix années, à partir de 172Ô, et qu'il ne sera permis à personne d'établir aucune autre manufacture ni dans la ville, ni dans ses dépendances'.

Au commencement de l'année 1725, Ch. Hannong se trouvait donc à la tète de deux grands établissements; sous son habile direction, les usines de Strasbourg et Haguenau prirent un rapide accroissement, et bientôt le fardeau devint si lourd que le vieillard déjà sexagénaire le remit aux mains de ses deux fils l'aul - Antoine et Balthasar, qui, depuis longtemps, le secondaient dans ses entreprises. Par acte du 22 septembre 1732, il leur céda les deux manufactures , pour les tenir en société , moyennant une pension et une somme de deniers.

Charles-François Hannong décéda, à Strasbourg, le 29 avril 1739 , à l'âge de 70 ans. Il laissait pour héritage à ses fils un nom entouré d'une juste considération , des établissements en pleine voie de prospérité , et toute une fortune en perspective dans la continuation de ses tra-

1. Registre des délibérations des magistrats de Haguenau. 20 novembre 1784. Voir, note 2, un extrait de ce document.

vaux sur la porcelaine. Ne ressort-il pas, en eflPét, clairement de ce qui précède que tout en s'occupant spécialement de la production des poteries de faïence , Charies Hannong fabriquait également de la porcelaine blanche? Comment expliquer autrement la qualification que lui donnent les rédacteurs des procès-verbaux de la juridiction de sa tribu , les textes des protocoles des divers conseils dont il faisait partie , et surtout les indications assez précises qu*on trouve dans ces documents sur la nature des produits de ses usines? Si, dans le principe, il peut y avoir eu confusion sur la dénomination des poteries présentées par Wackcnfold , la même erreur ne pouvait plus être commise dix ans plus tard, alors que la décoaverte de Bcîttgcr était connue de l'Europe entière, et les produits de Mcissen et de quelques autres usines répandus dans toute l'Allemagne. C'est pour cette raison que j'ai tenu à reproduire littéralement et souli^é parfois les passages très-significatifs des textes français ou allemands, qui me permettent de considérer le cbef de la famille Hannong comme ayant possédé le premier en France les secrets do la fa})rication des porcelaines de

oaXC. • Sera fonlinne. I

LIVRES FRANÇAIS IMPRIMÉS A STRASBOURG AUX XVI" ET XVir SIÈCLES.

L'histoire de l'imprimerie à Strasbourg est encore à faire , quoique ce sujet soit plus curieux que l'histoire de

l'imprimerie dans toute autre ville de France , mais il est aussi beaucoup plus vaste et , par conséquent , plus difficile à traiter , car il se rapporte autant à la bibliographie allemande qu'à la bibliographie latine et française. Le nombre des incunables, sortis des presses de cette ville , n'est pas moins considérable que celui des incunables de Mayence, de Venise et de Rome ; le nombre des livres imprimés au XVI* siècle à Strasbourg égale peut-être le nombre de ceux qui ont paru à Paris ou à Lyon , mais la plupart de ces livres sont latins ou allemands , et les livres français ne figurent dans le nombre qu'en très -minime quantité; ce sont d'ailleurs des ouvrages presque insignifiants. Es n'en ont pas moins d'importance dans une histoire de l'imprimerie locale et ils prouvent que l'antique cité impériale de Strasbourg (Argentinœ) a toujours compté parmi ses habitants indigènes une petite colonie française.

Voici, d'après la Bibliolheca classicade Georges Draudius {Francofurti , 1625), les seuls livres français qui auraient été imprimés à Strasbourg jusqu'à cette époque ; on n'en trouve qu'une partie mentionnée dans la Bibliothèque française de Du Verdier , qui en a puisé l'indication dans les catalogues officinaux des foires de Francfort. Le savant auteur du Manuel du libraire n'en a cité que deux.

1° Instruction très utile par laquelle un chacun se pourra maintenir en santé , tant au temps de peste comme en autre temps , par maistre Jehan Guinter, d'Audernac. Strasbourg y au Pélican , 1547, in-8°.

( 'àij )

C'est la traduction de Touvragc latiu : De victus et medwinœ raiione , tum alto , tu m pestilentiœ (empare obêervanda {Argent,^ 1542, in-8"). Ce célèbre médecin Guinter on Gonthior (GunÛtenus) mourut à Strasbourg, le 4 octobre 1594, dans su 87® année.

