SOUVENIRS ET ÉPISODES HISTORIQUES DU SIÈGE D'HUNINGUE
Par an do ses défenseurs , officier an 1-L* bataillon d'élite de la garde nationale mobile du Haut-Khin, nommé à sa formation le 1" mai 1815 parle comité de l'organiKation do rarrondissemcnt do Belfort.
A notre arrivée dans la place d^Hunîngue où le bataillon avait été appelé pour remplacer le 7" léger, dirigé sur Strasbourg , nous y trouvons trois autres bataillons de garde nationale mobile, deux compagnies du V^ (Vsurtillerie sur le pied de paix, fortes de soixante hommes chacune, quelques soldats du génie et du train, cinq gendarmes et cinquante douaniers, le tout formant un effectif de 4,500 hommes.
Le commandant de place était le colonel Chancel , brave militaire. Amputé du bras gauche, blessé de nouveau , pendant le siège , par un éclat d'obus , il devait être nommé général de brigade après la capitulation.
Le gouverneur général Barbanègre avait pour aidede-camp le sieur Bouciy de Saint-Venan , qui disparut avant le siège , pendant le blocus. On dut lui donner pour remplaçant un capitaine de douaniers.
L'artillerie était sous les ordres du commandant Lallier.
Le capitaine du génie, M. Evain, avait pour lieutenant M. Goblet, depuis devenu général et ministre en Belgique.
Le commissaire des guerres était M. Armand, rentré de Corfou en 1814.
Un des bataillons de la garde nationale avait pour commandant M. le duc Marmier.
Le marquis de Létourville, lieutenant-colouel , avait sous ses ordres les 10* et 14* bataillons réunis. Ce dernier, auquel j'appartenais, avait pour chef un sieur Bérard, ancien militaire d'une bravoure éprouvée.
Hors des portes de la place, les postes avancés étaient deux ouvrages à corne; la lunette des Jardins (désarmée)^ la lunette de Bourglibre (ou Saint-Louis), celle de Bourgfeld; celle de Bâle, du côté de France; celle de l'île de la batterie sur le Rhin ; le poste de Ventrée des eaux; celui de la sortie des eaux^ rive gauche du fleuve, et enfin V avancée de France, du côté de Saint-Louis.
H y avait de plus la batterie Custine , à un quart <ic lieue des remparts de la place , à côté du mausolée Abatucci, sur la route d'Huningûe à Bâle, dont la distance, à vol d'oiseau, est d'une demi-lieue. Cette batterie, palissadée, protégée par un fossé, était armée de deux mortiers, de detix obttsiers montés sur des crapauds ou affûts de vaisseau et de deux pièces de canon de 4 à barbette, avec un petit magasin à poudre. Elle avait été construite pour rompre le pont de Bâle qui était à sa vue, si les Suisses laissaient violer leur neutralité....
Quatre-vingts hommes y étaient de garde à tour de rôle, artilleurs compris. A sa gauche, au pied du mausolée Abatucci, quand le blocus commença, on établit un poste d'avant-garde de six hommes et un caporal , que fournissait le détachement du S" de ligne, composé de vieux soldats venus de Corfou en 1814, dont le plus conscrit avait huit ans de service.
La garde de la batterie Custine se relevait à la brume ,
et pour paraître^ aux yeux de rennemi , plus nombreuse , il était recommandé aux hommes de ne pas couvrir leur chef de file sur deux rangs, et de marcher presqu'à la file, ce qui prenait une étendue d'un bataillon complet par le flanc.
Vers une heure du matin, moment où l'homme a le plus de peine à se tenir éveillé , on faisait battre la diane, ce qui ôtait à l'ennemi l'envie d'essayer toutes surprises.
Quelques nouvelles de ce qui se passait au dehors, nous arrivaient par les femmes des douaniers. Restées dans les villages environnants, elles attachaient leurs bulletins à des bâtons plantés dans des champs de blés voisins , où nous nous trouvions souvent en éclaireurs.
Avant l'entrée des alliés , la garnison allait à l'exercice près du village Neuf, en aval de la place. Puis, on restait sur les remparts; mais grâce aux avis dont je viens de parler, nous avons discontinué à temps les manœuvres, car les Autrichiens avaient braqué des pièces de c^non , qui dominaient les remparts et dont le tir enfilait juste toute la longueur de celui où nous manœuvrions.
Le général Lecourbe et le général d'Héricourt, avec tout leur état-major, étant venus visiter le général Barbanègre, nous pensions tous que l'armée française se préparait à passer le Rhin. Le 6*^ régiment de ligne était venu faijy la petite guerre avec nous sur les glacis , ce qui fortifiait encore cette croyance.
