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Tusine de Meissen. La porcelaine était d un beau blanc et recouverte, dans certaines parties seulement, d'une / coloration très-sobre. Les petits personnages portaient le
costume Louis XV et représentaient des bergers, bergères , magistrats , Turcs , etc.
Assiette blanche; le bord décoré d'une dentelle d'or; on reconnaît facilement là Fun des articles men- (p tionnés dans le tarif qui précède. 'l
L^initiale de Hannong est ici accompagnée de cette lettre Z qui se retrouve si fréquemment sur les poteries alsaciennes et rhénanes; la pré- LJ sence du chif&e de Charles -Théodore ne laisse aucune incertitude sur Torigine de cette pièce.
M. Greslou Bonne ce monogramme comme se rapportant à Tassociation qu'il suppose avoir existé entre Paul Hannong et son fils Joseph. N'ayant trouvé ^i^ aucune trace de cette société dans les do- ' . cuments qui ont été mis à ma disposition rA
par la famille Hannong, je n'en fais ici mention que dans le but d'appeler l'attention des curieux sur un fait qui me paraît demander quelques éclaircissements.
Monogramme de Joseph-Adam Hannong. De même que celui de son père , on le rencontre tantôt seul, tantôt accompagné du lion du Palatinat. En tout cas , il me paraît être le signe caractéristique des produits de Franckenthal pendant la courte gestion de Joseph Hannong (1760-1761).
On trouve des porcelaines de Franckenthal dans presque tous les cabinets et les musées de France et d'Allemagne où une place a été faite à la céramique; mais la
collection la plus intéressante que je connaisse est celle du château de Heidelberg. J'ai vu, là notamment, les statuettes de Télecteur Charles-Théodore et de sa femme Marie-Elisabeth- Augusta; puis des groupes allégoriques importants, modelés par Conrad Linck, et représentant le PcUatmat s'affligeant du départ de l'électeur palatin, r Université de Heidelberg, les Éléments, etc. ; un service de table de Charles-Théodore, décoré de sujets d'après Greuze et Tenîers; enfin le buste d'Adam Bechtoldt, directeur de la fabrique de ÎVanckenthal , en 1766, et diverses autres figurines, par Pierre de" Verschaffeld, premier sculpteur de la cour palatine de Mannheim.
4* Pébiode. — Joseph Hannong. Fabriques dé Strasbourg
et Haguenaù; 1760 à 1780.
Peu après la mort de Paul Hannong, les deux usines de Strasbourg et de Haguenaù, on s'en souvient, passèrent entre les mains de son fils Joseph- Adam, qui continua d'abord à produire ces belles faïences colorées auxquelles ces établissements avaient dû , jusque-là , leur réputation et leur prospérité ; puis, après 1766, reprit à Strasbourg la fabrication de la porcelaine.
Nous nous trouvons donc de nouveau en présence d'une double production céramique. De la faïence , j'ai peu de choses à dire ici ; Hannong n'ayant fait que continuer les traditions de son père, les caractères restent les mêmes qu'aux époques précédentes, et s'il n'y a pas progrès, on trouve du moins encore des pièces d'une
réussite admirable comme coloration et comme émail. Il paraît cependant que Joseph Hannong visait plutôt à une production abondante qu'à la perfection du travail. J'en trouve la preuve dans l'immense quantité de marchandises qui encombrait ses magasins au moment de sa déconfiture , et dans les conseils qu'il donna plus tard à son cousin Stanislas. «Préoccupez-vous plutôt, dit-il, de la modicité des prix que de la beauté; vous aurez un plus grand débit dans ce pays- ci (l'Allemagne) et notamment en Suisse^.. Si vous êtes sur une bonne route, ne la quittez point sous prétexte de trouver mieux ; ces sortes de rectifications ont cause le malheur de votre grandpère et le désordre de mon frère. Souvent le moindre changement peut causer des désordres énormes. »
Il ne faudrait pas toutefois conclure de ces lignes , écrites par un vieillard cruellement éprouvé par toutes les infortunes , que Hannong fût un vulgaire spéculateur. n avait fait, au contraire, des études sérieuses et aussi complètes que le comportait l'état des sciences naturelles à cette époque ; ainsi il possédait, en chimie et en physique, des connaissances plus que suffisantes pour les besoins de son industrie, et parmi les travaux scientifiques dont il s'occupa toute sa vie , je trouve un traité sur la Terre de pipe, produit qu'il méprisait souverainement, d'ailleurs, et appelait une « drogue de mauvais aloi et usage » ; des études de métallurgie et plusieurs volumes d'expériences sur la conduite du feu dans les fours à porcelaine.
