LE CANTIQUE DES CANTIQUES
COMMBVTÉ PAR LB8 ABBBI8B8 BBLXBDB BT HBBBADB.
Ainsi s^exprîme le titre d*un ouvrage publié à Vienne par M. Joseph Haupt*, qui, dans une introduction, tâche d'administrer les raisons de ce titre. Et d'abord le commentaire ainsi que la traduction du Cantique s'appuient souvent sur la traduction et le commentaire de Willeram
1. D€u hohe lÀed, fibersetzt von Willeram, erkUlrt von RilindU nnd Herrati ^btissinnen zu Hohenbnrg im £l8*8s, heraasgegebea von Joseph Haupt. Wi«n, 1864) BraumBlUr; 180 pages in>8*. A 8tra*hourg ehes C. F. Sehmidt.
( 186) (publiés par Hoffmann , Breslau, 1827 , in-S**) , mais souvent aussi ils s^en éloignent. L*œuvre de WiUeram d*ailleurs n'est pas purement une traduction , mais plutôt un travail original qui renferme les vues de T époque sur le poëmc sacré ; il en est de même de l'ouvrage des deux abbesses. Comme la plupart des pères et des commentateurs, WiUeram considère le Cantique comme une représentation des rapports mystiques du Christ et de son Église , tous ses développements partent de ce point de vue , et il emploie même les termes distinctifs de : vox Chrùii, vox ecclesiœ^ vox synagogœ. Les religieuses, de leur côté, ont vu dans le Cantique les rapports du Saint- Esprit et de la Vierge Marie considérée comme le modèle de toutes les épouses du Sauveur, et si la revue que fait Welte, dans son Kirchenlexicon (V. 273-277), des diverses interprétations du poëme est complète, les religieuses sont les seules qui l'aient envisagé de cette manière.
Tout leur travail tend à montrer comment le Saint- Esprit a répandu la plénitude de ses dons sur la Vierge bienheureuse pour la rendre digne de devenir la mère du Sauveur. Le Saint-Esprit, d'après le prologue, a agi avant et pendant le règne de la loi , comme sous le règne de la grâce , et à chaque jour de la création correspond l'octroi d'un de ses dons. La femme forte dont parle Salomon, est-il dit au commencement même de l'ouvrage , c'est la Vierge Marie , et c'est à elle , comme à la plus sainte des épouses, que le chant nuptial est consacré. Mais en avant du très-haut époux du Roi des rois marchait un héraut porteur de son glaive et de ses bannières : ce
héraut, ce précurseur, c'est Jean-Baptiste. Quant aux religieuses, elles peuvent participer à cette union céleste, elles n*ont qu'à marcher sur les traces d'Agna, de Cécile, de Lucie et d'Agatha. Les légendes de ces quatre saintes ont des points communs, et il faut avouer qu'elles sont hien choisies comme exemples du renoncement aux biens de la terre et du mariage mystique.
Arrivées au verset : fereîUum fecit stbt rex, les rrfigieuses traduisent fercutum par table ; cette table est celle de l'agneau , où Notre-Dame a été conduite par l'inspiration d'en haut; les colonnes de la table sont Pierre et Paul, qui ont fait briller l'Évangile comme l'argent; l'échanson c'est Jean-Baptiste aidé de Grégoire , d'Augustin^ d'Ambroise, etc. Le verset: qitam pul^rm mammœ! donne lieu aux instructions les plus précises sur les rapports de supérieures à inférieures, sur les devoirs de la concorde et de la soumission. Le verset: ventât dUectus, amène la question de la grâce, dont les effets sont mis en lumière à l'aide des vies de saint Julien et de saint Chr3r8anthe. La légende de saint Chrysanthe se rattache à celle de sainte Agathe et surtout de sainte Cécile. Les ossements de Chrysanthe et Daria furent trouvés sous Constantin, et en 842 ils furent transportés à Prttm, puis en 844 dans l'abbaye de Saint- Avold à Saint-Nabor dans l'évêché de Metz. Saint Chrysanthe et saint Julien ont été l'objet d'une dévotion particulière dans les pays du Rhin inférieur, et on y rencontre beaucoup d'églises dédiées à ces saints. Mais voici oii M. Haupt serre de pliu près sa démonstration: il trouve une concordance, un
parallélisme entre les saints principalement mentionnés dans le commentaire et ceux sous rinrocation desquels sont dédiées les diverses chapelles de Hohenbourg. La grande chapelle de Téglise conventuelle était dédiée à la Vierge: Pnnceps (orcttortum) ^ dit Mabillon {Aim. Bened, I, 491), scmctœ Martœ recaiê a fundamentiê mêtauratum ; le livre en question est aussi tout entier en l'honneur de Notre-Dame ; à côté se trouve la chapelle de saint Jean-Baptiste ou de sainte Odile : quartwn sancti JohaMus Bapttêtœ ubi sepulta sancta OdiUa; or dans le commentaire, saint Jean est présenté comme le «maréchal» de la noce céleste, tandis qu'Agna et Cécile, Agathe et Lucie s*acquittent du rôle de demobelles d'honneur. C'est dans cette chapelle que fut ensevelie Odile; les religieuses ne font pas mention du tombeau de la sainte , mais elles nomment sainte Lucie , qui paraît dans la légende d'Odile: «quand les sœurs trouvèrent l'abbesse étendue sans vie , elles se mirent en prières , et Otilie ressuscita, et leur dit : Pourquoi me troublez- vous? J'étais avec sainte Lucie et J'étais en possession de cette joie que l'œil ne voit point.»
