‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 53 sur 60 · SA CAPTIVITÉ A BOUGIE · texte numérisé non relu

SA CAPTIVITÉ A BOUGIE

rimpossibilité. LuIIe lui proposa de faire sur ces questions cliacQn un livre qu'ils enverraient aux évêques sarrasins, au pape et aux cardinaux. Hamar consentit, mais il voulut parler le premier, car, disait-il, il présenterait de telles objections que le chrétienne pourrait raisonnablement rien lui opposer. Il fut convenu qu'on argumenterait uniquement par des raisons et non par des autorités.

On est surpris de l'activité intellectuelle et de la tranquillité de Raymond après tant de souffrances qui avaient affaibli son corps de vieillard ; mais on est étonné peut-être davantage encore de voir les deux docteurs discuter dans une prison aussi paisiblement et courtoisement que dans les salles d'une université. L'un est maître de la vie de l'autre et peut répondre aux arguments par des tortures; les fanatiques ignorants ont déjà demandé à grands cris le châtiment de l'ennemi de leurs croyances, mais Hamar met sa gloire h vaincre par la raison celui qui s'adresse h sa raison; la grandeur d'àme du prisonnier l'a frappé, il ne veut pas s'avilir devant lui; mais, convaincu de l'excellence de sa foi en Mahomet, il veut que, par un libre consentement, Raymond la reconnaisse.

Le docteur chrétien ne mettait pas une moindre ardeur à défendre Jésus, et les deux adversaires étaient en conférence depuis plusieurs jours lorsque l'évêque, regrettant les mauvais traitements qu'il avait fait infliger à Lulle, mais ne voulant pas laisser libre dans la cité un ennemi si dangereux, le fit sortir de prison et embarquer pour l'Italie.

Près de Pise, le navire fit naufrage; Raymond TiuUe put se sauver, mais il perdit quelques manus-

crits, parmi lesquels, sans cloute, ceux de VOrdre des clercs et de la Plaisante Vision. A Pise, dans un couvent de Dominicains, il écrivit le livre de sa dispute avec Hamar et l'envoya au Pape et aux cardinaux pour leur faire connaître les raisons par lesquelles les sarrasins combattent la vraie foi et celles qu'on peut leur opposer; il faisait remarquer comment les infidèles mettaient en péril la doctrine du Christ en décevant les chrétiens qui restaient encore en Afrique : « Ces chrétiens n'ayant pas l'entendement élevé ni fondé en science de manière à résoudre les difficultés dont il s'agit, les sarrasins par leurs arguments et par la promesse de richesses et de femmes amènent à leur loi beaucoup des nôtres. Les chrétiens ne se soucient pas de donner de l'aide aux sarrasins qui se font chrétiens,- aussi, pour un sarrasin qui se fait chrétien, il y a dix chrétiens qui se font sarrasins. Nous en avons l'expérience dans le royaume d'Egypte, où l'on dit que le tiers de la milice du Soudan a été chrétien, »

Il intéressa à ses projets de croisade les magistrats de Pise, et ayant obtenu d'eux des lettres qu'il se chargea de présenter au pape et aux cardinaux pour émouvoir leur zèle, il se rendit à Gênes, où on lui donna d'autres lettres et où des femmes de riches marchands mirent à sa disposition trente-cinq mille florins pour le secours de la Terre Sainte. De Gênes il passa h Avignon, mais voyant l'inutilité de ses efforts auprès de Clément V, il partit pour Montpellier, et enfin retourna h Paris, où il reprit sa lutte contre l'averroïsme, ainsi que le témoignent, en particulier, son Traité des douze principes de la vhilosophie et le livre De la naissance de V Enfant

Jésus, tous deux dédiés au roi Philippe le Bel. Le second de ces ouvrages, le plus curieux, au moins par la forme, fut commencé la veille de la Noël de i3io.

