‹ Le Bibliographe alsacien (volume 3)Chapitre 49 sur 138 · CoDtrdlear principal · texte numérisé non relu

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spontanément pour lui son passage à Paris , il leur recommanda < de ne faire valoir ses droits qu*avec discrétion , et d'éviter de désobliger un collègue par la moindre allusion. »

Il s'était destiné d'abord à l'École forestière. C'est à Dijon,. chez M. Boichot, qu'il fit ses premières études administratives et qu'il épousa une femme aimable et simple qu'il laisse veuve avec deux charmants enfants. C'est à Dijon, où il avait rencontré ce grand bonheur, qu'une amère dérision du hasard l'a été faire mourir. Lundi dernier il partait de Paris , tranquille , aussi solide que le permettaient la fatigue redoublée de ses derniers travaux administratif et une congestion pulmonaire dont son cousin et ami, le docteur Piogej, l'avait sauvé déjà deux fois. Il arrive dans la famille de sa femme, les poches pleines de bouquins et de notes, la tête pleine de ces projets de bon travail, que nous appelons notre repos... Dans la nuit, le choléra l'atteint avec la plus sauvage violence et quelques heures après il meurt, sans un mot d'amertume, avec la résignation d'un stoïque!...

Alfred Tainturier a occupé des fonctions administratives à Amiens, à Dijon, à Strasbourg et à Paris. Il trouvait le temps de rassembler des notes , de les coordonner, d'étudier, de donner des articles à la Société archéologique de Dijon dont ii faisait partie, au Bibliographe alsacien qui n'a point encore achevé la publication de son excellente histoire des faïences et porcelaines du nord de la France. La Chronique a maintes fois reçu de lui des morceaux très-délicats et très -intéressants et il lui en avait promis bien d'autres. Il allait collaborer aux

Collections célèbres de M. Ed. Lièvre. Tous nos lecteurs connaissent ou possèdent les deux seuls volumes qu*il ait publiés: Notice sur les faïences du XVP siècle, dites de Henri II, 1860; et les Terres émaillées de Bernard Palissy et de ses continuateurs, 1865, in-S". L'une eiiTautre de ces études sont suivies de catalogues très-utiles à consulter, alors même que des découvertes imprévues auraient renversé ses hypothèses. Il dessinait très-adroitement. C'est lui qui a lithographie les pierres qui ornent son livre, et gravé les pièces qui sont semées dans lo Bibliographe alsacien,

Tainturier était un des premiers qui s'étaient groupés autour de l'idée féconde de V Union centrale des beauxarts appliqués à l'industrie. Quand V Union centrale orga^ nisa l'Exposition rétrospective, au Palais des Champs- Elysées, le dévouement d'Alfred Tainturier, pour avoir été discret et modeste , n'en fut que plus utile au but de cette institution , et le directeur de la Gazette , qui paya plus qu'aucun aussi de sa personne , peut témoigner du zèle et de l'activité sérieuse et raisonnée de Tainturier.

Il avait réuni quelques belles toiles, entre autres un portrait d'ecclésiastique peint par Prud'hon; quelques dessins, entre autres une gouache délicieuse de Lawrence; des curiosités, parmi lesquelles on n'a point oublié une étude à cire perdue de Coysevox pour un buste de Louis XIV et une pendule reproduite par la Gazette. Il avait aussi une bonne bibliothèque de travailleur et d'artiste. Sauvageot, et plus récemment un homme dont l'estime est un brevet, M. Riocreux, le tenaient en

estime particulière. Il avait ses entrées dans tous les grands cabinets.

Quel cruel aveuglement des lois naturelles ! Foudroyer en plein avenir un esprit recherché et vivace , en plein bonheur un homme pour qui le foyer domestique n'avait que des consolations! Ph. Bubty.

ANCIENNES INDUSTRIES D'ALSACE ET DE LORRAINE'

Manufactures de porcelaine et de faïence.

NIDERWILLER.

