‹ Le Bibliographe alsacien (volume 4)Chapitre 97 sur 129 · YSNTE DE LA BIBLIOTHEQUE · texte numérisé non relu

YSNTE DE LA BIBLIOTHEQUE

CORSIILLIt A LA COVK IMPÉftULI OB COLMAt.

Nous assistions , le mois dernier, à la dispersion d'une bibliothèque à laquelle on nous avait habitué à attacher un certain prix. Le catalogue qui ne vint pas nous trouver comme le font tous les catalogues, mais que nous dûmes rechercher, comme c'est d'usage ici, nous révéla l'importance de cette collection , et si nous n'y trouvâmes pas les richesses que d'antres estimaient devoir y être renfermées, nous y trouvâmes tout, et même un peu plus que nous ne l'espérions. M. Boyer aimait les livres , certains livres, et parmi ceux qu'il affectionnait l'on doit aussi compter les livres concernant notre pays.

Nous eûmes un instant de l'inqiiiétude sur le sort de cette petite collection. L'inexpérience qui a présidé à la confection du catalogue légitimait notre crainte, car c'est à peine si dans ce tohu-bohu de matières disparates, dans cette pièce informe, il était possible à l'homme le plus au fait de notre bibliographie de reconnaître les ouvrages inventoriés. Edifié sur ce point, nous avions appris que c'était précisément la raison qui avait empoché

uu libraire de notre ville de pourvoir à la distribution , parce que , le catalogue portant son nom , il ne voulait pas donner au dehors une idée bien pauvre de ses connaissances en librairie ancienne et moderne ; nous avions appris de plus qu'il s'était borné à remettre , à qui venait le réclamer dans son magasin , le catalogue imprimé , car, contrairement à la tradition locale, ledit catalogue était imprimé.

Notre crainte ne s'est vérifiée qu'à demi, et, en somme , tout a été pour le mieux dans la meilleure des ventes possibles.

Cependant nous devons dire qu'un peu plus de publicité aurait immanquablement attiré un plus grand nombre d'amateurs. Bien que la bibliothèque de M. Bojer ne fût pas riche , bien qu'elle ne renfermât point de livres rares et précieux , il y avait pourtant de quoi tenter une foule de personnes , et si le concours eût été plus grand, beaucoup de livres , qui précisément n'ont pas été ai^'ugés à des prix par trop minimes , eussent trouvé des enchérisseurs plus décidés. Il va sans dire que nous ne voulons point parler des ouvrages de droit dont le jeune barreau est probablement d^jà pourvu. Le fait est que cette branche, qui n'était d'ailleurs pas la plus importante de la bibliothèque de M. Boyer, a déplorablement marché et que le plus grand nombre des li^^'e8 de cette espèce a dû être rélégué dans le bloc pour être adjugé à cette catégorie d'acheteurs , qui ne se hasardent guère à payer plus que la valeur du papier. Merlin lui-même n'a pas trouvé de libérateur. Mon voisin de gaucho expliquait cette in-

différence pour les livres de droit, par la réforme que le Répertoire de jurisprudence a opérée dans les travaux de la profession et qui équivaut, disait-il, à celle que la moissonneuse Burgessc et Key a opérée dans les travaux de Fagriculture.

Il en est cependant quelques-uns qui ont obtenu grâce devant le public spécial qui assistait à la vente. Mais ce même public s*est montré plus friand des livres d'histoire. C'est à lui qu'on est en grande partiQ redevable do Tentrain que la vente a conservé jusqu'au bout.

Nous l'avons dit, do livres rares et curieux il n'y en avait pas , si toutefois l'on ne doit faire exception en faveur d'un manuscrit contenant les armoiries peintes de quelques familles bâloises et un exemplaire des œuvres de Voltaire , qui a appartenu à Belle et Bonne ^, et qui de la succession du président Boyer est venu se fondre dans celle du conseiller, sou neveu. Les marges do cet exemplaire étaient munies de notes , plus ou moins nombreuses, de la main de l'auteur. Voltaire a donc obtenu , dans le catalogue , une mention ainsi conçue : « Voltaire, € Œuvres complètes, 40 vol., éd. illustrée de 1775 des « plus curieuses et des plus précieuses , enrichie de notes < autographes de Voltaire. > Ces trois lignes sont tombées , par hasard , sous les yeux d'un libraire de Paris ; elles ont valu à la compagnie de l'Est un voyage aller et retour et à l'hôtelier de Colmar les frais de trois journées de séjour. Cet étranger est le seul qui ait paru à la

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