Un jour on tira le canon de réjouissance à la nouvelle de la victoire du mont Saint- Jean; mais hélas, le lendemain ce furent les alliés qui tirèrent à leur tour pour notre dé/art^ à Waterloo.
Je comuiaiidai» le poste de garde à l'avancée dt France. quand on m'amena le soir un artiUcur ivre. C'était après la fermeture des portes et la levée des ponts.
— D'où sortez-vous? lui dis-je.
- De Bâle, répond-il , et vous aurez du nouveau cette nuit... On passe...
— QuiV... Est-ce Tarmée française?... ou l'ennemi?... il répond en balbutiant toujours le même refrain : Chi
passe y on passe... sans qu'on puisse en tirer une autre explication.
— Alors, passez au large! lui dis-je; je ne reçois pa»* d'ivrogne à mon poste. Et je le fis conduire au commandant de service extérieur, à l'ouvrage à corne.
Cependant me rappelant l'adage : In vino veritas , et pensant qu'il pouvait bien avoir recueilli, malgré son ivresse , des bruits d'invasion , je me tins sur le qui-vive toute la nuit.
A minuit , je distinguai des feux allumés et du mouvement de l'autre côté de l'eau, et j'écoutai, l'oreille contre terre , si je distinguerais au milieu du brouhaha de l'incendie quelque roulement de caissoti et de pièce de canon. Rien ne me parut tel; et je mis sur mon rapport le matin : Rien de nouveau, sinon un incendie qui a eu lieu à minuit sur l'autre rive. — Je n'ai pas reconnu de fruits de guerre.
C'était pourtant le signal de concentration dans Bâle des troupes étrangères.
Après l'envoi de mon rapport , je m'établis sur le fauteuil pour dormir, ayant vu passer la garnison qui allait
comme d'habitude à la manœuvre , avec des pierres eu bois à la batterie du fusil , près du village Neuf.
A peine venais-je de m'endormir, qu'un soldat du po8t€ me crieiLicuteuant, Tcnuemi passe!....
Aussitôt debout, je vois déboucher du faubourg Saint- Jean de Bâle un régiment de cavalerie, que je pris d'abord pour les Chamborans (2* hussards de la division Lecourbe) , rentrant dans leurs cantonnements. En même temps je voyais un bataillon du 6* de ligne s'avancer contre la place, où il avait ordre, ce que j'ignorais, de venir renforcer la garnison , puis faire halte , et se former en carré. A peine a-t-il eflfectué ce mouvement, que le voilà chargé par les escadrons ennemis; mais ceux-ci se culbutent successivement sans par\'euir à entamer le carré, qui effectue sa retraite en ordre parfait, pendant deux lieues , jusqu'à son régiment, aux Trots-Maisons , où le général Lecourbe reçut l'ennemi à coups de canon. Avec très-peu de soldats aguerris et des gardes nationaux , ce brave chef a tenu les alliés en échec quatorze jours pour faire les quinze lieues qui le séparaient de Belfort.
Le feu était mis à Bourgfeld en même temps. J'écrivis ce deuxième rapport à la hâte pour le gouverneur ^ L'ennemi débouche de Bâle. Bourgfeld est en feu; un bataillon du 6* de ligne est chargé.'*'
Je m'att«ndais à voir donner l'ordre de canonner ces masses en colonnes serrées, défilant en fer à cheval autour de la place, à portée de la grosse mitraille des lunettes et des boulets des remparts, leurs cavaliers éclaireurs nous criant: Frantsous rapotUe. S'ils eussent eu plus
d'audace et de courageuse témérité, ils auraieut pu entrer au galop dans la ville , ouverte en rabsence de sa garnison à la manœuvre , sans une seule arme chargée aux avant-postes ni sur les remparts. Ce coup de main était immanquable.
Après la rentrée des troupes de la manœuvre , on fit ressortir un détachement en hâte , pour aller enlever les bœufs du village Neuf, qui furent ramenés dans la placi; à la barbe des alliés.
J'avais dans mon poste une caisse de cartouches clouée, avec consigne de ne pas y toucher sans ordre.
— Je pense, dis-je à un adjudant de place accouru après Tarrivée du rapport, que je puis faire charger les armes?...
— Non , dit-il , attendez encore !
J'usai néanmoins de mon autorité de chef de poste avancé, pour distribuer des cartouches à mes hommes.
Quelques artilleurs, indignés comme moi de n*avoir pas reçu Tordre d'aller aux pièces , s'y rendirent d'eux-mêmes avec des munitions, et commencèrent à tirer sur Tennemi.
Les coups de canon attirèrent le général en personne sur le cavalier de la place d'où les coups partaient.
« Canonniers, leur dit-il , je vous ordonne de cesser. Q^e vous ont fait ces gens pour leur tirer dessus f... C'est une poignée de monde qui bientôt battra en retraite.... Et alors nous brûlerons la poudre par tonneaux. »
Ces paroles nous causèrent une impression pénible.
