Idem. Reliure ordinaire 55 fr
257. Dictionnaire de médecine ou Répertoire général des sciences médicales. Paru, 1832-1846; 30 vol. in-8», bas. br. ... 100 fr.
Bon exemplaire.
NcMÉso 6 ■DCCCLKIII Déoimbiui
LE
GAZETTE
LITTÉRAIRE, HISTORIQUE, ARTISTIQUE
SOMMAIRE
JjK cabimst abtutiqdc db Hbbbi-Eouokt HASsi, conservateur du Musée de Strasbourip» — Vbvtb db la bibliothAqub db M. Botbb, conseiller à la Conr impériale de Colmar. — Haks-Uuuch Wbcht- LiB DIT PiLOBiM. — Lb8 I1IPRIMBBIB8 d'Alsaob : Imprimerie de Bavcrne. — Rbtub BfBLTOOBAPHiQUB : L'Intermédiaire deê chereheura et des enrieuT. — Urkundliche Oeêekiehte der Orafftehaft Hanau-Lichtenberg , von Lebmann. — Variétés : La France traveetie. M. Joseph Tronillat. — Une note de M. Max. de Ring. — Martinex Pasqnalis et M.Matter. —Ventes de livrée à Strasbourg. — Bullbtib
UBRBUBL D'AI.8ATI0A. — LlVBBS BABBB BT CURIBDX A PRIX MABQUAB.
IJEl CABINET ARTISTIQUE DE HENRI-E6MIIT lASSÉ.
COllSItVATEL'S DO MOSiB 01 STSABIOOSC.
Nou0 trouvons dans la Chronique des Arts (numéro du 27 décembre) le compte rendu d'une vente de tableaux qui a eu lieu à Strasbourg , dans le courant du mois dernier. La dispersion de cette centaine de tableaux, y est-il dit, a été un véritable événement pour Strasbourg, où, de loin en loin seulement, apparaît dans Ténumération des
mobiliers à vendre aux enchères cette pompeuse annonce de MM. les commissaires-prîseurs : Un tableau peint a L*HniLE. Aussi le ban et Tarrière-ban des amateurs de la contrée étaient-ils là au grand complet, et avec eux, deux ou trois marchands de Paris , qui leur ont vivement disputé tout ce qui avait quelque valeur.
Voici , au surplus , les seuls articles qui méritent d*être mentionnés.
Vaches dans un paysage, par H. Roos, peinture un peu froide, mais néanmoins d'une qualité rare et certainement des meilleures du maître. — 250 fi*.
Têt^ de jeune fille, annoncée comme un Greuze et qui n^est qu'un bon pastiche , par Albrier ou M. Dreuai-Dorey. — 261 fi-.
Chasse au cerf, attribuée maladroitement, par le catalogue , à Van Breda Wouvermaus {sic) , et qui devait être de Van Falens, bon petit tableau, dans lequel le paysage était traité avec beaucoup de finesse et d'habileté. — 611 fi*.
Une autre toile attribuée également à Wouvermansy mais couverte de restaurations. — 515 fir.
Intérieur de taverne, bonne peinture de l'école de Téniers. — 330 fi*.
Deux Marchés aux légumes ^ par Lambrecthes^ rappelant le faire de Chardin , mais d'une couleur uniforme et peu agréable. — 360 fi*.
Enfin, les pièces capitales de la collection, deux paysages de Loutherbourg , gravés par Guérin, sous les titres du Passage du ruisseau et du Repos champêtre. Ces œuvres charmantes , du plus spirituel des artistes alsaciens , ont
été adjugées à un amateur straabourgeois sur renchèrc de 1,700 fr.
La vente a produit en totalité près de 10,000 fr.; ce résultat est très-satisfaisant, et dépasse même de beaucoup toutes prévisions ; il est vrai que , comme cela arrive souvent en province, les toiles les plus médiocres ont été chèrement payées; il n'est pas jusqu'aux peintures de MM. les artistes de TAssociation rhénane , qui n'aient atteint des enchères fort respectables (bien que très-inférieures aux prix d'acquisition) , ce qui , du reste , ne doit pas surprendre dans une ville ou prédominent, en peinture du moins, l'esprit et le goût germaniques.
Le Courrier du Bas- Rhin, de son côté, a paru vivement regretter l'absence du conservateur du musée de Strasbourg à la vente des tableaux de M. A Tout le monde a partagé son avis; mais il faut dire aussi que le budget de la ville, en ce qui concerne le musée, est bien restreint, et que l'initiative d'un conservateur, quand il s'agit d'acquérir une toile de valeur, est paralysée par le privilège qu'a le conseil municipal de blâmer et même de laisser pour compte au téméraire l'acquisition qu'il peut faire.
