‹ Le Bibliographe alsacien (volume 4)Chapitre 6 sur 129 · LE MARCHÉ AUX GUENILLES · texte numérisé non relu

LE MARCHÉ AUX GUENILLES

Une des villes que j'aime le mieux est Strasbourg. Resserrée dans ses fortifications , elle a le mouvement, le bruit, la vie : cette vie, ce mouvement sont surtout sensibles le grand jour du marché , le vendredi , quand de tous les villages environnants arrivent des paysans coiffés

de chapeaux à cornes et vêtus de gilets rouges et d'habits carrés , des pajBannes portant des jupes rouges ou vertes et le bonnet chatoyant aux ailes de papillon. C'est aussi et uniquement ce jour du vendredi qu*on voit s'élever dans une des rues principales, la rue du Vieux-Marchéaux-Vins , et aux alentours, des échoppes d'un aspect assez primitif, et dont l'ensemble fournirait à un peintre le sujet d'un tableau animé*. C'est là le marché aux guenilles, en patois local le Gimpelmark; mais le vieux linge, le vieux bois et la ferraille ne prennent pas tellement de place qu'ils n'en laissent à d'autres guenilles , aux livres vieux et même nouveaux. Or, ces guentlles-lk m'ont toujours été chères, et comme j'avais fait la connaissance d'un courtois et intrépide bibliophile, nous nous donnâmes rendez-vous le lendemain matin pour une exploration en règle du marché au point de vue livresque.

Le jour s'était à peine répandu sur les toits à lucarnes de la cité, que nous nous mettions en marche; après une promenade d'entraînement, mon guide me fit arrêter place de l'Homme-de-Fer : il y avait deux bouquinistes

1. Ce sujet a déjà été traité : l'on peut voir parmi les nombreuses collections artistiques de M. Egmont Massé, conservateur du musée de la ville, une gravure du siècle dernier, aujourd'hui très-rare, dont la légende est française et allemande : Vue du fameux marché aux guenilleg de Strcubourg, ArutictU des berûhmten Orimpel Marckia tu Strtusburg.

Aux guenilles ei^n il faut rendre justice . Le bon marché fait tout, voyé* c'est son* malice. Zum Einkauff auf den Lumpen marekt komt mon bey hauffen , Doeh rath ich ench ihr Mâdchen , keine Mànner da zu kavffen.

Se vend à Strasbourg chez I. D. Sergent.

presque en face Tun de l'autre, mais les boites de Tun ne formaient qu'une succursale de son établissement situé plus loin ; tous deux , d'ailleurs , avaient suspendu une pancarte indiquant que le prix de leurs livres était 4 sous, comme le petit-bleu, ou même 2 sous, 10 centimes. Nous arrivâmes ensuite à l'échoppe principale du bouquiniste dont il a été parlé , voisine de la brasserie du Griffon; là le choix était plus considérable; mais ce qui m^intéressa bientôt tout autant, ce furent les physionomies des habitués de l'endroit; je vis accourir d'abord un bibliophile gros et court, que j'avais déjà entrevu à Bade et à Paris. « Celui-ci , me dit mon guide , est une illustration médicale qui vient se délasser de ses profondes études sur la dégénérescence physique et morale de l'espèce humaine; il va tomber comme une avalanche sur les boîtes grandes ouvertes , et il sera forcé de faire chercher un commissionnaire pour enlever sa montagne de bouquins, car il achète tout : c'est la providence des marchands ! Cet autre qui vient d'un pas lent et d'un air dolent, s'attache principalement aux gravures; artiste par goût, fainéant par rhumatismes, il tient haut le drapeau de la fantaisie. Ce troisième fait ses premières armes : avant d'aller à sou bureau, il acquerra un ouvrage de valeur médiocre sur lequel il ira, ce soir, consulter trois libraires. Voici enfin un libraire qui a commencé comme l'industriel qu'il visite , et qui est maintenant à la tête d'une maison importante, en attendant qu'il devienne millionnaire par une publication qu'il prépare en secret. » Mon guide me fit remarquer une nouvelle échoppe avec

