PRÉFACE. XVII
logique, n'était qu'une série de préceptes empiriques sans corrélation, parfois contradictoires, et, le plus souvent, basés sur des aphorismes traditionnels qu'aucun lien ne relie, ni entre eux, ni avec les lois mêmes de la vie.
« Les principes de la morale existent, répondions-nous alors à ceux qui nous accusaient de les nier 1 ;... mais s'ils existent, comme rapports naturels des choses, ils ne sont pas nettement connus, élucidés et définis. Ils sont; mais l'homme les ignore et n'a encore en leur lieu qu'une morale toute d'instinct et de sentiment et toute mêlée de préjugés. »
Distinguant entre la moralité, fait de conscience tout subjectif, qui consiste à faire ce qu'on croit le bien, lors même qu'on fait le mal, et le bien objectif, réel et dans les choses mêmes, qui constitue la véritable loi morale, si souvent violée par ignorance, nous ajoutions :
« La conscience instinctive révèle la loi hé-
< V. Journal des Economistes. Novembre 1803, Compte rendu du congrès international des sciences sociales, p. 229 et suiv.
XVIIT PRÉFACE.
réditaîre de l'espèce, sa loi empirique dans le passé. Mais cette loi doit changer selon les lieux, les temps, les races, afin de rester toujours dans le même juste rapport avec les conditions de vie des êtres qu'elle régit. La conscience rationnelle indique ces changements de la loi qu'elle tend ainsi à réformer sans cesse par l'évolution continue des générations.
« C'est donc la conscience rationnelle qu'il faut développer et éclairer. Si cette conscience était parfaite en nous, si nous connaissions très clairement la loi de notre temps, cette connaissance suffirait à nous fournir des motifs déterminants suffisants pour nous entraîner à la suivre. Et si chacun suivait cette morale, nous n'aurions plus besoin ni de codes, ni de police, ni de magistrats; nous serions tous libres et rois de nous-mêmes. Selon la parole biblique, nous serions comme des dieux, puisque nous posséderions la science du bien et du mal, c'est-à-dire notre loi. » Aperientur oculi veslri, et eritis sicul dei, scient es bonum et malum.