PREMIERE PARTIE
LE BIEN qu'on A DIT DES ENFANTS^
Si vous n'avez pas (renfanls, ayez-en d'abord; ensuite vous lirez la première partie de ce livre.
Si vous avez un enfant, ne la lisez que quand il dormira.
Tant qu'il sera éveillé et près de vous, regardez-le. Ses yeux vous en diront plus que ces pages, dans lesquelles cependant j'ai recueilli pour vous la fleur de l'âme des plus doux génies.
Le visage de votre enfant ! spectacle d'un intérêt inépuisable !... Vos yeux ne peuvent se détacher des siens. Le charme, loin de diminuer, va toujours croissant. Chaque jour développe en lui de nouvelles grâces.
Aussi chaque jour, désormais, et chaque semaine, et chaque mois, et chaque année, sont-ils les bienvenus.
On compte le temps d'une autre manière qu'auparavant. Toutes ces heures et toutes ces années, vous ne voyez plus qu'elles vous font vieillir, vous voyez qu'elles le font grandir.
D'ailleurs, vous ne vieillissez plus. Au contraire, vous rajeunissez. L'enfant vous ôte les années qu'il prend.
Toutes les tristesses de votre cœur se dissipent à ses regards, comme les neiges au soleil. Votre âme se fond à son sourire.
Ses yeux, brillants de gaieté,— la gaieté de vivre, — éclairent autour de vous toutes choses, même une chambre d'exil.
Lorsque l'enfant rit, le ciel rit : tout est sérénité, lumière, joie. On devient calme, on devient fort, ou devient bon, on devient inébranlable dans la justice, on devient plein de bienveillance et d'amour.
Le regard de l'enfant donne à votre esprit la patience nécessaire pour attendre que le triomphe de l'iniquité ait son terme et que le droit soit rétabli.
Le regard de l'enfant guérit toutes vos plQieç.
Les petites mains de l'enfant soulèvent le poids sous lequel votre cœur était accablé. Elles remportent, sans le savoir, en se jouant. Une seule de leurs mignonnes caresses apaise la sourde blessure.
Lorsque vous portez votre enfant, -— doux fardeau, qui vous rend léger! — il met ses petits bras autour de vous ; c'est lui qui vous porte.
Il vous enlève dans les espaces bleus de l'espérance, au-dessus des nuages, au-dessus des douleurs.
Enfant! source de consolation, de joie, de vie! On lui donne la naissance et il vous la rend, car il fait renaître votre âme de ses cendres, de ses débris...
Il la ranime, il la recrée, il la transporte. Avec ses petits cris d'oiseau joyeux, il semble lui donner des ailes.
Profond mystère, féconde joie, réciprocité de la vie : le fils régénère le père et la mère, il les crée à son tour!
La grâce, comme une auréole, environne l'enfant et répand autour de lui un sourire.
Ses bégayements, ses gazouillements, les petites
chansons si douces qu'il improvise le malin, étant assis sur le lit de sa mère, ses monologues bizarres, entrecoupés de rêveries silencieuses, ses longs regards sur chaque objet, ses mouvements Incertains et vifs, ses tâtonnements, ses efforts démesurés, ses gestes excessifs et parfois emphatiques, tout vous amuse, tout vous enchante, tout vous ravit. Plongé dans une extase niaise et sublime, on se repaît de cette fête perpétuelle, et on ne s'en rassasie jamais.
Cela va même, — diront peut-être ceux qui n'ont pas encore d'enfants, — cela va jusqu'à la bêtise.
Soit ! ne reculons pas devant ce mot. Sainte bêtise de la paternité et de la maternité ; bêtise délicieuse au cœur, et féconde en vertu !
Les autres bonheurs passent vite ; ies moins fugitifs s'usent avec le temps et se déflorent par l'habitude. Celui-là seul se développe sans cesse et fleurit toujours.
Dès le matin, l'enfant s'éveille, comme l'oiseau, sitôt que le jour Mit. Lorsqu'on vous l'apporte sur votre lit, c'est la joie qu'on vous apporte.
Lui, coqueltemenl, se laisse adorer : il reçoit toutes les caresses et en rend très- peu. Cela lui est dû, il le sait. Qu'avez -vous à regretter là? Vous fûtes adoré ainsi, et vous fîtes de même. Chacun à son tour.