D'un autre côté , la batterie Custine ouvre son feu sous la direction du lieutenant Goblet, un soldat de
cœur. La colère du ^ouvernour n'eut plus de bornes. Il envoie son aide-de-camp porter à cet officier l'ordre de cesser imm<^diatement, avec la menace d'être relevé dans son poste et de passer au conseil de guerre , pour avoir fait feu sans ordre. Il se contenta de répondre : « Allez dire à votre général de faire son métier comme je fais le mien. Quand le commandant d'artillerie m'enverra ses ordres , j'obéirai. »
M. Lallier lui dépêcha le capitaine Schneider, qui , le plus Iditetnent possible , se rendit à la batterie et réitéra Tordre du général. Au retour, le général appela M. Goblet chez lui pour lui reprocher sévèrement d'avoir violé la consigne. X. C.
I ;/>a »uite au prochain mtméro.)
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Histoire de V Eglise et des évêques-pnnces de Strasbourg, depuis la fondation de F éveché jusqu'à nos jours, par M. l'abbé Grandidier, tome III, 1'* livraison. Colmar, imprimerie Decker, 1862, in-S**.
Nous nous empressons d'appeler l'attention de nos lecteurs sur cette importante publication. L'on sait que l'abbé Grandidier a laissé inachevés, en mourant, deux ouvrages considérables concernant l'Alsace , l'un intitulé : Histoire de r Église et des évêques-princes de Strasbourg, l'autre. Histoire ecclésiastique , militaire , civile et littéraire de la jtrovince d* Alsace.
Le premier de ces ouvrages devait, d'après le plan de Tauteur, former huit volumes , et retracer l'histoire complète des évêques et des divers établissements ecclésiastiques du diocèse , depuis la fondation de l'évêché jusqu*à l'époque même où l'auteur écrivait, c'est-à-dire îusqu'aux dernières années du règne de Louis XVI. Les deux premiers volumes ont paru dans les années 1776- 1777, ce sont les seuls qui aient été imprimés, bien que Tabbé Grandidier ne soit mort qu'en 1787. Ses biographes ont exposé les circonstances regrettables qui l'ont empêché, pendant les dix dernières années de sa vie , de publier la suit« de l'ouvrage, dont non-seulement tous les matériaux étaient réunis , mais dont la rédaction même était déjà très -avancée et prête, en partie, à être livrée à l'impression. Ces manuscrits, soigneusement recueillis, après sa mort, par ses héritiers, ont été acquis, il 7 a un certain nombre d'années , par la bibliothèque de la ville de Strasbourg. Quatre-vingt-cinq ans se sont écoulés depuis l'apparition des deux premiers volumes de l'histoire de l'Eglise , soixante-quinze depuis la mort de Grandidier, et dans ce long intervalle, il ne s'est trouvé personne pour tirer de l'oubli ces pages précieuses qui , dans la pensée de l'auteur, devaient mettre le sceau à sa réputation d'historien. Une seule fois, si nous ne nous trompons • — il y a de cela environ vingt-cinq ans — il ftit question , dans une revue de l'époque , d'une souscription pour la publication des manuscrits de Grandidier, mais l'entreprise resta à l'état de projet; ses promoteurs ayant, dit- on, manqué de confinnce dans le
concours du public. 11 faut donc saToir gré à M. Liblin, rhabile directeur de la Revue d* Alsace, de 8*être chargé d'une tâche devant laquelle ont reculé des hommes d'un talent éprouvé, et qui nous permet enfin d'apprécier, dans son ensemble, l'œuvre magistrale de Grandidier.
Le tome II de V Histoire de l'Eglise s'arrête à Tannée 965, époque de la mort d'Uthon III, 41* évêque de Strasbourg. La première livraison du tome LU, que M. Liblin vient de donner au public, contient, outre un avant-propos de l'éditeur, V les biographies des trois successeurs immédiats d'Uthon III, Erchambaud , Widerold et Alawic, dont l'épiscopat remplit la seconde moitié du X« siècle (965-1001); 2° une notice sur l'état des monastères du diocèse aux IX*, X* et XI* siècles; 3* l'histoire détaillée des abbayes de Maurmontier et Saint-Quirin , de Schutteren, de Hohenburg et NiedermUnster pendant la même période, et enfin le commencement de l'histoire de l'abbaye d'Ebersmiinster.