Une autre chapelle était dédiée à saint Pierre et saint Paul ; on l'appelait aussi : chapelle des larmes , en allemand Zahren'KapeUe; *lacrymarum sepimum ercU, dit Mabillon , becUorum apostolorum Petri-et Pavli modo de«tructum.* Or il est parlé de ces apôtres à l'occasion du verset 9 du chapit;*e m du Cantique. Enfin une quatrième chapelle , la chapelle de la croix , est présente à l'esprit des religieuses quand elles entreprennent de commenter
( 188) le chapitre IV de Tidylle sacrée : *iertmm, dit encore Mabillon, aanctœ crttcis.»
Mabillon suit un ordre particulier qui le mène an chiffre de sept chapelles ou oratoires , parce qu*il compte aussi la rotonde qui a été remplacée par la ferme et rhôtellerie: <ad portam monasterit unum rotimâi operù omnibus sanctis Alsaticis dedîccUum.*
Cependant M. Haupt ne se contente pas, et avec raison , des preuves ci-dessus, et il allègue le has^reUef d^ÉUchon, décrit déjà par Schœpflin. £n 1747, Denis Albrecht, prieur des prémontrés de Sainte-Odile , ayant fait ouvrir le mur dans la paroi duquel se trouvait encastré le basrelief, la face cachée du monument apparut au jour et Ton y découvrit une sculpture représentant deux abbesses agenouillées aux pieds de la Vierge. C* était Relinde et Herrade , toutes deux abbesses Tune au milieu , Tautre à la fin du XIP siècle, c Elles avancent, dit Schœpflin, chacune une main pour soutenir un livre qui paraît contenir les louanges de la mère de Dieu.» M. Haupt voit dans ce livre le commentaire présent du Cantique des Cantiques , parce que les louanges de la mère de Dieu 7 surabondent et que le Hortus deliciarum qui avait passé pour être ce livre, ofire bien plutôt une encyclopédie du savoir humain au XIT* siècle.
Enfin M. Haupt. fait observer qu'au bas du verso du feuillet 47 se lit le mot : OOiilia, près d'un passage tiré de saint Augustin ; or c'est Belinde qui introduisit à Hobenbourg la règle Augustinienne , apparemment non sans trouver une certaine résistance parmi les anciennes reli-
gieuses, qui étaient accoutumées à la règle de Saint- Benoît, et auxquelles il fallait présenter Odile comme une fidèle sectatrice de renseignement de saint Augustin. Quant à Taspect extérieur du manuscrit, il est susceptible de deux remarques déjà faites par Engelhardt sur celui du Hortuê delidarum: la première, c'est que les caractères dépassent les marges comme dans les chartes, la seconde que le commencement est écrit sur bon parchemin, et la fin sur un parchemin si grossier, si laineux que récriture a souvent percé.
