‹ Le Bibliographe alsacienChapitre 5 sur 96 · DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

DE STRASBOURG

L'imprimerie semble n'avoir pas été en grande estime auprès des évêques de Strasbourg ; ces prélats ne virent , selon toutes les probabilités, dans l'invention de l'art typographique, qu'une innovation, sinon inutile, du moins dangereuse, et n'accordaient que rarement leur bienveillance aux hommes qui se livraient à cette profession; ils virent l'art de la typographie se répandre et s'introduire dans les principales villes d'Alsace , sans faire aucune tentative pour attirer des imprimeurs dans leurs terres , et la ville de Saverne , quoiqu'elle fût le chef -lieu de leurs possessions et le siège de leurs dicastères, ne vit jamais, sous leur domination, une presse typographique s'établir dans ses murs ; quand ils furent dans la nécessité de recourir à l'art de l'imprimerie , ils s'adressèrent aux

presses de Strasbourg, et lorsque cette ville eut embrassé la Réforme^ à celles de Mayence et de Cologne» L'évêque Robert de Bavière fit imprimer, à Strasbourg, en 1478 , dans le format in-24 , le diumal du bréviaire , sous le titre de Diwmale ecdeste Argentmensmm; ce livre, où se fait remarquer Tabsence du nom de Timprimeur, est devenu d'une extrême rareté ; il s'en trouve un exemplaire dans la riche collection d'alsatiques de M. Heitz , imprimeur à Strasbourg, et selon les dires de ce bibliophile, il serait le seul que le temps eût épargné.

L'évêque Guillaume de Honstein confia, en 1508 , aux presses de René Beck , établies à Strasbourg , l'impression d'un agenda ou rituel sur la manière d'administrer les sacrements et les autres cérémonies de l'Église ; il en existe encore plusieurs exemplaires.

Erasme de Limbourg, qm. succéda à Guillaume de Honstein sur le siège épiscopal de Strasbourg, fit imprimer, en 1666 , dans le foriùat in-4°, par François Beck, imprimeur à Mayence , les statuts et décrets du synode tenu en 1549 à Saverne , sous sa présidence.

En 1590 il sortit des presses de Jean Quentel, imprimeur à Cologne , un agenda ou rituel à l'usage de l'église de Strasbourg, qui fut publié sous les auspices de révêque Jean de Manderscheid.

Le collège des Jésuites de Moisheim, fondé en 1580 par révêque Jean de Manderscheid , fut en peu d'années l'un des établissements littéraires les plus distingués d'Allemagne; lorsqu'il fut érigé en 1617 par le pape Paul V et l'empereur d'Allemagne , Mathias , en une Uni-

versitë , pour que des g^rades académiques y pussent être conférés pour la philosophie et la théologie, Térêque Léopold d'Autriche crut nécessaire d'établir une imprimerie à Molsheim ; ce prince en donna la direction à un habile typographe , nommé Jean Hartmann ; il sortît du nouvel établissement typographique , outre les divers ouvrages du R. P. Jodoque Coccius ^ un assez grand nombre d'ouvrages de théologie et de polémique religieuse ; cette imprimerie n'eut qu'une courte existence, elle fiit entièrement ruinée dans la guerre de Trente ans.

Quelque temps après la paix de Westphalie , en 1654 , Eberhard Welper , « mathématicien et typographe à Strasbourg » , sollicita du conseil de la régence de Saveme la charge d'imprimeur de l'évêché de Strasbourg; mais il ne paraît pas que sa demande ait été favorablement accueillie, car peu après, l'imprimerie de Molsheim fut rétablie ; la direction en fut donnée à Jean -Henri Straubhaar, avec le titre d'imprimeur de l'évêché; il sortit, en 1670, des presses de cet établissement, dans le format in-4®, un Agenda ecclesiœ argentinensis , qui se trouve encore dans quelques bibliothèques.

