MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ. TOME V, 2* ET 3« LIV., IN
Ces Mémoires sont le produit (rune association , fondée en 1828, par quelques naturalistes strasbourgeoin , à la tête desquels se trouvaient alors Voltz, Nestler, Duvemoy, Herrenschueider, etc. De ces fondateurs, il n'en
reste plus qu'un petit nombre; ce sont MM. Ch. Ehrmann, Silbermann, Th. Bœckel.
Les membres actuels ne sont qu'au nombre de 25. Ils se réunissent le l*"*" mîirdi de chaque mois; ils s'occupent de toutes les branches de la science naturelle ; ils paient une cotisation de 25 fr., et le Ministre de l'instruction publique leur accorde un secours annuel.
C'est avec des ressources aussi restreintes que la Société a publié, depuis 1830, 5 grands vol. in-4®, avec de nombreuses planches lithogrtiphiées d'une rare perfection.
Par des échanges, la Société est arrivée à fonder une bibliothèque scientifique des plus riches en ouvrages périodiques.
Toutes les Sociétés et Académies de l'Europe et de l'Amérique se sont empressées d'entrer en relation avec elle et de lui envoyer leurs publications.
Dans aucune autre bibliothèque de la ville de Strasbourg on ne saurait trouver les précieuses collections, telles que celles des Académies de Moscou, Saint-Pétersbourg, Vienne, Munich, Berlin, Londres, New- York, Madrid, Bruxelles, etc.
Des relations aussi avantageuses n'ont pu être méritées et conserv^ées que par la solidité des travaux de la Société Btrasbourgeoise.
Les 2* et 3* livraisons du 5* volume renferment le grand travail de MM. Kœchlin-Schlumberger et Ph. W. Schimper sur la Grauwacke vosgienne, dont nous avons déjà parlé dans le 2' numéro de ce journal.
Autres notices dignes d'être connues du public éclairé du Bibliographe alsacien: Opuscules de physique y par M. le professeur Bertin. Nous ne parlerons pas des uouv^eaux appareils construits pour démontrer, devant un auditoire nombreux, la rotation électro- magnétique des liquides. Sans les figures qui accompagnent les explications , il est difficile d*y comprendre quelque chose. Mais nous recommandons à tous les professeurs de physique les intéressantes notices de M. Bertin.
A la suite des Opuscules physûiues viennent les Opuscules de mctéorologie de M. Bertin.
Ici nous trouvons plusieurs faits dignes d'intéresser les amateurs et les gens du monde, pour qui le climat n'est pas une chose indifférente.
La notice dont nous voulons parler est celle relative aux quantités de pluie qui tombent en Alsace. Jusqu'ici on n'avait pas d'autres stations météorologiques que Stra^shoury et Gœrsdorf; ce sont celles signalées, 1858,
par M. K , dans sa Flore d'Alsace, III* vol., p. 12 et
184, et par M. Bertin^ dans la Statistique du Bas- Rhin. Aujourd'hui M. Bertin signale 8 stations :
V Strasbourg (144» d'alt.);
2°À'eA/(138'»d'alt.);
3<> Gœrsdo^rf (222» d'alt.) ;
4'» iMuferboury (102™ d'alt.);
l}" La Ilothlach ou Champ-du-fcu (1000"' d'alt.);
G° Wesserliny (Haut-Rliiu) (427"» d'alt.):
7** Ijoyelbach près C-olmar (220"" d'alt. , mais on plaine) ;
8» Valdiev (Sundgau) (355"' tl'alt.).
Les résultats, s'ils sont exacts, sont fort curieux.
Ainsi, à Strasbourg, la quantité moyenne de pluie est, en \nngt ans, de 682""" ; à Kehl, de 649 ; à Lauterbourg, de 619.
En 1858, Tudomètre à Strasbourg révèle la chute de 643°"» d'eau pluviale; à Kehl, 542°'».
Strasbourg serait donc d'un sixième plus humide que Kehl , distant de 4 kilomètres.
A Gœrsdorf, au pied du Ltebfrauenberg , M. l'abbé Millier constate une moyenne de 932"°* de pluie, un tiers de plus qu'à Strasbourg; à la Rothlach, nous arrivons au chiffre énorme de 1582"°', plus du double qu'à Strasbourg; à Wesserling, l'udomètre a indiqué une moyenne de 1183"»; à Valdieu, 711"°», et au Logclbach, 562'»»; cette dernière localité serait donc jusqu'à nouvel ordre la plus sèche de l'Alsace.
L'année 1860, une des plus pluvieuses du siècle, a fourni les résultats suivants :
Strasbourg, 781; Kehl, 664; Lauterbourg, 781; la Rothlach , 2036 ! !
Un séjour à la Rothlach, pendant la belle iai&on, en 1860, n'avait donc rien d'agréable !
En additionnant les moyennes des 8 stations mentionnées par M. Bertin, on obtient 6944™", chifire qui, divisé par 8, donne 868""", moyenne de l'Alsace, laquelle, en 1858, nous n'osions porter qu'à 750»°».
La comparaison des températures des eaux du Rhin et de riU , à Kehl et Strasbourg , avec celles de l'air ambiant, donne également de fort curieux résultats. Depuis
le mois d*avrîl jusqu^au mois d'août inclusivement , la température de Fair ambiant est supérieure à celle du fleuve et de la rivière de 0,6 à 2" c.
A partir de septembre , c'est le contraire qui a lieu ; et à Kehl, Tcau du Rhin, en novembre, marque 7^ c, tandis qu'à l'air, le thermomètre ne marque que 3®.
