La marqaiie de Yillette
vente. Dans la première et la deuxième séance, il a misé souvent, acheté rarement, car il se réservait pour Voltaire. Cette précaution était inutile ; il était le seul amateur sérieux. L'homme d'affaires, chargé de la direction de la vente , avait fixé à 50 fr. la mise à prix. Le libraire de Paris a répondu : « Marchand ! » On ne Ta d'abord pas compris; c'était une locution importée de la salle Sylvestre , et Ton est bien pardonnable en province d'être ahuri par une semblable réponse. Bien que dans Tassiatance il ne se trouvât personne disposé à se mettre en frais pour acheter une curiosité , ou se dévoua à miser jusqu'à 115 ir. Notre étranger ajouta 1 fr. et l'exemplaire fut adjugé à M..., qui répondit a M... c Paye^* et auasitôt il s'avança pour compter au commissaire -priaenr 127 fr. 60 c. Alors seulement l'on comprit le sens de cette nouvelle importation. £h bien ! s'écria une des per^ sonnes présentes, ce n'est pas à trop bon marché, et aussitôt une autre lui répondit : Comment! mais c'est pour un morceau de pain : monsieur ne le cédera certainement pas à moins de 3,000 fr. Nous avons appris depuis, de la bouche de l'un de nos libraires expérimentés de Strasbourg , (luc s'il avait été informé de la vente , il aurait enchéri Voltaire jusqu'à 600 fr. , les yeux fermés et au petit bonheur. Ce même libraire nous apprit encore que son confrère de Paris s'était flatté de retirer 3,000 fr. de l'ouvrage qu'il nous emportait.'
1. Cette édition des Œuvre» de Voltaire est une dos plus mauvaises. L'exemplaire de M. Boyer n'a donc pu avoir de valeur que par les notes autographes de l'auteur. Le libraire parisien a eu nn« déeep-
Voltaire était le joyau de la bibliothèque, le gros lot, après le départ duquel il ne resta , aux séances suivantes, que les fidèles de la localité. Loin de diminuer, leur nombre grossit chaque jour. Nous avons, en effet, vu quelques recrues qui paraissent décidées comme de véritables amateurs. Nous devons même le dire, à Téloge de nos concitoyens, cette phalange ne se compose pas seulement des hommes que leur position de fortune , leurs fonctions, leurs occupations ou leurs loisirs sollicitent à l'étude , mais aussi d'hommes que leurs occupations journalières laisseraient penser, pour être conforme aux tendances de r époque, que la matière, «le positif» sont la seule chose qu*une intelligence bien avisée doit rechercher. Cette doctrine n'est pas généralement admise à Colmar, car, maintes fois , nous avons rencontré sur le marché de l'étude et du savoir des hommes qui tiennent aussi un bon livre pour un bon ami.
C'est donc la petite phalange à laquelle nous faisons allusion, qui a exclusivement exercé l'aptitude vocale du crieur pendant le reste de la vente. £n a-t-il débité , le brave homme , des sons cocasses dans le cours des cinq
tion, car bi«n qac ces annotations loient incontestablement de la main de Voltaire , elles n'ont pas dû être d'un grand intérêt , puisque cet exemplaire acheté 127 fr. 60 c. est porté au prix de 300 fr. dans le Catalogne que vient de pnblicr la librairie Bachelin-Deflorenne à Paris (voir le Bihli<^hae françaU du 15 janvier 1864, page 7). Ajoutons aux 127 fr. 60 c. le voyage de Paris et les trois jours d'hôtel, et le wkoreeau de pain sera payé. Avis au libraire strasbourgeois , nous lui signalons une économie de 800 fr., s'il a encore quelque regret.