Baron de Beyerlé) fondateur de rétablissement. — Ses successeurs: le comte Custine, J. Lanfrey. — Principaux artistes: Lemirc, Faveau . Deuschler. — Tarifs et marques.

En 1754, précisément à l'époque où les directeurs de la manufacture de Vincennes portaient la première atteinte à la prospérité des établissements fondés en Alsace par Charles et Paul Hannong, un personnage éminent de Strasbourg , M. le baron Jean-Louis de Beyerlé , conseiller du roi et directeur de la Monnaie, créait, non loin de cette ville , sur la frontière de Lorraine , dans le petit village de Niderwiller, une fabrique de faïence

1. Voy. le Bibliographe aîtacien, 2' année, p. 277; 3* auuée, p. 1 , 89, 89| ISS, 169 et 253; et 4* année, p. 7.

( 62) dont le rapide développement s'accomplit sans obstacles , et la fortune se maintint constamment florissante bien au delà de Tépoque révolutionnaire. Aussi l'histoire de cette usine peut-elle se résumer en quelques noms et quelques dates.

Au commencement du XVIII' siècle , la terre de Niderwiller appartenait à un chanoine du chapitre de Saint- Pierre -le -Jeune de Strasbourg, nommé Bernard du Conte , ainsi que le constate un bail du 23 janvier 1722, consenti par cet ecclésiastique au profit du baron Jean- Valentin de Beyerlé , père du baron Louis et qui , comme lui, dirigea la Monnaie de Strasbourg. Ce n'était alors qu'un bien rural avec une très-modeste habitation, bonne , tout au plus , à servir de rendez-vous de chasse , et , eu effet, telle fut d'abord la destination de cette propriété. M. de Beyerlé fils en fit l'acquisition en 1748, et, dès cette époque, il prend, dans les actes de la vie civile, le titre de seigneur de Niderwiller et autres lieux.

La date à laquelle eut lieu l'établissement de la faïencerie, n'a pu être déterminée exactement; tout ce que l'on sait, c'est que M. de Beyerlé dressa lui-même les plans de son usine, qu'il en dirigea la construction et que les bâtiments étaient achevés en 1754 ou 1755. Si, plus tard, cette fabrique subit l'influence des autres manufactures de Lorraine , dont elle était très-voisine , il est certain que, à ses débuts, elle fonctionna d'après les procédés importés en Alsace par Hannong, et que son personnel se composait^ en grande partie, d'ouvriers allemands. M. de Beyerlé voulut, d'ailleurs, en conser-

ver personnellement la direction, tout en s'adjoignant son chimiste de la manufacture de Strasbourg, un nommé Anstett, qui passe pour avoir employé, le premier, le précipité pourpre de Cassius dans la décoration des faïences.

Sous cette habile administration , la manufacture parvint rapidement à un haut degré de prospérité et passa bien vite de la fabrication des poteries communes à celle des faïences artistiques, auxquelles une influence féminine sut donner un rare caractère de distinction. Si l'on en croit la tradition. M"" de Beyerlé elle-même aurait, en effet, fourni aux peintres décorateurs leurs plvs exquis modèles, et M. Riocreux m*a assuré qu*un vieil ouvrier de Niderwiller avait reconnu au musée céramique certaines pièces dont le décor était entièrement de la main de cette dame.

Quoi qu'il en soit, M. de Beyerlé ne se contenta pas de ces succès, et, dès 1765, il fit venir des ouvriers de Saxe et entreprit, avec leur concours, la fabrication de la porcelaine. £n 1768, il livrait déjà au commerce de très-remarquables poteries de ce genre M. Jacquemart a donc pu, avec infiniment de raison, dire que les produits de l'usine de la Meurthe peuvent être considérés comme les plus anciens représentants de la porcelaine marchande faite en France, puisqu'à cette date de 1768, on en était encore à Sèvres aux essais du kaolin de Saint- Yrieix*. Comme à Strasbourg, on employa d'abord des

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