II PREFACE
luêiue temps un aiuaut de la nature, un poète, un troubadour méridional, un écrivain d'une fécondité inouïe, dont les e'crits — sur quelque sujet que ce soit — ont leur place à côté de ces romans où une ardente imagination personnifiait tout, mettait tout en allégories, en symboles tendres et précieux, fins et passionnés. On va donc nous raconter sa jeunesse orageuse, sa conversion, sa brusque séparation d'avec sa famille, ses longs voyages en Europe, en Asie, en Afrique, ses instances auprès des Papes, des l'ois, des empereurs, pour l'unification de l'Eglise et la conquête du monde musulman, ses efforts pour sauver les Templiers de leur propre décadence autant que de la cruelle avidité de leui's ennemis, bref, un homme qui n'est point indigne de tenir une place intermédiaire entre saint François d'Assise qu'il continue et saint Ignace de Loyola qu'il prépare à certains égards. En lisant plus d'une analyse et plus d'un extrait de ces ouvrages où le hardi scholastique met la théologie en dialogues, fait parler et agir les dix commandements, les apostrophe, les écoute, les supplie, leur obéit, les sert, mêle incessamment la pensée de sa Dame du ciel à ses argumentations comme à ses soupirs, on se reportera volontiers aux temps héroïques de nos romans de chevalerie et de notre grand xui"^ siècle.
Peut-être aussi plus d'un lecteur trouvera-t-il un sérieux intérêt historique à écouter un témoin de ces temps où un philosophe de Catalogne venait enseigner à Montpellier. On va voir en effet que Raymond Lulle retrouvait là périodiquement son propre roi, comme il le retrouvait, à d'autres moments, dans Perpignan, dans Barcelone et dans Palma. Ce roi était le chef accepté d'une fédération où une partie de l'Espagne septentrionale était librement unie à une partie de notre Midi.
M. Marins André qui a tenu à nous faire connaître
PREFACE. m
celte \ie singulière est un enthousiaste doublé d'un chercheur patient. Entré dans hi diplomatie, il a passé plus de quatre ans dans les consulats de Barcelone et de Madrid. C'est là qu'il a fait la connaissance des éditeurs tout à fait contemporains des œuvres de Raymond Lulle, qu'il a fréquenté avec profit les Lullistes les plus éclairés et les plus ardents de la Péninsule, appris, à leurs côtés, la langue catalane et fouillé les bibliothèques. Nous offrons donc son œuvre avec conliaoce à tous ceux de nos lecteurs qui se plaisent à voir nos Saints dans la mêlée du monde et dans les luttes de la vie publique aussi bien que dans la paix intérieure de la prière et de l'étude.
Henri Joly.
Désireux de mettre hors de doute le cai'actère de Bienheureux conféré à Raymond Lulle, nous nous sommes adressés aux Pères de Smedt et Poncelet, les savants bollandistes d'aujourd'hui. Voici la réponse que nous avons obtenue :
« Dans notre collection, bien incomplète, encore que considérable, des procès de béatification, se trouve un cahier imprimé en i843 contenant un décret de la Congrégation des Rites qui approuve de nouvelles leçons pour la fête du Bienheureux Raymond Lulle. Dans ces leçons approuvées, il est dit, à la fin : « Quem « cultum (le culte privé qu'on rendait au Bienheu- « reux à May orque), ab immemorabili tempore eidem a praestitum Léo X approbavit, et Clemens XIII ofti- « cium de commun! unius martyris pro regno Majoricae a concessit. »
D'après M. Rossello, de Palma, le savant éditeur de Raymond Lulle, « la déclaration de Clément XUl