CHARLES BERNHARD
Charles Bernhard, qui vient de mourir à l'âge 48 ans , n'était qu'un modeste ouvrier typographe ; mais il sentait en lui l'inspiration du poëte , et de bonne heure U eut la noble ambition d'imprimer ses propres écrits. Dès 1848, il publia un recueil de poésies intitulé : Ermnerungtblàtter ans Algérien, souvenirs de l'Algérie , où il avait pris part, comme sous-officier, à plusieurs expéditions. En 1849,
(8) 1850 et 1851 , il collabora activement au Démocrate du Bhm et à la Volkêrepublik , et plusieurs de ses feuilletons attirèrent Tattention. A cette même époque , il fonda une société, ou caisse de secours, alimentée par des cotisations mensuelles et procurant des secours médicaux et des médicaments aux ouvriers malades. Cette société , qui s'appelle la Cordiale, a prospéré et compte aujourd'hui plus de 400 familles d'ouvriers. £n 1852, quand il ne lui fut plus possible de discuter les choses à son point de vue , Bemhard fit la guerre aux préjugés en les couvrant de ridicule dans les Stroeburfer Wibhle, En 1860 , il publia les Gedichte emes Strasaburgerê , poésies toutes pleines de grâce et d'imagination. De 1860 à 1861 parut le fameux Ha$iê im Scknôkenloch (Jean^ du Trou des Cousins), espèce de Charivari ou de Kladderadatêch strasbourgeois , qui valut à son auteur beaucoup de rancunes et peu d'argent. En 1863 vinrent les Strosbutyer He^e; peu après, le Volkêbarbier , ein Wochenblatt gegen dos Perriickenwesen, petite revue satirique qui méritait de vivre et qui mourut au bout de trois semaines. H collabora aussi de temps en temps au Samstagsblatt de Mulhouse : cette petite feuille littéraire dont le succès va toujours en augmentant. Enfin pendant la dernière année de sa vie, malgré les souffrances et les privations, Bemhard composa une comédie en cinq actes intitulée : le Steekelburfer, inédite encore, et qui est destinée à rivaliser avec le Pfmgstmontag ; car la pièce de Bemhard est, comme celle d'Arnold, écrite en vers du dialecte strasbourgeois, et, comme elle aussi, elle dépeint et elle critique les habi-
(9 ) tudes , les travers , les idiotismes des habitants de la capitale de TAlsace.
Charles Bemhard a vécu presque ignoré , et pour lui , comme pour Hégésippe Moreau , la célébrité ne commencera qu'avec la mort. Inutile d'ajouter qu'il a toujours été pauvre , mais il eut du caractère et fut riche d'imagination et de cœur. **