des li\Tcs sur la place du Vieux-Marché-aux-Vîus, puis il m'entraîna jusqu'au fond de la rue en disant qu'il allait me présenter à la reine des bouquinistes. Mlle F... était entourée de clients sans plus savoir auquel entendre ; lorsqu'elle jouît d'un moment de répit, elle confia ses opérations à mon guide, et lui demanda des conseils que celui-ci donna avec une obligeante prodigalité. < C'est honteux, me dit-il ensuite, de voir rester ces sept beaux in-quarto non rognés, avec un atlas, du Voyage d' Ajiacharsîs ^ imprimés en l'an VII, par Pierre Didot. et cet exemplaire du Voyage en Éf/y2)(e, du baron Vivant- Denon; les bibliophiles s'en vont, les bibliophiles sont morts! - Pas tous, lui répondis-jc, vous vivez et vous méritez d'ouvrir la liste de ceux que vous m'avez dépeints. » DiCK MOON.

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE

Réminiscences y par J. J. Coulmann, ancien maître des requêtes en service ordinaire au conseil d'Etat, ancien député, etc., tome I"": Paris, Michel Lévy, 3^j8 pages.

M. Coulmann a sans dout(; intitulé son livre : Eémimscenccs, simplement parce que le titre de Souvenirs a été bien souvent employé, à moins qu'il n'ait voulu conformer strictement son hmgage à l'étymolugie, on indiquant que ses souvenirs étaient éloignés et oubliés , et qu'il a fait effort pour se les rooKîttre en l'esprit. Quoi

(5) qu*il cil soit, son livre est attrayant, par le fond plus encore qne par la forme ; rauteor a été jeté à treize ans dans le milieu des iiiturs acteurs do la scène sociale ; il a été mêlé à la politique par goût et par des publications heureuses ; il a été initié aux horizons de la science et de la littérature : il fut appelé au conseil d'Etat en 1830, choisi par ses concitoyens pour leur député et ensuite pour présider le conseil général de son département, il s^est tocgours transporté où se passait quelque chose d'intéressant; il lui a donc été donné de voir et d'entendre beaucoup, et il a bien fait de dire ce qu'il a vu et entendu. Les vingt-neuf chapitres de ce premier volume sont presque tous d'un égal intérêt. Nous voyons d'abord M. Coulmann dans une école de campagne. Les paroles de l'instituteur et greffier Mttnch < s'échappaient flegmatiqucment de ses lèvres serrées, qui semblaient étirer les sons comme le chanvre d'une quenouille , et ne laisser sortir qu'à regret des mots filandreux. » Le second instituteur de M. Coulmann, M. BlsBsius, exerça sur son élève une influence plus profonde , et occasionna en lui un changement considérable. Il le chasse un jour de sa classe, et quand l'écolier raconte le fait à son père, celui-ci se contente de sourire en regardant ses convives. Désormais c'est dans la balance de l'examen et du calcul que seront pesées des leçons et des paroles qui jusque-là étaient tombées irrévocables comme du Sinaï. L'indépendance du philosophe qui , armé de sa raison , interroge la réalité des religions, germe et éclôt dans l'âme d'un écolier de neuf ans, puni outre mesure. Mais ces

