‹ Le BicChapitre 18 sur 28 · NI O H · texte numérisé non relu

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SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE

25. — Les familles du Bic, au commencement du siècle dernier. — Lettre de Hugh Gray. — Les abatis, au printemps de 1806.

Il y avait donc un petit noyau de population, dans la seigneurie du Bic, dans la première décade du siècle dernier. Outre les trois familles de José Labrie, père et fils, et de Jean-Pierre Arseneau, trois autres vivaient, en même temps, sur la Pointe : celles de William Ross, père et fils, et de Antoine Michaud. Nous en avons déjà parlé dans Tarticle du pilotage du St-Laurent.

Mais, faut-il le rappeler, ces trois résidants n’étaient pas des colons. Ils n’avaient défriché de terre que juste ce qu’il fallait pour se construire une maisonnette. Aussi durent-ils quitter, lorsque Jean-Pierre Arseneau prit son titre du seigneur Pritchard. Feu Louis-Napoléon Côté, dont nous aurons l’occasion de parler, dans l’article qui va suivre, nous disait, — il y a bien vingt à vingt-cinq ans, — qu’il avait vu, lorsqu’il était encore enfant, les ruines des maisons construites par ces trois pilotes, à l’extrémité ouest de la Pointe du Vieux-Bic.

Et c’était là toute la population de la seigneurie. A l’est de la rivière Hâtée, dans ce territoire qui devait être annexé plus tard à la paroisse de Ste- Cécile, il devait y avoir aussi quelques familles ; mais leurs noms nous sont inconnus. D’ailleurs, à cette date, ces habitants étaient les censitaires du seigneur de Rimouski.

LES ETAPES D’UNE PAROISSE

Mais, s’il n’y avait que trois terres occupées, dans le domaine du seigneur Pritchard, un plus grand nombre étaient déjà concédées. Il en était à cette époque comme aujourd’hui. Avant d’habiter leurs concessions, les colons venaient, quelques années d’avance, y faire un peu de défrichement et s’y construire un camp. En effet, on ne conduit pas une famille dans la forêt, pour y vivre, sans lui avoir préparé un gîte et pourvu quelque peu à sa subsistance.

Les fils de cultivateurs des paroisses avoisinantes, de celle de Rimouski en particulier, avaient donc commencé à se tailler un domaine dans la seigneurie de Pritchard, sans toutefois y habiter encore. Au printemps 1806, les navigateurs du St-Laurent remarquaient, en passant au large du Bic, que le ciel était obscurci par la fumée des abatis qu’on y brûlait.

Lisons cet extrait de la lettre de Hugh Gray, dont nous avons déjà eu l’occasion de citer une autre partie :

“Letter IV, May 1806.

“To-day, we hâve passed the isle of Bique, and we see some sights of an inhabited country. The face of the heavens appears quite darkened with smoke, arising from the burning of the woods .

“A few huts appear here and there, on the shore.. ..

“We hâve received a visit of some Indians; they came off to us in a birch canoë, on purpose to dispose of some fish they had caught . ”

SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE

Comme ces détails, si insignifiants en apparence, sont d’une grande valeur pour l’historien ! Et comme ceux-ci en particulier, confirment bien les affirmations qui ont été faites précédemment ! Qui ne voit, dans ces huttes qui apparaissaient, sur le rivage du Bic, au mois de mai 1806, les trois maisons dont nous venons de parler ? Et cette fumée épaisse qui embrumait le ciel, au dire de Hugh Gray, comme elle peint bien la phase par laquelle passait la colonie, à cette époque ! Nous avons vu ce phénomène se produire si souvent, dans les nouvelles colonies qui surgissent, chaque jour, autour de nous, que nous nous représentons sans effort l’étape que franchissait alors notre paroisse.

Il y a cent vingt ans de cela ! Il y a cent vingt ans, on brûlait les premiers abatis au Bic ! La seigneurie était concédée depuis cent trente ans ! Enfin, il devait se passer encore vingt-cinq ans, avant que le nombre des colons fût suffisant pour légitimer la création d’une paroisse; et quarante-cinq, avant l’arrivée du premier curé résidant ! .

Voilà des chiffres qui font réfléchir ! Il en coûtait pour fonder des paroisses, à cette époque ! Il en a coûté aux hardis défricheurs qui ont fait celle du Bic, pour rester quand même sur le champ de leurs labeurs et de leurs souffrances, alors que leurs efforts étaient si peu couronnés de succès !