2** Livre de la Cène , par J. do Rochcfort. Strcubourg^

« Calvinique , » dit Du Verdier.

3° Confession de la Foy cbrestienne , faicte et déclarée en rÉglise frauyoise de Strasbourg, par Jean Gamier. Strasbourg, par Jacqwti Poidlain et Hené Jloitldouyn, lôôf); in-b".

Jean Garnier était ministre de la religion réformée à Strasbourg , avant d'aller exercer sou ministère à Mets. Son ouvrage avait paru , pour la première fois , sans nom de lieu d'impression , en 1 5ô2 : Brïefve et claire cùnfession de la Foy chrestienne , contenant cent articles selon l'ordre du Symbole des ajwstres , faicte et declairce l'an J649, par Jean Gamier. (Sans nom , 1552 , pet. in-8® de 7 ff. prélim. et 89 pages.) Cet opuscule fut réimprimé à Strasbourg par J. Poullain et Aut. Kebul, 1558 , iu-16.

4^ Actes de la dispute et conférence tenue à Paris es mois de juillet et aoust 1566 , entre deux docteurs de la Sorbonne et deux ministres de TËglise reformée , distinguez selon les journées. Strasbourg, Pierre Estuard^ 1567 ; in-8^

5° Missive envoyée u très-illustre prince Jean Casimir, comte Palatin du Rhin, etc., par Henry de Condé, duc de Bourbon, escritte à Strasbourg. (Strasbourg f) 1577; in-8".

6° Des deux fontaines dites de Creysbach et de Saint- Pierre. Strasbourg y Antoine Bertram, 1590 ; in-8®.

7** Tableau des actions du jeune gentilhomme , divisé en forme de dialogue pour l'usage de ceux qui apprennent la langue françoise , par Samuel Bemart , de Genève. Strasbourg , par Paul Ledert, 1615; in-8°.

8** Les Pseaulmcs de David , avec les hymnes de D. M. Luther et autres docteurs de l'Eglise , mis en vers françois selon la rime et composition allemande. Strasbourg, chez les hoirs de feu Lazare Zetner, 1619; in -12.

Je n'ai pas découvert de livres français imprimés dans les autres villes d'Alsace , à Colmar , à Haguenan , à Schlestadt, etc., où l'imprimerie a fonctionné dès le commencement du XYP siècle , mais il en est quelques- uns qui ont vu le jour dans le Palatinat. On pourrait les énumérer, pour réunir en un seul groupe les produits des presses françaises aux bords du Rhin. Ainsi , la petite ville de Franckenthal , en Bavière, a publié plus de livres français que Nuremberg , Heidelberg, Oppenheim , etc., à la fois.

Voici la liste des éditions françaises de Franckenthal :

1® Le livre des marchands ou plus tost des aflfronteurs et vendeurs de hapelourdes. Franckenthal, 1588 ; in-16.

2° Le vray guidon d'un homme chrestien , par Daniel Toussain. Franckenthal , Roland Pape ^ 1603.

3° Consolation de la conscience troublée du povre pécheur , par vraye repentance vers son Dieu , par Guillaume Perkens , mise en frauçois par Charles de Dieu. Franckenthal , pour Roland Pape, 1608; in-12.

4° Petit livre de diverses chansons tant du Pays - Bas comme de France et d'Angleterre. Item les chansons touchant TËscalade donnée à la ville de Genève par le duc de Savoye , le 12 décembre do Tau 1602. JFVanctotthal y jiour Roland Paj)e, 1609 ; îu-12.

6** Le bastiment des Receptes , contenant trois parties de receptaires. Franckeiithal , Roland Pajye , 1609 ; in-16.

6° Propositions theologiques de la faulse Eglise du Pape romain très grand pontife , dcscrites par Robert Bellarmin , et de la vraye Eglise du Christ , grand pontife , fondée es sacrées Escritures : traduictcs du latin en françois. FrancJcefitJéal , pour Roland Pape, 1611; in-8*.

7° Anticotton ou réfutation de la lettre du père Cotton, livre où est prouué que les Jésuites sont coulpables et autheurs du iiarrecide du Roy très chrestien Henry IV, d'heureuse mémoire. Franckenthal , chez Roland Pape,

8° Réponse apologétique k l'Anticotton et à ceux delà suite , présentée à la Royne , mère du Roy , régente de France. Franckenthal, Roland Pape, IGll; in-8®.