douloureuses émotious étaient tempérées par les joies de la liberté champêtre, liberté qu'ignorent les enfants de la ville. Ceux-ci se promènent dans le préau de leur collège, voient verdir les arbres à travers les barreaux de cette espèce de prison et loin de leurs familles. Quand les fleurs s'épanouissent, quand les oiseaux chantent, que le saule se creuse en chalumeau, quand l'oignon s'ajuste en trompette ou qu'une entaille aux bouleaux en fait couler une manne rafraîchissante , ils mangent leur . pain sec ou boivent leur abondance dans les salles noires et enfumées d'un spéculateur rébarbatif. La pension Dabo, qui reçut M. Coulmann, n'était pas faite pour modifier ce jugement : une sombre cour, un réfectoire humide, de nouveaux visages et la captivité, lui firent répandre des larmes, auxquelles se joignit une sorte de mal de pays. Il s'enfuit au bout d'un mois, pour entrer bientôt dans la pension Labbé , située dans un hôtel du faubourg Saint-Honoré , habitation riante entourée d'un jardin. Enfin il passa au collège Sainte-Barbe , où il eut pour, condisciples Scribe, Vatout, Bayard.Ici commence dans le volume une galerie de portraits mêlés de lettres inédites, qui mériteraient d'être reproduits à peu près sans exception. Les anecdotes foisonnent , plus piquantes les unes que les autres, les morts et les vivants sont marqués d'un trait juste et fin : ici c'est M. Ch. Dupin écrivant à une femme qu'il devait épouser : Mon idole , ma vie , mon âme , et finissant sa lettre par : J'ai l'honneur de vous saluer avec respect; là M. Viennet regardant sa Tour de Montihéry comme «du Walter Scott moins les

défauts». Uu des dernière qui défileut daus ce premier volume est le baron Denon sur lequel Tatteution était récemment attirée par la publication du conte Point de lendemain^, patriarche des célibataires qui eut la rare fortune de commencer sa carrière sous Louis XV, en qualité de gentilhomme ordinaire de sa chambre , et qui se trouvait encore en 1820, sous Louis XVIIl, plein de feu et de grâce , après avoir servi quinze ans Napoléon. La lecture d*un volume si varié fait souhaiter qu'il soit bientôt suivi d*un second.

Notes sur la vie et les écrits d'Euloge Schneider, accusateur public du département du Bas- Rhin, publiées par P. C. Heitz. Strasbourg, F. C. Heitz, iv-168 pages.

Encouragé par le bienveillant accueil qu'ont rencontré ses précédentes publications, M. Heitz offire à ceux qui s'intéressent à l'histoire de notre cité, un nouveau travail relatif cette fois-ci à l'époque révolutionnaire. En réunissant des notices sur la vie et les écrits de Schneider, il n'a eu d'autre prétention que celle de fournir des matériaux à un futur biographe de l'homme dont le nom personnifie le règne de la Terreur à Strasbourg. A l'indication des ouvrages publiés par Schneider et de ses articles de journal , il a joint quelques lettres inédites qui seront lues avec intérêt. Nous n'^'outerons que de courtes

1. RéimpreitsloD de l'édition de 1812, tirée à 80 exemplaires. Stroêbourg ^ 1861; in-lS, xxiv-48 pp. (ipuMe).

observations : Dans une note (p. 4), M. Heitz répète après d^autres , que le nombre des condamnations » mort , pendant le temps où Schneider fut accusateur, sVlève à trente et un; cependant nous n'ayons trouvé que le chifirc 30 dans la série nominative que nous avons insérée au 5' Bulletin de la Bibliographie alsacienne, et notre chi£&o s'accorde avec ce passage de Touyrtge do Wolff : WiohtigsU Epoche, etc., 1794 : < Schneider a fait juger à mort vingt-neuf à trente personnes. » Dans ses Notes biograpidgueê ^ M. Hcits dit que Schneider fit paraître V Argus le 1" juillet 1792, et page 34 il établit que le premier numéro parut le 3. » L'impression générale qui ressort de la suite de ces notes, est celle d'une atténuation des fautes de Schneider; en effet, dès le commencement M. Heitz cite, d'un mémoire inédit de M. P...., sur Y Histoire de l'esprit jmblic à Strasbourg depuis le 9 thertnidor, an II, un passage on on lit : « Chacun est maintenant convaincu que bu chute doit être attribuée non à ses actions comme accusateur public auprès du tribunal révolutionnaire, auxquelles il a été forcé par les ordres des commissaires-représentants du peuple , mais uniquement au courage avec lequel il a dénoncé ouvertement certains représentants à l'occasion de la prise des lignes de Wissembourg.... » L'ouvrage de M. Heitz devra aussi faire rectifier à M. Berriat-Saint-Prix , quelques passages de son livre sur la Justice révolutionnaire, Paris, IHHl.

