XIV PRÉFACE
En un mot, la série des conséquences déduites du premier principe de l'éthique constitue une casuistique où chaque ordre ou catégorie d'êtres doit avoir son chapitre spécial, lui-même susceptible de divisions ou subdivisions plus ou moins étroites; c'est-à-dire que, s'il n'y a qu'un principe unique pour toutes les morales, chaque classe, genre ou espèce d'êtres n'en a pas moins sa morale propre, constituée par des modes différents d'appliquer le même principe général selon ses conditions d'existence particulières qui font varier les mineures.
Dès 1861, dans la préface de ma traduction de l'origine des espèces, j'avais montré comment une doctrine morale nouvelle, véritablement scientifique, pouvait sortir de la théorie de l'évolution organique.
En effet, dans cette préface de l'origine des espèces qui a popularisé en France la doctrine transformiste, nous écrivions 1 :
1 L'Origine des espèces, par Ch. Darwin. Traduit par Clé--
PRÉFACE
« C'est surtout dans ses conséquences morales et humanitaires que la théorie de Ch. Darwin est féconde. Ces conséquences, je ne puis que les indiquer ici; elles rempliraient à elles seules un livre que je voudrais pouvoir écrire quelque jour. Cette théorie renferme toute une philosophie de la nature et toute une philosophie de l'humanité. Jamais rien d'aussi vaste n'a été conçu en histoire naturelle : on peut dire que c'est la synthèse universelle des lois économiques, la science sociale naturelle par excellence, le code des êtres vivants de toute race et de toute époque . Nous y trouverons la raison d'être de nos instincts, le pourquoi, si longtemps cherché de nos mœurs, l'origine si mystérieuse de la notion du devoir et son importance capitale pour la conservation de l'espèce. Nous aurons désormais un critère absolu pour juger ce qui est bon et ce qui est mauvais au point de vue moral; car la règle
menceRoyer, l r ° édit. Paris 1862, in-lS, p. LXII. 2" édit. in- 8" Paris, 18oô, viij, et 3 e édit , Paris, 1870, p. lxx.