L'avant-propos fait connaître l'état des manuscrits de Grandidier, conservés à la bibliothèque de Strasbourg, et la méthode adoptée pour leur publication. L'éditeur discute, à ce propos, une objection qui se présente tout naturellement à l'esprit. Quelle peut être aujourd'hui la valeur historique des travaux inédits de Grandidier? Si vaste que l'on suppose l'érudition du savant abbé, si nombreuses et si variées qu'aient été les sources auxquelles il a puisé, il est incontestable que, depuis répoque où il a écrit l'histoire de l'Eglise, les
études historiques ont fait de notables progrès. Dès lors, n'importerait-il pas que la publication de la partie restée inédite jusqu'à ce jour, fût tenue à la hauteur des connaissances actuelles? M. Liblin n'est point de cet avis. «Une semblable exigence, dit-il, n'aurait abouti qu'à ajourner, jusqu'à la consommation des temps, la publication qui nous occupe. Ce n'est pas ce que l'on désire en Alsace, ni en Allemagne; c'est le contraire qui est attendu, et cela s'explique par la valeur que l'on accorde aux écrits de Grandidier, qui , de nos jours et longtemps encore, peuvent et pourront se passer d'auxiliaires. » Le respect que M. Liblin professe pour le texte de son auteur, ne va pas d'ailleurs jusqu'à prétendre que rien ne puisse 7 être utilement ajouté ; seulement il pense que les additions ou les rectifications, dont les hommes compétents jugeront que V Histoire de l'Église est susceptible, doivent faire l'objet d'un appendice spécial.
En se bornant provisoirement à la reproduction pure et simple du manuscrit de Grandidier, M. Liblin a, sans doute , grandement simplifié sa tâche ; mais il n'en a pas moins trouvé plus d'une fois l'occasion de montrer qu'il n'est pas étranger, tant s'en faut, aux meilleures habitudes de l'érudition. Plusieurs notes judicieuses, concernant la transcription du texte, de nombreux renvois bibliographiques destinés à remédier, en partie, à la perte des pièces justificatives recueillies par Grandidier, enfin, l'annonce d'un code diplomatique contenant les pièces inédites qui pourront se retrouver dans les dépôts
( ir)r. }
publics, prouvtîijt Hurabondainmcnt que, malgré les allures modestes de sa préface , M. Liblin n'enteud poîut restreindre son rôle d'éditeur à celui de simple copiste. Les deux premiers tomes de V Histoire de l'Église ont été imprimés dans le format in-quarto. Des raisons d'une importance majeure ont déterminé M. Liblin à adopter, pour la continuation de l'ouvrage, Tin-octavo, sauf à rééditer, si le public veut bien l'y encourager, les deux premiers volumes dans le même format. A notre avis, les encouragements du public alsacien ne sauraient manquer à une publication aussi éminemment utile et digne d'intérêt, et nous sommes convaincus que cen l'absence d'un cardinal pour lui servir de Mécène » , l'éditeur consciencieux et dévoué de Grandidier trouvera, chez tous les amis de notre histoire provinciale , les sympathies et le concours nécessaires pour mener son entreprise à bonne fin. **
Ijeitre d'tm Alsacien à son neveu, par Léon Landmann. Strasbourg, Dérivaux. Paris, Dentu, 1863; brochure de 30 pp.
Le titre de cette brochure n'en fait pas deviner le contenu, nous allons suppléer à ce silence et prévenir qu'il s'agit ici principalement de philosophie positiviste. L'auteur a étudié Auguste Comte , qu'il appelle un illustre génie , et il lui emprunte la hiérarchie des sept sciences fondamentales , qui sont : la mathématique , comprenant l'arithmétique ou calcul proprement dit, l'algèbre, la
( 1S6 ) géométrie et la mécanique ; Tastronomie , la physique , la chimie , la biologie, la sociologie ou science de Tordre et du développement des sociétés, enfin la morale ou science de rhomme. Une autre découverte, due au même grand homme , doit être la marche que suit Thumanité dans son évolution : la société humaine , par rapport à sa conception du monde, passe par trois états successifis : l'état fictif, rétat transitoire et l'état positif; l'état fictif correspond à la phase théocratique , Tétat transitoire à la phase révolutionnaire et l'état positif à la phase scientifique et définitive. M. Landmanu n'est pas le premier parmi nous qui adopte cette classification : elle est , jusqu'à un certain point , reproduite dans l'introduction de la Fascination de Gulfi de M. Bergmann , où nous lisons ce qui suit : « Les trois modes de conception de l'esprit humain sont Vintuition qui conçoit, la raison qui développe , et V intelligence qui épure la religion ; ce sont ces modes qui déterminent les trois phases ou trois périodes principales , par lesquelles passe la religion , savoir : la première période appelée la période de l'intuition, pendant laquelle la religion prend naissance et se forme ; la seconde appelée la période de la raison , où la religion atteint son développement logique le plus complet; et enfin la troisième période appelée la période de l'intelligence, où telle ou telle religion tombe en décadence, parce que l'intelligence substitue aux anciennes conceptions religieuses des conceptions nouvelles plus vraies.» La période théologique . selon Auguste Comte et M. Landmanu , se décompose en trois époques : l'époque