£u août, les températures de l'eau et de l'air sont presque égales : 19 à 20°. L'eau s'échauffe et se refi^oidit donc beaucoup plus difficilement que l'air.
Résumé.
Hiver. Air ambiant. 1,5. Eau du Rhin. 3,7.
Printemps. — 10,1. < — 9,3.
Été. — 19,9. — 18,5.
Automne. — 10,3. — • 12,1.
Pour l'année, la différence n'est que de quelques dixièmes de degré.
La variation moyenne de l'été et de l'hiver est, à l'air, de 2(y à Strasbourg; de l'Ill, 16,5; au pont de Kehl, variation de l'air : 18,1 ; des eaux du Rhin : 14,8, c'està-dire 4 degrés moins que l'air.
Après les Opuscides physiques et météorologiques de M. Bertin vient une notice de M. le professeur Bach sur les Passages de Mercure sur le Soleil et en particulier du passage en 1861 (que malheureusement les brouillards ont empêché d'observer à Strasbourg). Cette notice est hérissée de formules.
Après M. Bach vient M. le professeur Fée , qui parle un langage très-intelligible au commun des martyrs, dans ses trois notices : *
( 8fî )
1° De la longévité humaine (à propos du livre de M. Flourcns sur ce sujet).
Est- il réellement avantageux ou désirable de vivre 120 à 150 ans? se demande M. Fée; il répond par la négative, et je crois qu'il a parfaitement raison.
2° Lettre à M. Isidore Geoffroy Samt- Hilaire sur Tadoption d'un règne humain,
M. Fée ne veut pas de ce règne humain ; c'est une pure superfluité ! L'homme , aux yeux du naturaliste , est une bêt^ dans toute la force du terme. Que la psychologie, que la religion lui assignent un rang plus élevé , très-bien! il n'y a rien à dire ; mais , pour le naturaliste , l'homme est un vertébré mammifère, onguiculé, bimane, omnideiité, monogastre, à marche bipède, armé d'intelligence pour la satisfaction de ses besoins fonctionnels , etc.
3° De Vespèce (en général), à propos de l'ouvrage de Darwin , sur l'origine des espèces. Cette notice est trèsbien pensée , écrite avec feu , défendant avec chaleur les idées que l'Ecole française a admises sur l'origine de l'espèce. Question immense, profondément mystérieuse , par conséquent li\Tée aux élucubrations et aux discussions des savants ; se liant intimement à celle de la création des (itres organisés.
Il y a longtemps déjà que les savants se sont disputés pour savoir si Dieu créa la poule avant l'œuf, ou l'œuf avant la poule.
M. Baumgartner, au Congrès de Carlsruhe, proclama que: Poule et œuf supposent un coq , auquel les anciens savante n'avaient pas pensé dans la chaleur de la discussion.
M. Fée, dans six propositions, accorde à M. Darwin tout ce que le bon sens et une riche expérience peuvent accorder. Mais quand M. Darwin prétend que les animaux et les plantes ne descendent que de 4 à 5 prototypes, alors M. Fée se fâche et déclare que M. Darwin est un rêveur trop condensateur ou trop réducteur.
Le volume renferme encore deux notices biographiques ou nécrologiques sur deux anciens membres de la Société : M. Nicolas Saucerotte (f 27 oct. 1860) ; M. Chr. Maurice Engelhardt (f 10 janv. 1858).
C'est un usage admis depuis peu , au sein de la Société, que de consacrer une notice nécrologique aux membres défunts; nous regrettons qu'antérieurement cet usage n'ait pas été établi. Nous aurions ainsi des notices biographiques sur la vie scientifique do Nestler, Voltz, DuvEBNOT , Al. Lauth , Herrenschneideb , MUnch , etc.
D'ailleurs, ces biographies pourront encore fort bien être rédigées pour une nouvelle livraison , dans laquelle paraîtra ceUe de M. Sarrus^ par M. Bach.
Le volume se termine par le résumé analytique des travaux de la Société (pendant les années 1858-1862), en astronomie, physique, chimie, anatomie et histologie, zoologie, botanique, géologie et minéralogie.
A la fin se trouve le catalogue des ouvrages reçus par la Société (908 vol.).
Nous n'avons plus qu'à féliciter la Société sur ses travaux, sa constance, son dévouement.
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Les Échos du Ehm^ chronique meusuclle des socîétës chorales, de chasse, pêche, courses, tir , gymnastique , etc.
Tel est le programme affiiolant d'une Revue fraîche éclose le 1*' de ce mois, à Colmar, et dont nous saluons avec plaisir l'apparition. Le premier numéro répond bien aux promesses du titre , et la devise arborée par la
rédaction — Equité , concorde . bienveillance — y serait parfaitement justifiée , sans la petite pierre lancée dans le jardin d'un innocent collègue, par-dessus la tête du Biblioffraphe alsacien. Voici comment :
Les Echos du Rhin se proposaient do reproduire le prospectus du Petit Carré*, publié dans la Feuille des Eaux de Niederbronn ; mais ils s'en sont abstenus , « parce qu'il y a des dames inscrites sur leurs listes d'abonnements. » Ce qui revient à dire que la feuille de Niederbronn ainsi que l'auteur de l'article mis en suspicion ont fait acte patent d'irrévérence envers les dames , puisque ni l'un ni l'autre ne sauraient invoquer la circonstance atténuante que les Échos semblent concéder au Bibliographe , de ne compter des lecteurs que parmi la moins belle moitié de l'espèce humaine.
Ainsi donc , de l'avis du rédacteur des Échos , l'urbanité défend de faire allusion devant les dames, même en plaisantant , à l'accomplissement d'une loi dont Eve , en