(Nnte de la ridaetion.)
vacations ! Il criait le prix demandé par le directeur de la vente , et quand un signe de tête lui indiquait qu*on était «marchand», il s'empressait d'ajouter à son premier chant cette phrase du crû : < Vmisse è brri, > phrase dont le libraire parisien nous demanda la traduction , at* tendu qu'il « ne comprenait pas Tespagnol. » Quelque peu harmonieux que fût ce langage, il a eu passablement de succès. Si nous comparons les prix obtenus dans cette vente à ceux qui Tout été dans de précédentes , il n'y a, en effet, pas de trop choquantes disproportions. Nous pourrions toutefois établir une longue liste de livres qui auraient obtenu de beaucoup meilleurs prix si un pou plus de publicité eût été donnée à un catalogue convenable. Nous prouverions clairement que si , au lieu d'avoir dépensé trente sous par jour pour faire bâcler cette pièce, l'on en eût dépensé quatre fois autant en s'adressant à un libraire, qui aurait en outre dirigé la vente , la succession et l'amour-propre local s'en fussent bien trouvés. Mais pour cela il nous faudrait citer une foule d'ouvrages qui sont marchandise courante , et auxquels on n'accorde pas l'honneur d'une citation dans une revue bibliographique. Nous nous bornerons, pour satisfaire aux exigences d'un aperçu , et donner des renseignements précis , à écrémer le procès-verbal de la vente. De cette seule nomenclature on pourra, d'ailleurs, déduire l'exactitude de la proposition que nous émettons plus haut.
li^Alsatia tllustrata et VAhatia diplomatica ont été vendues séparément au prix de 29 fr. chaque exemplaire. La
( 151 ) Diplomatica a été vendue 46 fr. à la vente Busch, et VJÎlusùrcUa S8 fir. A la vente Richard^ elle n'a produit que 25 fr. L'antiquaire d'Allemagne les cote de 15 à 20 florins.
La traduction de VHÎusirata, par Ravenez, a été adjugée à 26 ifr. A la vente Deschamps, elle a été payée 25 fr. 50 c. ; à la vente Deubel , 55 fr. , et à la vente Busch, 23 fr. 50 c.
iMguUle^ éd. in-fol., a produit 13 fr. ; à la vente Richard, 15 fr. 50 c; à la vente Busch, 36 fr.; à la vente Rœhrich, 18 fr.
Grandidier, Histoire de l'Église^ a été vendu 16 fr. 50 c; à la vente Rœhrich, 26 fr.; à la vente Busch, 18 fr. 25 c. Le bouquiniste ne cède pas les 2 volumes à moins de 25 fr. *
Le volume unique de V Histoire d'Alsace a été vendu 5 fr. à la vente Richard; 11 fr. 50 c. à la vente Buscfi. A la vente Boyer, il a produit 7 fr. 50 c, y compris le volume des pièces justificatives du tome II qu'il est impossible de se procurer à moins de 6 fr.
Kœnigshowen a été vendu 7 fr. ; à la vente Rœhrich , 16 fr. ; à la vente Busch, 10 fr.
Bemh. Hertog a été payé 20 fr. ; à la vente Richard , 14 fr.; à la vente Rœhrich, 20 fr. ; à la vente Busch, 13 fr. 50 c.
Horrer a été payé 3 ^. ; à la vente Rœhrich, 5 fr. 25 c. ; à la vente Richard, 6 fr. ; à la vente Busch, 4 fr. 25 c.
Friese, VcUerldndische Geschichte-, a été payé 4 fr.
25 c; à la vente Richard, 5 fr. 25 c; à la vente Busch, 12 fr. 50 c.
Belhomme , Hîstoria mediam monaateru^ a produit 3 fr. 76 c; à la vente Rœhrich, 13 fr. 50 c.; à la vente Richard, 4 fr. Un bouquiniste lorrain, arrivé tardivement, en ofirait 12 fr. le lendemain.
Le Glossaire de Scherz a été vendu 29 fr. ; à la vente Busch , 38 fr.
Chraff, Histoire de Mulhouse, a été vendu 3 fr. ; à la vente Rœhrich , 6 fr. 25 c.