du fétichisme, celle du polythéisme, celle du monothéisme. Mais au fond de chacune de ces conceptions, Aug. Comte retrouve en germe la notion de Thumanité plus ou moins altérée par l'imagination , par le caprice , et M. Landmann est moins explicite : il ne semble pas fiûre de Thumanité son Dieu, ce dont nous le félicitons. n s'arrête dans son adhésion au système de Comte , pour aller admirer les travaux de Gall sur l'appareil cérébral ; ensuite, il jette un regard sur le temps présent et touche aux questions de Tlude et des États-Unis. Le directeur du Bibliographe nous défendant de mettre le pied sur ce terrain , nous sautons aux dernières pages où se trouve ceci : < Dans chaque Etat, comme dans toute la société humaine , il existe deux pouvoirs : le spirituel et le temporel. Le pouvoir spirituel se compose du pouvoir moral et intellectuel. C'est le pouvoir qui ne commande pas, mais qui persuade par la vérité et la vertu. Je vous laisse libre de chercher ceux qui réellement dans notre époque représentent ce pouvoir. Le pouvoir temporel, c'est celui qui commande pour le maintien de l'ordre public, c'est le gouvernement. A mesure que les connaissances humaines et la civilisation se développent, ces deux pouvoirs deviennent de plus en plus distincts et ne peuvent être dans les mêmes mains, car on ne persuade pas par la force. >
VARIÉTÉS
NouH recevons la communication bibliographique sulvaute :
Monsieur le Directeur,
Dans le n* 3 du mois de septembre dernier du Bibliographe alsacien vous donnes une série d'articles relatifs à l'Alsace, publiés dans de:» recueils périodiques et ouvrages non spéciaux ; cette revue intéressante a été parfaitement accueillie par les lecteurs du Bibliographe et m'a suggéré la pensée de vous signaler un livre qui traite de l'Alsaoe et qui est trés-peu connu.
AUace et Lutitanie j tel est le titre de cet ouvrage, en un volume, grand in-8% imprimé en 1851 chez Alexis Cabasse, à Spinal (Vosges); il n'a été tiré qu'A 50 exemplaires, qui ont été distribués aux amis de l'auteur; ce livre est donc devenu très-rare.
AUace et Lttsitanie a été écrit par M. Merlin, chef d'escadron d'artillerie en retraite, demeurant à Bruyères (Vosges), et membre associé libre de la Société d'émulation. Cet ouvrage contient le récit d'un voyage fait par l'auteur en Alsace et dans une partie du département des Vosges, à Strasbourg, dans la vallée de Munster, à Plombières et à Saint-Dié.
Les descriptions sont entremêlées de plusieurs nouvelles tirées des anciennes chroniques de l'Alsace et de la Lorraine , dans lesquelles rélégance du style so joint à l'intérêt de l'action et au mérite dos recherches historiques.
On pourrait reprocher à M. Merlin, dans son récit sur l'histoire de l'Alsace , d'être trop exclusif peut-être , en attribuant à la réformation tous les progrès de la civilisation en Alsace. Il prétend que c'est à cette époque que les sciences et la littérature commencèrent à fleurir en Alsace. Cependant M. Merlin reconnaît que c'est sous les auspices des rois francs, qui avaient embrassé la religion catholique, que l'Alsace est sortie de ses ruines, que des villes se sont élevées et que des temples chrétiens les ont décorées. Ces belles vallées des Vosges et leurs environs que M. Merlin parcourt et dont il donne une si brillante description , n'oflTraient alors que des déserts stériles où vivaient quelques ermites venus de la Qraude-Bretagno , de la
France et de rAllcmagne; à la place de leur» cellulen, autour défiquelles une culture plus soiguée commençait à fertiliser le sol, on vit bientôt se grouper des cabanes champêtres , et enfin s'élever des hameaux, des villages, des bourgs florissants. C'est sans contredit sons Charlemagne, qui lutta contre la barbarie de son siècle, qui favorisa les arts, et fit sentir l'influence de son génie partout où s'étendait son empire, que l'Alsace fut comblée de bienfaits.
Plus tard, eu effet, les théologiens Mathieu Zell, Thiébaut et Martin Bucer, qui furent puissamment secondés par les magistrats de Strasbourg, firent également fleurir les sciences en Alsace; mais ce quiy contribua plus que toute chose, c'est la douceur de la domination française, c'est surtout la paix qui ramena l'agriculture et l'abondance: le commerce refleurit, on fit creuser des canaux, les corvées furent diminuées , la mendicité abolie et l'administration de la Justice améliorée.
