DE LA VIE ET DE LA MORT, DES ŒUVRES ET DES DOCTRINES DU BIENHEUREUX
JACOB BŒHME
le cordonnier-philosophe
Le bienheureux Jacob Bœhme est né en iSyS après Jésus-Christ dans la bourgade d’Alt-Seidenberg, à environ deux lieues de Gôrlitz en Ober-Lausitz. Son père Jacob et sa mère Ursule étaient de pauvres paysans honnêtes et vertueux.
Dès sa jeunesse, il fut employé avec les autres enfants du village à garder les troupeaux. Pendant l’une de ces journées solitaires, où le calme de la Nature développait puissamment son esprit méditatif, il lui arriva une chose remarquable. S’étant trouvé un jour, vers l’heure de midi, un peu éloigné de ses camarades, il avait gravi les premières rampes d’une colline avoisinante, nommée «Landes-Crone », lorsqu’il aperçut, à un endroit qu’il me fit voir par la suite, une façon de porte formée de grandes pierres rouges ; il y entra et s’engagea dans un souterrain qui le mena devant une grande masse d’argent; arrivé là, il sentit un vent de terreur pénétrer son être ; il n’osa donc tou-
cher à rien, et redescendit précipitamment la colline. Bien qu’il retournât souvent, par la suite, à cet endroit, avec ses jeunes camarades, rentrée du souterrain resta invisible aux yeux de tous. Cette aventure fut, peut-être, la figure symbolique de l’initiation ultérieure de Bœhme aux secrets de la sagesse naturelle et divine. Frankenberg apprit, par la suite, de sa propre bouche, que le trésor avait été enlevé par un étranger, mais ce dernier était mort misérablement parce qu’une malédiction avait été portée contre lui.
Mais revenons à notre Bœhme. Ses parents, ayant remarqué dans leur fils une nature bonne, douce et spirituelle, l’envoyèrent à l’école, où il apprit à lire, à écrire et à faire ses prières jusqu’à ce qu’on lui fît apprendre le métier de cordonnier. Il termina son tour de compagnon, en 1594, et se maria dans la même année avec Catharina Kunschmanns, fille d un boucher de Gorlitz. Il vécut pendant trente ans avec elle, jusqu’à sa mort, dans une union constante ; la bénédiction de Dieu lui donna quatre fils; il fit, du premier, un orfèvre, du second, un cordonnier ; et des deux autres, des ouvriers.
On voit que, dès son enfance, Jacob Bœhme s’était tenu dans la plus pieuse humilité et dans la crainte de Dieu. L’un des textes sacrés sur lesquels il méditait le plus souvent était celui-ci : « Le Père qui est au ciel donnera le Saint-Esprit à ceux qui le lui demanderont. » (Luc, XI, i3.) Le peu que Bœhme avait appris des disputes théologiques lui avait fait désirer avec ardeur la connaissance de la vérité, vers laquelle
41 aspirait sans cesse. Cette prière constante fut exaucée pendant son tour de compagnonnage: le Père le plaça par le moyen de son P'ils dans Très Saint Sabbat, lieu du repos des âmes, et il demeura, dans la lumière divine sept jours entiers, dans la plus haute exaltation et contemplation.
- Selon cette école apocalyptique de TEsprit de Dieu, que la perversité et l’aveuglement des hommes ont corrompue. Jacob étudia les écrits des saints patriarches, des prophètes, des apôtres et des hommes de Dieu ; et il persévérait sans cesse dans la science des mystères du royaume de Dieu.
