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Chapitre Premier

Topographie et Description

§ 1. — Situation.— “Bic the Beautiful”.

Le Bic est situé sur les bords du St-Laurent et le parcours du Chemin de Fer National Canadien,

dans les comté et district de Rimouski, province de Québec, à une distance approximative de cent cinquante milles de la capitale provinciale et de onze milles de Rimouski, le chef-lieu du district. Formée de toute la seigneurie du même nom et d’une partie de sa voisine, celle des Lepage de St-Barnabé, cette belle et grande paroisse doit avoir une superficie de trente-trois milles, soit onze de front et trois de profondeur. Solidement assise sur les falaises du fleuve St-Laurent qui la borne au nord-ouest, elle est enclavée entre les paroisses de Notre-Dame du Sacré- Coeur, au nord-est, de St-Valérien, au sud-est, et de St-Fabien, au sud-ouest. Voilà sa situation topographique.

Le Bic est essentiellement pittoresque. C’est l’idée que son nom, pittoresque lui-même, évoque du premier coup. Il semble même qu’on le sait déjà, avant de l’avoir visité. Et, quand on a eu cette bonne fortune, on reste avec cette impression, qui ne s’effacera plus, que nos yeux ravis se sont reposés sur quelque chose de neuf et d’original, qu’on ne se rappelle pas avoir vu nulle part.

Il est indiscutable d’ailleurs que ce petit coin de terre, dont la nature est à la fois si calme et si tourmentée, est d’un pittoresque unique, d’une beauté

sans égale. Adolphe Poisson, dans Le vaisseau allemand, compare ses paysages à ceux du Rhin :

. c’est le Bic dont l’agreste nature

Leur rappelle le Rhin .

D’autres admirateurs de cette nature, enchanteresse dans sa sauvage beauté, l’ont surnommé La Suisse de Québec. On est frappé de la justesse de cette appellation, quand on voit ces sites variés, ces hautes montagnes et ces pics escarpés, ces rivières rapides dont les eaux roulent avec fracas dans les rochers, ce hâvre minuscule, gai miroir, où, tour-à-tour, montagnes, falaises, îles et caps se mirent avec infiniment de coquetterie.

L’un de nos littérateurs, Sir James Lemoine, l’auteur bien connu des Maple Leaves, traduisait ainsi son admiration pour cette baie : “The bay of Bic is of incomparable beauty. The heroine of Mrs. Brooke, Emely Montague, on viewing it, in 1767, exclaimed : “I wish I were queen of Bic.”

Notre charmant écrivain, Jean-Charles Taché, dans ses Trois Légendes mon Pays, n’est pas moins enthousiaste : “Aussi bien, écrit-il, est-ce un endroit d’un pittoresque ravissant que le Bic. Un bassin assez vaste pour être majestueux, assez petit pour être embrassé d’un coup d’oeil, une plage coupée de dentelures profondes, accidentée de platins, de caps et de falaises, un arrière plan de montagnes taillé profusément, comme tous les paysages de notre Canada, dans l’étoffe du globe. Deux rivières descendant en cascades, des gorges voisines, viennent

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verser leurs eaux aux deux extrémités de la baie. Puis, du côté du large, une entrée rétrécie, bornée par deux caps élevés, rendue plus étroite encore par la présence de deux îlots escarpés et sauvages, se dessinant sur les grandes eaux du St-Laurent; pour horizon, partie de Pile du Bic, à près de deux lieues au large, et la côte nord du fleuve, distante de neuf lieues.”

Enfin, c’est encore pour rendre hommage à la beauté pittoresque du Bic, que les touristes qui depuis de nombreuses années, fréquentent cette perle des plages, pendant la saison de l’été, lui ont donné un nom qui sonne si bien, malgré son accent étranger: Bic the Beautiful! L’Europe n’a pas mieux qualifié : Gênes la Superbe et Nizza la Bella (Nice la Belle) .

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§ 2. — La Muraille. — Les Montagnes du Bic.

Ce qui charme davantage les visiteurs et qui a le plus contribué à mériter au Bic son nom de Suisse de Québec, c’est bien la multiplicité et la hauteur des montagnes ou pics de montagnes qui l’encerclent de toutes parts et dont il est tout hérissé. Qui n’a pas entendu parler des Montagnes du Bic? et qui n’en garde le souvenir, n’y fût-il passé qu’une fois? Bic d’ailleurs, nous le prouverons plus loin, n’est que la corruption du mot Pic, sous lequel Samuel de Champlain l’a désigné d’abord.