Le musée de Strasbourg possède un tableau qui a une renommée européenne ; c'est une petite toile de Van Ostade , que Ton paierait bien 20 à 25,000 fr. à une vente à Paris. £h bien ! un blâme a été décerné , par le conseil municipal , à M. Guérin , l'ancien conservateur du musée , pour l'avoir acquis à 1,600 fr. «Et voilà pourquoi votre fille est muette. »
Nons devons nécesBairement être très-flattés de voir une Revue qui compte au premier rang dans la presse artistique d*£urope , s'occuper de ce qui se passe dans notre ville ; mais on nous permettra cependant de remaF> quer que les informations de la Chronique pourraient être plus exactes. Les ventes d'objets d'arts ne sont point aussi rares à Strasbourg qu'on semble le croire à Paris; dès le commencement de cet hiver nous avons vu mettre aux enchères, dans la salle des commissaires-priseurs, une première collection de tableaux , et à peine la vente AUaîre est-elle terminée , qu'on annonce la dispersion du cabinet de M. Massé , le regrettable conservateur de notre musée.
Cette collection est plus importante encore que celles dont il vient d'être question ; elle ne renferme pas moins de 150 tableaux ou dessins encadrés, 2,000 gravures et un grand nombre d'objets de curiosité.
Massé était , nous l'avons dit , homme de goût et d'érudition , et tout en poursuivant avec un zèle et une ardeur qui , peut-être , n'ont pas été suffisamment appréciés, son projet de former à Strasbourg un musée alsacien*, il
1. Voici, sanf à y revenir ultérieurcinent, l'indication sommaire de* acquisitiouR faites par Massé , pour la réalisation de ce projet : Tableaux : par Zix: 4; Silbermann, 1; Stopkopf, 1; OimpeI,S; Sehn- 1er, 1 \ Lix, 1 ; — environ 160 dessins de Zix, parmi lesquels quelquesuns d'une importance exceptionnelle, comme la FtU du village f\% Dante de fours t les Musieiens ambulant* , Orphée et Eurydice ^ Souvenir d*OberUni Pfeffel et Winekler, et un recueil de 70 compositions pour les Mitamorphoieê d'Ovide; — plus de 800 pièces dessinées on gravées par des artistes alsaciens, Martin Schoen , Hérian , Heimlieh , Waltor, Cleiss, Mflller, Klein, Siegrist , Ouérin, Boudhors, Senpel, Bein, Schuler, Haffner, etc. ; — vues, monuments et antiquités d'Alsaoe, 800
avait su, même avec des ressources restreintes, se composer une collection des plus intéressantes' et des plus variées. En véritable connaisseur , il admettait tout ce qui se présentait , pourvu que les objets eussent une valeur artistique réelle ou tout au moins un caractère historique , ou un intérêt local. Ainsi , on trouvera chez lui des tableaux et gravures de toutes les écoles , mais particulièrement des mitres français du siècle dernier , pour lesquels il avait une préférence marquée , des dessins , des miniatures , des faïences et des porcelaines , de beaux meubles anciens, quelques pièces très -remarquables d'orfèvrerie d*étain, et enfin une excellente bibliothèque artistique.
Je ne puis ici me livrer à un examen détaillé de toutes les précieuses choses que renferme ce cabinet, mais je veux, du moins, signaler celles qui me paraissent dignes de fixer l'attention des amateurs. Tels seraient, parmi les meubles et objets de curiosité , un très-beau lit Louis XVI en bois de rose et palissandre, avec garniture de cuivre doré; une bibliothèque à deux vantaux également en marqueterie; un délicieux cofiret de bois sculpté , orné d'arabesques et de rinceaux d'une exquise élégance; un grand plat d'étain de Briot, bien connu
pièces; — éTéaemento, faits historiques et cérémonies, 50 pièces; — oostames, 150 pièces; et enfin y 200 portraits d'Alsaciens célèbres.
On voit par là avec quelle intelligence et quelle activité Massé poursuivait ses recherches commencées il y a trois ans à peine, et, après ce court exposé , il n'est pas besoin d'insister sur le caractère émlnemmeni instructif et attrajant que présentera cette collection , lorsque Tadministration pourra trouver un looal oonvenable pour Texposer aux regards du publie.
des amateurs, au centre duquel se trouve la figure de la Tempérance; la petite aiguière décorée aussi de médaillons renfermant des personnages allégoriques, et sur laquelle le grand artiste a inscrit cette charmante devise : « Patientiâ — • soleriiâ — non t?i , » enfin , d'autres pièces de même matière , mais d*originc allemande.