On peut croire qu’un feu secret s’alluma dans son être par l’opération magico-astrale de cet esprit sidérique. Voici ce que lui-même nous dit lui être arrivé dans sa jeunesse. Il gardait un jour la boutique de son patron, pendant l’absence de celui-ci, lorsqu’un étranger, mal mis, quoique de belle et respectable apparence, vint marchander une paire de souliers. Jacob lui en proposa un prix un peu plus élevé que celui de leur valeur réelle ; l’inconnu paya sans observation, et s’en alla jusqu’au milieu de la rue; puis il appela à haute voix : Jacob ! viens ici ! Le jeune apprenti, bien qu’effrayé d’entendre qu’un inconnu connaissait son nom, s’approcha cependant : l’homme lui prit la main droite, et, le regardant avec des yeux étincelants, qui pénétraient jusqu’au fond de Tâme, lui dit d’un ton grave et doux : « Jacob, tu es humble, mais tu deviendras grand; tu deviendras un tout autre homme; de sorte que le monde s’émerveillera devant toi. Sois donc pieux, crains Dieu, et honore Sa parole;
lis toujours la Sainte Écriture; tu y trouveras réconfort et instruction, car il faut que tu souffres grandement du besoin, de la pauvreté et de la persécution. Mais console-toi et demeure constant, car tu es aimé de Dieu et II t'est favorable! » Sur quoi l'étranger lui jetant encore une fois un regard perçant, lui serra la main et s'en alla. Sa figure se grava profondément dans la mémoire de Jacob, ainsi que ses paroles ; le jeune apprenti s’appliqua dès lors avec une nouvelle ardeur à parfaire sa conduite, de sorte que ses pieux efforts furent bientôt récompensés par un second appel de l'Esprit et un second sabbat.
Lorsqu’il en sortit, il abandonna complètement les plaisirs de la folle jeunesse; il ne fréquenta plus que les églises, s’enfonçant dans l’étude de la Bible, et recueillant avec empressement la parole des prédicateurs et la vertu des sacrements. L'austérité de sa vie et la pureté de ses mœurs ne firent que lui susciter les persécutions de son entourage ; son maître alla même jusqu’à le renvoyer.
Tout en se livrant avec ardeur au travail, et en gagnant son pain à la sueur de son front, il fut, en 1600, à la vingt-cinquième année de sa vie, saisi encore une fois par la lumière divine et conduit, dans son propre esprit sidérique, au moyen de la vue soudained’un vase d’étain (luisance joviale), jusqu’au centre de la Nature secrète. Comme il restait dans le doute, combattant ce qu’il supposait être une fantaisie de ses facultés, il sortit de Gôrlitz par la porte de la Neiss (près de laquelle il demeurait) pour méditer dans les champs ; la même vision se reproduisit alors pour la seconde
fois, de sorte que la signature des êtres lui fut révélée et qu’il put désormais en déchiffrer la Nature intérieure (ainsi qu’il l’explique dans son livre De Signatura Rerum) ; il en conçut une grande joie, remerciant Dieu silencieusement du fond de son cœur, mais il n’en tira nullement vanité et tint cette grande lumière secrète.
Son effort obscur et actif vers Dieu fut encore béni ; dix ans après, le Saint-Esprit l’obombra pour la troisième fois et le remplit de lumières et de grâces. Mais, pour ne pas laisser perdre de tels trésors, il en consigna la substance pour lui seul et sans l’aide d’aucun autre livre que la Bible.
C’est en 1612 qu’il confia à un gentilhomme, qui l’en avait supplié, le manuscrit de sa première œuvre, l’Aurore naissante; ce gentilhomme en fit prendre copie fort diligemment, de sorte que plusieurs personnes en eurent connaissance, notamment le curé de Gôrlitz, Gregorius Richter ; lequel fulmma du haut de sa chaire contre l’innocent auteur, si violemment et si souvent que l’échevin finit par citer Bœhme devant son tribunal (le vendredi 26 juillet i6i3).
Le célèbre médecin et chimiste Cornélius Weissner, de Breslau, a raconté toutes ces procédures qui durèrent vingt-sept ans. Ce docteur avait fait la connaissance de Bœhme en 1618 par le frère de sa femme, tailleur desonétat etparunjeuneprédicateur, Salomon Schroter ; Weissner était à ce moment précepteur des enfants de Bal thazar Tilcken ; il remplit plusieurs pages in-quarto du récit des imprécations bibliques dont le curé de Gôrlitz voulut foudroyer Jacob Bœhme, et de la douceur angélique que celui-ci lui opposa, lui de-
mandant de faire pénitence s’il l’avait offensé; les échevins, fort émus de tous ces anathèmes, finirent par intimer au pauvre cordonnier Tordre de sortir sur Theure de la ville, sans lui laisser seulement le temps d’aller embrasser sa famille. Bœhme se soumit avec sérénité à cet arrêt inique; mais le lendemain matin, on vint le rechercher dans la campagne, et on le ramena en grande pompe dans sa maison.