Plus tard, pour la même raison que le fondateur de Québec, les voyageurs du St-Laurent l’appelaient La Muraille. Rien aussi ne donne plus l’impression d’une muraille que cette longue suite de montagnes élevées qui se succèdent, sur un parcours de plusieurs milles, et dont l’escarpement, sur les bords du fleuve surtout, fait spontanément penser aux ramparts d’une place fortifiée. Il faut lire à ce sujet ce que Sir James Lemoine écrivait, dans ses Chronicles of the St. Lawrence :

“From St. Simon, the traveller, after a pleasant drive, strikes the mountainous and exceedingly beautiful scenery of Bic. One hill only, in my opinion, in this distant région, exceeds in height the hills and précipices of Bic ) that is the precipitous hill, nine miles from Murray Bay, called La Côte du Grand Ruisseau. Amidst these alpine heigts, the Interco-

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lonial Railways runs; at one spot, near Bic, the train glides along a mountain gorge some two hundred feet in the air”.

Et cette description non moins intéressante extraite du Baedeker’s Canada :

“Just beyond Bic, the railway passes one of the most romantic pièces of scenery, in its whole extent, running on a shelf eut out of the steeps hills surrounding the village, with the cliffs rising 250 ft. above the train on the left, while below, to the right, lie the low-lands adjoining the St. Lawrence, as well as the river itself, here 25 miles wide” .

Aussi ce n’est pas sans un peu d’émotion, mêlée de ravissement, qu’on circule à travers ces rochers escarpés et ces précipices béants dont la vue donne le vertige. La nature avait mis là tous les obstacles à la construction d’un chemin de fer. Mais, comme il fallait passer à tout prix, et qu’il était aussi impossible de détourner cette montagne que de la traverser à sa base ou à son sommet, on la coupa en son milieu pour y asseoir la voie ferrée. Inutile d’ajouter que cette opération ne se fit pas sans dépenses énormes et nombreuses pertes de vie.

Et que d’éboulis considérables se produisirent dans la suite, qui causèrent parfois de désastreux accidents ! Un jour, — il y a bien trente à trentecinq ans de cela, — tout un convoi de marchandises, composé d’une vingtaine de wagons, chargés de grain, culbuta au fond de l’abîme. Une autre fois,

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un quartier de rocher, détaché de la montagne, sous l’effet des dégels du printemps, avait roulé sur la voie et obstruait complètement le passage. Heureusement, une femme qui passait par là avait vu le danger et, sans tarder, était allée avertir le chef de la gare, qui lui-même donna l’alarme aux stations voisines, afin d’arrêter la circulation des trains. C’est depuis cet incident, croyons-nous, qu’un gardien surveille constamment ce passage dangereux, pour parer aux nouveaux éboulis qui pourraient se produire.

Mais c’est le revers de la médaille. Par contre, quel paysage admirable ! L’expression de Sir James Lemoine, excedingly beautiful, n’a rien d’exagéré. Cette nature accidentée et sauvage a un charme empoignant. Et, en vertu de la loi des contrastes, les paysages calmes et tranquilles qui se dessinent au pied de ces pics alpins, ont un attrait encore plus saisissant.

Un jour, voyageant de Rome à Naples, en Italie, nous avons joui, au-delà de toute expression, d un tableau bien charmant. Au pied des cimes tourmentées et couvertes de glace des Apennins, des scènes pastorales se déroulaient dans un décor estival. Ce violent contraste nous a charmé et rappelé Le Bic. En effet, c’est bien l’impression qu’on éprouve quand, revenant de St-Fabien, on arrive dans ces montagnes. Du sommet de ces pics escarpés, tout à coup l’horizon se découvre et l’on voit surgir le havre. Qui n’a pas été frappé de l’impression de calme et d apaisement que sa vision laisse alors dans tout noti e être ? Il est si coquet dans sa parure de plages, d’anses, de caps et d’îlots, aux contours harmonieux et aux for-

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mes si assorties ! C’est à l’heure de la marée, quand le soleil le baigne de ses rayons, qu’il est vraiment en beauté. Ceux qui l’ont connu à cette heure en gardent un souvenir ineffaçable.

