CHARLES SAUNDERS
“By Command, &c.
“Samuel More”.
Pour faire suite à cette longue citation, au sujet de la flotte de Saunders, rappelons, après .l’historien Garneau, l’arrivée au Bic de celle de l’amiral Durell. Composée de dix vaisseaux, elle servait d avant-garde à la première. La flotte de Durell entra dans le hâvre du Bic, le 23 mai. Des sentinelles, postées sur la montagne, l’observaient avec angoisse et s étonnaient de son immobilité. Elles ignoraient sans doute que cette flotte n’avait pas mission d’aller attaquer Québec, mais seulement d’intercepter les secours qui pourraient venir de France. Citons l’Histoire du Canada de Garneau :
LES ETAPES D’UNE PAROISSE
“Le 23 mai, un courrier annonce l'apparition de
la flotte anglaise au Bic, en 1759 . Les vaisseaux
anglais qui avaient jeté l’ancre au Bic et dont l’immobilité prolongée causait quelque surprise étaient une avant-garde envoyée de Louisbourg, sous les ordres de l’amiral Durell, pour intercepter tout secours de France”.
C’était d’ailleurs pour exécuter un plan bien défini et arrêté d’avance que les vaisseaux français, envoyés au secours de Québec assiégé, s’arrêtaient dans le hâvre du Bic. On s’en convainc en lisant une pièce intéressante, intitulée: “La mission de M. de Bourgainville en France, en 1758-1759”, que Monsieur le Commandeur Pierre-Georges Roy, le distingué Archiviste de la Province, vient de publier, dans son Rapport de 1923-24.
Au nombre des mémoires que M. de Bougainville avait été chargé de présenter au ministre de la guerre, de la part du marquis de Vaudreuil et du général Montcalm, sur la situation désespérée de la colonie, il s’en trouve un, portant la date du 29 décembre 1758 et ayant pour titre : “Que peut faire de son côté la France pour la défense de Québec et dans quel temps doivent partir les secours pour le Canada”. Qu’on nous permette d’en citer le passage suivant :
“A l’égard du temps où il faut que les secours partent, les dispositions doivent être telles que les vaisseaux mettent à la voile, dans les premiers jours de mars, au plus tard le 10 ou le 15. S’ils peuvent
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engolfer mais que les glaces ferment encore le haut du fleuve, ordre à eux de monter jusqu’au Bic, aux gros vaisseaux de mouiller en terre de cette île, où il n’y a jamais assez de courant pour que les glaces en descendant du haut du fleuve puissent les incommoder . ”
Dans le même paragraphe, il y a quelque chose qui va confirmer ce que nous avancerons dans un autre article, touchant le rôle des montagnes du Bic, pendant la campagne de 1759.
“Du Bic, on envoyerait par terre les ordres de la Cour relatifs à la campagne ; les généraux sauraient au vrai la quantité et l'espèce de secours que la France envoie ; ils diraient au public que ces secours sont considérables et qu’on a pourvu à sa sûreté afin qu’il ne soit pas alarmé au commencement de la campagne” .
Trois fois, au cours de ce mémoire et d’un autre de même nature, le gouverneur Vaudreuil et le général Montcalm insistent sur la nécessité d’utiliser le hâvre du Bic, pour consolider les plans de défense de la ville de Québec assiégée. Il ne faut donc pas être surpris des citations qui précèdent et que nous ne multiplierons pas davantage, pour ce qui regarde l’époque de la conquête.
Le hâvre du Bic remplit d’ailleurs le même rôle sous le régime anglais, comme nous allons l’apprendre par quelques textes cueillis au hasard.
LES ETAPES D’UNE PAROISSE
Un recueil très volumineux de lettres de voyage nous est tombé sous la main, ayant pour titres : Letters from Canada, writen during a résidence there, in the year 1806- 1807 and 1808 by Hugh Gray, Edition 1809. Voici ce qu’on y lit :
“We passed to-day the Island of Bique where vessals bound for Quebec and Montreal usually take pilots; for the navigation of the river now becomes more intricate, from the number of islands, banks and shoals which abound. At Bique, there is a good anchorage; and the frigates which corne to convov the Canada ships home, do not in general go higher : it is the general place of rendez-vous. The vessals from Quebec proceed down to Bique to receive their sailing instructions”.
Mais citons encore quelque peu. Le 22 mai 1807, G. Bartheley adressait à Sir Georges Prévost la lettre suivante :
“Halifax, Nova Scotia
“22d. May 1807
“His Excellency the Governor of Quebec.
“Being directed by the Lords Commissionners of the Admiralty to furnish a Convoy for England from Quebec, by the 28th. of October, I shall esteem it was a favor if you will cause the Merchants to be acquainted that a King’s ship will be sent to the Isle
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cf Bic at that time, where they will appoint the trade to Rendez-Vous and to acquaint me with any alteration they may wish, as early as possible.