La tendre mère que vous avez perdue et qui a laissé dans votre âme un vide que rien ne peut combler, jamais son souvenir ne vous fut plus présent, plus accompagné de regrets et de tendresses, que depuis qu'un enfant vous est né. Ali ! si elle était là! si elle pouvait le voir ! si elle pouvait le prendre su r ses genoux ! . . . quelle serait sa joie !.. . et la vôtre!...
Source inépuisable de mélancolie !
Lorsque l'enfant s'est endormi au sein, et se réveille ivre de lait, lorsqu'il ouvre les yeux en souriant, tiède et moite dans le coin du bras qui lui sert de nid , rose de la chaleur maternelle, et rose surtout d'une joue, de la joue qui louchait le sein, comme la pêche du côté du soleil, ah! dites, vous qui l'avez vu, quelle est la pêche, quelle est la rose, quel est le fruit, quelle est la fleur qui ne lui cède pas en beauté?
Et comment décrire ce petit air fin à expliquer en
langage inarticulé ce qu'il veut dire, cette cbaleur à insister et à redoubler , cette joie vive qui tout d'un coup illumine son visage lorsqu'il voit qu'il s'est fait comprendre, ce rire frais, léger, mouillé, qui fait venir des perles à ses lèvres et des larmes à vos yeux?
Lorsqu'on voit la pensée éclore, se dégager des limbes de ce petit cerveau, quelle nouvelle source de joie, d'intérêt et d'émotion î Une âme est là qui s'épanouit sous vos yeux. Cela vaut bien peut-être les tulipes î
Dire qu'il existe sous le ciel des gens qui s'adonnent avec passion à l'horticulture, qui aiment les fleurs jusqu'à la manie, et qui n'aiment point les enfants ! — les enfants, ces fleurs douées d'intelligence, ces fleurs dont le parfum s'appelle amour!
La première fois qu'un voyage vous sépare de votre enfant, la tristesse qui vous envahit, à la nuit tombante, vous fait sentir profondément jusqu'à quel point ce petit être s'est emparé de vous.
On va et l'on vient, seul et sombre, sur la promenade d'une ville étrangère; on se sent mal à l'aise; on a froid ; on se dit : Je ne l'embrasserai pas ce soir!
DES ENFANTS. Vô
On presse le pas ; cependant on a plus froid que jamais; on trouve que tout est morne: la triste ville! si ce n'était pas pour affaires !... El puis on ajoute : Je ne l'embrasserai pas demain !
Quoi ! demain non plus?... Non. Et pas même après-demain !
Ob î alors le découragement s'empai^ de vous, vous n'êtes pas bien loin de pleurer... Triste voyage!... Sij d'un coup de baguette, on pouvait retourner dans sa chère maison, au foyer de famille !... On y vole en pensée, on aperçoit l'enfant avec sa mère... 11 joue sur le tapis, dans le rond de lumière que fait i'abat-jour de la lampe ; elle lui parle en travaillant; il rit, il ne pense pas à vous... C'est bien fait ! pourquoi les avez-vous quittés?...
On dit, — et je connais des mères qui s'en affligent, -— que les parents chérissent leurs enfants bien plus que ceux-ci ne les aiment.
Je le crois.
D'abord, il est impossible que l'amour d'un père et d'une mère soit égalé.
Et puis il faut avoir vécu pour savoir aimer. Comment donc les enfants, qui ne font que d'entrer dans la vie, sauraient-ils aimer autant que vous?
-Enfin, il semble, —je ne le nie pas, — qu'il y a dans leur affection un peu d'égoïsme. Mais comme.
daDS un âge si lendre, celégoïsme et celte affection sont, i'un et l'autre, également instinctifs, et que la réflexion n'y a point de part, il ne serait pas plus raisonnable de leur savoir très-mauvais gré de Tun que de leur savoir très bon gré de l'autre.
Il faut les accepter comme ils sont. SMIs vous aiment autant qu'ils peuvent aimer, que voulez-vous déplus?