On V voit cinq dames, Louange, Charité, Contrition, Confession et Satisfaction qui, s'étant rencontrées à Paris et ayant vu le mauvais état du monde, prennent la résolution de quitter les villes et de se retirer en un désert. Une sixième, la dame Oraison, s'oppose h ce projet et les décide à aller adorer Jésus. Chacune adore l'Enfant Divin et lui adresse des cantiques; puis elles prient la Sainte Vierge d'intercéder auprès de son Fils pour qu'il les exalte dans le cœur des hommes et spécialement dans celui du roi de France. Philippe, déjà doué de tant de qualités et de vertus, prendrait alors des mesures pour chasser de Paris les averroïstes et défendre la lecture de leurs œuvres; il pourrait aussi fonder à Paris et dans d'autres villes de son royaume des collèges où des hommes dévots, savants et lettrés apprendraient les langues des infidèles, pour aller enseigner la religion de Jésus dans les terres lointaines et préparer les temps prophétisés où il n'v aura plus qu'un seul troupeau et un seul pasteur.

La Sainte Vierge approuve les dames et leur conseille d'aller exposer leurs vœux au roi. En chemin elles rencontrent un vieillard à lonirue barbe blanche, nommé Raymond, qui gémissait et se plaignait : •< Las de moi! en quelle angoisse suis-je mis! me voici seul, impuissant et vieux, vilipendé de tous. J'ai travaillé tant que j'ai pu auprès des pontifes, des prélats et des princes pour que notre petit

Enfant Jésus fût loué par toutes les nations et que les âmes fussent sauvées. Je suis allé plusieurs fois chez les sarrasins, j'ai disputé avec eux, j'ai été emprisonné, maltraité et chassé; j'ai parcouru de nombreuses terres et je n'ai pas encore trouvé ce que je désire. J'exhorte les gens à honorer l'Enfant; ils m'écoutent et louent mou intention, mais mon désir n'opère aucun changement en eux. » Les dames, après avoir entendu ses paroles, le prient de les suivre au palais. Alors la tristesse de Raymond fit place à la joie et il partit avec elles pour aller parler au roi, et, espérant en lui, il chantait les louanges de la Sainte Trinité.

Raymond, en eflet, comme il le raconte en ce livre, essaya d'intéresser Philippe le Bel à ses projets. L'œuvre des croisades arrêtée par la mort de saint Louis pouvait être reprise par son successeur et menée à heureuse fin par une alliance avec les Tartares qui était, plus que jamais, possible. Sept ans auparavant, l'empereur Gazan avait envoyé des ambassadeurs au roi de France lui offrir de s'unir à lui pour une action commune contre les musulmans de la Terre Sainte, et cette action ne pouvait être qu'au profit du christianisme puisque l'entrée en campagne devait être précédée du baptême de Gazan, qui entraînerait bientôt celui de ses officiers et de ses troupes. Ces desseins, quoique mal accueillis, persistaient chez les rois tartares puisqu'en i3o5 Kodabendah, sarrasin mais fils d'une mère chrétienne et prêt à se convertir, avait fait les mêmes offres. Quelques princes, d'ailleurs, professaient la religion catholique, et les Franciscains ont pu inscrire l'un d'eux sur la liste des rois qui entrèrent

lans leur liers-ordre : « Fraler Joliannes, quondam ïx et imperator Tartarorum ■ .

LuUe n'était pas le seul à exciter le roi de France prendre le commandement d'une nouvelle croiide. L'avocat Pierre Dubois, un des conseillers de Miilippe le Bel, écrivait en i3o6 un mémoire De 'recuperatione Terrx Sanctae qui avait plusieurs points de ressemblance avec ceux que le Docteur illuminé ne se lassait d'adresser aux papes et aux rois. Il demandait, lui aussi, la réunion en un seul ordre des Templiers, des Hospitaliers et de tous les autres ordres relig^ieux institués pour la défense de la Terre Sainte ; il voulait surtout ([u'on les forçât :i rester en Orient où était leur mission, et qu'on ne leur permît pas de fonder des couvents dans les royaumes occidentaux et d'y entasser des ricbesses inutiles d'abord, dangereuses ensuite. Dubois signalait encore la nécessité d'étudier les langues orientales. Mais on ne saurait continuer la comparaison avec Raymond Lulle. Il se souciait peu, en effet, de l'intérêt de la religion, et la conquête de la Palestine n'était en sa pensée qu'un moyen qui aurait

I permis à Philippe le Bel, chef de la croisade, de faire reconnaître sa suprématie par les autres rois,

\ de prendre le titre d'empereur et de lutter ensuite plus avantageusement contre la Papauté.