Le bruit de cette aventure se répandit en Saxe, et, le ■9 mai 1624, Jacob dut se rendre à Dresde pour soutenir l’examen de ses opinions devant une assemblée d’illustres savants dont le D" Weissner nous a conservé quelques noms: c’étaient les D"*" Hoe, Meisner, Baldwin, Gerhard, Leisern, etc., théologiens, mathématiciens, astrologues même. La profondeur de ses explications, sa longanimité, les laissèrent sans réponse, et le kurfürst lui-même, qui assista aux controverses, lui donna dès lors sa protection.
Le manuscrit de Y Aurore naissante resta dans les cartons du Conseil jusqu’au 26 novembre 1641, jour où le bourgmestre de Gôrlitz, D** Paul Scipio, d’après l’avis du chambellan Georg von Pflüger, l’envoya à Amsterdam, à Abraham Villems von Beyerland.
Après avoir écrit cette première œuvre, le saint et patient serviteur de Dieu eut à subir une épreuve de sept années, pendant lesquelles la lumière se retirade lui ; on peut voir ses plaintes dans les Trois Prm- (i) et dans ses Lettres {2). Mais, lorsque ses
(1) Ch. XXIV, 3,20, etc.
(2) I, 17, IV, 17, 18, XII, i3, etc^
prières et ses pénitences eurent fait descendre à nouveau la grâce en lui, il reprit la plume pour ne plus la quitter. On verra plus loin quelques renseignements sur ses œuvres.
N’oublions pas une circonstance qui peut jeter un nouveau jour sur les théories de notre Bœhme. Dans Tannée 1620, il fît la connaissance d’un certain D^Balthazar Walter, de Gros-Glokau (Silésie), qui demeura plus de trois rriois avec lui, avec lequel il eut de longs et fort secrets entretiens. Ce docteur, qui mourut plus tard à Paris, avait voyagé pendant six ans en Arabie, en Syrie et en Égypte, où il s’était instruit de la sagesse cachée. Il fit connaître à Bœhme les œuvres de Reuchlin, de Riccius, de Pic de la Mirandole, d’ Angélus de Burgo-Nuovo; ils discutèrent ensemble la philosophie du Zoharetse quittèrent plein d’estime mutuelle.
Tous les contemporains du « théodidacte ne tarissent pas en éloges sur son admirable douceur et sa longanimité. C’est ainsi qu’un jour il vit arriver un inconnu qui voulut conjurer son esprit familier par les incantations d’une fausse magie ; Bœhme se borna à lui faire des remontrances sérieuses et le renvoya.
Une autre fois, unpieuxgentilhommedu voisinage, David von Schweinitz, le fit mander dans sa terre de Seifersdorf ; mais le médecin de ce baron, ennemi acharné de Bœhme, soudoya le jeune serviteur qui devait lui servir de guide, afin qu’il le précipitât dans un fossé i le jeune homme exécuta en effet Tordre reçu ; ^t notre pauvre philosophe se fendit la tête sur une
pierre ; le seigneur de Schweinitz put heureusement le faire soigner avec assez de diligence pour que Taccident n eût pas de suite ; c’est alors que, présenté aux enfants de Schweinitz et à son beau-frère, celuici le tourmenta pour obtenir une prophétie ; et Bœhme lui dévoila toutes les frivolités et les turpitudes de sa vie.
Notre théosophe était un homme de petite taille et d’aspect peu avantageux ; le front bas, le crâne élevé, le nez un peu recourbé, des yeux brillants d’un gris presque bleu ; peu de barbe, la voix faible, mais cordiale ; ses attitudes étaient dignes, ses paroles sobres, sa contenance modeste. Le sceau qu’il s’était choisi représentait une main dressant vers le ciel la verge aux trois lis. Sa devise était: Unser Heil Im Leben Jesu Christi In Uns ; c’est-à-dire « Notre salut en Jésus-Christ (qui est) en nous ».
Nous avons vu que, dans l’été de 1624, Bœhme fut appelé à Dresde devant un aréopage de savants; il en sortit malade de la fièvre et demeura assez souffrant, l’automne qui suivit, chez son ami Frankenberg. Le D"" Tobias Kober, qui adressa à Schweinitz une relation circonstanciée de la mort du théodidacte, nous apprend que, revenu à Gorlitz, il dut garder le lit à partir du jeudi 7 novembre 1624; douleurs lancinantes dans le côté gauche, l’enflure du ventre et des pieds, le halettement, la consomption de la poitrine et de la face, l’altération des urines, tout faisait prévoir une fin prochaine.
