REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Joerge Wichram's Bollwagenhuchlem (le Livret des voyageurs, par George Wickram)^. Leipzig, J. J. Weber.
Cette réimpression d'un des plus rares opuscules aUemands du XVP siècle fait partie de la «Bibliothèque elzévirienne allemande » publiée à Leipzig par MM. Weber et Kurz. Les savants éditeurs de cette collection se proposent d'y faire figurer les œuvres les plus intéressantés et les plus introuvables de l'ancienne littérature germanique. Ils ont déjà fait paraître, outre le «Livret» de Wickram , deux ouvrages plus considérables , sur lesquels nous aurons à revenir : V Ésope de Waldis , l'un des apôtres populaires de la Réforme , et les principaux
1. Pendant plasienrs années l'imprimerie de M. François-Laurent Levrault fat chargée des impressions de l'évèché et en 1811 de celle du Catéchisme de l'Empire,
2. Bn 1819. Cette imprimerie, aujourd'hui encore imprimerie de l'évèché, est gérée par M. Leroux , François -Hippolyte, depuis la mort de son père , survenue en 1854.
3. Nous empruntons cet intéressant article au Bulletin du bibliopJtile et du bibliothécaire, la revue bibliographique la plus ancienne et la plus estimée. Créée par M. Joseph Techener en 1833, elle est continuée depuis le 1" janvier 186G par M. Léon Techener, son fils, avec le même succès. [Notes de la Rédaction.)
écrits de Clrimmelshaueen , auteur précieux pour l'bistoire de la guerre de Trente ans.
Quant à George Wickram , bien qu*il occupe un rang assez distingue parmi les littérateurs populaires allemands du XVP siècle , il y a pénurie complète de renseignements bibliographiques à son sujet , et toutes les investigations des érudits n'ont fait, jusqu'à présent, que redoubler cette obscurité. On sait, par les intitulés de seslivres, qu'il était originaire de Colmar, où il habita longtemps ; qu'il a exercé longtemps les fonctions de greffier dans une ville nommée Burckheim ou Burgheim ; qu'il vivait dans la première moitié du XVP siècle ; mais on ignore absolument jusqu'ici l'époque de sa naissance, celle de sa mort et toutes les circonstances de sa vie. Maigre les .recherches les plus minutieuses, le savant M. Kurz n'a pas même pu déterminer ce que c'était que cette ville de Burgheim où Wickram aurait été greffier. Il 7 a deux Burgheim, l'un en Alsace, l'autre dans le duché de Bade; les savants alsaciens, consultés par M. Kurz , s'accordent à dire que leur Burgheim est un misérable village qui n'a jamais possédé le moindre greffe , et qu'il faut frapper à l'autre porte ; les savants badois, de leur côté, font exactement la même réponse. Quelle situation pour un éditeur! Mais M. Kurz est de ces investigateurs qui ne perdent pas facilement courag^e. Il nous promet la publication d'autres opuscules du mêone auteur, non moins rares que celui-ci ; peut-être , à cette occasion, fera-t-il quelque découverte. En attendant, il semble qu'on se hâte un peu trop d'éliminer le Burgheim
d'Alsace. Dans plusieurs de ses ouvrages, Wîckram prend le titre de bourgeois de Colmar; parle des aiuis qu'il a conserves dans cette ville , « dont il n'est séparé , dit-il , que par un intervalle de quelques lieues,» ce qui se rapporte k merveille , et ne peut se rapporter qu'au village de Burgheim dans le Haut-Bhin , si piteux qu'il soit présentement. Il résulte, d'ailleurs, de renseignements communiqués à M. Kurz par M. Thomas, bibliothécaire à Colmar, que ce Burgheim, ruiné de fond en comble pendant la guerre de Trente ans, devait avoir une certaine importance à l'époque du moyen âge et de la renaissance , puisqu'il est cité dans les capitulaires de Charlemagne, et que les Templiers j avaient une commaudcrîe. Le BollwcLgenhachlein est, comme son titre l'indique, un recueil d'historiettes facétieuses, «propres à désennuyer jeunes et vieux dans les pérégrinations en coche ou en charrette, dans les foires, chez les hôteliers ou baigneurs,» quelque chose, en un mot, de fort semblable à nos vieux opuscules français , aujourd'hui si recherchés (trop recherchés, hélas l) des. bibliophiles , comme «la Nouvelle Fabrique des excellents traits de vérité. » Ce sont des traits de naïveté ou d'espièglerie villageoises , des anecdotes grivoises sur le clergé catholique et les moines. On y voit, par exemple, «comment un frère quêteur extirpa une épine du pied d'une jeune paysanne. » La même tendance satirique se retrouve dans l'historiette de l'aventurier qui soutenait être le frère du bon Dieu de Schaffhouse, de la bonne Vierge d'Einsiedlen et du diable de Constance, énigme dont il donne le mot en
expliquant qu'il cet le file de l'imagier qui a foit ces trois figurée.