Prenez-en donc votre parti. — El prenez-le par celte considération encore :
Puisque les parents ont été enfants, et puisque les enfants, pour la plupart, seront parents un jour, cet amour, vraiment infini, que nous avons reçu de nos parents, et que nous n'avons pu leur rendre dans son infinité, nous le rendons à nos enfants, qui, à leur tour, ne sauraient nous le rendre, mais qui le rendront à leurs fils.
Ainsi, l'amour descend plus qu'il ne monte :
qu'importe, si le retour se fait. Ici ou là, et si la justice se retrouve?
Et quand cela ne serait point , aurait-on lieu encore de s'affliger? Assurément non : car lequel est le plus heureux, celui qui est aimé ou celui qui aime ? Évidemment celui qui aime.
Mais ce n'est ici qu'une question de degré. Le père et la mère, si effectivement ils ne peuvent être chéris de leurs enfants autant qu'ils les chérissent,
en sont cependant, malgré l'aveu que nous avons dû faire, tendrement aimés.
Le père et la mère ont donc tout ensemble ces deux bonheurs, les plus grands qui existent, celui d'être aimés et celui d'aimer. Tout le sujet de leur tristesse se réduit donc à ceci : ils sont aimés seulement avec tendresse, tandis qu'ils chérissent avec passion.
Oui, avec passion.
Et c'est la nature de toutes ies passions, même des meilleures, d'être inquiètes et insatiables.
Il s'en faut pourtant de beaucoup que cette passion de l'amour paternel et maternel soit maladive comme les autres. Elle est saine, au contraire! Bien plus, elle est la santé, le salut de notre cœur.
Ce sont, en effet, toutes les vivacités de Tamour, sans l'âcreté et sans la fièvre, sans l'incertitude et sans l'amertume; ce sont les joies sans les douleurs ; c'est le bien sans le mal ; c'est l'amour épuré, — l'amour sans le désir.
Il est, suivant un romancier de notre temps, de douces femmes dont la pr^gj^n^o a^\ y^nr i^ ^^^nr h^ l'homme ce que l'heur^ les poitrines malade
fir^niS^
l'enfant surtout, dirai-je, qui est ce doux soleil, cet air léger, bienfaisant, salutaire, qui redonne la vie !
Aux rayons de ses yeux, au souffle de sa bouche, tous les bons sentiments refleurissent en nous; jc'est un printemps qu'il fait éclore dans notre âme, un printemps de toute l'année !
L'ûrae entière, en très-peu de jours, se rajeunit et se renouvelle. De toutes ses amours malsaines elle se purifle dans ce chaste amour.
L'enfant est notre seconde innocence, notre vita nnova!
Mais il est temps que je laisse parler les écrivains et les poëtes de tous les siècles.
Euripide disait, dans son Méléagre,ip\èce perdue pour nous, mais de laquelle Stobée, auteur d'anthojogies latines, nous a conservé ce fragment traduit :
« Douce est la lumière du soleil, doux est le spectacle de la mer paisible, ou celui d'un grand fleuve, ou celui de la terre que fleurit le printemps; douces millechoses encore; mais, crois-moi, femme, il n'est point de plus doux spectacle que de voir,
DES ENFANTS. id
après les tristesses d'une vie solitaire, fleurir de beaux enfants dans notre maison. »
L'Andromaque du même poêle :
« Oui, nos enfants sont notre vie ! Celui qui ne me comprend pas, faute de l'avoir éprouvé, a sans doute moins de souffrances; mais son bonheur n'est qu'un malheur ! »
L'Andromaque de Racine :
Je passais jusqu'aux lieux où Ton garde mon fils. Puisqu'^ine fois le jour vous souffrez que je voie Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie, J'allais, seigneur, pleurer un moment avec lui. Je ne l'ai point encocc embrassé d'aujourd'hui.
El, lorsqu'elle embrasse enfin son Astyanax :
C'est Hector, disait-elle, en l'embrassant toujours ; Voilà ses yeux, sa bouche, et déjà son audace ; C'est lui-môme, c'est toi, cher époux, que j'embrasse.
Ici Racine imite Virgile. 11 l'imite encore dans les deux premiers des vers qui suivent, et Sophocle, dans les derniers.
Andromaque, priant sa rivale Hermione de demander à Pyrrhus la vie de cet enfant, lui dit :
Ma flamme, par Hector, fut jadis allumée ; Avec lui dans la tombe elle s'est enfermée.