Phot.

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§ 26. — La Pointe du Vieux-Bic. — Son histoire. — La famille Côté. — Notes biographiques.

Bien des fois, au cours de ce travail, il a été question de la Pointe du Vieux-Bic. Nos lecteurs de la paroisse et de la région ont compris ce que nous avons voulu désigner sous ce titre. Pour les autres, il sera peut-être à propos d’ajouter qu’elle est cette langue de terre et de rochers qui, se projetant dans le hâvre du même nom, est battue, d’un côté, par les vagues du St-Laurent et caressée mollement, de l’autre, par les eaux de la rivière et de la baie du Bic.

Cette pittoresque presqu’île, toujours si achalandée par les touristes, pendant la saison de villégiature, a aussi son histoire qu’il importe de consigner dans ces pages.

Et d’abord, tout-à-fait contiguë à l’Ilet-au-Massacre, dont elle est séparée par un étroit chenal, qui assèche à marée basse, elle fut le témoin du drame de 1533, que nous avons raconté aux premières pages de ce volume. C’est même sur la Pointe que durent s’embusquer les Iroquois, en attendant l’heure propice d’exécuter leur barbare dessein sur les infortunés Micmacs.

Deux ans plus tard, Jacques Cartier y a sûrement débarqué et passé quelques jours, avec son équipage. La description qu’il a faite des îlots avoisinants montre bien que c’est, en effet, à cet endroit qu’il a mis pied à terre, après avoir mouillé ses navires, près de l’Ilet-au-Massacre.

LES ETAPES D’UNE PAROISSE

C’est encore sur la Pointe que, très probablement, le premier seigneur, Charles Denis de Vitré, avait construit la demeure de son fermier et que Jean Gaignon élevait ses douze enfants, en 1686; là encore que la marquise d’Albergatti-Vezza avait érigé son manoir, avant 1783, et que Charles D’Auteuil faisait la pêche du saumon et l’exploitation de l’huile de marsouin, l’été suivant. Cependant, à défaut de preuves, nous ne faisons qu’exprimer une opinion, relativement à ces trois derniers faits.

Mais il en est deux autres qui sont incontestables. C’est que la Pointe du Vieux-Bic fut la première terre en culture, après celle de José Labrie, au Cap-àl’ Orignal, et que Jean-Pierre Arseneau y construisit, en 1810, la seule habitation de cette époque reculée, qui subsiste encore aujourd’hui : “la Centenaire”.

Pour ces raisons, nos lecteurs nous sauront gré de leur faire l’histoire des différentes mutations de ce beau domaine, en même temps que celle de ses habitants.

En 1810, on s’en rappelle, la Pointe du Vieux-Bic appartenait à Jean-Pierre Arseneau. Celui-ci étant décédé cette année là, sa veuve épousa Abraham Lafrance dit Pinel, qui devint propriétaire de ce domaine et continua les travaux de défrichement de son prédécesseur. Mais il ne devait pas en jouir bien longtemps. En 1816, une action lui ayant été intentée, par le Sieur Amable Dionne, exécuteur testamentaire de Messire Alexis Pinet, curé de St-Louis de Kamouraska, la Pointe fut vendue, le 29 décembre 1817, par le shérif du district, le Sieur Philippe Aubert de Gaspé. Acquise par François Têtu, mar-

chand de Québec, elle devint, par acte de vente du 11 février 1818, la propriété de François Durette.

Le 11 août de la même année, François Durette l’échangea avec Paul Côté, pour une auberge que celui-ci tenait à Montmagny. Paul Côté a fait souche dans la paroisse, et trois générations de sa famille se sont succédées dans la possession de la Pointe du Vieux-Bic, connue pendant près d’un siècle, sous le nom de “Pointe-à-Côté”.

Le 19 novembre 1855, Paul Côté la donnait, par testament, à son fils Isidore qui, lui-même, la transporta à son fils Louis-Napoléon, en 1870. Ce dernier en fut le propriétaire jusqu’au 20 avril 1904, c’est-à-dire pendant trente-quatre ans. A cette date, il la vendit à Monsieur Pierre Ross. Enfin, au cours du dernier quart de siècle, elle a appartenu successivement à Monsieur Pierre Ross, puis à Monsieur Lazare Roy et enfin à Monsieur Octave Lavoie, qui la possède, depuis le 16 mars 1920.