De toutes ces anecdotes, Tune des plus facétieuses et des mieux racontées est celle qui donne Tétymologie d'un ancien proverbe allemand: «Méfait pour bienfait, c'est la reconnaissance du diable. » Un pèlerin , encore plus niais que dévot, après avoir fait ses dévotions, et mis des cierges aux chapelles des différents saints, avise dans un recoin obscur une vieille figure de diable, et, par bonté d'âme , met également un cierge à ce pauvre délaissé. Quelques jours après, le diable reconnaissant lui apparaît en rêve , l'emmène dans une vaste forêt on il lui désigne un arbre au pied duquel est enterré un trésor immense ,. et l'engage à s'en aller chercher au plus vite des outils «C'est fort bien, dit l'homme, mais comment retrouverai -je le bon endroit?» Le diable lui donne alors un conseil que nous ne saurions indiquer honnêtement que par une longue périphrase ; il l'engage à marquer l'emplacement du trésor d'un tel signe, qu'au retour l'odorat pourra suffire pour le guider, à défaut de la vue. L'imbécile suit ponctuellement cette indication... et est réveillé en sursaut par les malédictions et les horions de sa femme; car ce rêve et sa conclusion trop réaliate ont eu pour théâti*e le lit conjugal. Et telle est la reconnaissance du diable !
L'œuvre populaire de Wickram eut évidemment un grand succès de vogue dans son temps, car M. Knrz a "retrouvé dix éditions du XVP siècle, publiées les unes à Mulhouse, Francfort -sur- le -Mein et Magdebourg, les
autres sans indication de lieu ni d'imprimeur. Parmi ces dernières figure l'édition originale de 1555, qui a servi à M. Kurz pour sa réimpression. C'est une plaquette de 62 feuillets, dont on ne connaît que deux exemplaires. Cette édition , la seule qui paraisse avoir été revue par l'auteur, ne contient que soixante-sept histoires: on en trouve trente-trois de plus dans une réimpression anonyme de 1667, qui est déjà visiblement une contrefaçon. M. Kurz a cependant cru devoir joindre cette suite apocryphe à sa réimpression, sous forme de supplément; mais il prouve sans réplique que toutes les éditions postérieures à celle de 1555 présentent des variantes d'orthographe qui ne se rapportent plus au dialecte de la haute Alsace dans lequel écrivait l'auteur, et que, par conséquent , il n'a pu y avoir aucune part.