Dans la série des porcelaines, j'indiquerai le buste de Bonaparte^ eu biscuit de Sèvres; un beau groupe également en biscuit, représentant une Nymphe jouant avec V Amour, et cette charmante réduction de la Baigneuse de Falconet, qui est un des chefs-d'œu^Te de la sculpture du XVIIP siècle; puis des pièces de service en porcelaine de Sèvres, Saxe, Frankenthal, Berlin, etc., des faïences de Strasbourg, Haguenau, Niederwiller et autres manufactures d'Alsace.
Quant aux tableaux, ils sont en si grand nombre que je dois me borner à mentionner rapidement et sans ordre ceux qui me reviennent en mémoire. Quelques-uns cependant demanderaient, au moins, une description sommaire , notamment une grande toile d'Hondekoeter, représentant toute une Basse-cour au milieu do laquelle trône un superbe coq; une toile de Hamilton, Fleurs^ serpents et insectes^ peinture d'une merveilleuse exécution et du fini le plus précieux; plusieurs tableaux de nature morte, entre autres des Fleurs et raisins^ attribués à Van Huysum, et un grand bouquet de Heurs dans un vase , par Baptiste Monnoycr ; une esquisse , de Boucher, où se voient un Berger et une Bergère qui , sur l'herbe tondre, échangent un amoureux baiser; puis une
( 143 ) piquante soubrette souriant malicieusement à son image réfléchie par une glace qu'elle tient à la main , peinture aussi habilement traitée que la précédente, et dans laquelle on reconnaît le coloris brillant de Raoux; enfin, deux importants paysages, de Loutherbourg.
J'aimerais aussi à décrire quelques-uns de ces beaux portraits de nobles dames et de princesses , auxquels nos artistes des AVll* et XVUI® siècles savaient donner un si grand air de suprême élégance , qualité si évidente dans ce remarquable portrait de M*"* de Montespan , par Mignard , qui est une des pièces capitales de la collection. On remarquera aussi cette Tête de jeune femme voilée^ qui rap^ pelle si bien la manière de Greuze , et cette brune fil^ lette que Massé considérait avec raison comme une de ses meilleures choses et qu'il attribuait au baron Gros; cette importante composition d'Antoine Cojpel, Diane découvrant la groBsesae de la nymphe CalUto; cette Vierge au chardonneret de l'école italienne; cette Fête flamande où s'agitent près de cent personnages si spirituellement touchés; ces deux intérieurs de DroUing; enfin plusieurs paysages qui se recommandent non-seulement par leurs qualités artistiques, mais auront ici un double intérêt, puisque , pour la plupart , ils représentent des vues d'Alsace {Environs de Strasbourg, Cascade du Isiedeck^ etc.), et sont signés de noms bien connus de nous : Schiitz , Heimlich , Meyer, J. Gimpel.
Parmi les peintures modernes , le morceau le plus important est une toile de M. H. Michaud , représentant la plus gracieuse réunion d'enfants que Ton puisse imagi-
ner; le coloris en est chaud et vrai , et on ne pouYait rendre plus heureusement l'attention que ces bambins, réunis autour d'une table éclairée par une lampe , apportent au récit que leur fait cette gentille baby, de quelque bonne histoire du Chaperon rouge ou du Petit Poucet. Dans de moindres proportions, j'ai remarqué un Intérieur d'artiste, de Camille Boqueplan; un Diaz, peu important, mais des meilleurs du maître, représentant un dmcher du soleil dans les bois ; enfin , pour terminer, des dessins de Greuze , Schenau , Zix , Henri Monnier, Johannot, Camille Rogier, de Fontenay, et autres artistes non moins habiles.
Par cette simple énumération^ on peut juger de l'intérêt réel que présente cette collection el du goût délicat qui a présidé à sa formation ; aussi , maintenant que nous l'ayons revue et étudiée dans ses détails , nous comprenons mieux encore combien il a dû en coûter à Massé de quitter ces belles choses qui avaient été la joie de ses dernières années , et auxquelles il avait dû de si doux soulagements dans ses longs jours de souffrance. cVoilà, mes amis, nous disait-il pendant sa lente agonie, voilà comment meurt un antiquaire! » Tout cela, en effet, valait bien une pensée de regret à la dernière heure , car, pour les amateurs convaincus, c'est une préoccupation habituelle de savoir ce que deviendront après eux ces précieuses reliques du passé si péniblement et si amoureusement colligées. Ce fut une des dernières pensées du cardinal Mazarin lui-même, qui avait également cette monte de collectionner des tableaux. Quelques heures
avant sa mort, il se ût transporter dans sa galerie, et après avoir tristement contemplé les chefs-d'œuvre qu'elle renfermait : « Quoi ! s*écria-t-il , faudra-t-il donc quitter tant de belles choses ! »