Histoire de la porcelaine , p
matériaux provenant d'Allemagne, mais, plus tard, on vint chercher le kaolin dans les environs de Limoges, où M. de Beyerlé eut la précaution de s'assurer la propriété de toute une carrière.
Des mains de ce seigneur, Tusine passa en celles du général, comte Custine, qui la fit exploiter de 1780 à 1793 par François Lanfrey, manufacturier des plus habiles. Celui-ci, sans négliger la fabrication de la faïence, introduisit à Niderwiller celle de la terre de pipe ou terre anglaise; mais c'est surtout du perfectionnement et du développement de la production de la porcelaine qu'il paraît s'être préoccupé.
En 1789, on ne comptait pas moins de 150 ouvriers dans l'usine, qui, suivant le Tableau du commerce, produisait alors « tout ce qu'on peut désirer en peinture et formes de tout genre, de la porcelaine, surtout des groupes et biscuits d'une très-belle pâte ; de la terre de pipe blanche et peinte , et enfin de la terre anglaise qui , par les formes, la couleur et la solidité, est, dit-on, égale à celle même d'Angleterre. »
Sans aucun doute, Lanfrey fit preuve d'une grande habileté commerciale en spéculant sur cette triste nouveauté qu'on appelait alors la terre anglaise, mais il fut mieux avisé encore le jour où il s'attacha le sculpteur Lemire , de Lunéville , auteur de ces charmantes figurines auxquelles Niderwiller est redevable d'une bonne part de sa réputation de jadis et d'aujourd'hui. Cet artiste eut, en réalité , pendant plus de vingt ans la direction artistique de rétablissement, et son nom se rattache si étroi-
tement aux recherches qui noue occupent, que nous croyons ne pouvoir nous dispenser de placer ici , à son sujet, quelques détails biographiques.
Charles Sauvage, dit Lemire, était originaire de Lunéville, et, suivant une tradition que je n'ai pu vérifier, il reçut les premières notions des aJrts du dessin dans Tatelier de l'un de ces excellents artistes que le roi Stanislas avait appelés en Lorraine. Tout d'abord, il fut employé à la manufacture de faïence et s'essaya à modeler quelques-unes de ces gracieuses figurines que Cyfilé avait mises à la mode.. Heureusement, dans cette lutte avec un redoutable concurrent, Lemire fut assez fort pour conserver intacte son intéressante personnalité et suivre, sans dévier, les inspirations qu'il avait puisées dans une étude attentive et intelligente de la nature et de la statuaire antique; aussi, bien que les œuvres de ces deux artistes soient aigourd'hui confondues dans les collections et jusque dans les tarifs des manufactures qui les ont produites, sous la désignation commune de Figurines de lA)rrame, il est cependant toujours possible de faire la part de chacun.
Tandis que Cyfflé, joyeux compère avant tout, amuse son public avec ses sujets grivois , ses galants chasseurs , ses bergerades risquées ou ses types populaires, Lemire modèle , avec un goût simple et presque sévère , de petits amours, des bergers, des enfcints, des vases aux formes châtiées, mais toujours élégantes. Les capricieuses fantaisies de l'époque ne le troublent pas , et le soin avec lequel il retouche ses épreuves, toutes façonnées en beau
biscnît de porcelaine, prouve tout le respect qu'il avait pour son art. Entre ces deux maîtres presque contemporains , il 7 a près d'un demi-siècle de distance ; Tun appartient encore à la Régence et Tautre subit déjà Tînfluence plus grave et plus élevée du règne de Louis XVI. Lemire n'a laissé que peu de traces de son passage dans les usines de Lunéville, mais il a beaucoup travaillé pour celle de Niderwiller. C'est là qu'il exécuta tons ses meilleurs modèles, comme V Enlèvement. A. T.
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