La vignette sur bois placée en tête de l'édition originale, et reproduite également dans celle-ci , ofire un curieux spécimen des véhicules du temps. C'est une lourde charrette non suspendue, fermée par des claies d'osier, avec une large ouverture sur le côté en guise de portière. Dans cette patache, péniblement remorquée par quatre forts chevaux , les voyageurs sont entassés pêle-mêle avec les paquets, sans autre abri qu'une toile sur des cerceaux. Il fallait plus d'une historiette pour charmer les ennuis d'un long voyage dans de semblables conditions. La forme du véhicule se modifie et devient un peu plus confortable dans les vignettes des éditions subséquentes, aussi rares pour la plupart que l'originale. Dans une édition de Mulhouse, sans date, dont un exemplaire se
troave à la bibliothèque de Berlin , et dans deux éditîoiis de Franefort, de 1565 et 1597 , le voyage est eensé se fiôie par eau; la vignette repr^nte, par conséquent, nn eoche et non une voiture. B*" Eavour.
VARIÉTÉS
Est- IL JUSTE et prudent de prêteb ses livres? La solution à cette question, qui embarrasse bien des collectionneurs et surtout les bibliomanes, se trouve daQs un délicieux petit volume que vient de publier M. J. Janin : V Amour des livres,
Grolier inscrivait sur ses livres : /. Grolierii'et amieorum. Scaliger avait écrit au fronton de sa bibliothèque : lie ad vendentes!
Condorcet s'était écrié :
Chères délices de mon Ame, Gardez-vous bien de me quitter, Quoiqu'on vienne vous emprunter.
Chacun de vous m'est une femme Qui peut se laisser voir sans blâme Bt ne se doit Jamais prêter.
Ch. Nodier avait fait, à l'usage de son ami Pixérécourt, ce distique :
Tel est le triste sort de tout livre prêté, Souvent il est perdu, toujours il est gAté.
et Schœlcher < avait pour devise : Pour tous et pour moi î Certes, c'est M. Janin qui parle maintenant, «ces diverses
« opinions méritent qu'on s'en inquiète Or voici notre
« avis : ' « Accepter les devises de Grolier et de Schœlcher ; «Se conduire à la façon de Scaliger, de Condorcet et de
Pixérécourt. »
1. M. J. Janin écrit A une page : Scheleher, et à Vautre , Schl-eeher,
Depuis que je bouquine, j'ai acheté peu de livres qui m'aient fait autant de plaisir que cet opuscule de 60 pages. Bien peu, il est vrai, contiennent une causerie aussi aimable, aussi spirituelle , et des conseils d'un goût aussi éclairé pour se former une bibliothèque.
Nous recommandons ce petit volume à tous nos abonnés, mais qu'ils sachent qu'il est déjà épuisé; après l'avis de M. J. Janin, trouveront-ils aujourd'hui à le lire? Nous n'oserions l'affirmer. Maintenant une seconde édition est -elle permise, lorsque l'ouvrage épuisé porte: tiré à 204 exemplaires. Cette solution , nous la demandons à un de nos collaborateurs de V Intermédiaire, G. M.
M. Henri Schirmer, l'auteur des Lettres dun père de famille à M. Duruy et de V Indemnité Ott, réunit actuellement les éléments d'une Histoire dramatique et populaire des partisans en 1814 dans les départements de l'Est, notamment dans les Vosiges et en Alsace.
Un fait, use date, un nom propre, une anecdote quelconque, ayant trait à ces événements, seraient extrêmement précieux pour reconstituer la tradition nationale que M. Schirmer désire faire revivre.
Nous prions instamment nos lecteurs, qui seraient à môme de donner quelques renseignements à ce si\jet, de vouloir bien les adressera M. Schirmer, Strasbourg, rue du Dôme, 15.
Le catalogue des livres rares provenant du cabinet de
M. Van der N... dont la vente a eu lieu les 17 et 18 janvier
dernier, à Paris, contient un recueil manuscrit d'une cer--
taine importance pour l'histoire d'Alsace. Les archives du
■ Bas-Hhin et la bibliothèque de la ville de Strasbourg ont dû
se retirer devant les offres élevées faites par la bibliothèque impériale. Ce recueil est intitulé, d'après le catalogue publié par Mme Bachelin-Deflorenne , chargée de la vente :
• Alsace. Correspondance officielle de M. du Harlay, intondant d'Alsace, avec M. le marquis de Breteuil, secrétaire d'État de la guerre; M. Dodun, contrôleur général des finances; M. Le Blanc, etc. — Le tout classé par ordre de dates, de 1724 à 1727 inclus. 8 vol. in-fol. reliés en vélin.