9° Les CL Pseaumes de David mis en rime françoise par Cl. Marot et Théodore de Beze. Franquedal (sic) ,

Ce Roland Pape , qui faisait imprimer des livres français à Franckenthal , avait été libraire à Sedan avant 1603; on peut supposer qu'il en fut expulsé, car le marché de Sedan, où l'usage de la langue française était général , lui ofirait plus d'avantages que celui de Franckenthal.

Je ne connais qu'un seul livre français imprimé à Nuremberg :

L'ABC , avec plusieurs prières , fort propre à instruire la jeunesse, gallo - germanice. Nuremberg, Christophe Lochner, 1591: in-8^

Heidelberg ne me présente que trois livres français , dont l'un est très-important, puisque le savant M. Brunet n'eût pas manqué de le décrire , s'il l'avait connu :

1° Exhortation chrestienne sur le trespas de très haut prince Frédéric , comte Palatin du Hhiu. Heidelberg , 1577 ; iu-8°.

2° Institution harmonique , divisée en deux parties , par Salomon de Caus, ingénieur et architecte de Son Altesse Electeur Palatin. Heidelberg , 1614 ; in-fol.

M. Brunet ne cite de cet ouvrage (jue la seconde édition , qui fut imprimée à Francfort , comme tous ceux de Salomon de Caus.

3** Pourtraict du Duel chrestien faict sur les paroles de TApostre aux Galates , V, v. 17. Heidelberg, chez Cornmelin, 1617.

Je mentionnerai encore deux li^Tes français, sortis des presses d'Oppenheim :

1° Dictionnaire françois - allemand et allemand - françois , avec une briefne instruction de la pronunciation des deux langues, par Levinus Hulsius , quatriesme édition. Oppenheim , chez la vefue de Hulsius ^ 1614, in-8°.

2° Traitté de la dysenterie, c'est-à-dire du flux de ventre sanguinolent , contenant ses causes , signes , pronostique , curation et préservation , par Guillaume Fabri

de Hîldcn; seconde édition. Oppevheim^ Hierome GaOer^ 1617; in-8°.

Je me propose de dresser aussi Tinvcntaîre des nombreuses éditions françaises qui ont paru à Montbéliard , de 1570 à 1625. P. L. Jacob, bibliophile.

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

Wanenêtein^ de Schiller, traduit en vers par Théodore Braun. Strasbourg, Treuttel et Wttrtz , 1864; 1vol. in-8» de 488 pages.

Ce volume continue la traduction par M. Braun des œuvres que SchiUer a écrites en vers pour le théâtre. Commencée il y a plus de vingt et un ans , interrompue pendant sept, imprimée partiellement en 1858 et en 1861, à compléter de la Fiancée de Messine^ elle sera réunie an jour en une seule publication, si vie et santé restent an traducteur. Celui-ci est pour les traductions en vers , et il a raison. Un poëte ne se reproduit pas au compas ni en photographie. Ce n^est pas la lettre de sa poésie qu*il s'agit de copier, c'est la couleur, la mélodie et Tharmonie , les effets particuliers , les formes préférées , les fautes même, le style enfin. Voilà pourquoi les poëtes gagnent à être traduits en vers; les quelques hérésies nécessitées par la prosodie française, se rachètent par des conformités bien autrement importantes que celles de la lettre morte. Voilà pourquoi aussi traduire en vers , c'est créer de seconde main. Le moulage, même pratiqué par les mains

les plus habiles, est le plus sûr moyen d*ôter la vie; on en a fait Texpérience décisive sur Milton et sur Dante. M. Braun n'a pas traduit le prologue prononcé à la réouverture du théâtre de Weimar, en octobre 1798; nous le regrettons , car ce prologue contient de belles choses :

L'art merveilleux du comédieu pauiie Rapidemout et sans laisser de trace, AIor« qu'un chant de poëte est resté Jeune de gloire et d'immortalité.

Ici le charme expire avec l'artiste Kt de son œuvre aucun trait ne subsiste , Comme d'un son qui meurt en s'épuisant. Donc il doit être avare du présent.

Mettre à protlt l'heure dont il dispose iât dans l'élite affermir bien sa cause. Qui I de son temps, satisfait les meilleurs, Pour tous les temps est entré dans les cœurs.

