‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 54 sur 60 · FUT-IL ALCHIMISTE · texte numérisé non relu

FUT-IL ALCHIMISTE

livre qui porte le même titre qu'une œuvre de Raymond Lulle, De secretis naturx. Après sa condamnation, il signa du nom de Lulle ses écrits sur la pierre philosopliale.

Cependant, on a de la peine à comprendre que des historiens sérieux se soient obstinés dans l'erreur contre toute évidence, et l'on est surtout surpris de trouver parmi eux le luUiste enthousiaste Salzinger; celui-ci est vraiment le plus naïf de tous ; il ne doute point, par exemple, de rauthcnticilé d'un livre où Lulle se nomme Majoricaniis cornes cl dit qu'il alla en Angleterre apud legem Robektum, car ces traités abondent en grossières erreurs; c'est ainsi que le Liber de secreto secundo lapidis philosophici aurait été achevé par Lulle en Angleterre, en I 309, sous le règne du roi Robert. On sait qu'à cette époque Lulle était en France et que le roi d'Angleterre ne s'appelait pas Robert. On sait aussi que le Bienheureux mourut en i3ij; on n'en raconte pas moins qu'en i332, il écrivait dans l'église de Sainte-Catherine, à Londres, \e j\ovissiniuni testamentiim, et fabriquait pour 6 millions d'or qu'il donnait au roi pour la conquête de la Terre Sainte.

Ces légendes, œuvre de faussaires maladroits, n'ont pas même le mérite d'être nées de la ferveur et de l'admiration du peuple. Le chapitre qu'Kliphas Lévi a écrit pour les résumer est une chose ridicule si on la compare à la simplicité, à l'harmonie et à la beauté de l'existence que nous allons achever de conter, et à Palma, où le souvenir de Raymond est toujours vivant, les paysans qui prient devant l'autel du Bienheureux seraient bien étonnés d'apprendre que le bon ermite à longue barbe

a été transformé en fabricant d'or et même en sorcier.

Non seulement Raymond Lulle n'a écrit aucun des traités d'alchimie qu'on lui attribue, mais encore, dans ses livres d'une indiscutable authenticité, il ne manque pas, lorsque l'occasion se présente, de combattre la doctrine des chercheurs de la pierre philosophale. Son opinion ne varia jamais; on la trouve exprimée dans ses derniers écrits, ce qui fait écarter l'hvpothèse d'une tardive initiation. Le fameux dicton : Plus valet orgentum in bursa qttam in merciirîo, est de lui ; c'est du moins dans ses Proverbes qu'on le rencontre pour la première fois. Nous avons cité une partie d'un chapitre du Livre des merveilles, intitulé : De r ^ /chimie ; '^oignons-\ quelques autres fragments pour terminer cette nécessaire dig^ression.

« Un métal ne peut être converti eu un autre d'espèce différente — Et si parfois on parvient à donner à un métal la ressemblance d'un autre, c'est à la manière du peintre qui représente sur un tableau la figure humaine; il n'y a aucune congruité entre la figure et la matière du tableau où elle est représentée. La forme que l'alchimisle donne à une matière étrangère se corrompt en très peu de temps. » [^rs principiorum et gradiim medicinœ?

« Nul artisan ne peut transformer un animal en un autre, ni une plante en une autre plante; de même, l'alchimiste ne peut opérer la transmutation d'un métal en une autre espèce de métal; l'alchimiste est dans l'erreur lorsqu'il s'efforce de transformer l'argent en or, car la forme et la matière de l'or ne furent jamais en puissance dans l'argent. »

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