Btdhtm de la Société liiiércùre de Stroêbonry , tome I*', première livraison, F* Derger-Ijcvrault; Paris et Strasbourg, 18G2, in-8% 148 pages.

Ce bulletin commence par la liste des membres de la Société; sur cinquante -trois membres, nous avons compté vingt-cinq professeurs, douze ecclésiastiques et un homme de lettres. Les personnes qui ont le bonheur de pouvoir accoler à leurs nom et prénoms plusieurs qua* lités , devaient sans doute s^attendrc à voir figurer celle qui leur donnait un titre particulier à entrer dans une société littéraire ; aussi nous étonnons-nous qu'un jour^ naliste ait été caché derrière la qualification de membre du Conseil général , et un poëte derrière celle de propriétaire. Cette façon d*agir montre combien peu Ton est habitué en province à juger les hommes sur leur valeur personnelle et non sur leur position sociale , à se demander s'ils sont quelqu'un avant d'être quelque chose. La Société est représentée par un bureau et un comité qui comprennent douxe personnes ; c'est beaucoup pour une réunion de cinquante-trois membres. Le premier procèsverbal contient un discours du président provisoire ; on y recommande l'étude des productions littéraires de l'Allemagne et la pratique de la critique littéraire. L'orateur semble avoir gardé sa foi en la critique de Laharpo et de Batteux, et ne s'être pas aperçu que la critique contemporaine est avant tout comf^réhensive , qu'elle domine d'un vaste coup d'œil tous les produits de l'intelligence et de la scnBibilité, qu'elle tient compte du génie des nations et de la variété de la nature humaine, et que

cette critique a précisément pris naissance en Allemagne. L'auteur dit encore que les membres disserteront sur des sujets d'histoire et de philosophie, mais ne discuteront pas des questions religieuses. Nous aurions désiré voir cette distinction mise à l'épreuve dans un travail présenté; mais ni les procès- verbaux , ni les mémoires ne répondent à notre désir, nous attendrons donc avant de nous prononcer. Le premier membre qui se présente avec des travaux, est M. L. Spach, ce vétéran de nos joutes scientifiques, toiyours sur la brèche, toujours prêt et dispos ; ses vues sur la Mission d'une société littéraire à Strasbourg, sont plus larges que celles du précédent membre, et il admet tous les genres, hors le genre ennuyeux , comme a dit Voltaire * et non Boileau , à moins que M. Spach n'appelle Voltaire le législateur du Parnasse, ce qui ne serait pas mal trouvé. La Eevue des voyages et V Étude sur le Minnesinger Godefroi de Strasbourg de M. Spach , méritent toute attention.

M. Belot a eu le courage de combattre un universitaire triplement couronné , un favori de trois acad&nies , l'auteur d'une esthétique, science vague et creuse qui permet de dépenser beaucoup de paroles et de noircir force papier. M. Belot indique comme cause de laideur, la confusion imaginaire de deux t3rpes , mais alors cette confusion est une cause de laideur imaginaire. Nous ne voyons pas plus de raison d'admettre comme cause de

1. La phrase : T<nu les genres sont bons, hors le genre ennuyeux, est ane ligne de prose qui »e trouve dans la préface de la comédie : V Enfant prodigue.

laideur, la confusion d'un type moral et d'un type physique qui ne semblant pas se convenir. M. Belot est partisan de la théorie des causes finales : si son siège n'est pas fait, qu'il veuille lire là-dessus les conversations d*£ckermann avec Gœthe , elles pourront lui profiter.