M. Braun a traduit le Camp de Wallenstein en vers libres , et nous l'en approuvons : le vers libre , mieux que tout autre , suit les mouvements de la pensée et se prête à tous les effets scéuiques. £n se servant avec résolution d'un instrument aussi souple , le traducteur était sûr de rendre non-soulcment l'idée, mais même le style de la poésie du maître. Benjamin Constant a fait pour Wallenêtem ce que Pierre Lebrun a fait pour Marie Stuart : il l'a refroidi en croyant séparer l'or pur du plomb vil, comme s'exprimaient les Aristarques de TËmpire ; malgré cela, sa tragédie semi -romantique ne fut pas goûtée par Napoléon, qui le renvoya à la Poétique d'Aristote. Plus tard, M. Villenave fit représenter à l'Odéon un Wahtein dont on a dit que c'était du Schiller dédié à la garde na-

( lOi ) tioiiulc, parce que Tautcur était officier de Ja onzième.

Wallenstem j)eut donc encore être refait et approprié à la Hcène française, comme a été refaite et appropriée itfbritf Sttiarty car on ne le jouera pas dans son entier. C'est, d'ailleurB , un drame de transition. Schiller obéissait alon à la critique de son pays et réformait peu à peu les excentricités de sa première manière. Les Bn'f/ands, Don

Carlos y Cabale et Amour , ces œuvres inspirées de sa jeunesse, s'effayaient devant des drames réguliers, mais stériles. L'action de Walltubtein est trop simple pourtant de moyens si longuement déjiloyés; Tainour de Max et de Thécla y jette seul un intérêt romanesque. Voici comment Thécla décrit à Max la tour astrologique de son père :

De 8ix ou do bcpt roirt à la huuto ntaturo,

ItAiigé^ autour de moi , Jo voyaia la âgure :

Ci'it rolK, (]uc l'on avait jilacÛH en doinl-rond,

Ktaieiit tous bcoiitro en main , toufl une étoile au front,

VA la clarté semblait dohcendre do U'urs tôteii.

Mon guide alorii nio dit : v C'o sout lu lo.h jilanètes;

Touto la doKtinée OHt HOumiM>. ti loura loii>,

AukmI leur dounc-t-on la figure do rois.

Lo doruicr, en vieillard chagrin et taciturue,

L'«.' toile jaune ^ombre, il s'appelle Saturne.

lii'i , viu-à-vls de lui, l'autre, aux rougoâtrcs l'eus,

Au eoBtume guerrier, c'est Mar». Aucun des doux

Ne donne le bonheur. Là cette belle femme.

Dont rétoile répand .si doucement ^a tiammc ,

("ORt Venu»; à la joie elle préside. AUèx

Ver» la gauche: voilà Mercure aux piedH ailé.s.

Ce front royal au centre, argenté de lumière,

Serein, c'est Jupiter, l'atïtre de votre ]»ére.

Thécla, comme la plupai-t des femmes de Schiller, a un caractère sérieux; la tille de VN'idlenstein marche dans

la vie eu sentant planer sur les rêves attendris du premier amour le vol de la fatalité -, c'est comme une ombre du cloître qui légèrement nous effleure pour disparaître dans la nuit. De même cette Fiancée de Messine pour laquelle se livre un combat entre des frères ennemis : son bonheur ne va pas au delà du pressentiment, et bientôt toutes les puissances de la destinée fondent sur la malheureuse victime. Schiller a été un peintre idéaliste des femmes; il n'a point créé une Marguerite, une Claire, une Philine. Schiller est plutôt le prêtre que le poète de rÉternel féminin; mais il est le poëte de la noblesse humaine , des sentiments virils , et c'est pour cela qu'il est devenu le favori des femmes, qui s'éprennent toujours de la force d'âme et du courage. P. Ristelhubeb.

VARIÉTÉS

T.ta Poéties de X. Lcnau appréciée» an point de vue chrétien, par Ch. Th. Schwalb'; c'est le titre d'une thèse présentée à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, nous allions dire la Faculté des

lettres, et dans laquelle on trouve environ 450 vers françaiH.

MM. les professeurs ignoreraient -il» aujourd'hui ausoz l'allcniaud pour que l'auteur se soit cru dans l'obligation de traduire Lenau; et Ki * ces traduetionê , covime il le dit, n'ambitionnent que Vexactitiide littérale d'«n mot à mot », pourquoi les avoir rimées? M. Schwalb eût mieux fait de donner le texte original ou au moins de traduire Louau en prose; il se serait épargné de faire observer à MM. les professeurs de la Faculté de théologie • que Voriginal allemand ne parle pas de grues, mais d'oies sauvages qu'il est dijffieile de faire entrer dans des vers français. * Âvi<i aux polîtes!! C;. M.