Peltre, Vie de sainte Odile, a été adjugé à 1 fr. ; à la vente Rœhrich , 6 fr. 25 c. ; à la vente Busch , 3 fr. 25 c. L'exemplaire de M. Rœhrich avait ce que Ton appelle la gravure : sainte Odile en prière devant un autel ; ceux de M. Boyer et de M. Busch iBie l'avaient pas. Nous ferona remarquer aux bibliophiles que cette gravure n'appartient pas au livre de Peltre. Elle est tirée du Ghtidt du Pèlerin de Dionysius Albrecht, qui en contient six autres, ef dont nous ne connaissons que l'exemplaire qui nous appartient.
Coccius, Dagohertus rex, a été payé 1 fr. ; à la vente Rœhrich, 17 fr. 25 c; à celle de Busch, 13 fr. '
Schneider, Apologiay sans la gravure, aj>roduit 3 fr. ; à la vente Rœhrich et Busch , 5 fr. ; chez Georg, à Bâle, avec la gravure , 8 fr.
Dcr elsâssische Patriot de Billing a été vendu 50 c. ; à la vente Rœhrich^ 4 fr.
La Topogrofphie d'Ichtratzheim a été vendue 7 fr. M. Boyer ne l'avait payée que 5 fr. A la vente Rœhrich, eUe a produit 10 fr. ; à la vente Busch , 8 fr.
Strobei, Geschichtt des EUassea, etc., a été vendu 9 fr. ; à la vente Deubel, 18 fr.; à la vente Rœhrich, 20 fr. A la vente Richard , i^ouvrage a été donné pour 3 fr.
Merian, Topographia Alsatiœ, a été payé 17 fr.; à la vente Busch, 15 fr. Le bouquiniste la cède au prix de 8 à 12 fr.
Les publications périodiques ont naturellement subi le sort des autres livres. Personne n^ajant pris la mise à 2 fr. de la collection de la Revue ccUholique d'Alsace , elle a été réléguée dans le bloc. Le lendemain un amateur a pris la mise , et il a payé ô fr. ce qu'il aurait pu avoir la veille à 2 fr. L' Union a été vendue séparément 1 fr. A la vente Deschamps , V Union et la Revue , qui en est la suite, ont été adjugées à 1 fir.
Les deux années des Curiotités d'Alsace ont produit 3fr.
La collection de la Revue d'Alsace a produit 31 fr. ; à la vente Deschamps, 35 fr. , la première et la troisième année étant incomplètes. Le lendemain un amateur offirait 40 fr. au libraire , pour la collection Boyer. U ne Ta pas cédée : il en demande 80 fr. La ville de Schlestadt a refusé récemment 45 fr. pour la collection de Dorlan, dont elle est devenue propriétaire par l'acquisition en bloc de sa bibliothèque.
Sept livraisons dépareillées du Bibliographe ont trouvé un amateur à 1 fr. 50 c.
La collection du Samstagsblatt ^ de 1856 à 1861, a été payée 3 fr.
Que conclure de ces rapprochements? Une chose bien
nimple. Pour tirer parti d*une collectiou , si imparfiiitc qu^elle soit, la publicité préalable est une mesure qu^il ne faut pas négliger. La publicité consiste, avant tout, dans la rédaction méthodique d'un catalogue , son impression et sa distribution à bon escient, voire même à Taventure si le libraire-distributeur n'a point de relations suffisantes. Si à Colmar il ne se fût trouvé personne faisant quelque cas des livres auxquels M. Boyer consacrait une partie bien faible de ses revenus, il serait arrivé ceci : les ouvrages les plus rccommandables se fussent confondus dans les épaves dédaignées de la succession, car aucun des volumes n'était doré sur tranche, ni habillé d'une chemise gaufrée , seules choses qui auraient eu la chance de les préserver du mépris vulgaire. Enfin , et comme remarque générale , nous ajouterons qu'il serait bon do confier ici, comme on le fait ailleurs, à un libraire au courant de la matière, la rédaction du catalogue, le soin do l'impression et de la distribution et surtout la direction de la vente, toutes choses qui sont pour beaucoup dans le succès de l'enchère. On n'y perdrait rien , bien au contraire, et le point d'honneur local en sortirait indemne. J. LlBLIM.