« Ces huit volumes manuscrits , très-importants pour l'histoire générale de la France, sont encore plus précieux pour l'histoire particulière de l'Alsace. Tous les faits relatif à cette province, qui était sous la juridiction de M. du Harlay, sont relatés dans cette correspondance authentique, que le hasard des révolutions a fait retrouver en. Bretagne , à Nantes! chez un ferrailleur 1 qui, lui-même, en avait fait l'acquisition aux enchères publiques, dans une vente après décès de l'un des héritiers de M. du Harlay.
« On joindra à ces huit volumes précieux un volume également in-folio , contenant les lettres écrites par M. du Harlay en 1718 à divers conseillers des finances et du commerce de Lorraine et autres provinces; plus un autre volume intitulé : Registre des lettres écrites A LA COUR, par M. du Harlay, INTENDANT DE Paris, commoucé leSjuUlet 1728 et finy le 31 mars 1729. Ces 10 forts volumes ne seront pas divisés aux enchères. »
Bibliographie mulhousienne. — Il a été vendu cet hiver à Paris , à la salle Silvestre , par les soins de M. Glaudin , jeune libraire, qui suit avec succès la voie tracée par les Techener , les Potier , les Aubry , un alsatique dont nous extrayons du catalogue le titre et la description.
« Ein toarhaftige history ausz dem heiligen Euangelio Luce am xvj. Cap. Von dem Reychem mann und armen Lazaro,
Gespilt zù ZUrych von einer loblichen Burgerschafft. (Une histoire véritable tirée de l'Évangile de saint Luc , xvi« chapitre: De l'homme riche et du pauvre Lazare; jouée à Zurich devant [un cercle de nobles bourgeois.) Getruckt zù Malkusen im obèrent Elsasz, by Bans ScMrenbrand unnd Peter Sehmid. (Imprimé à Mulhouse , dans la haute Alsace , par H. Schirenbrand et Pierre Sehmid, vers 1550.) Pet. in-S®, gothique , fig. sur bois, v. fauve , fil. , tr. dor. (Muller.)
« Mystère ou Moralité, en vers allemands, par personnages. Ce petit volume est fort rare et intéressant sous plusieurs rapports.
« Les figures sur bois , celle du titre non comprise , et dont quelques-unes sont répétées, sont au nombre de treize. Elles sont fort curieuses et rappellent la manière d'Holbein ou de Hans Sebald Behem *. On y trouv» une représentation de la Danse des morts. (La Mort dansant porte sur l'épaule un cercueil qu'elle retient de la main droite ; dans la gauche , on voit un sablier surmonté d'un cadran.)
La figure au bas du titre (ce qui fait en tout quatorze figures) représente un festin au XYI® siècle et est en partie coloriée en rouge à la presse typographique. Les deux premières figures du titre sont tirées en rouge; ainsi qu'un petit fleuron. Le volume porte des signatures de A ii à G v, et se compose en tout de 24 feuillets non chiffrés. La souscription est en gros caractères gothiques allemands au recto du dernier feuillet. C'est le plus ancien livre imprimé à Mulhouse, en Alsace, que nous ayons pu découvrir. Quoiqu'il soit sans date, il est aisé d'en fixer une d'après les caractères et les gravures sur bois. Nous avons de fortes raisons pour croire ce volume imprimé vers 1550; il se pourrait même qu'il fût imprimé un peu avant, vers 1540 ou 1545».
« Le premier livre imprimé à Mulhouse, connu jusqu'ici, ne