I. Strasbourg, typog. il<' G. Silbcrmann, lS<>i; in-8". 97 p.

M. CouLMAKN et lei Réminiteeneea. — • A le Jager tel qu'il ae montre dans cet «onvcnlrs , Je le voIh en politique , en littérature , an art, en tout, n'ayant rien de bien tranché ni de saillant. Il est pour la Charte en 1814, et cela ne l'ompéche pas d'aroir des restes d'impérialisme , d'aller rendre vinite dans ses voyages anz principaux membres dispersés de la famille de Napoléon. Il est l'un des h6tes et de« risiteurs d'Arenenberg, et il s'en sourient aujourd'hui à rarir; mais alors pourquoi ce coup do lance subit en faveur de M. Necker, qu'il ose mettre en balance d'une manlùre incroyable avec Mapoléoa? M. Ooulmann est constitutionnel, et en même temps il a besoin de nous avertir par une note qu'il nn blâme pas absolument un coup d'état qui éuit encore récent. Remarques que ce n'est pas l'impartialité ni la modération dont Je lui fain un léger reproche, c'est l'indétermination. Il n'est pas non plus nn pur classique en littérature , ni encore moins un romantique décidé; il est ballotté entre les deux. Byron lui paraît un grand poète, mais M. de Jony reste pour lui notre premier prosateur. Lui-même, il n'écrit pas mal, il n'écrit pas bien non plus ; Il semble à un moment , d'après Cluvier , prêt à abjurer la rhétorique; puis tout aussitôt les fausses fleurs reviennent etal>ondent sous sa plume. S'il tient d'un côté A rAUomagne, ce n'est point par Gœtho , c'est par Augutte Lafontalne. £n un mot, il a le goût nn peu hybride; son esprit, qui est assez solide, n'a pas la trempe ni le fil : il ne lui a manqué peut-être que le dur besoin , la nécessité , eette pierre à aiguiser; mais le fait est qu'il ne sépare pas nettement lea choses; il ne discerne pas toujours vivement les personnes; son métal n'est pas d'un son clair et net: il admet quelque amalgame. A cela près , le plus galant homme, le plus droit, le plus véridique. Je le erola sans peine , bon A écouter de temps en temps on à parcourir ot méritant, comme Je viens de le faire, qu'on aille glaner chez lui. •

Saimte-Bkdtk.

{Le ConttitutionneJ y 28 et 29 novembre 186i.)

Mous extrayons d'une étude sur le Eoman alsacien, qne M. Ch. Aubertin a publiée dans le Journal la France (!*' novembre 1864), une appréciation du mérite littéraire de MM. Erckmann-Chatrlan et About.

• Depuis quelques années , l'Alsace est le pays adoptif dea beaux • esprits et la terre nourricièro de la littérature. Nos romanciers, «dont la veine est sujette à s'appauvrir sous l'atmosphère poudreuse t du bois et du boulevard, émigrcnt vers les attraits tout neufs et les «sentimentalités robustes qui fleurissent A Altkirch, Ensisheim,

▲ndolsheiiUf Marekolaheim et Schlestadt: ils s*y retrempent et l'y restaurent. C'est comme un Vichy des imaginations délabrées, c'est le Lignon, un peu sauvagi» , o& se met an vert la moderne pastorale.

• Tons les six mois on voit s'abattre sur les croupes du Dagsberg; du RIgelberg, du Hoh-Barr et du Geroldseck, le long des rives de la Zorn, de la Frau, do TIU , du Giesen et de la Feoht, une légion, une cargaison, un déballage de fantaisies et de drôleries parisiennes, colportées par le caprice ennuyé do quelque rêveur: bons mots de petits Journaux, Jargon de sport, vertus d'opéra, appétits du café anglais; tout ce monde pétillant et frétillant, cette crème de la civilisation, cette colonie légère des plaisirs admirés et des modes récentes s'étale et se trémousse en un coin obscur, en un gîte bien agreste, an Krallenweyer ^ au Bœuf -Bouge ^ au Cruchon d^Or^ dans la rue de la Soupe à V Oignon ou des Pommet de terre bouillie» f dans tons les réduits onctueux et les Cadran-Bleu d'une plantureuse rusticité.