“I remain, Sir,
“Your most obedient humble servant
“G. Bartheley”.
Enfin, ajoutons quelques extraits des correspondances échangées, en 1812, lors de la guerre américaine :
“private” “Halifax, N.S., Oct. 20th. 1812
“My dear Sir George,
“I hâve sent the Herald Sloop of war with 100 men & Col. Hamilton of the lOOth. Regt. to land them Bique, Green Island, or as high up as he can get at this very advenced season of the year; I sincerely wish it were in my power to hâve sent you 1000 men instead of the small number above described .
“I beg to présent my best Compliments to lady Prévost and family.
“Believe me, my dear Sir Georges,
“Most sincerely yours,
“John Borlase Warren”.
De Cap-Chat, sur le fleuve, le Capitaine N. C. White adresse la suivante à Sir Georges Prévost :
LES ETAPES D’UNE PAROISSE
“His Excellency
“Lieut. General Sir G. Prévost, Bart., “Governor in Chief.
“Sir,
“I am directed to wait at the Isle of Bique, still the 20th. of July, and then to sail for England, with His Majesty’s ship Cyane and such Merchants vessals .
“Capt. N. C. White, R.N.” “Centaur” off Cape Chat
“River St-Lawrence
“23td. June 1814”.
En voilà suffisamment pour montrer que le havre du Bic a joué en réalité, à toutes les époques, le rôle qu’on lui désirait dès les origines de la colonie. Nous aurons occasion de voir plus loin que, pendant plus d’un siècle encore, après les évènements que nous venons de raconter, il fut la station des pilotes du St-Laurent.
G. A. G A GIS ON Trois-Pistoles, <>ué.
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§ 11. — Les Montagnes du Bic, poste d’observation à l’époque de la conquête. — Un incident dramatique de l’arrivée du “Richmond”.
Mais si le havre du Bic était le lieu de rendez-vous des vaisseaux de guerre français, pendant les années terribles qui s’écoulèrent de 1755 à 1760, les hautes montagnes qui l’avoisinent servaient de poste d’observation aux messagers envoyés de Québec, pour surveiller l’arrivée des troupes d’outre-mer.
On se rappelle le passage du mémoire de Monsieur de Bougainville, reproduit dans l’article précédent. On y a lu que les ordres de la Cour, émanés des vaisseaux en rade, dans le hâvre du Bic, devaient être portés à Québec, par voie de terre, ainsi que toutes les informations utiles au salut de la ville assiégée. On n’a pas oublié non plus — ce qui prouve bien que ce plan de défense était appliqué — qu’en 1759, des messagers de l’état-major français étaient en sentinelle, sur les hauteurs du Bic, et surveillaient la flotte de Durell, ancrée dans le port.
Il est donc sûr qu’il y avait là constamment des sentinelles, surveillant le hâvre et épiant le mouvement des navires qui y entraient. Des messagers à leurs ordres, devaient aller avertir les assiégés des secours qui leur viendraient ou des renforts que recevraient les assiégeants.
La situation de la montagne du Bic convenait exceptionnellement à ce rôle, et il eût été difficile de trouver un plus bel observatoire. Du sommet du pic
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principal, “Le Pic”, d’une altitude de 1470 pieds audessus du niveau de la mer, on domine le fleuve St- Laurent, sur toute sa largeur et dans un rayon de plusieurs lieues.
Le Journal de Knox rapporte qu’un jour de 1759, les sentinelles suivaient, avec anxiété, les évolutions d’une flotte considérable qui venait d’entrer dans le hâvre. Des signes non équivoques de joie et d’espérance se manifestaient sur leurs traits. En effet, le drapeau blanc fleurdelisé apparaissait au mât du vaisseau amiral et claquait joyeusement à la brise. La France s’était donc enfin décidée à envoyer du secours à la colonie qui agonisait ! .
Les sentinelles, au nombre desquelles se trouvait un prêtre, se préparaient à dépêcher des courriers à Québec, pour annoncer l’heureuse nouvelle ; lorsque, tout-à-coup, le drapeau blanc glisse sur le mât du vaisseau amiral, pour faire place à la croix-rouge
anglaise . C’était une ruse de l’ennemi. Au lieu
du secours attendu et désiré, c’était la flotte de Saunders qui venait d’entrer dans le hâvre. Et ce navire qui, tantôt, battait pavillon français, c’était la frégate “Richmond”, portant à son bord le général Wolfe, le futur vainqueur de Montcalm .
A cette vue, le prêtre tombe foudroyé. La brusque réaction qu’avait produite, sur ses nerfs tendus, ce passage subit de la joie à la douleur, de l’espérance au désespoir, l’avait tué .