5Iai$ il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un (ils, jusqu'où va notre amour ; Mais vous ne saurez pas, du moins, je le souhaite. En quel trouble mortel son intérêt nous jette. Lorsque, de tant de biens qui pouvaient nous flatter. C'est le seul qui nous reste, et qu'on veut nous l'ôler.
Sappho, de Milylène :
« J'ai à mol une jolie enfant, dont la beauté est semblable à celle des chrysanthèmes, Cléïs, ma Cléïs bien-airaée, que je ne donnerais pas pour toute la Lydie. »
Ronsard :
Quand je vois tant de couleurs
Et de fleurs Qui émaillentun rivage, Je pense voir le beau teint
Qui est peint Si vermeil en çon visage.
Quand je sens, parmi les prés
Diaprés, Les fleurs dont la terre est pleine, Lors je fais croire à mes sens
Que je sens La douceur de son haleine.
La fausse Glotilde de Surville parle ainsi à son premier-né :
cher enfantelet, vray pourtraict de ton père, Dors sur le seyn que ta bouche a pressé !
Dors, peliot ; cloz, amy, sur le seyn de ta mère ; Ton doux œillet par le somme oppressé !
Bel amy, cher petiot, que la pupille tendre Gouste ung sommeil qui plus n'est faict pour moy.
Je veille pour te voir, te nourrir, te défendre... Ainz quMl m'est doux ne veiller que pour toy.
Dors, mien enfantelet, mon soulcy, mon idole !
Dors sur mon seyn, le seyn qui fa porté ! Ne m'esjouit encor le son de ta parole,
Bien ton soubriz cent fois m'aye enchanté.
cher enfantelet, vray pourtraict de ton père, Dors sur le seyn que ta bouche a pressé !
DOrs, petiot, cloz, amy, sor le seyn de ta mère, Ton doux œillet par le somme oppressé !
Me soubriraz, amy, dez ton réveil peutreslrc ;
Tu soubriraz à mes regards joyeux...
Jà prou m^a dict le tien que me savoiz cognestre,
Jà bien appriz te mirer dans mes yeux.
Quoy ! tes blancs doigteletz abandonnent la mamme, Où vint puyser ta bouchette à playsir...
Âh I dusses la seschier, cher gage de ma flamme, N'y puyser oyz au gré de mon dézir !
Cher petiot, bel amy, tendre fils que J'adore !
Cher enfançon, mon soucy, mon amour !
Te vois tousjours, te vois et veux te voir encore :
Pour ce trop brief me semble nuict et jour.
cher enfantelet, vray pourtraict de ton père, Dors sur le seyn que ta bouche a pressé !
Dors, petiot; cloz, amy, sur le seyn de ta mère. Ton doux œillet par le somme oppressé !
Doucbmanta, dans Sacountala, drame indien de Calidasa, s'écrie :
« Ah! mille foisheureax les pères, lorsqu'en
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60»levaBl âtns leurs bras un enfant chéri qui se réfugie dans leur sein, et tout couverts de la poussière de ses petits pieds, ils contemplent, à travers son gracieux sourire, la blancheur éblouissante de ses dents, pures comme les fleurs, et prêtent une oreille complaisante à son babil, composé de mots à demi formés. »
Madame Dora d'Istria :
« Le langage des enfants est une musique qui charme i'oreille. On cherche à pénétrer, à travers leurs pensées confuses, l'esprit supérieur qui peutêtre les animera un jour. On les croit doués des vertus qui vont bientôt éclore sous nos yeux. »
P.-J. Stahl , dans la charmante Histoire de la princesse Floris :
« La vue de son enfant était pour elle une fête, une bénédiction de tous les instants. Chaque jour, chaque heure, lui faisait découvrir dans la jolie créature une grâce, une beauté , une perfection, une douceur nouvelle,
» Ce précieux petit enfant n'était plus, comme aux premiers jours, une curieuse et jolie chose
seulement, un bijou merveilleusement organisé.- C'était déjà quelqu'un, un être animé. L'homme commence bien plus tôt qu'on ne croit dans l'enfant.