• Boileau frémirait s'il lisait les récits de nos Calprenède et de nos d'Urfé. Ità cent noms d'une terrible harmonie résonnent et éclatent à chaque pas dans les sentiers riants de la description : Harth, Erth, Orth, Klein, Karl, Kasper, Hans, Franz, Kllpfel, Rosel, Gredel, Margredel !

• Cette forme nouvelle du roman contemporain , toute succulente de naïvetés épaisses, toute pénétrée des fortes senteurs de l'Alsace, de la Lorraine et des Vosges, estampée de rudes paysages, enluminée de types vigoureux, écarte peu à peu des prédilections et des mains du public le Berri radieux et ample de Georges Sand, la grasse Touraine du profond Balzac et l'épopée comique, le Bamayana cosmopolite d'Alex. Dumas. C'est le triomphe du genre- Mulhouse en littérature.

• Il y a cependant deux manières très-distinctes de mettre l'Alsace en roman ou le roman en Alsace: le faire de M. About, par exemple, ne ressemble pas A celui du romancier en doux personnes qui signe Erckmann Chatrian.

• M. About est un spéculatoor parisien qui exploite l'Alsace . . .

• M. Aboni est Alsacien à peu près comme Voltaire à Genève était

• Suisse.

flM. ISrckmann-Chatrian , au contraire, est Alfemand de cœur, t sinon d'origine. Il aime nos provinces semi-germaniques de l'Est,

• leurs vieilles mœurs, leurs vieilles modes C'est le Gessner sans

• fadeur de l'Allemagne française. Ch. Aubbetiv. t

{La France , 1*' novembre 1864.)

BULLETIN MENSUEL D'ALSATICA.

Livres.

44. Dcr grosne straHflbQrgerhinkondo Bote. Ein Kalender fOr RSmisch- Katholii»cbe und Protestantcu , auf daB Jahr 18G5; pet. \o-8\ carré , 72 p. , avec gravures sur boi». Typog. de Le Roux. 68* aiiuée.

45. Le grand Mcsbager boiteux de Strasbourg. Almanack hUtorique, moral et récréatif, pour 18G5. ^0* aunée. Gravures sur bois. 60 p. Pet. in-8* carré. Typog. de Le Roux.

4G. Vcrbcsrierter Kaleudcr gonaunt der binkende Bote am Rhcin, fOr d.i» JaUr 18C5. Strasbourg ^ typog. de G. SilbermanUt pet. lu-8* carrô, 72 p. , gravures Hur bois.

47. Der grosse hiukende Bote au dcr 111 uud ani Rbeiu, fOr das Jahr 1805. Stratbourg f typog. de Ileitz , pet. in-8* carré , 52 p. i gravarea sar bois.

48. Der gutc Bote fOr das Jahr dcr Gnadc 1865 (29* année). Straêbourg, typog. de V Berger-Levrautt , in-8* carré, 72 p. — 30 c. (Gravarea et carte du royaume do Danemark.)

41>. Almanacb des Familles pour Tau de grâce 18C5 (12* année). Striubourg, typog. de V lierger-Levrault j in-8' carré, 68 p. — 30 c. (Gravures et carte du royaume do Danemark.)

50. Der elsœsserStadt- und Laudbote, Hauskalcndor fflrjedcrmaniiy anf das Jahr 1865. Strasbourg, typog. de Christophe, in*8*, carré, 72 p. , gravures sur bols.

Inauguration de la italue de l'amiral Brust à Culmar, avec plancbes.

51. Fleurs dominicahK'R, ou les Mystiques d'Untcrlinden à Golmar,

par le vicomte de Bussierre. Paris, 1304; in-12, X-288 p. — 2 fr.

Avanupropus. Introduction. Cliap. I*'. La ville de Colmar. II. Comme Dcemenl de« Lnlerlinden. XIII. Coup d'œil sur la situation da couvent des Cu'* terlinden pendant le XV* siècle et au commencement du XVI*. XIV. La Bèfurmc k Colmar, les Uuterlindeu après la Réforme, leur destruction en 1792. La destination actuelle.

58. Une saison en Allemagne. Souvenirs des bords du Rhin i par

A. S. Bruière. (Auguste Schnéegans.) (Extrait du Tempe.) ParUf

J. i/e(se2 (1864) ; pot. in-8*, 95 p.

Bsde. Kiksingen Carisbad. Dii Minores. Rippoldsau. Antogast. Baden-

weiler. CannaUdt. Frendenstadi. Suggeiibad. Herrenalp , etc. Let bains inconnus. Bade atant et après les courses.