M. Lamache a examine l'ouvrage de M. Odilon-Barrot sur la Centraliêotùm; il lui fallait éviter un écueil qui n'est pas mentionné par le président provisoire : celui de la politique ; c'est pourquoi M. Lamache expose et n'apprécie pas (p. 113), il indique sans apprécier (p. 115), il lui suffît d'exposer (p. 124) , et il ne prolonge pas une lecture qui côtoie des terrains réservés (id.). — M. Fée a traité de la SuprémcUte des sexes. M. Fée, comme M. Spach, est de ceux que Ton rencontre dans toute réunion académique , et qu'on est toujours heureux d'ent€ndre lire ou simplement causer. Cette fois, il s'est montré le disciple de Legouvé , le chevalier des dames , ni plus ni moins que s'il avait vingt ans. Ses calculs sur le jeu de piano sont dignes de considération : en huit ans une jeune fille consacre au piano huit mille sept cent soixante heures! Plus loin, toutefois, a-t-il fait un éloge de Mad. de Girardin, en la plaçant au niveau de Casimir Delavigne? a-t-il jugé Eugène Sue et Frédéric Soulié, en les appelant littérateurs de bas aloi et perturbateurs de la société? M. Fée, à bout d'arguments pour prouver la valeur de la femme , montre une femme méritant de s'asseoir près du trône de Dieu , et engage les sociétés chrétiennes dans son opinion propre. Soit! mais se souvient-il que des conciles ont agité la question de savoir si la

femme avait une âme? — Selon les procès- verbaux , M. Colin a donné lecture de quatre pièces de vers : la Châtelaine ruêse ou le premier progrès chez un peuple peu avancé; Marceline, élégie sur le danger d'v$ie éducation hâtive; Un père de famille chez les saltimbanques; Visite à la chambre de J. J. Rousseau dans Itle Saini' Pierre, Nous ne retrouvons pas ces pièces dans la partie du volume affectée aux mémoires. Ce sont cependant ces productions qui auraient pu témoigner de la fécondité Imaginative , de l'originalité foncière de la Société ; qui dit littérature, dit invention et style; la critique, à laqucUc se rapportent la plupart des mémoires cités, est à la fois science et art, et ne rentre dans la littérature qu'à raison de sa forme , de son mode d'expression ; ces deux grandes et antiques divisions, poésie ^ éloquence, forment, à vrai dire , toute la littérature. Nous avons aussi remarqué le silence des membres que nous avons dit précédemment être au nombre de douze; ce silence aurait pu se rompre , par exemple à propos de la question de la suprématie des sexes ; mais s'il devait continuer , pourquoi ne créerait-on pas , comme le proposait M. Sainte-Beuve pour l'Académie française, des sections dans la Société? les douze membre» désignés entreraient naturellement dans la section des auditeurs.

Excursion prititanière de la Société phHom^ithi^^ie vogéso-rhmane , S-iO juin 1862 (par F. Kinjchleger). Stras boiu'g, typographie de Silbcrmann; in-24, 20 pages.

( Vi )

Le récit de cette excureîou est original, comme tout ce qui sort de la plume du savant auteur de la Flore d^ Alsace, Notre excursionniste ne manque pjw Toccasion tic s'égîiyer aux dépens des Français transvogicns , et avant de parler botanique il décrit le déjeûner : i^nW vivere^ detn i)hilo9oyhari : « Sur notre table gazonnée furent déballés : un gigot de veau , trois poulanles , un jambon, deux saucissons, du rostbeaf, trois miches de pain, quatre livres de fromage et 25 bouteilles de vin.. . Au bout d*une demi-heure tout avait disparu. >

Au retour à Wesserling , c on devint jeune ; tous croyaient n'avoir pas plus de vingt ans, lorsqu'on entonna le Grenier de Bérasiger. » En fait de ptscicttlture , les excursionnistes ftirent régalés , tant à MUnster qu'à Wesserling, d'excellentes truites à la sauce an vin rouge et au bleu. Le récit se termine par un hommage au Dica des bonnes gens et une citation de Schiller.

VARIÉTÉS

Une vente do livres, d'ouvrages sur l'Alsace, provenant de la bibliothèque de feu M. F. Dispot , avocat et maire de Schlestadt, a en lieu du 17 au 19 juillet courant, ches M. Piton, libraire à Strasbourg.