Ce sont les hautes montagnes traversées par le chemin de fer que nous venons de décrire. Mais il n’y a pas que celles-là qui hérissent le sol du Bic. Nous nous rappelons avoir lu, dans des notes de voyage, — il y a bien des années, — à peu près la substance de cette fantaisie : “A l’époque de la création, Dieu ayant fait les montagnes, chargea un ange d’aller les distribuer sur toute la surface du globe. L’esprit ailé s’élança vers notre planète, portant ces lourdes décorations dans les pans de son manteau bleu. Fidèle exécuteur des ordres de son Maître, il s’acquitta de sa mission délicate, y mettant bien sans doute, ici un peu de parcimonie, là trop de prodigalité, mais en somme satisfaisant tout le monde. Cependant le messager céleste avait manqué de coup d’oeil. Arrivé au Bic, terme de son voyage, son manteau pesait encore lourdement. Comment remporter ces ornements désormais inutiles, et avouer son erreur au Père Eternel ? Il fit ce que nous aurions fait nous-mêmes, en pareille circonstance : entr’ouvrant son manteau, il le secoua vigoureusement . C’est pourquoi il y a tant de montagnes au

Bic . ” Cette explication, peu conforme au texte

de la Bible, ne manque pas au moins d’originalité et d’esprit.

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§ 3. — Le Mont St-Louis. — Le “Pincio” des Bicois. — Une relique de l’amiral Walker. — Salut royal au prince de Galles. — La croix de la montagne.

Le plus pittoresque de ces pics qui émaillent le sol onduleux du Bic, comme aussi le plus plein de souvenirs, est bien le Mont St-Louis, qui se dresse comme une citadelle, au centre du village. Son nom, nous le verrons dans un autre volume, lui fut donné en 1877, pour honorer le curé du temps, Messire Louis Desjardins.

A cette époque, comme aujourd’hui d’ailleurs, le Mont St-Louis était le lieu de rendez-vous des Bicois, de ceux surtout que hantait le besoin de se griser de larges horizons et de beaux panoramas. Du sommet de ce cap, en effet, la vue embrasse tout le vaste village, avec ses habitations proprettes et ses belles villas; le hâvre, toujours pimpant dans sa parure d’îlots verdoyants, d’anses et de caps; les deux rives du fleuve, avec leurs villages et leurs clochers, dans un rayon de plusieurs lieues. C’est assurément quelque chose d’unique en son genre. La fameuse colline de Fourvières, à Lyon, le Voméro de Naples, le Pincio de Rome et le Montmartre de Paris, si célèbres dans le monde entier, ne sont peut-être supérieurs au Mont St-Louis du Bic que par les merveilles d’architecture que la main de l’homme y a édifiées, sous un ciel qui donne un charme magique à toutes les choses.

Rien d’ étonnant donc si ce rocher a été, depuis les

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origines de la paroisse, le principal centre d'attraction des habitants. Aussi, s’il pouvait parler, que d’histoires intéressantes il raconterait ! Que d’ébats enfantins il favorisa! Que de couples heureux il vit passer, et que d’autres, effleurés par la souffrance, vinrent s’asseoir sous les frais ombrages de ses bosquets de sapins ! Que de rêves d’avenir il devina ! Que de confidences, d’aveux et de serments il entendit murmurer ! .

C’est sur le Mont St-Louis qu’avaient lieu les grandes manifestations publiques. On y tirait les feux d’artifice et les salves de mousqueterie, à l’occasion de la visite de l’évêque, de la Fête-Dieu et de tous les principaux événements paroissiaux. Un canon même s’y trouvait en permanence, un canon authentique, monté sur une charpente de pièces de cèdre à peine équarries, en guise d’affût. Et, à la visite de l’évêque, lorsque le cortège épiscopal, précédé de la légendaire cavalerie, soulevait d’épais nuages de poussière sur les hauteurs de la Rivière-Hâtée, le canon tonnait du haut du promontoire, et ses échos puissants allaient dire aux paroisses avoisinantes l’allégresse des heureux Bicois.