Quelle belle excursion, quelle fratcbeur dans ce petit Yolume. On lit cette saiêon d'une haleine, elle est si courte, mais on la reroramence.

53. Tableaux chronologiques critiques de l'iiisioire de l'église universelle, avec éclaircissements tirés de l'archéologie et de la géographie, par le P. Ignace Mozzoni, traduits de l'italien par l'abbé F. Joseph Sattler, professeur d'histoire ecclésiastique du Graud- Sémiuaire de Strasbourg. Texte , notes et citations pour le I*" siècle. Stratbourgf typog. de E. Simon, 1865 (décembre 1864) ; VIII>67 p., papier vélin, in-4».

Fi|r. Cartes et monnaies gravées dans le texte.

54. ]âchos, par P. T. Gontard. Biiehwiller, typog. de Fr. Posthy 1864;

in-12, Vin-1»9.

Poésies précédées d'une préface ayant pour titre : Notre But. « Cet ou- « rrage n'est point destiné dans notre pensée à devenir un livre de classe

• proprement dit , nous tenons! déclarer qne nous ambitionnons pour lui

• une autre fottune. Nous préférons lui voir occaper une place amie au foyer t domestique, sur la table de famille, s'adressent A tous sans distinction

• d'âge, depuis le vieillard chargé d'années, Jusqu'à l'enfant qui commence

• à prendre goût à la lecture. Voilà toute notre ambition.» On ne saurait être plus modeste!

55. Mémoires d'un protestant condamné aux galères de France pour

cause de religion , avec 4 gravures , par M. L. Morel-Fatio. Pariêf

Société deê École» du Dimanche, 1865; in-12. Typog. de V* Berger-

Levrault ; IX-561 p.

Édition réimprimée par M. Henry Pommier, d'après le Journal original de Jean Marleilbe, de Bergerac, publié k Rotterdam en 1757.

56. L'administration municipale de Biscbwilier à partir de l'année 1840, par le docteur Luroth , maire de Bischwillcr. Biiehwiller, typog. de Fréd. Posthy 1864; gr. in-8-, XII-348 p.

■ Biscbwilier, jeune cité manufacturière, qui se développe à vue d'osil, et t qui , malgré l'obscurité de son origine, n'uspire à rien moins qu'à devenir

• le Mulhouse du Bas-Rhin. •

Coup d'oeil statistique sur la ville. — Compte rendu des actes de l'administration en ce qui concerne le«crvice des revenus communaux. — Dotation financière des divers services municipaux et leur direction morale. — Pro« gramme de l'avenir.

57. La mission do la femme et son rôle dans l'éducation religieuse de l'enfance. Extraits d'une correspondance entre une Jeune mère

et nn pasteur protestant, pnbllé* par L. Leblois. StrûthourÇf hfpoç. de Fréd. Heitz (1» Janv. 18G5); in-8% 48 p.

• J'ai TU dans riIistoire-Stinle de M . . . le* légende* de Daaiel . de Naba-

• cbodonosor, etc., présentée* comme de* faiu anlhentiqae*. Poarqaoi n'eel-

• il pas reça de raconter, arec le même sérieax. l'histoire de Thésée, de > Jason , des doase iraranx d'Hercole, etc. ? Aujonrd'hoi l'an a aatoit de ■ raison d'être qae l'autre

c Chaque peuple a une histoire tainU. Cela étant, pourquoi chercher a«

• loin? Pourquoi choisir une nation qui a \écu dans une antre partie da

• monde, sous un autre climat dont nos enfants ne peuvent se fhire nne idée

• Juste, et dans Att conditions religieuses et sociales qui différent si prodi-

• gieusement des nettes? Pourquoi ne pas prendre le peuple même dent t l'enfant rst un membre? • etc.

68. Allgemeine Geschichte dcr Mnaik, von A. Reittmann, 8* et dar^ nier yolume. Leipzig, 1864 ; Strasbourgj typog, de F* Berftr-Lêvramlt^ gr. in-8', VIII-374 p. et 63 p. de musique typographique. — 11 Rthir. (41 fr. 25 oO complet.

IV* liTre. Dit JnâlvidiÊalitœt gtwinnt Anthetl an der IFeAerenltofcWsmy êmr Tonkuntt; daukrint $o vorxugliehên Orgtln mtkr gtbaut «Mrd«t», «ofe dt0 àrr SW6crmann'« (Gottfried, 1684-1756. and Joh. Andréas. 1711-1783). MerkUrrlich , page 361.

