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LETTRES INÉDITES DE METTERNICH AU PROFESSEUR OBERLIN

Dans une intéressante notice sur l'Archéologue J, J, Oberlm {Bulletin de la Société des mon. hist. crAlsace, 2*" série, t. F'^, 2®liv.), M. L. Spach a nommé, parmi les jeunes gens de grande maison instruits par ce savant professeur, les fils de M"^*^ Hélène de Dietz, épouse de M. de Krock , conseiller intime de l'empereur de Russie. Nous pourrions en citer beaucoup d'autres, venus de tous

les pays , tels que le prince Charles de Stolberg-Gedern , les comtes Ch. et Gust. de Lœvenhielra, de Wattevîlle de Montbenay, etc. Mais le plus illustre de tous ces élèves était Clément -Wenceslas-Lothaire, comte, puis prince de Metternich-Winnebourg. Issu d'une des plus anciennes familles de l'électorat de Trêves, il naquit à Coblence, en 1773, et reçut les prénoms de deux archevêquesélecteurs de ce pays, Lothaire de Metternich et Clément- Wenceslas de Saxe. Il fut envoyé, à l'âge de quinze ans, à l'université de Strasbourg , si importante à cette époque , pour y suivre les cours de Koch et d'Oberlin. Troublé dans ses études par la révolution française, il quitta Strasbourg pour aller assister au couronnement de l'empereur Léopold à Francfort, le 9 octobre 1790. C'est de là qu'il adressa sa première lettre à Oberlin. Il reprit ensuite ses études à l'université de Mayence : il eut là pour professeur l'historien Nicolas Vogt, auquel il éleva plus tard un monument dans la chapelle de son château de Johannisberg. Mais ses études furent de nouveau interrompues par les Français , qui s'emparèrent de Mayence en 1792. Nommé, quelques années après, ministre de l'empereur à La Haye, il fut encore chassé de la Hollande pai* les Français, qui dépouillaient en même temps son père de ses possessions sur les bords de la Moselle. En 1801 , le comte Clément fut nommé ministi-e à Dresde , d'où il écrivft deux nouvelles lettres à Oberlin. En 1803, il fut envoyé à Berlin , et au mois de juillet 1806 à Paris. En passant à Strasbourg, il n'oublia pas son ancien professeur et lui adressa le billet que nous publions plus

loin. On voit que le célèbre homme d'Etat était un élève reconnaissant : la mort d'Oborlin, qui eut lieu le 10 octobre suivant, put seule briser leurs relations.

La correspondance de Mettemich avec Texcellent professeur de Strasbourg est conservée à la Bibliothèque impériale. (Fonds allemand, n* 197.)

Aro. Kkœber.

Francfort, ce 18 octobre 1790.

Monsieur le Professeur,

Je vous joins ici une médaille frappée pour le Couronnement. On en a jette de semblables en or et de moindre taille en argent, qui ont toutes la même légende. Je suppose que peut-être vous n'en aurez pas encore vu ou que vous n'en possédez point, ce qui me fait espérer que vous ne rejetterez pas l'offre que je vous fais de celle-ci , quelque petit que soit le don. Je vous prie de le regarder comme une marque de reconnoîssance pour toute l'amitié que vous m'avez toujours témoigné et comme l'avantcoureur de toutes les choses que je pourrai ramasser pour aider à orner votre Cabinet.

J'ai l'honneur d'être.

Monsieur le professeur ,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Le Comte Clément de Mktternich.

Mon frère et l'abbé Bertrand me prient de les rappeler à votre souvenir.

Dresde y ce 6 mars 1802.

Le repos qui règne maintenant en France , doit y faire refluer de nouveau les étrangers de tous les pajs. Strasbourg sera choisi de préférence pour achever l'éducation de jeunes gens qui désireraient réunir le précieux avantage des deux langues ; les Allemands, les Polonais et les Russes peuplaient anciennement votre université 5 je ne doute point qu'ils ne suivront dans la suite cette route anciennement tracée, si les mêmes moyens d'instruction s'y retrouvent. C'est sur ceux-cy que je viens vous demander des renseignemens. Une des premières familles de la Russie, avec laquelle je suis intimement lié, est intentionnée de faire passer deux ou trois ans à Strasbourg à deux fils, âgés de 16 et de 13 ans. Elle s'est adressée à moi pour consulter mon opinion , et je lui ai promis de prendre toutes les informations possibles , tant sur les j)rofesseurs de votre ville que sur tous les autres moyens d'instruction. C'est de vous, Monsieur, que je les réclame: et qui en effet serait plus fait pour inspirer une entière confiance? Je me rappellerai toujours avec plaisir les momens que j'ai passés avec vous, et si tous les professeurs de l'université vous ressemblent de loin , mon but sera parfaitement rempli. Ayez la bonté de me répondre aussi vite que possible et d'entrer dans tous les détails qui, sous le point de vue que j'ai eu l'honneur de vous proposer, contribueront à éclairer et à décider lo choix de parens respectables pai* leur attachement pour

leurs enfans, et au succès desquels je m'intéresse comme eux-mOmes.

Recevez les assurances de mon ancienne et éternelle amitié et considération.

Le Comte C. de Meïternich ,

Ministre de V Eftnperevr à la Conr de Saocc,

DreBdc, ce 18 juin 1802.

Je viens vous remercier, mon ancien et respectable ami , de la lettre pleine de détails les plus intéressants sur la situation actuelle de votre université. Elle a produit Teffet que j'en attendais : le prince et la princesse Dolgorouky se sont décidés de faire passer quelques années à Strasbourg à leurs fils , jeunes gens remplis de talents et de bonne volonté. Je vous les recommande comme mes frères ; ils s'appuyeront des bontés que vous avés eu anciennement pour moi, et les réclameront également. Ils doivent vous arriver dans le courant de juillet; ce n'est que sur les lieux qu'ils se décideront pour leurs arrangemens domestiques. Eft attendant ont-ils pris la liberté de vous adresser une malle remplie de livres, que vous voudrez bien avoir la bonté de garder en dépôt jusqu'au moment de leur arrivée. Les frais desquels vous vous serez chargés, vous seront remboursés à la même époque avec infiniment de reconnoissanco.

Agréez les assurances de ma constante et inaltérable amitié ot de ma considération bien distinguée.

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