Mais ces démonstrations bruyantes causèrent souvent des accidents plus ou moins graves. Un jour de visite épiscopale, un brave jeune homme, du nom de Jules Gagné, y perdit la vie. Il avait commis l’imprudence de recharger le canon, avant qu’il ne fut suffisamment refroidi. Le coup partit, alors que le malheureux, armé d’une barre de fer, y introduisait la bourre. La mort fut instantanée, et les membres déchiquetés de la victime roulèrent sanglants

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au pied de la montagne. Dans une autre circonstance, le canon déjà avarié peut-être, se fendit sous une charge trop forte, et ses éclats allèrent semer la terreur dans le village, enfonçant le toit d’un hangar et donnant la frousse à tous les habitants.

Un autre, qui avait toute une histoire, le remplaça. Un capitaine de navire l’avait donné à feu le notaire Chamberland, lui affirmant qu’il provenait de la flotte de l’amiral Walker, qui devait bombarder Québec, en 1711. On le sait, la Providence déjoua les calculs de l’amiral, qui vit tous ses vaisseaux se briser sur l’Ile-aux-Oeufs, dans le fleuve. Ce souvenir d’un grand désastre fut donc hissé sur le Mont St-Louis, où il est demeuré jusqu’en 1895, à peu près; alors que son propriétaire, feu William Chamberland, le plaça devant sa demeure, sur un nouvel affût . Le premier, en effet, avait eu une triste fin.

Des gamins, qui sont aujourd’hui des hommes rangés, (vont-ils se reconnaître au moins ?) après bien des efforts, dignes d’une meilleure cause, étaient parvenus à lui faire exécuter un plongeon au bas du

cap . Il n’en est jamais revenu . Le canon lui-

înême l’aurait suivi, mais il était si lourd ! .

Le souvenir du désastre de 1711 fut donc exposé devant la résidence de feu William Chamberland et resta plusieurs années, l’objet de l’émerveillement et de la curiosité des jeunes. L’auteur de ces lignes voit encore, comme si ce souvenir était d’hier, l’inscription dont on l’avait décoré, où se détachaient, en grosses lettres rouges, ces mots si évocateurs pour l’imagination d’un écolier que les souvenirs historiques commençaient à captiver : “This is a relie of

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Walker”. Feu le protonotaire Arthur Chamberland, de Rimouski, a hérité de cette relique qui doit appartenir encore à ses enfants.

Au risque de nous écarter un peu de notre sujet, nous ne pouvons résister à la tentation de rappeler ici un autre incident dont le même canon, probablement, fut l’occasion. En 1860, le prince de Galles, fils de la feue reine Victoria, qui devait devenir plus tard le roi Edouard VII, faisait son premier voyage au Canada. Rien ne s’était encore produit de remarquable, depuis que la flotte royale était entrée dans les eaux canadiennes. Mais voilà qu’en vue du Bic, on entend du large les échos de la puissante voix du canon se répercuter dans le lointain. C’est une démonstration officielle, il n’y a pas à en douter .

Aussi les canons du bord de répondre aussitôt à ce salut royal, à la grande joie des gamins qui avaient monté le coup. C’était en effet une espièglerie des fils de feu Georges Sylvain, alors gérant au Bic des établissements de Price Brothers. Au prix de grands efforts, ils avaient pu transporter un canon sur l’Isletau-Massacre, s’étaient procuré de la poudre, Dieu sait par quel moyen, avaient guetté, des heures durant, le croiseur anglais et présenté au royal visiteur les premiers hommages du peuple canadien .

En effet, le lendemain, les journaux de Québec annonçaient que le prince avait été salué au Bic, par une salve de plusieurs coups de canon. C’est feu Philippe Sylvain, décédé presque octogénaire, il y a deux ans, assistant-bibliothécaire du Parlement d’Ottawa, qui nous a raconté cette aventure dont il avait été le héros principal. Est-ce pour cela qu’il a oc-

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cupé, si longtemps, au service du même prince devenu son roi, une position importante et enviable qu’il a remplie avec une compétence et une courtoisie dignes de tous les éloges ? .

Mais revenons au Mont St-Louis et terminons cet article déjà assez long. Beaucoup de nos lecteurs se rappellent qu’il n’y a pas bien des années, une grande croix en bois s’élevait sur la montagne. Erigée et bénite solennellement en 1877, elle était déjà bien vieille quand la dernière bourrasque qui vint l’assaillir — pourtant elle en avait vu bien d’autres ! — la terrassa. Tant d’hivers avaient passé sur sa tête ! tant de tempêtes l’avaient secouée! Elle était d’ailleurs si lourde d’expérience et de souvenirs, qu’elle accepta l’inévitable.