Les Baretéê étaient ... rares; cependant l'ouvrage de Hertzog: Chronieon AUatim , Edelê€t$êer Chranik und auat/Qrliche Begchreibung des untem EU<u»tê, Stroêaburg^ 1598, in-folio , avait excité la curiosité et l'envie des amateurs. Mis à prix à 60, il a été a^ugé à 132 fr.

Cet exemplaire superbe, dont tous les écussons sont enluminés avec le plus grand soin à la manière de L&cV* Wapptsnhuch et d'après les documents oflBciels , a été acquis par M. Salomon.

Cet intelligent éditeur, qui nous promet de publier prochainement une nouvelle édition du Dictionnaire d'AUace de Baguoly depuis si longtemps épuisé, trouvera, nous n'en doutons point, à utiliser avec profit l'ouvrage de Hertzog. Les ouvrages suivants , les seuls encore à signaler, ont été vendus :

Le n* 67. 8tra*burger ChronUk. Manuscrit in-folio de 769 pp. 56 fr.

— 157. Hertzog. Chronieon AUatiœ 47 fr.

— 159 &W. Hollar. Le« quatre «aMOfM : 12fr.50c.

— 345. Schneiders (Bulogius) Leben und Schikaale. . . 6 fr.

— 350. Schœpflin. Alsace illustrée 33 fr.

Le catalogue des livres, manuscrits et estampes, ayant formé le cabinet de feu M. Paeliuck, artiste peintre, contient un manuscrit sur papier , ou langue allemande , très-curieux , et qui se rattache à l'histoire bibliographique de l'Alsace.

Bien que la vente de cette bibliothèque ait eu lieu déjà en 1860 , nous croyons , néanmoins , devoir faire connaître aux collectionneurs alsaciens le titre de ce manuscrit, ainsi que la note qui se trouve au catalogue , 8' partie, Livres et Manuscrits , n* 651 , page 120.

Nous osons espérer que do semblablcK curiosités no seront plus

iniBed en vente sans que nos lecteurs en soient informés longtemps à l'avance par notre petite gazette.

Le Livre des troie roi* maget. Manuscrit sur papier, en langue allemande; in-fol., ancienne reliure en bois, recouverte de peau.

Manuscrit fort curieux do 75 feuillets, à 2 colonnes, orné do It grands dessins coloriés. — Malheureusement trois des figures, ainsi qu'un feuillet, sont en partie déchirés.

Le Livre de« trois roiê mciget , écrit vers la fin du quinzième ou au commencement du seizième siècle, raconte^ dans le style naïf du temps, la légende populaire des trois rois, leurs pérégrinations, Tapparition de l'étoile , l'adoration de l'enfant Jésus et comment les trois rois sont venus en Europe , jusqu'à leur décès et enterrement à Cologne. — Le texte, relevé aux points principaux par des dessins à la plume et coloriés, est d'une écriture assez lisiblei et paraît être, d'après le prologue du volume, compilé do divers auteurs • naeh dem aU dise ding gescheen und in anderen bucheren geêchriben funden êint. ■

Ce qu'il y a encore de remarquable dans ce manuscrit , c'est le curieux catalogue de livres manuscrits qui se trouve au premier feuillet du volmno, et que nous croyons unique. — Ce catalogue est la liste de manuscrits qu'un nommé Diebolt Louber , schriber dans la ville de Hagenow , en Alsace , offre aux amateurs. — Nous transcrivons textuellement :

« Item welicher hande bueeher man geme hat groê» oder klein geietlieh oder weltlieh hûbech gemolt diefindet man aile by Diebolt Louber, êehriber in der burge tû Hagenow. >

Suivent les titres des manuscrits.

Ce document intéressant nous permet d'apprécier l'importance d'une librairie au quinzième siècle. — D'après l'annonce, on peut se persuader que Diebolt Louber, qui s'intitula sehriberj ou écrivain, faisait lui-même les manuscrits et les exposait ensuite en vente , ce qui constituait le métier de libraire dans ce temps.