Une partie importante de cet ouvrage roule principalement sur les idées religieuses. M. Merlin est protestant; mais toutes ses pensées sont graves, tous ses sentiments éminemment religieux.
C'est à ce double titre qu'il se recommande à ses concitoyens et en particulier i la Jeunesse, qu'il cherche à ramener par les principes de la Bible et de l'^évangile. M. Merlin a fait les campagnes de l'ISmpire ; mais ayant presque perdu la vue par suite d'une explosion de poudre , il a quitté le service et s'est retiré i Bruyères.
Son père, Merlin de Thionville, est né dans la ville dont il prit le nom , et y exerçait la profession d'huissier. £lu par le département de la Moselle, à l'Assemblée législative, il fut l'un des meneurs du parti le plus avancé. Kéélu à la Convention , il alla s'asseoir sur les bancs de la Montagne. En mission à Mayence , lorsque cette place dut capituler devant les Prussiens , il accompagna la garnison dans la Vendée, qu'elle était chargée de soumettre. Au 9 thermidor, Merlin de Thionville se sépara de Robespierre. Il fut ensuite nommé au conseil des Cinq-Cents, et à la fin de la Législative, il entra dans l'administration des postes. Après les événements de prairial, il rentra complètement dans la vie privée , ne fut point proscrit & la Restauration et mourut i Paris en 1833.
Agréez, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération distinguée. SaBorRiM db Nantum.
Rkdkvakcb DBS CABA&KTIBE8 DB Stbasboubo. - Les Affaires ecclésiastiques, élections ou autres, se traitaiout souvent au cabaret, surtout dans les pays où, comme à Strasbourg, Cologne ou Liège, le» évéques étaient souverains. Il n'eu faut pas plus pour prouver que moines , prêtres, chanoines et évéques, non^seulement n'avaient pas honto d'aller au cabaret, mais ne croyaient pas déroger eu les fréquentant : ce qui n'empêchait pas qu'à leurs yeux le tavcrnier ne fût un être vil, digne des plus viles fonctions. A Strasbourg, par exemple, où chaque homme de métier devait à i'évêque une redevance en travail, ne voyons-nous pas que l'ofSce réservé aux cabaretiers était de nettoyer chaque lundi les latrines [neeesêarium) et les greniert de l'évêché? {La grande Bohême. Hietoire de§ royaumes d'Argot et de Thuneij du duché d'Egypte, des enfanté de la Matte, des races maudites et des classes réprouvées, depuis les temps Us plus reculés jusqu'à nos jours y par Francisque Michel et par Ed. Foarnier; 1** vol., chapitre IV, Hôtelleries y Cabarets au moyen âge.)
Divers exemples ont été rapportés pour montrer qu'en France il restait encore des vestiges du culte rendu autrefois à Vénus et A Prlape; nous en ajonterons un, que nous fournissent les Mémoires de l'Académie de MetZf 1851 , p. 205. Prés de Saverne, au-dessus d'un rocher, est un autel consacré à saint Wit; les paysannes y viennent «n pèlerinage ; on lui attribue le pouvoir de guérir les femmes de l'hystérie et de» maladies de matrice; elles l'invoquent aussi pour devenir fécondes et elles déposent sur l'autel ce qu'elles appellent nae grenouille de fer. C'est une image grossière de cet amphibie, et •a forme rappelle tout à fait celle de quelques-uns dos phallus de l'antiquité. Avant l'introduction du christianicme, un autel était, dans ces mêmes lieux, consacré au dieu des Jardins.
{L€S Nuits d'épreuve des villageoises allemandes avant le mariage ; dissertation sur un usage singulier j traduite de Vallemand et accompagnée de notes et d'une postface par on bibliophile {Gustave Brunet). Pari» y J. Oayy 1861; pet. in-l2, br.jp. 58.)
( IGl
GUIDE ALSATIQUE
Artieles relatifs à l'histoire d'Alsaee publiés dans les Jonmanz, Reoaeils périodiques et ouvrages non spécianz.
Aperçu historique de l'horticuituro florale & Strasbourg depuis In seixiéme siècle , par F. Kirschlcger. (P. 298-302 du JoumcU de la Société d'horticulture du Bcu-Khinj tome V, liv. 10. Typ. O. Silbernanti à Straebourg.)
Les Sociétés de tir en Alsace. — Les Alsaciens hors de chez eux, par Fantasio ; chap. I". Les Alsaciens à Paris. [Les Échos du Rhin^ n» 3 , l" septembre 1862.)