» L'œil ravi, l'œil étonné, de ces doux êtres devant ce spectacle inouï qu'offre à leur vue ce que contient l'univers créé, cet œil déjà pensif, mais calme, qui a tout à voir et tout à apprendre, et qui voit et apprend tout en effet, raconte, dès qu'il peut se fixer, les surprises de leur âme Ingénue aux mères qui savent y lire.
» Ces regards d'azur, limpides et profonds comme l'eau pure des lacs, reflètent tout, ainsi qu'elle et comme elle, rendent toutes les images à qui veut les chercher. Ce beau miroir, l'œil d'un enfant, est transparent pour tout ce qui l'aime. Si les larmes, qui parfois le ternissent, sont l'épouvante des mères, faciles à s'alarmer, le sourire charmant qui succède bientôt au nuage et l'éclalre d'une subite lumière, est leur récompense. »
Victor Hugo :
Lorsque Tenfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux; Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-éfre,
Se dérident soudain à voir Tenfant paraître , Innocent et joyeux.
Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse, autour d'un grand feu vacillant dans la chambre,
Les chaises se toucher, Quand Tenfant vient, la joie arrive et nous éclaire; On rit, on se réciie, on l'appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poêles de TAme
Qui s'élève en priant ; L'enfant parait : adieu le ciel et la patrie, Et les poètes saints! la grave causerie
S'arrête en souriant.
La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux.
Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux !
Enfants, vous êtes l'aube et mon àme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ; Mon àme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seuls de suaves murmures
Et de rayons dorés !
26 , LE BIEN QrON A DIT
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies ; Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas Q*ont touché notre fange ; Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
A l'auréole d'or 1
Vous êtes parmi nous la colombe de l'arehe.
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche,
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor, vous regardez le monde ; Double virginité! corps oà rien n'est immonde ,
Ame où rien n'est impur !
Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés.
Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers !
Seigneur 1 préservez-moi, préservez ceux <{ue j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants.
De jamais voir. Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !
C'est Léon Gozlan, je crois, qui a dit je ne sais où:
« Les jones des enfants sont moitié chiir, moi* tié fruit. »
Tliéophile Gautier parle dés gamins d'Espagne, 00 muchachos, « dont les yeux pétillaient dans les guenilles comme des diamants noirs. »
Laurent-Pichat :
L^amitié des enfants dissipe les soncis ;
Par lenr affection, les cœurs sont adoucis ;
Nous recueillons toujours ee que nos bontés sèment,
Et nous sommes meilleurs quand les enfants nous aiment.
Le poëte indien Bavabhouti :
« A mesure que viennent ces beaux enfants, ils attirent vers eux notre âme endurcie par les années, comme la baguette d'aimant attire une masse de fer. »
Jésus- Christ :
« Laissez venir à moi les petits enfants. »
Victor Hugo :
Laissez... Tous ces cnfanls sont bien là. — Qui vous dit Que la bulle d'azur que mon souffle agrandit
A leur souffle indiscret s'écroule?
Qui vous dit que leurs voix, leurs pas, leursjeux, leurs cris Effarouchent la muse et chassent les péris ?. . .
Venez, enfants, venez en foule !
Venez autour de moi j riez, chantez, courez ! Votre œil me jettera quelques rayons dorés,
Votre voix charmera mes heures.
C'est la seule, en ce monde où rien ne nous sourit, Qui vienne du dehors sans troubler dans Tesprit ' Le chœur des voix intérieures !
Fâcheux, qui les vouliez écarter ! — Croyez-vous Que notre cœur n'est pas plus serein et plus doux
Au sortir de leurs jeunes rondes ? Croyez-vous que j'ai peur, quand je vois, au milieu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu.
Passer toutes ces têtes blondes?
La vie est-elle donc si charmante à vos yeux, Qu'il faille préférer à tout ce bruit joyeux
Une maison vide et muette !
N'ôtez pas, la pitié même vous le défend, Un rayon de soleil, un sourire d'enfant,
Au ciel sombre, au cœnr de poète !
« Mais ils s^effaceront, à leurs bru}rants ébats, Ces mots sacrés que dit une muse tout bas,
Ces chants purs où l'âme se noie !... »
Et que m'importe, à moi, muse, chants, vanité, Votre gloire perdue et Timmorlalité,
Si j'y gagne une heure de joie?
La belle ambition et le rare destin !