Le livre du prince arménien Hayton que nous avons déjà cité doit fixer, de préférence, notre attention. Hayton est le seul, après Raymond Lulle, qui ait compris et clairement expliqué la décisive importance que devait avoir pour la chrétienté une alliance aveclesTartarescontre les soudansd'Egyptc, et lorsqu'on lit dans sa Flos historiarum terrse orien-

tis son plan de campagne et ses exhortations au Pape, lorsqu'on songe que ces Tartares maîtres d'une partie de l'Asie sollicitaient cette alliance et voulaient aller se faire baptiser sur les rives du Jourdain, on se demande quelle effrayante responsabilité ont dû encourir devant l'Éternel les puissants qui fermèrent les yeux à l'évidence que Lullc et Hayton faisaient resplendir.

Hayton donnait un exact tableau de la situation de l'Egypte qid rendait l'heure plus propice que jamais pour une croisade. Depuis vingt ans, six soudans avaient été assassinés et deux détrônés; Méleck-Nasser, soudan régnant, était menacé d'un sort semblable à celui de ses prédécesseurs; le désordre était dans tout le royaume; l'abaissement des eaux du Nil annonçait une famine. Et comment l'armée du Soudan aurait-elle pu envahir, sans de grandes provisions de vivres, la Terre Sainte, puisque pour y parvenir d'Egypte il fallait marcher huit jours dans les déserts? En de telles circonstances, que pouvaient les sarrasins contre les chrétiens et les Tartares unis, surtout s'ils étaient attaqués en même temps par leurs ennemis du sud, les Nubiens?

Et Hayton continuait ainsi son plan de campagne où il se flattait de tout prévoir, le concours des chrétiens de Syrie, l'aide à demander au roi de Géorgie, l'ambassade à envoyer aux Nubiens, etc.

Philippe le Bel ayant déjà repoussé les projets de Pierre Dubois qui flattaient surtout son ambition et ses intérêts, on comprend qu'il restât sourd h l'appel de Lulle et h celui que Hayton lui adressa après avoir soumis son plan au Pape. H accueillit

cependant avec bienveillance le pèlerin à la barbe fleurie dont la Philosophie d'amour était une des lectures préférées de la reine, et il lui donna pour sou Art l'approbation suivante, si importante venant du roi tout-puissant :

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à tous ceux qui les présentes verront, salut. Nous faisons savoir que nous, ayant entendu maître Raymond Lulle personnellement présent, le réputons homme bon, juste, catholique et travaillant à la confirmation et k l'exaltation de la foi catholique. En conséquence, il nous plaît qu'il soit traité bénignement par tous les fidèles et surtout par nos sujets, et qu'on lui accorde une faveur bienveillante, laquelle nous tiendrons pour agréable. En témoignage de quoi nous avons fait apposer notre sceau aux présentes. Donné à Vernon, le 2 août, 1 an du Seigneur i3io. »

C'eût été beaucoup pour un autre docteur; ce fut peu pour celui qui savait des choses grandioses h réaliser, mais qui était presque seul h les vouloir. Mais à une nouvelle déception succédait toujours dans l'âme de Raymond une espérance nouvelle. Il mit cette espérance dans le concile que le Pape avait convoqué à Vienne en Dauphiué pour le mois d'octobre i3n, et dont il parle en ces termes dans le livre De ente écrit en septembre de la même année : « De nombreux mauvais principes se sont élevés contre la sainte foi catholique, et ils empêchent qu'elle soit bien connue et aimée ; il s'ensuit un grand mal et une déviation de la fin pour laquelle le monde a été créé ; ces mauvais principes sont les infidélités des juifs et des sarrasins, des païens et

fe

les erreurs des faux philosophes, celles des schismatiques et des faux chrétiens; aussi le seigneur Pape Clément V et les révérends cardinaux ayant mandé qu'un concile général soit tenu à Vienne, j'espère que ce concile a été inspiré par Dieu pour que la sainte foi catholique soit exaltée et que les erreurs soient détruites. C'est pourquoi nous nous proposons de présenter au concile ce livre qui doit témoigner en notre faveur au jour du jugement, car beaucoup de bonnes choses y sont exposées et ordonnées, d

