‹ Le Bibliographe alsacien (volume 4)Chapitre 25 sur 129 · La Sorcière, par Miohelet. Paris, 1868; in · texte numérisé non relu

La Sorcière, par Miohelet. Paris, 1868; in

à-dire : mort le dieu de la nature , mort le dieu de l'amour, mort le dieu de la vie^ mort le dieu de la lumière ; ou s'ils ne sont pas morts , les voilà transformés en démons , forcés de se loger au cœur des chênes , au sein des eaux profondes. L'étoile du matin c'est le diable Lucifer; l'astre du soir c'est le diable Vénus, dont les molles et douces clartés induisent en tentation. Mais cette mort , cet abaissement, sont- ils définitifs? Non, et la Fiancée de Corinthe , la prêtresse des anciens dieux, sort du tombeau; insensible au courroux de sa mère, sourde aux clameurs des prêtres qui bourdonnèrent sur sa fosse , elle redemande sa part et dévore avec fureur les baisers du jeune Athénien. En attendant que sa victoire soit complète, il luira encore de mauvais jours : le vassiis, c'està-dire l'homme vaillant et libre , deviendra vassal ; le servtts, le serviteur, deviendra serf, esclave, et sa femme sera serve de corps. Celle-ci n'a pas le droit d'être respectée, et c'est le seigneur, clerc ou laïque, qui sur elle a droit. Que fait alors la malheureuse , abreuvée d'outrages V Elle se rappelle les suggestions du petit démon du foyer, du follet de l'âtre, qui ne demande qu'à grandir et à prospérer; elle l'écoute, elle se laisse tenter... et posséder. Le démon devient plus exigeant, il redouble ses tentatives ; désormais nul remède , il est le prince des airs, des tempêtes extérieures, ainsi que des intérieures. «C'est ce qu'on voit exprimé grossièrement, énergiquement , sous le portail de Straisbourg. En tête du chœur des Vierges folles , leur chef, la femme scélérate qui les entraîne à l'abime, est pleine, gonflée du démon, qui

regorge ignoblement et lui sort de dessous ses jupes eu noir flot d'épaisse fumée. Ce gonflement est un trait cruel de la possession; c'est un supplice et un orgueil. Elle porte son ventre en avant, Fdrgueilleuse de Strasbourg, renverse sa tête en arrière. Elle triomphe de sa plénitude, se réjouit d*etre un monstre.»

La fterve que nous suivons ne Test pas encore, mais comme son désespoir grandit à proportion de ses misères , un jour elle s*enfuit loin du château et des routes , vers la lande abandonnée , et là elle appelle Satan ; elle lui ofire son âme en échange de la puissance de se venger , de faire le mal, et aussi le bien; elle conclut un pacte. Elle a peur d'abord de sa nouvelle situation , mais bientôt Satan la réconforte , il lui fait respirer le parfum des fleurs sauvages qui découvrent le royaume des morts; il la fait reine de cet État , dont il est roi ; il la fait princesse de la nature , dont il est le prince ; il lui révèle enfin les secrets des plantes qui remédieront à la lèpre , à l'épilepsie, à la syphilis. C'est alors son plus beau temps, le temps où chacun la consulte , lui fait des aveux , lui confie les maux physiques et les maux de l'âme. Les charmes, les philtres , sont partout demandés ; les plus grandes dames sont à ses pieds. En même temps le péril pour elle augmente. A côté du remède , il y a le poison , le' crime , et puis le bûcher final. Les cérémonies sabbatiques mettent le sceau à sa réprobation et l'inquisition entreprend son œuvre. Sprengcr, Tauteur du Marteau des sorcières , fut un de ses plus illustres suppôts. Avec lui , on est brûlé sans remède , ou il faut bien de l'adresse et de la présence

d'esprit : « Un jour on lui porte plainte de la part de trois bonnes dames de Strasbourg, qui, au même jour, à la même heure, ont été frappées de coups invisibles. Comment? Elles ne peuvent accuser qu'un homme de mauvaise mine qui leur aura jeté un sort. Mandé devant l'inquisiteur , l'homme proteste , jure par tous les saints qu'il ne connaît point ces dames, qu'il ne les a jamais vues. Le juge ne veut point le croire. Pleurs , serments , rien ne servait. Sa grande pitié pour ces dames le rendait inexorable , indigné des dénégations , et déjà il se levait. L'homme allait être torturé , et là il eût avoué , comme faisaient les plus innocents. Il obtient de parler et dit : «J'ai mémoire, en effet, que hier, à cette heure, j'ai

battu qui ? non des créatures baptisées , mais trois

chattes , qui furieusement sont venues pour me mordre mes jambes. » — ^ Le juge , en homme pénétrant, vit alors toute l'affaire; le pauvre homme était innocent; les dames étaient certainement, à tels jours, transformées en chattes, et le Malin s'amusait à les jeter aux jambes des chrétiens, pour perdre ceux-ci et les faire passer pour sorciers. » Satan , à l'époque de Sprenger , se multiplie , se vulgarise ; plus tard il tombe dans le ridicule , et de nos jours il gagne sa vie dans le petit métier du spiritisme. Quant à la sorcière , lorsque l'aube met en fuite les esprits et clôt les orgies du sabbat, elle s'enfonce dans la lande où elle périt, mais pour renaître /f^c , pour reprendre son rôle de médication et de consolation, pour apporter dans la science la douceur et l'humanité. P. Ristelhubek.

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