On fit donc venir le prêtre pour lui administrer les derniers sacrements ; il répondit à ses questions avec
précision et humilité ; ceci eut lieu le vendredi matin 1 5 novembre. Le lendemain il prédit le jour de sa mort. — Le dimanche, vers minuit, il parut se réveiller et demanda à son fils Tobie s’il entendait la belle musique? et, sur sa réponse négative, fit ouvrir la porte afin de mieux jouir de ce concert. Ensuite il demanda l’heure; on l’entendit s ecrier : « O très puissant Tzebaoth ! sauve-moi selon ta volonté I » puis : « O Seigneur Jésus-Christ crucifié ! aie pitié de nTioi et garde-moi dans ton royaume! » Il exprima quelques préoccupations sur l’avenir de sa veuve, et dit qu’elle ne lui survivrait pas longtemps (i).
Vers 6 heures, il bénit sa femme et ses enfants, puis disant: « Je vais maintenant au Paradis», il exhala doucement son dernier soupir.
Le clergé, qui l’avait poursuivi pendant sa vie, ne put pas le laisser en repos après sa mort; il fallut des pétitions, des suppliques, des démarches pour obtenir une oraison funèbre — si mauvaise que le prolixe D** Kober ne l’a pas jugée digne d’être transcrite — et le permis d’inhumer (2).
(1) Elle mourut en 1626, au temps de la moisson, en soignant les pestiférés dans l’hôpital du Kober.
(2) L'éditeur de 1715 a retrouvé le paragraphe suivant dans les Annales de Gôrlitz (part. II, p. 33) : « Anno 1624, deti 18 nov. ist (sub. Consulatu Herm Friederich Schlettewichs eine Extraordinair-session gehalten und Herrn Mag. Elias Theodorus, ûber des Schusters Jacob Bôhmens Confession vernommen | auch hierauj beschlossenworden | ihn mit einer Leichen-Predigt \u begraben. Anbey ist auch erwehnten M. Theodoro aufgetragen Worden | gedachten Schusters Bekànntniss atifs eherte Schrtjtlich ein^ugeben | und die Leichen-Predigt über sich ^u nehmen 1 weil ihn ein E. Raht vertrelen wolte. »
Quam primum in Christo, qui vita est, frangere mortisv Ergo vale æternum, æterna fruitorque quiete :
Non te vexabit, sed nos fera turba malorum,
Omnibus his victis te læta mente sequemur.
Tandem vere novo cum judicis ante tribunal Quicquid terra vorax tristisque recondidit orcus ;
Sistetur, sacris et nos sociabimur una Cœtibus : ut laudes Jovæ sine sine canamus.
Mich. Curtz, Gorl.
L’ICONOGRAPHIE DE BŒHME
Les portraits du théodidacte sont devenus rarissimes aujourd’hui. Le premier dont il soit fait mention estia gravure au burin de Nicolas Haeublin, datée de 1676, et dont l’encadrement est formé de curieuses figures mystiques; on en a donné deux états in-octavo; les exemplaires du premier état portent l’inscription suivante :
Im Wasser lebt der Fisch, die Pflan\e inder Erdê,
Der Vofel îm der Luft; Die Son im Firmament;
Der Salamander mus im Feur erhalten werden ;
ünd Gottes iferz. ts/ J.acob Bœhmens Elément (i).
L’inscription du second état offre une légère va* riante.
Un des disciples du Maître fit frapper en 1707 une médaille d’après ce. portrait ; sur la face on voit sa
(i) Le Poisson vit dans l’Eàu, la Plante dans la Terre, POiseau dans l’Air, le Soleil au Firmament ; la Salamandre se conserve dans le Feu; et le cœur de Dieu est l’Elément de J. B.
figure avec Texergue Jacob Bœhme Teuionicus Philosophas ; sur l’autre face se lit Tinscription suivante :
Natus
AN. M. D. LXXV Prope Gorlicium Hinc sutrinæ admotus Divina revelatione Sese admonitum
Eaque A. M. DC et M. DC. X repetita Divinarum naturaliumque Rerum notitia Se imbutum credens Varies libres Theesephices Et Chymices scripsit,
A Gerlicensibus frustra Ad desistendum ceactus Aliis charissimus Incensisterio Dresdensi A. M. DC. XXIV. Mense Jul.
