XII PRÉFACE
haïssable; donc il faut amer le bien et haïr le mal. La prémisse majeure est sous-entendue dans l'attribut môme des deux propositions, puisqu'elle ne peut être restituée que par cette tautologie : il faut aimer ce qui est aimable et haïr ce qui est haïssable. Comme première conséquence, il faut produire ou augmenter le bien, c'est-à-dire ce qu'il faut aimer, ce qu'on aime naturellement, et diminuer ou détruire le mal, c'està-dire ce qu'on doit haïr, ce que naturellement l'on hait, en vertu même du sens des termes.
Jusqu'ici donc nous ne trouvons qu'un axiome évident par lui-même, avec tous ses corollaires, qui ne peuvent pas plus être infirmés que les premiers principes des mathématiques. Ce sont des a priori indiscutables. C'est, au fond, tout ce que contient l'impératif catégorique de Kant, et rien de plus.
Le raisonnement a posteriori commence dès qu'il faut définir ce qui est bien et ce qui est mal, c'est-à-dire ce qu'il faut aimer et ce qu'il faut haïr; parce que l'expérience seule peut en
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décider et qu'elle décide diversement pour chaque catégorie d'êtres et même pour chaque être individuel.
Cependant il n'est pas difficile de démontrer que pour l'universalité des êtres, le premier des biens, c'est, non pas seulement l'existence, mais l'existence consciente, puisque c'est la condition première de tous les autres biens. Donc on peut dire déjà : tout ce qui augmente dans le monde la quantité d'existence consciente est bien, tout ce qui la diminue est mal.
Nous arrivons ainsi directement à un premier principe de la loi morale universelle; et le monde lui-même ne pourra être considéré comme bon, qu'à la condition d'en offrir la réalisation absolue, aussi parfaite que possible.
Toute la morale peut se déduire de ce premier principe par une série de syllogismes réguliers dont l'expérience fournit, a posteriori, les mineures, plus ou moins générales ou spécifiques, mais qui ne peuvent jamais être, ni absolument universelles, ni strictement individuelles.