Parmi les manuscrits que Louber annonce (au nombre de 38), la plupart se rattachent aux romans de chevalerie, lecture recherchée des dames nobles et des chfttelains oisifs j l'autre partie est consacrée à la religion (livres de piété, de théologie ascétique, etc.), livres uniquement à la portée des deux classes de la société, qui se disputaient alors la suprématie, la noblesse et le clergé.

Quelques-uns des manuscrits mentionnés au catalogue nous sont

connus; tels quo lo Roman de Peretvalf lo Oesta liomtmorum (imprimé à Gouda, par Gérard Léon), le Livre de Triatan^ et autre»; notre manuscrit, le Livre de» trois rois, y est indiqué également. C'est peutêtre lo seul des 38 volumes qui existe encore. — Il 7 aurait enfin une curieuse étude i faire sur cette simple liste do libraire, qui peutêtre mettrait sur la trace de maint chef-d'œuvro de la littérature allemande, ou expliquerait l'origine de telle ou telle pièce de poésie des p'ays voisins de l'Alsace , dont on a cherché en vain la signification ailleurs.

Ni Pâmer, ni Ilain, n'ont indiqué un texte imprimé do notre manuscrit.

La Revue dee DeuZ'Mondet du 1** juillet contient, de M. Renan , un article sur VArt du moyen âge, dont il est bon de reproduire quelques extraits pour ceux qui ont devant les yeux un des principaux monuments de cet art : • C'est vers 1150 qu'il convient de placer le moment où le style gothique apparaît avec ses caractères distinctifs, et le pays où il se produisit est l'Ile'de-France et la région environnante. Lo premier architecte gothique, non français, dont le nom nous •oit connu, est Erwin de Steinb<ieh (1217). £n Allemagne, jusqu'au quatorzième sied») ce style s'appelle c style français , ■ opu9 franei' genum, et c'est là le nom qu'il aurait dû garder.

• MaihenreuMoment, la fatalité qui priva la France de la gloire do ses chansons de geste se retrouve ici. L'esprit étroit qui domine, à partir de saint Louis, les violences de l'inquisition, les malheurs do la guerre de Cent ans , éteignent ches nous le génie. Strasbourg et Cologne deviennent les écoles du style quo nous avions créé...

• L'activité qui régna parmi les architectes du trcisiéme siècle est quelque chose de prodigieux. Leur gonre de vie, renfermée dans une sorte do collège ou do société à part, entretenait chez eux une ardente émulation. Les concours étaient ordinaires. La cathédrale de Strasbourg conserve dans ses archives les dessins présentés i un concours ouvert pour sa façade. Los légendes sur les rivalités des artistes rappellent celles qui curent cours en Italie, aux époques où l'attention y fut le plus éveillée sur Ick choses do l'art. »

La feuille (len Eaitx de Nietlerbrfmn , du 17 juillet courant, donne lo proupectuti d'une petite gaxette intitulée: le Petit Carré , feuille de» intérêt» matériels.

Cette débauche d'esprit eut-elle l'œuvre d'un baigneur qui eut à «e louer dcR eaux laxatives de Niederbronn? Nous ne savons, noun eiipérons , toutefois , que nos lecteurs d'ouvragesjde gaye neienee nous sauront gré d'avoir reproduit le prospectus de ce journal ,.qui eût été digne do figurer dans la Biblifiiheca êcatologica des trois savants en tur. Pour no blesser cependant aucune susceptibilité, ce feuillet ne sera point paginé, il figurera dans le Bihliogranthe à titre de cartcn.

Nos abonnés, selon qu'ils en auront l'envie, pourront donc le conserver ou l'enlever. Quant au bibliophile de cabinet, qui a annoté, recueilli et publié récemment V Anthologie scatologique* , il nous remerciera , nous n'en doutons point, de lui signaler une addition pour la nouvelle édition de son livre.

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