Ce livre contient les dix parties de la pétition qu'il allait adresser au Pape :

I. Que trois collèges soient fondés, un à Rome, un à Paris et un à Tolède, où les hommes pieux et savants en théologie apprendront les langues des infidèles pour pouvoir aller prêcher l'Evangile dans tout l'univers et mourir pour l'exaltation de la foi.

II. Que les guerriers religieux soient réunis en un seul ordre qui dirigera tous ses efforts contre les infidèles d'Orient, d'Espagne et du Maroc.

III. Que la dîme des biens ecclésiastiques soit réservée à la guerre sainte.

IV. Que nul clerc ne puisse avoir plus d'une prébende: que les prélats qui en ont plusieurs les donnent pour le passage, et qu'ils donnent également tous les objets de luxe et les bêtes qu'ils possèdent. Si l'ordre des Templiers est détruit, que ses biens soient attribués à l'ordre unique, dont la création est demandée, pour augmenter sa puissance contre les sarrasins. Mais que ces biens des Templiers ne soient pas donnés aux princes et aux prélats qui sont assez riches.

V. Qu'il y ait toujours une différence entre les vêtements des lauiues et ceux des clercs ; que ceux-ci

■ ne portent pas de couleurs éclatantes et que les

K laïques ne puissent se tonsurer.

'* VI. Que le Pape et les révérends cardinaux ordonnent que dans les universités on ne puisse enseigner la philosophie impie qui est opposée à la théologie et qui offense la religion.

V^m VII. Que les chrétiens usuriers ne puissent faire

'^^de testament, qu'on n'accorde pas foi à leurs serments et qu'ils soient excommuniés.

VIII. Pour ëvangéliser les infidèles, sujets de princes chrétiens, qu'on choisisse le samedi pour les juifs et le vendredi pour les mahométans, car ces jours sont ceux de la fête de leurs erreurs.

IX. Que l'organisation de la justice soit réformée selon le livre de R. Lulle, intitulé ^rs juris, et qu'on veille sévèrement à ce que les juges ne soient pas corrompus par des présents.

X. Qu on réforme également la médecine qui est trop confuse ; il conviendrait de faire un Art de la médecine basé sur les principes innés qui sont constitués par le ciel, les éléments, le mouvement, et tout ce qui manque aux médecins pour la connaissance des maladies et la guérison des malades.

En allant à Vienne, Lulle rencontra un clerc qui se rendait aussi au Concile et qui, apprenant le nom tie son compagnon de route, s'écria : « J'ai souvent entendu dire que tu es un homme fantastique; dis-moi donc ce que tu vas faire au Concile ». Lulle lui explique les buts qu'il poursuit depuis quarante ans, et le clerc éclate de rire : « Je te crovais bien fantastique, mais d'après tes paroles je

reconnais que tu es le plus fantastique des hommes. [Cognosco te non modo phantasticiim, sed esse phantasticissimum). — Je ne vois pas, réplique Raymond, quelles sont mes fantaisies, car toutes les choses que j'ai dites sont possibles, devraient être exécutées et seraient d'un grand profit. Le fantastique, c'est peut-être toi qui ris et ne réfléchis pas sur mes paroles ; étant clerc tu devrais pourtant avoir plus de dévotion que moi qui suis laïque. Cherchons quel est de nous deux le plus fantastique, c'est-à-dire celui qui a ordonné son existence de la manière la moins sensée. »

Le clerc raconte que, fils d'un pauvre pavsan, il avait passé son enfance à mendier, puis avait été envoyé h l'école ; grâce à son intelligence et à ses labeurs, il avait acquis une grande instruction et était entré dans les ordres ; puis il avait obtenu un important bénéfice, était devenu archidiacre, avait tiré ses parents de la misère et avait bien placé tous les membres de sa famille.