Chanter, toujours chanter, pour un écho lointain,
Pour un vain bf'uit qui passe et tombe !
Vivre abreuvé de fiel, d'amertume et d'ennuis ! Expier dans ses jours les rêves de ses nuits !
Faire un avenir à sa tombe !
Oh ! que j'aime bien mieux ma joie et mon plaisir, Et toute ma famille avec tout mon loisir,
Dût la gloire, ingrate et frivole, Dussent mes vers, troublés de ces ris familiers. S'enfuir, comme devant un essaim d*écoliers.
Une troupe d'oiseaux s'envole !
Mais non. Au milieu d'eux rien ne s'évanouit. L'orientale d'or, plus riche, épanouit
Ses fleurs peintes et ciselées ; La ballade est plus fraîche, et, dans le ciel grondant, L'ode ne pousse pas d'un souffle moins ardent
Le groupe des strophes ailées !
Je les vois reverdir, dans leurs jeux éclatants.
Mes hymnes parfumés comme un champ de printemps.
vous dont rame e»t épuisée, mes amis ! i'enfanee aux riantes coulears Donne sa poésie à nos vers, comme aux fieurs
L'aurore donne la rosée I
Venez, enfants ! — A vous jardins, cours, escaliers ! Ébranlez et planchers, et plafonds, et piliers !
Que le jour s'achève ou renaisse, Courez et bourdonnez comme l'abeille aux champs ! Ma joie et mon bonheur, et mon âme, et mes chants
Iront où vous irez, jeunesse !
Edmond About, dans Germaine :
« Plus d'une fais, pour paralyser une main criminelle, il a suffi du regard limpide d'un enfant. Les êtres les plus pervertis éprouvent un respect involontaire devant cet âge sacré, et plus auguste même que la vieillesse. La vieillesse est comme une eau reposée qui a laissé tomber au fond toutes les impuretés de la vie; l'enfance est une source échappée de la montagne : on Tagite sans la troubler, parce qu'elle est pure jusqu'au fond. Les vieillards ont la science des biens et des maux; l'ignorance des enfants est comme la neige sans tache de la lungfrau, que nulle empreinte n'a souillée, pas même l'empreinte du pied d'un oiseau. »
Daniel Stero, dans ses Pensées, réflexions et maximes :
« La femme aime et respecte dans son époux le père de son enfant. Le père retrouve avec attendrissement, dans les traits de son flls, l'image de la femme qu'il aime. Nuance insaisissable au premier abord, mais dont la diversité concourt à l'harmonie de l'union conjugale. »
« Le père aime dans ses enfants les desseins qu'il forme pour enx et par eux. La mère, moins portée aux abstractions, chérit tout simplement leurs caresses. »
« Ces jours passés, en rentrant chez moi, je fus frappé par un spectacle qui n'avait rien que de vulgaire en apparence, mais qui me jeta en des rêveries profondes. Un homme, jeune encore, d'aspect sérieux mais non triste, traînait une petite voiture surlaquelle un orgue était fixé; sa femme, marchant à côté, tournait la manivelle. Un enfant rose et frais, le sourire sur les lèvres, jouait assis sur un siège adapté au-dessus de rinstrument. Us allaient ainsi par les rues, se fiant à la Provi-
dence... Image touchante de l'association humaine. L'homme, fort, et grave, conduit la vie ; un peu au hasard, hélas! La femme, par un travail moins rude, charme sa peine. L'enfant, insouciant, est porté à ti:avers le monde, souriant à sa mère et se réjouissant de l'existence, dont il ne connaît pas encore les sévères conditions. »
KVII
Madame Desbordes- Valmore fait parler ainsi un enfant :
Cher petit oreiller ,1 doux et chaud sur ma tète, Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi ! Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête, Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !
Beaucoup, beaucoup d'enfants, pauvres et nus, sans mère, Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir ; Ils ont toujours sommeil ! destinée amère l Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.
Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges Qui n'ont pas d'oreiller, moi j'embrasse le mien ; Et seule en mon doux nid qu'à les pieds tu m'arranges, Je te bénis, ma mère, et je touche le tien.
Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube au rideau bleu : c'est si gai de la voir !
Je vais dire plus bas ma plus tendre prière : Donne encore un baiser, douce maman ; bonsoir !