Eu 1 685 , la charge d'imprimeur de l'évêché de Strsusr boui'g étant devenue vacante, deux candidats, Frédéric- Guillaume Schmuck et Georges-André Dolhopff, qui étaient tous deux imprimeurs à Strasbourg, se mirent sur les rangs ; cette concurrence mît la division dans le sein du conseil de la Bégence de l'évêché , le vice-chancelier Philippe de Joosten ne put s'entendre avec les autres membres du conseil sur le choix du nouvel imprimeur , et

nomma de sa propre autorité Frédéric -Guillaume Schmuck, imprimeur de Tévêché ; cette nomination ne fut pas ratifiée par le conseil de la Régence; elle fut aussi désapprouvée par le Grand-Chapitre de Strasbourg , à qiii appartenait la haute direction des afiBedres administratives en Tabsence de Févêque. Le brevet d'imprimeur de Té-, vêché et de Tacadémie de Molsheim fut donné à Georges- André Dolhopff, et dès le 25 janvier 1686 le conseil de la Régence rendit une ordonnance par laquelle il défendit à tout imprimeur de Strasbourg de prendre le titre de libraire et d'imprimeur de l'évêché , si ce n'est à Georges- André Dolhopff, qui a été pourvu de patentes de cet office. Le Grand-Chapitre et son doyen, François-Bernard, comte de Nassau, confirmèrent cette ordonnance, le 27 du même mois, et en même temps' ils révoquèrent toutes provisions d'imprimeur de l'évêché qui pourraient avoir été données par le vice- chancelier à d'autres qu'au sieur Dolhopff*.

U est à remarquer que,, dans l'ordonnance du 25 janvier 1686, le conseil de la Régence défend à tout autre imprimeur qu'au sieur Dolhopff, d'imprimer aucun livre sous la qualification d'imprimeur de l'évêché, sous peine de confiscation de l'ouvrage , et que le Grana Chapitre , dans son ordonnance de confirmation , n'étend cette défense qu'à certains livres qui y sont spécifiés. Le sieur Dolhopff conserva pendant quelques années l'établissement typographique de Molsheim, qui, sous son habile

1. Archives départementales du Bas-Bhin, fonds de l'évêché de Strasbourg, armoire des Droits.

direction, devint une digne succursale de son imprimerie de Strasbourg, avec laquelle il fut enfin réuni après 1690.

Dea lettres patentes, émanées du cardinal Guillaume- Egon de Furstenberg, évêque de Strasbourg, le 3 juin 1695, confirmèrent au sieur Dolhopff la qualité d'imprimeur de l'évêché. Michel Storck , typographe à Strasbourg, succéda au siêur Dolhopff; un décret épiscopal du 3 février 1705 lui conféra le titre d'imprimeur de révêché avec tous les privilèges qui y étaient attachés.

Le sieur Storck ayant abandonné son imprimerie , le typographe Jean-François Leroux en acquit le fonds et reçut le titre d'imprimeur de Tévêché , qui lui fut conféré par lettres patentes du cardinal Armand-Gaston de Rohan, en date du 14 juillet 1729. Parmi les ouvrages qui sortirent des presses de cet établissement, Ton cite encore, pour la beauté de Texécution typographique , le Bituale argentmense que le cardinal de Rohan fit imprimer , en 1742, dans le format in-4°; il est orné de plusieurs vignettes , dessinées par P. Parrocel et gravées par J. Striedbeck, parmi lesquelles on distingue surtout celles du frontispice et du premier feuillet, qui représentent les belles armoiries du prélat.

Jean-François Leroux fut le chef d'une dynastie de typographes , dans laquelle son établissement s'est honorablement maintenu jusqu'à ce jour. Après sa mort , arrivée en 1791, sa veuve continua à exploiter son imprimerie jusqu'en 1799 , où son fils , Louis-François LerouxT, en prit la direction. Celui-ci, lors de la restauration du

culte, fut nommé imprimeur de l'évèché' ; il en transmit' le titre avec son établissement à son fils , Louis-François Leroux, troisième de ce nom. D. F.

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