‹ Le Bien paternel [microforme]Chapitre 3 sur 3 · ET · texte numérisé non relu

ET

La ferme des Michel n'était qu'à cinq minutes du sommet de la côte qui conduit à l'église. Le coeur de Henri se serra affreusement en apercevant la maison patemnalle. Il vit de loin Joseph qui, se temant au milieu de la route, lui faisait des gestes désespérés de se hâter. A peine la voiture s’était-elle arrêtée, que Henri courait vers la maison Une minute plus tard, il était dans les brar de sa mère. Tous les deux mêlèren un instant leurs sangiots, Sans poinvoir prononcer une parole, pendant que, tout près â’eux, la porte de la chambre du malade s'entr'ouvrait doucement et que le docteur Roussel apparaissait sur le seuil, un doigt sur la bouche, comme pour supplier Henri de se contenir un peu...

Mais celui-ci était déjà aux genoux de son père.

— Papa, c'est Henri... Me reconnaissez-vous, papa ?

L'expression de joie qui se peignit, à ce moment, sur le visage défait de Jérôme Michel, fut telle, que les larmes de la mère cessèrent de couller.

— Henri ‘.. Mon pauvre Henri !

Mon Dieu, ayez pitié de mai... Enfin, te voilà'.. E Lucie ?.. Germaine ?..

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-— Tu les verras à midi. Sois tranquille, mon pauvre Jérôme : elles ne doivent pas être bien loin mainte mant, murmura doucement Marie Latour.

—- Papa, je vous demande pardon de ne pas vous avoir toujours écouté, de vous avoir fait de la peine...

Donnez-nous votre bénédiction, papa

Au moment où Henri sanglottait ces paroles, aux genoux de son père, le curé, pour la troisième fois, entrait dans la chambre du malade.

Celui-ci eut un regard de confiance suprême.

— Monsieur le curé... ah! que vous me faites du bien !.. Merci...

Merci...

— Allons, père Michel, un bon re-

gard vers le crucifix ! Dieu est avec vous, dit de vénénable prêtre, de cette voix très douce qui avait le don de porter la paix jusqu’au fond des ‘oeurs.

—- Jérôme Michei fit un effort :

— À geno1x, mes enfants... je vous bénis... les présents... les absents... Lucie... Germainv...

les petits enfants... au nom du Père... et du Fils... et du Saint-Esprit... Ainsi soit-il... Et toi. pauvre chère femme ?.. Et Joseph l’in-

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finme ?.. Mon Dieu! Mon Dieu !..

Et le bien ?..

Et en »rononçant ces dernières paroles, le vieillard levait, péniblement vers les assistants, de ses mains pâles et tremblantes, la médaille des Anciennes Familles, qu'il avait voulu qu’on lui attachât sur la poitrine pour mourir.

— Papa, ne craignez rien...

-= Toi ?.. Henri?... Toi? pauvre enfant... T'as étudié trop fort.

pour laisser ta place... C'est trop dur !.. Non... jamais !.. N'est-ce

pas, Marie? .

Un sanglot de la mère fut toute sa réponse.

Le ouré, voyant que cet effort terrible usait rapidement les forces du malade, s'était mis à réciter les prières des agonisants. Henri, toujours à genoux, la tête dans les mains de son père, pleuraït comme un enfant.

Marie Latour me cessait de faire répéter au mourant, qui me parlait plus qu’à voix basse, les noms bénis qui sont la force suprême de la dernière heure : Jésus... Marie... Josaph...

Henri Michel souffrait atrocement.

Une lutte terrible se faisait dans son âme. Lui aussi, il enduralït une agomie... Abandonnerait-il sa carrière?.. après douze ans d’un labeur

opiuiâtre ! . juste à l’heure où son ainbition voyait la réalité succéder au rêve!.. Ministre peut-être un jour !.. Quitter tout cela... tout...

pour quoi ?.. pour être habitant !..

touie sa vie... habitant !..

Soudain, rapide comme l'éclair, le souvenir des paroles maternelles traversa l'esprit le Henri Michel :

‘‘Ah ! que c'est ‘lonc beau, mon cher enfant, d'être habitant !’’ Et il revit sa mère plaidant si fièrement, æn cet après-midi de juin, la caus® de da terre... Il l'avait trouvée si belle qu'il avait failli se jeter à son cou..

Mais, l'ambition... Il se souvenait Et chacune des paroles maternelles lui revenait à la mémotre: ‘Maître et soigner sur la terre des parents... le même banc à l’église de vère en fils... la même croix de tempérance...’’ Et dans les accents passionnés de sa mère, qui retentissaient encore à ses oreilles en cette minite suprême, Henri crut entendre la voix des morts, de tous ceux qui s'étaient caurbés sur le sillon “apuis deux cents ans, de tous ceux qui avaient fécondé la terre paternelle de leurs sueurs et de leurs sarifices. ..

— Jésus !.. Ma femme... Mes pauvres enfants... la terre... soupira le mourant.

si —

Le médecin fit signe au curé que c'était la fin. Henri vit son geste. Il se leva tout droit.

— Papa, dit-il d'une voix ferme, c'est moi qui prends la terre.

Jérôme Michel parut rassembler ses forces dans un suprême effort.

Ses yeux exprimaient un fndicible sentiment de reconnaissance et de joie, quand ils se levèrent lentement vers s02 fils :

— Toi?.. Henri ?.. toi ? prononça-t-il péniblement.

— Papa, je veux mourir avec votre médaille là, moi aussi !

Et Henri montrait fièrement sa poitrine, pendant que sa mère esgayait de lui sourire à travers ses larmes «et que le mouraut murmurait à voix très basse, si basse que seuls la mère et le fils l'entendirent :

—— Je meurs... ta mère... le...

bien... paternel... merci... mon Dieu.

Ce furent ses derniers mots.

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