Nous avons exposé les raisons de M. Haupt et n'en trouvons pas moins ses affirmations hardies, mais nous n'avons pas de preuves contraires à lui opposer et ne demandons pas mieux que de voir ajouter un fleuron à la couronne littéraire de Relînde et de Herrade. Nous sommes aussi frappé de cette fortune du Cantique des Cantiques, qui le soumet d'abord aux interprétations m3rstiques des pères, au commentaire enthousiaste des religieuses , ne le soustrait pas à la galanterie d'un abbé Cotin , d'un évêque Godeau , et le donne finalement en pâture à la critique de M. Renan. Sans doute l'allégorie , le symbole seuls n'auraient pas suffi à engendrer tant de vicissitudes et il y allait encore le charme originel et tout-puissant de l'amour et de la vie.
P. RiSTELHUBEB.
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
ht9 Sociétfs poitidqueê de Straêbourg pendant /et mméti 1790 à 1795. Extrait de leurt proeèê-verbuum publiés par F. C. Heits , correspondant du ministère de l'inatrnctioii publique, etc. Stratbourg, typographie de F. C, HeitÊt, 1863; in-8% Vin-400 p. 7 fr.
M. Heitz se livre depuis plusieurs années à des travaux de bénédictins. Les publications historique qu'il nous donne , il les puise toutes dans sa riche bibliothèque. Depuis 1860 , il a publié trois ouvrages importants : UAl' saee en 1789, Tableau des divi$ion$ territorioleê et des différentes seigneuries de r Alsace existant à l'époque 4e Vinoorporation de cette province à la France. — Serais^ bourg pendant ses deux blocus et les Cent jours, et les notes sur lu vie et les écrits d'Euloge Schneider, accusateur public du département du Bas-Bkin, Un quatrième ouvrage plus important encore que les précédents vient de paraître : Les Sociétés politiques de Strasbourg pendant les années 1790 à 1796. Ce sont les correspondanoas et les extraits des procès^ verbaux de ces sociétés que les principes de 1789 ont fiait surgir à Strasbourg.
La Révolution, en faisant passer notre antique cité sous son niveau inflexible d*unité , en lui faisant perdre son individualité, n^a donné aucune liberté essentielle à Strasbourg. Cette ville les avait déjà approximativement depuis un temps immémorial. L'autorité partagée entre la noblesse et la démocratie constituait une indépen-
dance municipale tellement bien établie, que le Grand Roi, quoique victorieux , dut la maintenir. La Révolution fut cependant acclamée avec enthousiasme à Strasbourg , c'est que , dans cette vieille république du moyen âge, rindépendance avait des racines trop profondes pour ne pas survivre à la perte que fit cette ville de sa souveraineté.
On n*a qu'à lire les précieux documents que M. Heits vient de mettre au jour, pour se convaincre des élans généreux et de Tardent patriotisme que Tère nouvelle 7 a hit édore.
Assurer à la Révolution de la force et de la durée, déjouer les manœuvres de ceux qui auraient voulu faire revivre les privilèges et les abus , voilà le but que se sont proposé les 41 citoyens qui ont fondé la Société de la Révolution à Strasbourg, le 15 janvier 1790. Parmi ces membres fondateurs , nous remarquons les noms des principales notabilités de la ville : Le Barbier de Tinan, Fabry, Laquiante, Montrichard, Pasquay, Prost, Rau, SchweighflBuser , Teutsch, etc.
Si de coupables excès ont souvent succédé aux manifestations généreuses nées d*un ardent amour de la patrie, si les idées les plus bizarres , des haines et des vengeances terribles se sont parfois produites, ne soyons pas trop sévères pour les condamner, on n'échappe pas sans péril à un aussi grand choc do principes , d'intérêts , de passions. Une crise était nécessaire pour régénérer l'organisation sociale du pays ; cette crise a été violente , mais elle a produit des hommes. La Révolution a été une expia-
( 192 ) tîbn pour quelques-uns, et une rénovation pour la France qu'elle a fécondée. L'humanité a marché. Les générations actuelles , en lisant Thistoire de cette mémorable époque, pourront donner quelques regrets aux grandes douleurs qu'elle a engendrées , mais elles ne doivent point oublier tout ce qu'elles doivent à la Révolution.
Le recueil de M. Hcitz se lit avec le plus grand intérêt, on y trouve des discours bien curieux et des propositions d'une excentricité étonnante.