M. Hakaubb. Les Cours colongéres d'AlMce (3* art.). — M. Straub. Restauration de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul à Wissembourg. Peintures murales. — M. P. Huky. Le MagiKtrat de la ville de Strasbourg , par F. Muller (Rectifications au sujet de la famille de Wangen.) — M. G.*** Les Vicissitudes du protestantisme dans le oours du XVI* siècle à Obernai. — M. Stbaub. L'Ancienne Abbayo à Neuwiller (2* art.) avec planche (vue de Nenwillcr). (Revue eatlMligue d'AUace, novembre et décembre 1862.)
M. *** Quelques mots au sujet d'un article de la Revue d'AUaee sur Oeiler de Kaysersberg. [L'Alsacien du 11 décembre 1862.)
Les Vitraux de l'église de Saint-Michel à Saint-Brieuc , par M. Petit- Oérard, peintre-verrier de Strasbourg. {Courrier du Bas-Ehin du 10 décembre 1862 , extrait de l'Armoriqiie.)
Le Chevalier de Stauffenbcrg, par L. Spach. {Courrier du Bas-Rhin des 11 et 12 décembre 1862.)
Carve, un touriste de 1635 , en Alsace, par L. Spach. (Courrier du Bas Rhin du 11 novembre 1862.)
Der Wein auf dem Tischo des Elsftssers in alter und neuer Zeit, par F. Kirschleger; d'après l'ouvrage de M. Gérard. {Courrier du Bas- Rhin des 13 et 14 novembre 1862.)
Le café Saint-étienne à Strasbourg, restauré par M. Petiti, notice archéologique, C. B. {Courrier du Bas-Rhin du 16 novembre 1862.)
M. DK Nkyhemand. Des anciens fiefs d'Alsace, de leur caractère au point de vue de la noblesse. £tat nominatif des possesseurs de ces fiefs ayant prêté foi et hommage au roi. — M. de Rino. Symbolisme et légende de Saint-Vit. — J. L. Docnn^ents pour servir à l'histoire religieuse en Alsace pendant la Révolution. {Revue d'AUaee, décembre 1862.)
Bulletin mensuel d'Alsatioa.
UbKUKDLICHB GsSCHICHTS DKR GhAFSCHAPT HaNAU - LiCHTEKBBBO ,
von G. Lehmann , prot. Pfarrer zu Nuszdorff , etc. I Band , erste Lieferung. Die Geschichte der Dynasten von Lichtenberg. MannheitUt 1862; à Strasbourg , chez M. Noiriely Ubraire-éditeury place Outemberg.
H. le pasteur Lehmann vient de terminer un ouvrage historique qui a trait à la Basse- Alsace. C'est l'histoire authentique du comté de Hanau- Lichtenberg dont les pièces justificatives, déposées Jadis à Bouxwiller, sont aujourd'hui entre les mains de la famille grand-ducale de Hesse. Cec ouvrage embrasse l'histoire des seigneurs de Lichtenberg et d'Ociisenstein , des comtes de Deux-Ponls-Bitscli et de Hanau, et des villes et villages qui dépendaient de ces seigneuries et qui formaient au siècle dernier, jusqu'à la révolution, le comté de Hanau- Lichtenberg.
Ce travail est d'une grande importance pour l'histoire d'Alsace. La guerre que les seigneurs de Lichtenberg soutinrent au quinxième siècle contre les comtes de Leiningen et qui, pendant de longues années, causa de si grands troubles dans toute la Basse-Alsace, est exposée sons un jour tout nouveau.
Lorsque les trois familles de Lichtenberg, d'Ocbsenstein et de Deux- Ponts-Bitscb furent éteintes, leurs biens passèrent aux comtes de Hanau et, au siècle dernier, aux princes de Hesse-Darmstadt.
Cet ouvrage, sur lequel nous reviendrons, formera deux gros volumes in-8*, et sera publié en 4 livraisons , à 3 fr. chaque.
Em CHBI8TLICHB8 Lbbbnbild BUS der Geschichte Strassburgs im 14ten Jahrhundert; in-8*, 20 pp. Typogr. Silbermann à Stratbourg.
CoRTBB A MA FILLE, par Alland, illustrés par Léland; 12 pp. in-4* et 5 pi. tirées à part. Sehleêtadt, typogr, Ch. JTelbig.
VoM DBN Glocker Geschichtllche und technische, auch vaterl&ndische Mittheilungen fiber dieselben, von F. W. Edel, Kirchen- Inspector zn Straasburg; in-S*, zweite H&lfte; pp. 35 A 44. Typogr. lîeitt à StrtkMbourg.
L'Bmpibb DJB8 Tsars au point de vne actael de la science , par M. J. H. Schnitzler; tome II. La population , in-8*, 748 pp. Strcuhourgy veuve Berger-Levrault et fils.