La famille Côté a joué un rôle si considérable dans la paroisse de Ste-Cécile du Bic, qu’il nous a paru convenable de lui consacrer les quelques pages qui vont terminer cet article.

Paul Côté naquit, le 22 juillet 1785, à St-Pierre Rivière du Sud, du mariage de Jean-Baptiste Côté et de Marie-Anne Blouin. Devenu orphelin, à l’âge de trois ans, il fut élevé par son tuteur, le capitaine Blais, de St-Pierre Rivière du Sud. Le 14 avril 1806, il épousa, dans l’église de cette paroisse, Demoiselle Françoise Talbot et vint s’établir dans le village de Montmagny. Il y tenait une auberge, lorsque le duc de Kent, père de la feue reine Victoria, y passa l’hi-

ver avec son régiment. Ce fut cette auberge qu’il échangea, le 11 août 1818, avec François Durette, pour la Pointe du Vieux-Bic.

Le 28 mai 1831, en vertu d’une proclamation de Lord Aylmer, il devenait Capitaine de Milice ; et, le 14 juillet 1847, Major du 1er Bataillon de la Milice Sédentaire de Rimoüski. Ce fut de tradition dans la famille. En effet, Isidore, son fils, fut nommé Capitaine, en 1847; Louis-Napoléon, son petit-fils, Capitaine de la Compagnie No. 5 du 89ème Bataillon, en 1869 ; et Louis-Philippe, fils de ce dernier et arrièrepetit-fils de Paul, Capitaine de la même compagnie, en 1898.

On peut dire que Paul Côté fut, avec le seigneur Campbell, le principal artisan des progrès de la paroisse du Bic, et la cheville ouvrière de toutes les entreprises d’intérêt public, pendant la première moitié du siècle dernier. Nous nous en convaincrons, en lisant, dans un autre volume de cette monographie, les procédures relatives à l’érection de la seigneurie en paroisse et à la construction des premiers édifices religieux. Il décéda en 1855, laissant une mémoire sans tache et un beau nom à ses enfants.

Son fils, Isidore, continua les traditions paternelles et se distingua par son zèle à promouvoir la cause de l’organisation religieuse et civile de la nouvelle paroisse, dont il fut l’un des citoyens les plus en vue. Il mourut le 12 janvier 1894, âgé de 83 ans. Son épouse, Généviève Lavoie, était décédée le 30 juin de l’année précédente.

Enfin, Louis-Napoléon, fils de ce dernier, a occupé pendant de nombreuses années, dans la paroisse du

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Bic, les charges importantes de maire, conseiller, commissaire des écoles, greffier de la municipalité civile et de la commission scolaire. Très richement doué au point de vue intellectuel et très cultivé, il jouissait d’un grand prestige et d’un crédit puissant auprès de ses concitoyens dont il était l’aviseur, dans les affaires les plus importantes.

Les vieux conservateurs, — les libéraux aussi sans doute, — se rappellent le zèle qu’il déployait dans l’organisation des forces de son parti dont il était le chef dans la paroisse. En 1888, il brigua les suffrages de l’électorat du comté de Rimouski, mais ne fut pas heureux, parce que deux candidats du même parti se disputaient les votes.

Très influent auprès des gouvernements dont il eut presque toujours le patronage, ses concitoyens le déléguaient auprès des autorités, quand il s’agissait de solliciter des faveurs d’utilité publique.

Enfin, des revers de fortune le forcèrent à laisser la belle Pointe du Vieux-Bic, si remplie de souvenirs pour lui, et cette vieille maison qui avait abrité trois générations de sa famille. Il mourut à Québec, le 15 décembre 1905, à l’âge peu avancé de cinquante-neuf ans. Plusieurs enfants lui survivent : Marie- Louise, épouse du Capitaine Elzéar Heppel, de Matane; Louis-Philippe, commerçant et comptable à Notre-Dame du Lac Témiscouata; Louis-Napoléon, gardien du phare du Cap des Rosiers; Marie-Luce, Emile, Alice, Maria, Cécile et Jean-Charles.

Nos lecteurs du Bic aimeront sans doute à jeter un coup d’oeil sur le tableau ci-dessous, que nous devons encore à Monseigneur C. A. Carbonneau, et

qui fait, en quelques lignes, la généalogie de cette famille intéressante.

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