Il fallait voir les nombreuses meurtrissures qu’elle portait sur tout son corps et jusqu’aux dernières extrémités de ses larges bras, étendus depuis plus de quarante ans, au-dessus de ce village, en signe de protection ! Que de nom de jeunes, aujourd’hui des vieillards, ou de disparus depuis longtemps, emportés eux-mêmes par la bourrasque, on pouvait y lire ! Que de symboles s’incrustaient dans son bois vermoulu ! Combien de monogrammes accolés l’un à l’autre y racontaient l’éternelle histoire du coeur humain et des amours qui ne doivent pas mourir ! On restait tout rêveur devant ces premières pages d’une idylle dont le vaste cimetière, qui se découvrait làbas, narrait à son tour le dénouement fatal et le commun épilogue ! .

Quel malheur qu’elle ne soit plus là la vieille croix de la montagne ! Elle rappellerait tant et de si

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bons souvenirs aux adolescents d’il y a trente ans, les hommes d’aujourd’hui ! Maintenant qu’il a neigé sur leur tête, avec quelle volupté ils évoqueraient, en la revoyant, la mémoire des heures d’insouciance heureuse de jadis, passées sous son égide protectrice !

Mais l’heure de la résurrection va sonner bientôt. Au moment où nous écrivons ces lignes, Le Bic, bulletin paroissial du sympathique et distingué curé de la paroisse de Ste-Cécile, nous apprend qu’un comité vient d’être formé, pour ériger une nouvelle croix sur le Mont St-Louis. Elle sera en métal et ornée de nombreuses ampoules électriques, afin qu’elle soit lumineuse, la nuit. Ce sera un spectacle magnifique et un ornement d’un symbolisme touchant que cette croix qui, toute ruisselante de lumières, étendra ses bras sur le village endormi. Sub umbra alarum tuarum, protégé nos ! Monsieur le chanoine Sirois, pour avoir conçu cette heureuse idée et travaillé à sa réalisation, aura un titre à la reconnaissance, non seulement des paroissiens d’aujourd’hui, qui lui doivent déjà tant d’autres sages réformes ; mais aussi des anciens, qui regrettaient la disparition de la vieille croix de la montagne.

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§ 4. — Panorama du Bic. — Description.

Mais nous voilà bien loin de notre sujet. Comment aussi résister à la tentation de rappeler ces souvenirs d’un autre âge, auxquels on revient si volontiers, quand on est lancé dans la carrière et qu’on fait la lutte pour la vie ?

Nous avons laissé nos bienveillants lecteurs dans les montagnes du Bic, pour nous perdre dans cette

évocation de souvenirs toujours si vivaces . Mais

revenons à notre sujet. Avec Sir James Lemoine, nous admirions le panorama excedingly beautiful, qui se déroule au pied de ces pics alpins. Continuons donc notre excursion.

Tout à coup, sans transition aucune, le fleuve se découvre et étale sa belle nappe d’azur sombre. A la base de cet amas de rochers, les flots viennent former les tableaux les plus riants, les sites les plus enchanteurs. Ici les vagues se ruent sur un cap taillé à pic, avec tant de violence, que les navigateurs du St-Laurent lui donnent le nom symbolique de Cap- Enragé, bien en harmonie d’ailleurs avec le souvenir de l’hécatombe de l’Ilet-au-Massacre, qui ensanglanta, jadis, ce coin de terre. Là, c’est l’Anse-aux-Bouleaux, petite baie de sable, boisée de bosquets de bouleaux blancs, célèbre par les pique-niques et les joyeuses excursions dont elle fut si souvent le théâtre.

Puis c’est l’Ile-des-Amours, minuscule et fraîche touffe de verdure émergeant des flots bleus. Le sé-

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jour de Calypso, témoin de ses amours avec Télémaque, devait lui ressembler. Faut-il voir dans cette circonstance la raison de son nom suggestif? Ou, ne serait-ce pas plutôt qu’elle a abrité d’autres amours,

plus plébéiennes, mais non moins sincères? . Bien

que toutes les suppositions soient possibles, la dernière a toutes les chances de recueillir le plus grand nombre de suffrages.

