‹ Le bien et la loi moraleChapitre 2 sur 19 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

expérimentaux, je n'ai traduit Tannée suivante (1861) le livre de YOrigine des espèces de Ch. Darwin que parce qu'il apportait un nouveau faisceau de preuves à nia conviction déjà entière et fondée sur une large induction de la totalité des faits connus.

Voilà pourquoi, aussi, je n'ai pu suivre Ch.

Darwin, ni dans ses longues réticences, relativement à l'origine de l'homme, dont il devait s'affranchir seulement dix ans plus tard, ni dans son hypothèse de la Pangénèse, qui creusait de nouveau, entre le monde organique et le monde inorganique cet abîme que la doctrine de l'évolution avait comblé entre la nature animale et la nature humaine, ou plutôt entre ce que jusqu'alors on nommait d'un côté la matière et de l'autre côté l'esprit '.

Le volume que j'offre aujourd'hui au public a, en effet, pour but principal de montrer que

1 Voyez, préface de la troisième édition de ma traduction française de YOrigine des E.spcces et mon mémoire publié dans la Revue d'anthropologie, 1877, sous le titre: Deux hypothèses sur l'Hérédité.

PRÉFACE. IX

l'hypothèse dualiste, qui sert de fondement au spiritualisme cartésien, est en contradiction avec un idéal du monde conforme au sentiment de l'équité; que Ton s'est trompé totalement jusqu'ici, aussi bien sur la notion de matière que sur celle d'esprit; que l'hiatus antinomique que l'on a supposé entre les phénomènes physiques et les phénomènes psychiques n'existe pas et que les uns et les autres ne sont que la double manifestation, interne et externe, d'une substance unique, à la fois force, vie et intelligence.

Cette substance unique, toujours identique par ses propriétés fondamentales universelles, est multiple au point de vue du nombre indéfini de ses unités élémentaires et primordiales. Ces unités sont les atomes éternels, incréés, indestructibles, irréductibles et mécaniquement inseccables, quoique étendus et impénétrables, mais en même temps sensibles, conscients et spontanément actifs sous des lois fixes. Ils s* diversifient seulement par leurs combinaisons,

PTUÏFACE.

leurs juxta-positions, leurs manifestations phénoménales complexes, d'ordre toujours dynamique, selon les états différents qu'ils peuvent affecter successivement. Ces modifications d'état, variables en quantité et en intensité, jamais en qualité, et qui n'altèrent jamais leur nature interne, suffisent à produire tous les faits attribués à la matière et à ses forces, aussi bien que ceux qu'on a coutume d'attribuer à l'esprit et à ses facultés. Ils agissent partout et toujours avec autonomie^ non seulement comme principes passifs, physiques ou mécaniques, sous la règle des lois mathématiques, mais encore comme principes psychiques et actifs de vie et d'intelligence, c'est-à-dire qu'ils sont capables de sensation, de pensée, de raison, sous l'empire des lois logiques.

Déjà dans une série de mémoires adressés, en 1873, à l'Académie des sciences et dans plusieurs communications faites cette même année et depuis, à l'Association Française pour l'avancement des sciences, j'ai exposé partiellement

PRÉFACE

ks principes physiques de cette doctrine et ses applications théoriques à tous les grands faits de la nature, tels que le mouvement, la pesanteur, la chaleur, la lumière, l'électricité, le magnétisme, l'affinité et la cohésion chimiques, la loi des proportions multiples et celle des formes cristallines.

Dans un mémoire sur l'Hérédité, publié par la Revue (V anthropologie (1877), j'ai cherché à établir que les mêmes principes pouvaient expliquer les phénomènes de la génération et de l'atavisme.

Aujourd'hui, enfin, je montre comment ils offrent un fondement à nos sciences morales et sociales, dans un principe axiome qui peut seul leur fournir la base logique qui leur a toujours manqué jusqu'ici, en les reliant à l'ensemble des sciences mathématiques et physiques, dans un système complet où tout s'enchaîne déductivement.

Toute morale, en effet, repose sur ce double enthymème. Le bien est aimable, le mal est

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