Mais revenons aux faïences, et, par quelques exemples,
prëcisone , s'il est posaible , les caraetèree particuliers de la fabrication aleadeDoe à cette époque. Le décor n'a pas varié : ce sont toi^ours les bonquets ani couleurs éclatantes, formés de roses, pivoines, hyacinthes, myosotis, oeillets, tulipes et fleurettes jaunes, jetés avec la même hardiesse sur le marlj' ou la bordure des platfi et exécutés tantôt par nn procédé de hachnres fines, tantdt
lavés, au contraire, comme les peintures sur porcelaine ds la même période. Ce décor est habituellement polychrome; mais parfoiB aussi, on le trouve en camaïeu rouge. On a TU à l'exposition de l' Union cenirale, en 1865, de Bplendides échantillons de ces faïences appartenant à MM. Jubinal, Patrice Salin, Périlleux et quelques antres encore qui nous viennent de la collection
Ma£»é, de Strasbourg. U se trouvait là aussi deux pièces exposées par M. Brion et qui présentaient un caractère exceptionnel; ce sont deux plateaux, Tun avec décor bleu en imitation des faïences de Rouen , Tautre à bordure ajourée et dorée.
Voici maintenant les marques employées par Joseph Hannong. Il est sans doute inutile de faire observer que ces lettres figurent le monogramme du fabricant et non l'initiale de la ville de Haguenau, où se trouvait Tune de ses usines, comme on Ta cru longtemps, même en Alsace.
■i cas. ^>ê ^ ^'TuP
Cette dernière inscription , SircLsburg, 1762, a été relevée sur la charmante pendule rocaille qui a fait partie de la collection Leweel et se trouve actuellement au musée de Cluny.
Ce fut sans doute une grande gloire pour la maison Hannong d'avoir pu fabriquer, la première en France , de véritable porcelaine dure, et certes, les efforts persévérants des potiers strasbourgeois sont dignes des plus .sérieux éloges; mais maintenant que j'ai à apprécier leurs produits, je dois, en toute sincérité, déclarer qu'ici les résultats sont restés inférieurs à ceux que j'ai constatés à propos de la fabrication des faïences.
La pâte de la porcelaine de Strasbourg est bise , l'émail souvent enfumé ou parsemé do granules imparfaitement
dissimalés par le décor , et la coloration violacée n*a pas la vivacité des émaux appliqués sur la faïence. Ces imperfections ont sans doute contribué, autant que les entraves de la Ferme générale , à accélérer la ruine de Joseph Hannong ; car il ne faut point accepter, sans bénéfice d'inventaire , les éloges qu'il prodigue lui-même à .ses produits.
Cependant il est sorti de Tusine de Strasbourg certaines porcelaines qui, en dehors de Tintérét qu'elles présentent au point de vue des progrès et de l'histoire de la céramique, sont dignes d'être remarquées et témoignent de hardies tentatives. Ce sont notamment des pièces de service à décor de chînoiseries sur fond blanc
et portant la marque ci-contre, dans la- M quelle les initiales de Joseph Hannong
v/ r tu T^y ®^^* accompagnées des lettres V et C indiquant la série des vaisselles et d'un numéro d'ordre correspondant à celui du catalogue de la maison. — L'élévation du nombre relaté dans cet exemple fait voir quelle immense quantité de modèles Hannong possédait dans ses ateliers.
Je mentionnerai encore une série de figurines exécutées avec un véritable tao ^ lent ; ainsi , le Petit Tailleur de pierres , ÎF' Il Q) Boucher, modèle emprunté à Sèvres ; la
Bouquetière qui a brisé son pot de fleurs, etc., charmants sujets d'une coloration très-soignée et très- harmonieuse ; et enfin , des groupes en biscuit tels que Silène couché et
appuyé sur son âne. Ces objets sont habituellement marqués avec un poinçon figurant les lettres ci-contre dont il est facile de trouver la signification.
Cette autre marque , formée de la lettre H seule , est celle qui a été déposée aux archives de Sèvres par Pierre- Antoine Hannong, lorsqu'il fonda l'usine de la rue Saint-Denis ; «Ile se rencontre sur des pièces de fabrication généralement imparfaite et^ décorées * en rouge plus ou moins foncé.