59. La féto des Morts (poésie}, par Ch. Dubois. StratbourÇf ij/pog, 4ê L. F. Le RouXf gr. in-8*, 3 p.

60. Dio beilige PfalzgrAdn Qenovefa. Kine rflhrende Hiitorie aea ersâhlt von Ottmar F. II. Schœnbach. Wistembourg , ttfpoç. de Wentzel y iseï; in-12, 48 p.

61. Journal d'un colon d'Algérie, par Ch. Dubois. 8tr<uhourg^ ^9Pog, de Ed. Huder, pot. lu -8*, 84 p.

62. Thoater Journal. RQckschau der verflossonen Thoateraalson la Bischweiler. Milrz bis Angust 1864. Verseicbniss aller wfthread derselben unter dcr Direction des Hrn. Bille aufgefflhrten Btficke, u. s. vr. Biêchioiller f typog. de Poêth (août 1864); in-8*, 8 p.

63. Dictionnaire général de la politique , par M. Maurice Block , avec

la collaboration d'hommes d'état, de publicistes et d'éorivaina de

tous les pays. 13' et 14* livraisons. Strathourg , typog. de F* Berger-

Levrault. Parie , Lorenz , Ubraire-iàitettr, L'ouvrage complet , 40 fr.,

2 vol. gr. in-8*, do plus de 1, 100 pages chaque. Résistanoe(DroU da)-

Zollveroln . pages 801-1124, et Uble alphabétique des matièrea.

C'rst sous l'inspiration do la Jrod«ra(ion , do la Uberti et du Progrèt que le Dictionnaire général de la politique a été commencé et achevé , et c*eal toas

les aaspicra de cet trois vertat cardinales de la vie civile que l'aateur le préseale au lecteur.

Les principani collaborateurs de M. Block sont : MM. Bartltéleaiy Saint- Hilaire. AadilTret, Chevalier (Michel), Coquerel, Dollftis (Cb.) , Duvergier de Hauranne. Ploquet, Franck, E. de Girardin.Guiiot, F. Hèlie, P. Janet, Laboulaye. de Lasteyrie, Montègut , Fréd. Morin, Pfefllzer, Ortolan, Parieu, de Rémuaat, E. Renan, Cb. Robert, Saint-Maro Girardin, J. Simon, Wolowski , ZacbarisB , etc.

Périodiques.

Rbyuk d'Al.8acb, octobre 1864:

Ch. Qhao. Le Casque de fer. (Fin.) — A. Quk^usbkz. L'abbaye de Lucelles. (Fin.) — DsscHABBiàRBS. Cravanchos. (Suite.) — £.QoouBL. La mort de Socrate. (SoUe.) — Fbéd. Kubtz. Balletin bibliographique. I. Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Colmar. IL La Chasse dans la Tallée da Rhin , par M. Engelhard. Novembre 1864:

C. DBScuABRiàBBS. Cravanchos, berceau de Belfort, etc. (Suite et fin.) — Ed. Qooubl. La mort de Socrate. (T** suite.) — X. Boybb. Le potier Georges Pnll de Wissembourg. — F. Boissiêre. Marie Stnart et le comte de Bothwell , par L. Wiesener. — FmAd. Kurti:. L Bulletin bibliographique. Étude critique et géographique, de l'abbé Martin. II. Mélanges d'histoire et de critiqueiittéralre , de . L. Spach.

Décembre 1864:

H. Bardy. Les franchises de Belfort. (Mai 1307. PI.) — Ed. GoouxL. La mort de Socrate*. (Suite et fin.) — F. BoissiàRS. Marie Stuart. (Suite et fin.) — Costb. Nouvelles observations à propos d'Ârgentovaria*. — J. P. Tal.loh. Règlement de la paroisse de Salnt-Disier da 7 mal 1657. Acte du 18 mai 1751 contre les Haans, de Lebetain. — Ch. Kflss. Bulletin bibliographique: Citologie rationnelle , par M. Hatt. — Fréd. Kurtz. Catalogue de la bibliothèque de Beblenheim , par Jean Macé. — J. F. Flaxlavd. Revue synoptique des principaux vignobles de l'univers, par M. Winckler. — Table des matières.

Rbvur catholiqcb d'Ai«8acb , octobre :

Page 1