Le premier Tolnme qoi • paru en 1855 comprenait le territoire. Un nouveau titre, tuiTi d'une dédicace k S. M. Alexandre II , Empereur de toutes les Rnssies, une note au sujet de celte dédicace et une préface Tiennent d'être réimprimés (XVI pp.) pour les exemplaires restants du premier volume. Au sujet de cet ouvrage, consulter l'article signé A. Schneegans [Courrier du Bai-Rhin du 14 novembre 1862).
Etudjb sur Schleidak, historien de la Réformation, par Ph. Weltz. BieehwiOer, 1862; in-8*, 56 pp.
Thèse présentée à la Faculté de théologie de Strasbourg pour obtenir le grade de bachelier eu théologie. Consulter les pages 15 k 19, Schleidan Ilaguenau et k Strasbourg.
Traité dbs contributions dirbotes, par Casimir Fonrnier, docteur en droit. Strasbourg , veuve Berger-LevrauU y 1863; in-18, VI et 466 pp. 4 fr.
Bibliothèque illustrés des familles. Histoire du grand roi Cocombrinos, par Mick Noël; gr. in-8*, fig., 32 ff. Typ, O. Silbemann à Strasbourg. 4 fr.
— Mésaventures du Petit Paul, par Mick Noël; gr. in-8*, flg. Typ. O. Silbermann.
— Les bons petits enfants, par le comte de Oramont ; fig. de Ladwig Richter, gr. in-8*, 10 pp. Typ. G. Silbermann.
Excursions en Roumélib et en Moréb, par M* Dora d'Istrla, 1** vol. , avec le portrait de l'auteur, dessiné à Venise, par Schiavoni, in-18, XII et 586 pp. Typographie Silbermann. Paris, chez Cherbuliez , 1863.
Le Théatbe DU PETIT Château, gr. in-8*, fig. — Lbs contes du petit Château, gr. in-18, par M. Jean Macé. J. Hetsel, à Paris ,
De stoica disciplina apud poetas rom arcs hanc tbesim proponebat facultati litterarum parisiensi M. Ferraz, in Argentorati Lyceo logicsp professor, in-8*, 148 pp. Typ. Silbermann, à Strasbourg.
Db la pstchologie de s. Augustin, par Ferraz. Paris, Durand, 1863. (Typ. Silbermann, à Strasbourg), in-8*, 494 pp.
( 164 ) LIVRES RARES ET CURIEUX A PRIX MARQUÉS
380. TbaitA des AivciBirHSS céBiifOHiJBS on Histoire contenant leur naiMance, leur entrée on l'église, etc., par Jonas Porrée, 4« édition, itouen, 1673; in-12, parch 3 fr.
Sil. Lb Camtiqub DES Cantiques expliqné dans son sens littéral, par M" F. Avrat , prêtre. Lyon^ 1693 ; pet. in-4», 68 pp., v. br. 2 fr.
328. Iktboductiok a la vie dévote de saint François de Sales , nony. édit. , par S. de Sacy. Pari», Teehenevy 1854; 2 vol. in -16, dos et coins veau 6 fr.
383. L'IinTATiON de Jésus-Ohbist, trad. par Michel de Marillac , noav. édit., par S. de Sacy. ParUy TecTienerj 1854; in-16, dos et coins veau 3 fr.
384. Lbs MiBACLES, par M. C... Paria y Martinet, 1825; in-12, dem.
rel 3 fr.
Cet ouvrage est suivi d'un supplément manuscrit d'environ 40 pp. (de la biUiothiqut d» M. Bu$ch).
385. De LA NÉCESSITÉ d'itiï CULTE public, par Mallet. Paris j 1797; in-8», 48 pp., br 1 fr. 50 c.
386. L'ULTBAMONTANisifB OU l'Église romaine et la société moderne, par E. Quinet. Paris, 1844. — La Cboisade contre la République romaine. Paru, 1849; in-18, dos ch. vert 8 fr. 50 c.
387. Philosopuie kelioieusb, Terre et Ciel, par Jean Reynaud. Paris, -Pitme, 1854; gr. in -8% br 3 fr. 50 c.
388. Boulanobb. Examen cbitique de la vie et des ouvrages de saint Paul avec une dissertation sur saint Pierre. Londres , 1770 ; pet. in-8% br 2 fr.
389. — Chbibtianismb dévoilé on Examen des principes et des effets de la religion chrétienne. lAmdresj 1777 ; pet. in-8*, br. . 2 fr.
330. — Rbchebchbs sue l'oeioikb du despotisme oriental , s. l. 1777 ; pet. in-8*, br 8 fr. 50 c.
331. — DissEBTATiONS sur elle et lÉnoch , XVIIl* siècle, s. l. n. d.;
pet. in-8», br 2 fr.
Ce volume comprend aussi une étuds sur Ésopt et une traduction du Draiti math4mati<iuê sur Is bonhe%tr, de Krantzzovius.