Deux autres rochers se dessinent plus loin, sur les eaux calmes et tranquilles du havre du Vieux-Bic, dont nous côtoyons maintenant les plages sinueuses : les îlets au Massacre et Brûlé. Le premier évoque des souvenirs de barbarie et de carnage; le second rappelle celui d’un incendie qui le laissa sombre et dénudé, pendant de longues années.

Et maintenant, c’est la Pointe du Vieux-Bic, appelée souvent la Pointe-à-Côté, en mémoire d’une famille distinguée qui la défricha et vit trois générations se succéder dans la possession de ce domaine. Jacques Cartier, visitant le Saint-Laurent, y débarqua en 1535 et y passa plusieurs jours, comme en fait foi le récit de sa Seconde Navigation. Les eaux du fleuve viennent la baigner au nord et au sud ; et cette langue de terre, d’abord très étroite, qui va en s’élargissant sur un parcours d’environ un mille, forme, au point de sa réunion avec la côte, le plus charmant petit havre qu’il soit possible de rêver. Les eaux, calmes et unies comme un miroir, dorment dans un lit de sable, au pied des falaises élevées, sur lesquelles le village est assis. A son extrémité, la rivière du Bic, après avoir coulé en cascades dans des gorges profondes, se précipite d’une chute natu-

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relie d’une hauteur de cinquante pieds à peu près, et mêle ses eaux à celles de la baie. Sis en amphithéâtre au pied des massifs du Mont St-Louis, le village déroule sa longue série d’habitations proprettes qui respirent l’aisance, de belles résidences d’été, d’élégantes villas, de vastes magasins et d’usines florissantes.

A son point le plus élevé, sur la déclivité d’une colline, est perché, comme l’aigle dans son aire, un beau temple d’architecture romane, dont la croix d’or et la flèche d’argent se dessinent, non pas sur l’azur du ciel, mais dans la fraîche verdure d’une montagne escarpée à laquelle il est adossé.

Nous voici maintenant à la gare du chemin de fer, à peu près au centre de la paroisse. Les sites vont changer d’aspect et les pentes s’adoucir, sans toutefois disparaître. Ceux que l’étude de la géologie intéresse peuvent admirer ici des formations de l’époque Champlain, avec des terrasses bien classiques.

On y a trouvé, il y a une soixantaine d’années, en travaillant à la construction du chemin de fer, les vertèbres d’un monstre marin de l’époque quaternaire. C’était sur le terrain appartenant alors à feu Pierre Santerre, un peu au nord de l’ancienne tannerie. Nous nous sommes laissé dire que ce squelette est conservé au musée zoologique de l’Université Laval, à Québec. (1)

Voir note, page 39.

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Plus tard, il a bien trente ans de cela, on a trouvé au même endroit, en creusant pour la reconstruction d’un réservoir incendié, un lit de plusieurs pouces de gros coquillages marins. Ce qui prouve avec évidence qu’autrefois, — il y a bien des siècles sans doute, — la mer recouvrait tout le village actuel du Bic et avait établi son domaine jusque sur les hauteurs.

Mais terminons enfin notre longue excursion. Nous sommes arrivés à une couple de milles à l’est de l’église. La haute montagne, dont le point culminant est le Cap-aux-Corbeaux et qui nous cachait la vue du fleuve, a disparu. Son extrémité Ouest a formé la Pointe du Vieux-Bic : son extrémité Est forme maintenant la Pointe-à-Batoche. Cette dernière n’est pas moins pittoresque que l’autre. La plage y est plus belle et les horizons plus larges. C’est ici que se trouve la populaire Rivière-Hâtée, l’Eden des touristes, pendant la belle saison. Autrefois un luxueux hôtel, Haté-Bay House, y recevait une clientèle choisie. Aujourd’hui les villégiateurs y louent plutôt des maisons ou des appartements.

Et voilà notre promenade terminée. Nous avons cru sage de la proposer à nos bienveillants lecteurs. Si la chronologie est un des yeux de l’histoire, la géographie en est l’autre. Il importait donc de faire connaître à ceux qui nous feront l’honneur de nous lire, les sites où se sont déroulés les évènements que nous allons relater. On verra que si le panorama du Bic mérite d’être admiré, son histoire devait être racontée.

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(l) Est-ce de ce monstre marin qu’il s’agit dans l’article suivant du Naturaliste Canadien de décembre 1869 ?

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