Auditus et in Pace dimissus.
Obiit eedem anne XVII Nev.
L’auteur de cette médaille était un alchimiste.
Nous croyons que le portrait qui se trouve en tête de l’édition d’Amsterdam 1682, in-8, est le même que celui mentionné plus haut. La petite lithographie que donne le traducteur anonyme du Traité de V Incarnation de Jésus-Christ est bien moins bonne.
Voici la liste de ses ouvrages selon l’ordre chronologique :
En 1618. — L’Aurore naissante.
En 1619. — trois Principes de TÉtre divin.
En 1620. — De la triple vie de l’homme.
Quarante questions sur Thomme ou Psychologia vera.
De l’incarnation de Jésus-Christ.
Six points théosophiques.
Du mystère céleste et terrestre.
Des derniers temps.
En 1621. — De Signatura Rerum.
Des quatre Complexions.
Apologie à Balthazar Tilken.
Mémoire pour Escias Stiefel.
En 1622.^ — De la vraie pénitence.
Du véritable abandon.
De la régénération.
De la pénitence.
En 1623. — De-l’élection de la Grâce.
Mysterium Magnum de la Genèse.
En 1624. — Table des Principes.
De la vie hyperphysique.
De la contemplation divine.
Des deux testaments du Christ.
Dialogue d’une âme illuminée avec une âme non illuminée.
Apologie pour Gregorius Richter.
De 177 questions théosophiques.
Extrait du Mysterium Magnum.
Petit manuel de prières.
Table des trois Mondes.
De l’erreur d’Ezechiel Meth.
Du jugement dernier.
Lettres à diverses personnes.
Saint-Martin a traduit en français V Aurore, la Triple Vie, les Trois Principes, les Quarante Questions, On a réuni sous le titre de Chemin pour aller à Christ, les Quatre Tempéraments, la Vraie Pénitence, le Véritable Abandon, la Régénération, la Viehyper^ physique, la Contemplation et le Dialogue ; c’est une
excellente traduction (Berlin, 1722). Le Signatura Rerum a été traduit en français à la fin du xvii® siècle, mais c’est un livre illisible ; nous en avons fait une traduction qui paraîtra prochainement ainsi que celle du Traité de YÉlection de la Grâce. On va réimprimer enfin la Vie hyperphysique. U Incarnation a été traduite aussi. Il y a une grande quantité d’éditions des œuvres complètes et des œuvres séparées. La meilleure est celle en 5 volumes in-8, Amsterdam, 1682 et lySo. Les nombreuses figures initiatiques en ont été dessinées par Gichtel.
Pour des renseignements bibliographiques plus détaillés, nous prierons le lecteur de se reporter à la première édition de la présente brochure, publiée dans le Voile d’Isis en 1897.
La compréhension de la doctrine de Bœhme n’est pas très difficile. Voici les points capitaux de son système. Dieu Tri-un existe de toute éternité ; son activité inépuisable en soi, c’est la Nature essence, qui contient Sophia, la Sagesse, la Teinture, etc. Cette activité se produit suivant sept modes, ou formes, dont enverra le détail dans le Vocabulaire., et cette hiérarchie se reproduit dans toute la création. La chute des anges etla chute d'Adam ont été causées par la volonté propre; par suite la régénération de l’homme s'accomplira en immolant le moi par la prière et la charité. Mais le Diable est perdu pour l’Éternité. Toutes les créatures renferment du bien et du mal, de la colère
et de Tamour : d'où découlent la doctrine des correspondances, celle des signatures, la possibilité des arts occultes et surtout de lalchimie physique, image de Talchimie psychique.
Nous indiquerons au lecteur consciencieux mais trop pressé pour étudier l’œuvre énorme de Bœhme, la plume à la main, le traité de V Élection de la Grâce j le plus clair et le plus synthétique de ses ouvrages, dont va paraître bientôt, je l’espère, la première traduction française par Debeo.