Nous trouvons notamment à la page 316 la mention d'un discours prononcé à la Société populaire de Strasbourg par le citoyen Delâtre , dans lequel il est dit < que « Jésus-Christ était le plus grand charlatan qui ait jamais «existé. Les officiers municipaux, Jung et Butenschœn,
< prennent la défense , non de Jésus catholique , aposto- «lique et romain, mais de Jésus- Christ sans-culotte, prê-
< chant les principes sacrés de l'égalité et une morale « sévère. » *
En 1791 , un membre dénonce le curé Jœglé qui s'est comporté très-indécemment à l'égard de l'évêque Brendel, conduite qui a eu pour conséquence une émeute de femmes. Cette émeute a éclaté dans la cathédrale, dans laquelle l'évêque a été offensé par ces femmes au point que sa vie était même en danger. A cette nouvelle, toute l'assemblée s'est spontanément levée et a juré de défendre la vie de l'évêque avec la dernière goutte de sang.
Un autre communique un pamphlet portant le titre :
1. Voira ce sujet, Butenschœn , Argos, IV, p. 17 , artlrle rapporté dans Friese : Nf%ie vatertàndùrhe Oefchiehte , t. V, p. 351.
( 193 ) Lettre à Loms- Marie -Edouard de Rokam, êoi-dùant kmd^ave dPAUaee, qui a été Mque de Stroêbùvrg^ qui enrage de ne Vitre phu et qui ne le redeviendra jamaië, quoi qu^U fasse , proviieur de la Sorbonne, puisque la Sorbonne avilie y consent, La lecture de cette satiire sur la Monition emnonique du cardinal de Uoban^ proToqua les applaudissement» de rassemUëe.
En 1794, le président de la société populaire rend compte d*une poésie alleaaande intitulée : An den Sh^œgfer (au Créateur), que le Jeune patriote Lamey lui a envoyée.*
Un membre fait la motion que toutes les filles doivent être inritées à ne donner leur main en mariage qu*à des citoyens qui ont donné des preuves de leur patriotisme , soit en ayant défendu la République, soit en ayant oc* cupé ou occupant un poste utile à la République.
On décide à la même société, le 25 décembre 1793, de faire raser la maison de quiconque sera convaincu d*agiotage ou d'avoir vendu à un prix au-dessus du maxi-
mum*'
On trouve aussi dans ce livre des adresses des différentes sociétés populaires de France à celle de Stras-
1. A l'oecMio» de cette ordonnanee pArnrent platienri pièces» aujonrd'hai trèa-raret, dont l'ane porte le titre : VEœeommumietUion trouëié êouê la Jupe d*U9u femme, AneêdeU êtroêhoupfêoiêe (poéele).
S. Voir les notices biographiques sur Auguste Lamey , Kl»4$êi»chf NeHJohtêhWter ^ ron A. Stœber nnd F. Otte, 1845, p. 80.
3. Le 97 dn rndme moiS| le tribunal criminel extraordinaire ordonne la démolition de la maison dn citoyen Lehaner , n" 7G, Vieux- Marché-aiix-Poissons. [Livre kl^u, I, p. AÈ.)
( li»J ;
bonrg , des lettres de Robespierre, du maréchal LUckucr. du général Bonaparte , de M. Cotta, rédacteur du journal de Stuttgart, des discours d'Euloge Schneider, de Ch. Laveau-Dietrich , de Monet , de Bailly , etc.
Nous regrettons que M. Heîtz n'ait pas enrichi ce recueil si intéressant et si curieux d'une bonne table analytique des matières. On recule , nous le comprenons , devant un travail aussi long, mais de quel secours n'eût-il pas été pour tous ceux qui veulent consulter avec fruit cette importante publication. **
Les Alsaciens illustres. Portraits en photographie avec notices biographiques^ 1*^ livraison. Strasbourg, libratriè de a F. Schmidt, 1864; in-8% 8 p., 4 portraits. 3 fr.«
Nous nous empressons de signaler à l'attention de nos lecteurs cette intéressante publication. Les portraits de Geilcr de Kayscrsberg, de Sturm, de Schœpfliu et de M. le professeur Herrenschneider forment la 1" livraison de ce recueil qui , à plus d'un titre , doit être cher aux Alsaciens.
«Jusqu'ici les collections de portraits dans le genre de celle que nous ofirons au public ont eu de grands inconvénients : celles qui étaient dues à des artistes de mérite, capables de rendre les gens avec esprit , de manière à leur laisser toute leur individualité , n'étaient accessibles qu'à peu de personnes ; celles , au contraire , qui étaient