M. Jacquemart reconnaît encore la signature de Pierre Hannong dans les marques ci-contre qu'il a relevées sur des porcelaines d'une pâte très-feldspathique ^^^
et décorées de bouquets polychromes où do- ^/^ mine un rouge violacé. Sans contester l'exac- ^^^xcy titude de ces attributions, je crois devoir faire remarquer que les sigles dont il s'agit // ' ayant la plus grande analogie avec les mo- //y nogrammes de Paul Hannong, il convient d'examiner attentivement les caractères céramiques des pièces qui les portent, si l'on veut en déterminer sûrement la provenance.
Je donne enfin, pour terminer, quatre marques relevées sur des poteries ayant tous les caractères des produits alsaciens et qui empruntent un certain intérêt à la présence du monogramme W appartenant, sans aucun doute , à un artiste de ces contrées , et un artiste des plus habiles, car j'ai vu de lui des décors de fleurs admirablement compris et exécutés.
Porte-huilier en faïence , à treillages jaunes mis à l'effet
( T» ) au moyen d'ombres d'un brun rosâtre. Forme rocaille • simple, avec arêtes décorëes de rinceaux peints ^A/ en rouge ou bleu. Dans les godets, de délicieux bouquets, genre Saxe. On reconnaît dans cette pièce la même main qui a peint deux flambeaux de ma collection port-ant le monogramme de Joseph Hannong, accompagné du numéro de série 934.
y\^ Autres pièoM de même genre, avec
^ I ^^ fleurs en relief.
Porcelaine dure. Belle soupière , style rocaille , avec bouquets détachés et riche décor polychrome à fleurs. Les arêtes et les pieds sont garnis de rinceaux peints en vert et or, et autour de chaque pied s'enlace une branche de chêne. Un citron avec fleurs et feuilles, également en relief, forme le bouton du couvercle. La marque est en bleu sous couverte.
Quelques mots maintenant des matériaux que Hannong avait à sa disposition. On conserve dans la famille un manuscrit qui me paraît avoir été rédigé vers la fln du XVIII® siècle et contient un certain nombre de recettes pour la fabrication de la porcelaine. Ce document nous apprend que les potiers alsaciens employaient pour la fabrication de la pâte à porcelaine les quatre substances suivantes : 1" Une terre blanche provenant d'Oberzell, entre Passau et Lintz , sur le Danube (c'est le kaolin) ;
2® Une terre rougeâtre qui se trouve à deux lieues d'Obcrkîrch, entre Durbach et Oberau (Baden), à dixsept lieues de Strasbourg;
3° Du gravier bl^nc ;
4? Du plâtre.
D*un autre côté, je vois, dans la correspondance déjà citée , que Joseph Hannong avait fait de nombreux essais des terres d'Alsace ; il signale la terre de Gœrsdorff, près de Wœrth (Bas-Rhin), comme aussi belle que celle de Limoges , et prétend que le JRmzef de Haguenau peut donner de la porcelaine; «la tractation fait tout,» dit-il; opinion dont je crois devoir lui laisser toute la responsabilité.
Les potiers alsaciens ont fait école ep France , je l'ai dit. Un peu partout, en eflfet, on vit se produire la faïence japon ée à V instar de Strasbourg. Sans parler des manufactures lorraines, qui s'inspirent directement dç l'Alsace et auxquelles je consacrerai un chapitre spécial , je retrouve la même influence en Bourgogne , à Aprey et à Meillonas surtout , fabriques peu connues dont je dirai quelques mots aussi ; dans le Midi , à Marseille ; en Picardie et en Artois, à Saint-Omer, Desvres et Arras ; et Zûûn à Paris et à Sceaux.
Quant au rôle que cette vaisselle aux couleurs gaies et vives joue dans les collections modernes , je suis loin de le désapprouver, et, pour mon compte personnel, je ne connais rien de plus réjouissant à l'œil qu'un dressoir garni de cette imagerie sous émail vigoureusement enluminée , et j'ai toujours souvenir des joies de mon enfance , alors que, à la campagne, nous voyions apparaître la gigantesque soupière aux anses et bouton chargés de fruits peints au naturel , flanquée de salières et de porte-
huilier aussi richement décorés ; puis circuler les assiettes et les plats au fond desquels s* épanouissaient de beaux bouquets polychromes et des Chinois grotesques* péchant à la ligne ou poursuivant de légers papillons.
N'était-ce pas là la vraie vaisselle des champs , le décor en harmonie avec la saine gaîté de nos ai'euz , monté de ton comme elle, mais toujours plein de cette admirable franchise qui , en dépit des fadeurs et des visées prétentieuses de la société actuelle, restera toujours le fonds
du caractère gaulois? (ser. coBiianrf.)
NOTE SUR LES mPRIMEURS DE L'ÉVÊCHÉ