Qu’on nous permette de citer le texte de ce récit reproduit de Forest, Stream and Seashore. L’auteur de cette brochure dit l’avoir emprunté lui-même au Journal de Knox.
SOUS LA TENURE SEIGNEURIALE
“It was from these heights (les montagnes du Bic), on a fair day in June, long years ago, that anxious eyes watched a fleet of war-ships, making the way of the St-Lawrence. Nearer it came until the watchers could discern that it carried the flag of France. There was joy in every heart. The long expected succor had arrived from beyond the seas, and swift messengers made ready to carry the glad tiding to Quebec. Suddenly, as they look, the enseign of the leading vessal was run down and the red cross of England flutted in breeze. Having corne this far, statagem was no longer needed. The vessal was the Richmond frigate, carrying General Wolfe, and with him was an army equipped for the conquest of Canada. The fleet cast anchor withing sight of Bic Island.
“Among the watchers on the heights was a priest, vvhose nerves had been struck to the utmost tension with joy at the sight of his country’s flag. When the dread truth was so suddenly revealed to him, nature could bear no more, and he fell to the earth, — dead. . ”
Il nous a été impossible de découvrir le nom de ce prêtre patriote, victime malheureuse d’un amour trop grand pour son pays menacé. Monsieur Pierre- Georges Roy, consulté à ce sujet, a qualifié de “pure invention” ce récit de Knox, reproduit par Forest, Stream and Seashore. L’éminent chercheur, si bien au courant de tous les petits faits de notre histoire, a sûrement classé cet épisode dramatique dans la catégorie qui lui convient.
LES ETAPES D’UNE PAROISSE
Nous avons tenu cependant à raconter cet incident. Quand même ce ne serait qu’une légende, il semble qu’elle mérite d’être conservée. La légende n’estelle pas la poésie de l’histoire ?
SOUS LA TENUR.E SEIGNEURIALE
12. — Le pilotage du St-Laurent. — Le Bic station officielle. — La législation de Sir James Murray. — Le Sieur David Algéo nommé surintendant des Pilotes du Roi à l’île du Bic. — Autres législations. — La Corporation des Pilotes. — Abolition de la station du Bic.
On a vu, dans quelques-uns des articles précédents, le rôle de toute première importance du beau et grand hâvre du Bic, sous le régime français et même après la conquête. Aussi on trouvera tout naturel qu’il ait été choisi, dès les débuts de la domination anglaise, pour être la station des pilotes, chargés de conduire les transatlantiques à travers les écueils de notre grand fleuve.
Ceci nous oblige à faire, en quelques lignes, l’histoire du pilotage. Nous ne sortirons pas de notre sujet, car le pilotage du St-Laurent est lui-même une page intéressante de cette monographie. Nous le verrons, en effet, dans l’article suivant, c’est à l’organisation de ce service que Le Bic doit surtout d’avoir été habité et colonisé, à la fin du dix-huitième siècle.
Pour faire l’historique du pilotage, il faudrait remonter tout-à-fait à l’origine de la colonie. Cependant, pour éviter des longueurs et des redites inutiles, contentons-nous de rappeler que, sous la domination française, les transatlantiques, en entrant dans le St-Laurent, allaient reconnaître l’île du Bic et, de là, cinglaient vers Tadoussac”. Comme ils atteignaient ensuite Québec, en suivant le chenal du
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nord, c’est à la Baie-St-Paul, à la Petite-Rivière, ou à l’Isle-aux-Coudres qu’ils prenaient leur guide. Il en résulta que la plupart des pilotes — bien peu nombreux à cette époque — s’étaient établis et résidaient sur la rive nord du fleuve.
Mais, sous la domination anglaise, les navigateurs se mirent à voyager plutôt par le chenal du sud. Aussi, les pilotes émigrèrent sur la rive sud, en particulier aux Trois-Pistoles, au Bic, à Rimouski et à Ste-Luce. Des générations de cette caste intéressante se sont, en effet, succédées dans ces paroisses et quelques autres du voisinage.
On n’imagine pas le prestige et la considération dont jouissait alors cette classe privilégiée et enviée. Les pilotes formaient une petite aristocratie, pour laquelle on avait une espèce de culte. C’est ce qui explique l’encombrement de cette carrière et les nombreux abus, résultant de la compétition, qui se produisirent à cette époque.
Pour les réprimer et en prévenir de nouveaux, Sir James Murray, deuxième gouverneur anglais du Canada, fit une législation qui réglementa le pilotage du St-Laurent. Le 24 juin 1762, il émana la proclamation suivante, page intéressante de l’histoire du Bic. C’est ce qui nous a engagé à la reproduire presqu’en entier.