Raymond, à son tour, dit son existence de missionnaire et tout ce qu'il a essayé d'accomplir pour le bien de la clirélienté. Deux esprits si opposés ne pouvaient s'entendre ; aussi le clerc égoïste et prudent cesse bientôt de discuter avec Raymond le Fol et ne veut plus cheminer en sa compagnie.

Tel est le sujet de la Dispute du clerc et du fantastique Raymond. Le Docteur illuminé fit-il vraiment celte rencontre ou l'imagina-t-il pour donner une expression de plus à sa pensée ? Il est possible qu'il n'ait pas rencontré ce clerc, ou plutôt, il le voyait sans cesse, depuis plus de quarante ans, à Rome, à Avignon, à Barcelone, à Montpellier et à

Gènes. Combien de fois le pèlerin revenant de Taitarie n'avail-il pas entendu l'éclat de rire qui était la seule réponse du riche prélat? Mox vero clericiis ut hcec i'erba audïi'it risiini profndit vehcmentcr....

C'est pourtant à ces mêmes prélats que, sans souci des dérisions, il envoya son poème du Concile en lequel il leur disait : « Que Dieu vous aide en ce Concile ! — Je crains que vous ne soa ez trompés, — je prie Dieu de vous proléger — avec un bon amour. — Dans un concile, le mouton astucieux — trompe le loup et le lion — et maint oui est pire que non. — Si vous n'êtes avisés, — vous serez par plusieurs trompés — et méprisés. »

Les requêtes de Lulle ne pouvaient guère être écoutées d'uu Concile oîi Philippe le Bel eut une si grande influence et d'où sortit, non la réforme, mais la condamnation de Tordre des Templiers. Cependant son insistance auprès du Pape et des cardinaux ne fut pas inutile, car la fondation des trois collèges qu'il demandait fut décidée, et celle de trois autres à Bologne, à Oxford et à Salamanque. Il fut ordonné, en outre, que la dîme des biens ecclésiastiques serait résenée aux frais de la guerre contre les sarrasins; cette dîme fut, en effet, levée pendant quelques années par le roi de France, qui en avait été chargé, mais l'expédition d'outre-mer n'eut pas lieu. Enfin, quelques dispositions des Clémentines semblent répondre h plusieurs points de la pétition de Lulle, par exemple le chapitre De summa trinitate et fide catholica du livre I dirigé contre les averroïstes, et les chapitres De usiiris (liv. V', De prœbendis et dignitalibus, et De vita et honestote clericorum (liv. III).

Quoique par ses livres on sache d'une manière certaine que Raymond Lulle passa Tannée suivante à Mayorque et en Sicile, plusieurs écrivains ont affirmé qu'après le concile de Vienne il se rendit en Angi^leterre, où Edouard II le nomma inspecteur de la fabrication de sa monnaie, et qu'il fabriqua pour ce roi des pièces d'or qui gardèrent le nom de doublons de Raymond.

Il convient que nous nous arrêtions un instant sur cette question : Raymond Lulle fut-il alcliimiste? Beaucoup de lecteurs trouveront étrange que nous puissions la poser, car l'opinion générale sur le Docteur illuminé est résumée dans la citation suivante que nous empruntons à une étude publiée dans une importante revue : « Il est difficile d'extraire de ses ouvrages un simple passage qui renferme un sens net et facile à saisir; ce qui préserve son nom de l'oubli, ce sont ses nombreuses expériences de chimie et ses tentatives pour opérer la transmutation des métaux ». La seule auréole qu'on lui connaisse donc est celle qu'il devrait à ses écrits sur l'alchimie. C'est sans regret que nous l'ôterons de son front pour y laisser celles du missionnaire, du philosophe et du poète.

Les auteurs de la majeure partie des traités d'alchimie attribués h notre Bienheureux sont des inconnus qui cherchaient h propager leurs œuvres et à les soustraire aux recherches des tribunaux ecclésiastiques en les mettant sous la sauvegarde d'un nom vénéré. Quelques-uns de ces livres sont tl'un juif converti, Raymond de Tarrega, ou le Néophyte, qui vivait vers iS^o; il composa une hwocalion des démons condamnée par Grégoire XI, et un autre

Page 1